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LA NATURE ET LES MODALITÉS DE L'ASSOCIATION

La trame de notre vie psychique est tissée par l’entrelacement de deux séries de phénomènes : d’une part, la succession des perceptions, l’ordre objectif des phénomènes, ct d’autre part, la connexion des états internes, le cours des représentations. La succession des perceptions, régie par les lois du monde extérieur, échappe à la psychologie, et c’est à Penchaïînement des états internes provoqués par des perceptions, ou par d’autres états internes, qu’il convient de réserver le nom classique d’association des idées, qui signifie donc, tout simplement, l'évocation d’états deconscience pard’autres états de conscience ; le premier des deux états de conscience étant dit le phénuihène inducteur, le second le phénomène induit. Elle comprend ainsi les connexions des perceptions avec les souvenirs, les états affectifs et les mouvements.

Le domaine de l’association est très vaste: en un sens, ‘elle constitue un aspect de la mémoire : elle est l'évocation, les unes par les autres, ou par une situation nouvelle, des représentations entre lesquelles une liaison s’est établie : en un autre sens, si l’on admet qu’elle ne se réduit pas à la pure loi de contiguité, elle est inrovation, invention, elle établit, selon les exigences du moment, des relations nouvelles entre des représentations qui n’avaient pas été préala-

blement données ensemble. Dans ce chapitre nous létudie :

rons sous Ces deux aspects. Dans un chapitre précédent, on

a montré quelle solidarité elle établit entre nos mouvements : et leurs excitants normaux ou conditionnels (v. I, 255 sgq.).

Les théories. — Sur l'association des idées, il y a en somme quatre doctrines : 4

1° La pensée tout entière se ramène à l'association. C’est la célèbre doctrine de l’associationisme, qui voit dans les opérations mentales les plus compliquées, jugement et raisonnement, lois de la connaissance, des formes plus ou moins complexes d'association. Mais s’il en est ainsi, il devient très difficile de réduire l’association et par conséquent la pensée tout entière à un pur lien de contiguiïté, comme le voulait Pempirisme extrême de JAMES Mizz. La plupart des associationistes, à la suite de BAIN et de STuarr MILx, y ajoutent association par ressemblance et par contraste : c’est-à-dire

qu’ils font jouer pour l'explication de la pensée les trois

notions de succession, d'identité et de différence, supposées irréductibles l’une à l’autre.

29 La pensée est autre chose que l’association. C’est, par exemple, la doctrine de JAMES, dans ses « Principes ». Cette pensée élémentaire, qu’on appelle association des idées, n’a en elle-même rien de raisonnable ; c’est un pur jeu mécanique de connexions extrinsèques, qui lie et évoque l’une par l’autre

les représentations ; en ce sens, l'association se ramène bien

à la contiguité, comme le voulait James Mill, et finalement à l’habitude. Maïs la pensée raisonnable travaille sur ces liaisons, et, à leur occasion, formule des rapports logiques. C’est ce qu’exprime la formule bien connue : les rapports

conçus entre les idées ne sont pas la cause de leur liaison.

ont

Ces rapports (identité, distinction, subsomption, ete.), nous ne les apercevons qu'après coup, une fois que les termes nous. ont été préalablement fournis. Ce n’est pas eux qui nous les fournissent, car justement nous ne les apercevons qu'après coup. On ne saurait supposer leur action, lorsqu'on ne les

