‹ Traité de psychologie 1923Chapitre 189 sur 237 · V. Trailé, 1E · texte numérisé non relu

V. Trailé, 1E

duction de chaque mouvement implique l'exécution du mouvement précédent : chaque mouvement aecompli joue ‘Je rôle d’un excitant pour le mouvement suivant. L'ordre de la série visuelle sera ainsi sous la dépendance de la série .de mouvements coordonnés et grâce à ceux-ci je pourrai retrouver celle-là.

L'association par ressemblance (la vue de la cathédrale de Reims évoquant l’image de celle d'Amiens) 2-t-elle une existence indépendante ou se ramène-t-elle à l’association par contiguité ! ? Il y à sous cette question l’analogue de la dispute célèbre entre tenants de l’action à distance et Ge l’action par contact. On sait que JAMES, BALDWIN, BROCHARD, GOBLOT, CLAPARÈDE, entre autres, tiennent pour la réduction.

Les objections à l'existence d’une association par ressemblance sont très nombreuses et ne sont pas toutes d’égale valeur. Après avoir admis qu’il est vrai que les termes semblables se présentent parfois en contiguité, ou se trouvent groupés sous l’unité d’un même vocable, ce qui est une sorte de contiguité verbale, nous examinerons de plus près les arguments suivants. | |

En premier lieu, on a dit que la ressemblance consiste en une relation que nous apercevons entre des idées. Maïs les rapports aperçus entre les idées ne sont pas la cause de leur liaison. Un rapport n'existe qu’au moment où il est aperçu, Comment pourrait-il agir avant d’être aperçu, c’est-à-dire avant que d'exister ? car il faut que les termes, entre lesquels il s'établit, soient présents à notre esprit, pour que nous l’apercevions.

Et FoucaAULr, dans une étude très soigneuse, avec des expériences très bien conduites, s'efforce d'établir que la ressemblance a une valeur associative lorsqu'elle est aperçue, et qw’elle est $ans valeur, lorsqu’elle n’est pas aperçue.

4. On sait que quelques psychologues, comme Hôffding, ont prétendu ramener la contiguité à la ressemblance. Dans l'exemple précédent, pour que la vue de la cathédrale de Reims évoquât l'image de celle d'Amiens, il faudrait d’abord qu'elle évoquât l'image de celle de Reims, qui lui est semblable. Cette hypothèse repose sur une théorie de la perception, comme fusion d’une excitation sensorielle et d’une image, théorie qui a été examinée ailleurs (v. Traité, IL 8, et I, 515, 532, 745).

La constatation de la ressemblance exerce une influence fixatrice. En revanche, la ressemblance ebjective, la ressemblance qui existe entre les représentations, mais que la cons- : cience ne saisit pas, serait dépourvue de valeur associative. On peut reprocher à ces expériences d’être disposées de manière à faire un véritable appel à la constatation de la ressemblance ; en revanche, là où elle n’agit pas, on peut montrer facilement qu’il ne s’agit que de ressemblances insignifiantes et tout extérieures. Il est très vrai que toute ressemblance n’a pas, ipso facto, valeur associative.

En ce qui concerne l’objection d’ordre logique, tirée du caractère « relationnel » de la ressemblance, on peut se demander si toute liaison n’est pas précisément rapport et si l'esprit n’est-pas un système de relations, fonctionnant automatiquement, avant d’être aperçues comme telles par la pensée réfléchie. Il faudrait convenir alors que toutes ces relations ont force associative et non pas la seule ressemblande qui n’est qu’une notion confuse (car deux choses peuvent se ressembler de bien des manières, par la position, par la forme, par la durée, par le devenir, par la cause, etc.). 11 y aurait autant de formes d’association que l’analyse dégagerait de relations irréductibles dans la structure de l'esprit.

En second lieu, on à dit que la ressemblance n’est qu’une identité partielle et qu’elle suppose la présence de quelque qualité commune qui fait la contiguité entre les deux termes.

Mais est-il vrai que la ressemblance entre deux termes se ramène toujours à la présence, dans l’un comme dans l’autre, d’un même élément ? Il serait plus vrai de dire qu’ils sont pensés l’un et l’autre d’un même point de vue, sous un même rapport. L’unité, ici, est celle d’un acte, plutôt que celle d’un terme. L'identité est le terme de la ressemblance, loin d’être son fondement, L'identité — qu’il s'agisse d'identité logique ou numérique, ou d'égalité mathématique — de même que l’analogie de rapport est un point de vue de l’esprit, qui peut accomplir une même opération sur deux termes. Si la ressemblance est identification commencçante, c’est qu’elle est assimilation ; c’est l’unité de l’acte accompli ou possible qui fait la ressemblance des objets. Nous en revenons toujours

à une conception plus active de la vie mentale et de l’association. L’association n’est que le début du classement qui s’opère entre nos représentations et qui s'achève dans la pensée réfléchie. C’est l'intelligence fonctionnant automatiquement : avec tout le système de relations qui la constituent. Loin de ramener la ressemblance à la eontiguité, il faut Pélargir, de façon à y faire entrer les diverses catégories, dont la ressemblance résume, pour la psychologie de l'association, l’action indivise et confuse.