aperçoit pas. Qu'est-ce qu’un rapport, qui n’est pas perçu par l'esprit ? “ . On est donc conduit à reprendre, sur l’association, la thèse extrême de JAMES MILL. « Nos idées naissent ou se présentent dans l’ordre suivant lequel les sensations, dont elles sont les copies, ont existé. » La contiguité entre deux faits psychiques laisse après elle une disposition persistante ; et pour expliquer cette persistance, on recourt volontiers à l’hypothèse d’une modification, d’ailleurs inconnue, des voies de communication entre les centres qui sont le siège des deux processus nerveux, Connexes des deux faits psychiques. C’est la théorie de CLAPARÈDE (A) : « Lorsque deux processus nerveux ont lieu simultanément, il s'établit entre eux une relation telle que la réexcitation de l’un tend à se propager jusqu’à l’autre ; c’est cette relation qu’on appelle association », ou celle de ZIEHEN : « Chaque fois que a et b sont excités simultanément, alieu une irradiation de l'excitation dans les voies partant de a et b; ele est particulièrement intense sur le trajet « b ; d’où une modification durable de ce trajet. » Mais, si l’on prétend dépasser la notion claire d'exercice ou d'habitude, qui explique bien comment la connexion, une fois établie, se trouve renforcée, et si l’on veut expliquer comment s'établit cette connexion, comment s'établit l'entrée en contact des deux centres, comment il se fait que les zones interposées ne $e trouvent pas faire partie de la combinaison associative, on se lance, croyons-nous, dans d’aventureuses hypot ses qui 8e donnent gratuitement comme physiologiques, ou l’on se borne à traduire dans un langage anatomique des faits fournis par l’observation psychologique.

3° Si l’on approfondit l'association, on y trouve la pensée tout entière, l’ensemble des lois qui régissent la coordination des représentations ; non pas simplement le vague rapport de ressemblance ou de contraste, mais, masquées en quelque sorte par la confusion de ces appellations, les relations de toute espèce, l’ensemble de rapports, dont le système constitue la pensée; il y aurait donc autant de formes d’association que la théorie de la connaissance peut dégager de lois isréductibles de l’entendement : non pas une, comme le

voulait James Mill, qui va chercher en dehors de l'esprit, et finalement dans des lois physiologiques de connexion, l’explisation de tout l'esprit ; non pas trois, comme le voulait l’ana- 'iyse grossière de Bain, qui est pourtant déjà un essai de classification des lois mentales, mais qui à le tort de s'arrêter aux premières apparences. Seulement cette doctrine doit bien reconnaître l'existence de deux modes de fonctionnement de l’esprit : il y à dans la présentation et la succession des représentations quelque chose, irréductible ; mais si elles sont régies par des rapports logiques, ces He logiques, n'étant aperçus qu'après coup, fonctionnent d’abord automatiquement ; même quand elle est raisonnable, lPassociation n’a rien de raisonné. Enfin il est bien vrai que la simple succession, ou la fortuite juxtaposition dans l’espace, crée entre les représentations un lien, dont la teneur logique est bien faible, et qui à bien l’air de ressembler à l’habitude.

49 Enfin on peut se demander si la notion. d'association ne doit pas disparaître avec la philosophie associationiste ? La doctrine associationiste est une sorte d’atomisme mental, qui réunit par une loi d’attraction des éléments, préalablement posés comme distincts et séparés. Cette cohésion et cette attraction, intelligibles dans l’espace où des éléments coexistent et se juxtaposent, le sont-elles dans la durée psychique, où ils se suivent, en se pénétrant bien davantage ? Par exemple, une idée qui en évoque une autre, la contient déjà. Gæœthe me rappelle Weimar, et Napoléon Lena : ce n’est pas l’image isolée Gœthe qui évoque Weimar, ni l’image

isolée Napoléon qui évoque Iena. L'image complexe Gœthe

ou Napoléon, en se dissolvant ou se développant, laisse apparaître distinctement un des termes, Weimar ou Iena, qu’elle enveloppait implicitement. Nos idées ou nos images sont des ensembles, où nous retrouvons progressivement les éléments que nous avons pensés en eux. Nous pensons tout d’un coup, en bloc, des termes complexes, des représentations d’ensemble, et l’apparente association, par contiguité ou par ressemblance, n’est que la dissociation croissante et l'analyse, poussée de plus en plus loin, de cette complexité initiale. Le cours de nos représentations n'est-il pas, comme