En troisième lieu, la ressemblance se réduirait à la contiguité, si lPassociation n’était en vérité que dissociation, décomposition de jugements antérieurs ; le symptôme évoque chez le médecin, le nom de la maladie, parce que le médecin a, antérieurement, constitué la notion de la maladie; N apoléon évoque Iena ou Austerlitz, parce que nous avons antérieurement constitué notre savoir au sujet de Napoléor. : |

Mais si, comme nous l’avons dit, beaucoup d'associations prétendues ne sont que des dissociations, il est vraisemblable aussi que l’association innove, et forme des groupements nouveaux ; la vie ordinaire, comme l'invention esthétique ou scientifique, nous présente de multiples exemples de ces rapprochements immédiats et rapides que l'esprit opère spontanément et qui, retenus pour examen, et examinés par la pensée réfléchie, tombent vite dans la sphère du jugement. Mais il y à auparavant l’étape de la proposition et de la suggestion, si lon peut dire, antérieure à la pensée réfléchie.

Ce que nous venons de dire nous dispense d’insister sur Passociation par contraste, qui ne fait que mettre en œuvre, comme Bain s’en rendait bien compte, la discrimination, la distinction, l’opposition. Perception de la concordance au sein de la différence, ou de la différence au sein de là concordance, sont connexes. Le contraste apparaît avec Poppo-

sition ; il est à son plein avec la distinction des concepts contradictoires. Ici encore, nous voyons opérer une des rela-

tions fondamentales qui constituent l'esprit : sous cette

% . e CEMSSESREE +4 réserve que le mot contraste est aussi riche de possibilités diverses et aussi équivoque que le mot ressemblance. Et, du

point de vue des faits, comme WRESCHNER l’a bien établi,

d’après de nombreuses expériences, les réactions par contraste paraissent bien être les plus rapides et les plus fréquentes. La réaction par contraste est à la fois une réaction logique, abstraite, qui intervient volontiers chez les adultes et les gens cultivés, et une réaction affective — car la vie affective est régie par le contraste — et par opposition sentimentale, si l’on peut dire, par ébauche de négativisme, de sorte qu’elle se rencontre aussi bien chez l’enfant et Phomme inculte. "a

Pour conclure, nous croyons qu'il faut admettre deux. grandes espèces d'association : la première, l'association par contiguité suppose la nature synthétique de toute expérience psychique et la tendance d’un ensemble à se reconstituer à partir de l’un de ses éléments; e’est une loi de rédintégration. Dans la deuxième (association par ressemblance, et par contraste, de la psychologie classique, et de plus, association selon tons les rapports dont l’ensemble constitue lesprit), c’est le caractère logique ou affectif du lien, qui rattache l’un à l’autre les deux états associés, qui est le principe de Vassociation. La première n’est que mémoire, la seconde, c’est le fonctionnement spontané et automatique de la pensée. Elle n’est point encore jugement, car elle ne fait que proposer des termes et elle peut les proposer en série indéfinie, au lieu que le jugement suppose un arrêt sur des termes donnés, l'affirmation et la croyance. Mais elle est comme lébauche et la préparation du jugement.

L'association, c’est la pensée spontanée eë automatique. Réfléchir ou penser, c’est découvrir un rapport entre des choses données, ou découvrir des choses qui soient entre elles dans un rapport donné : dans tous les cas, penser, c’est apercevoir des rapports. La pensée spontanée opère au moyen de rapports qu’elle n’aperçoit pas. Elle est le jeu naturel des synthèses, sans lequel il n’y'a ni expérience psychologique, ni expérience en général. Mais alors que la réflexion s'efforce de donner valeur objective aux rapports aperçus eb affirmés, la pensée spontanée est guidée par l'attitude ni: par les fins propres du sujet. ;

L'une et l’autre forme d'association, nous allons le voir,

est étroitement liée à l’action. L'utilité nous impose le souvenir des consécutions antérieures : la réaction identique à des situations identiques, le perfectionnement de la réaction : par l’habitude, gouverne notre pensée aussi bien que notre conduite. Notre attitude à l’égard de la situation, le degré et la direction de notre attention règlent le choix, le cours et la valeur de nos associations. En ce sens il est vrai de dire que nous oscillons entre deux plans extrêmes, celui de l’aetion, où nous sommes tout à l’action, et celui du rêve, où, désintéressés ou à peu près, nous assistons au déroulement automatique de nos représentations. Mais sans les dois de lesprit qui sont en germe dans l'association, il n’y aurait ni rêve, ni action, ni cet entre-deux qui est la pensée réfléchie. L’enchaînement des représentations par des rapports divers est l’essence même de l'esprit, et dès que nous dépassons la pure et simple « consécution », comme disait Leibniz, c’est le travail synthétique de lesprit que nous rencontrons, guidé, lorsqu'il s’agit d'association, par l’orientation pratique et par les complexus affectifs du sujet.

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