l’a bien montré BINET (A), dominé par des thèmes ? A l'inté. rieur de ces thèmes, l’association prétendue n'est-elle pas

simplement décomposition ? Enfin n’y a-t-il pas des représen- -

tations libres, c’est-à-dire des images qui surgissent brusquement dans notre esprit, sans qu’il nous soit possible de trouver une Cause à cette apparition soudaine ? At parfois aussi telle image que nous rattachons arbitrairement à une autre, en vertu de la prétendue loi d’association, n’émane-t-elle pas d’un courant d’idéation secondaire, à demi enfoui dans la subconscience ?

Mais si vraies que soient ces dernières remarques, elles ne détruisent pas l’association. La discontinuité et la continuité sont simultanées dans la conscience, comme l’analyse et la

Synthèse, Nous composons d’abord certains ensembles que

nous dissocions ensuite. Il ne faut perdre de vue ni les éléments, ni le système, s’assujettir servilement, comme dirait James, ni à la forme « chaque », ni à la forme « tout ».

Notre conclusion, c’est donc qu’il faut maintenir la notion d'association des idées ; dans quelque conception qu’on se place, et la revue précédente n’a pas d’autre objet que d’établir ce point, il y à un certain mode de fonctionnement mental, qui régit le cours des représentations, indépendamment de la réflexion ; c’est bien ce qu'ont proclamé, peut-être à l'excès, les associationnistes, qui n’ont eu qu’un tort, celui de ne pas voir les liens qui unissent cette pensée immédiate et automatique à la pensée en général, et de prétendre expliquer l’ensemble par un cas particulier. Seulement il ne faut pas perdre de vue les principes qui permettent d'intégrer Passociation des idées à la vie mentale dans son ensemble : Sous le nom d’association et sous les lois classiques de l’association, se retrouvent les relations qui constituent la vie de lesprit. Et enfin la suite montrera avec force que ces lois mentales obéissent, dans leur application, à des directions que lui impriment le sentiment et l’action. Les attitudes d’un individu règlent le cours de ses représentations : envisagée du point de vue logique, l'association ne fait que poser des possibilités insuffisamment déterminées, entre lesquelles c’est la vie qui fait un choix.

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Les recherches expérimentales. — On à appliqué à l’étude de Passociation des idées toutes les méthodes d’examen et d’expérimentation psychologique, dont le principe à été examiné et la technique exposée dans l'introduction : nn ee tion, observation, expérimentation.

II nous est impossible de décrire ici tous les procédés par-

ticuliers, tous les dispositifs souvent si ingénieux, ad ptés

par les auteurs qui ont étudié expérimentalement l’asso- :

ciation (voir PIÉRON, CLAPARÈDE).

Rappelons seulement qu’on mesure la durée des associations soit avec une simple montre à secondes, ou un métronome, moyens très insuffisants, soit, de préférence, avec un chronomètre spécial (chronomètre de Münsterberg au centième de seconde, chronoscope de Hipp au millième de seconde, chronomètre de d’Arsonval au centième de seconde, le plus généralement employé en France). Cet instrument doit être complété :

1° Par un appareil spécial destiné à enregistrer la présentation, appareil relié au chronomètre et qui le met en mouvement.

29 Par un appareil enregistreur de la réaction qui arrête le chronomètre.

Ces deux appareils peuvent, à la rigueur, être supprimés. L’expérimentateur met alors le chronoscope en marche en pressant Sur un commutateur au moment même où il prononce le mot inducteur, et il arrête de même le chronoscope lorsqu'il entend le sujet en expérience prononcer le mot induit.

Mais cette manière d'opérer est bien moins précise et exige un calcul de correction (soustraction du temps de, réaction de l'observateur).

On a étudié, à propos de la mémoire, les méthodes qui concernent l'enregistrement des associations mnémoniques (méthode des associations justes, méthode d’économie).

L'évocation des associations est étudiée par la méthode

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