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LA SÉLECTION DES ASSOCIATIONS. LES FACTEURS DE VARIATION

Les conditions d’évocation. — Nous n’avons encore examiné que les conditions générales de l'association. Il faut expliquer maintenant la sélection des associations : pourquoi, à tel moment, telle évocation au lieu de telle autre. Une partie de . ces Conditions particulières à été étudiée à propos de la mémoire (intensité de l’inducteur, durée et fréquence des présentations, répartition des présentations dans le temps, ordre et rang des présentations, rythme, signification, âge des associations, Concurrence ou inhibition); il se forme ainsi certaines habitudes d'association. Il y à comme une force associative qui prédispose les faits enregistrés à reparaître plus tard. Mais il faut tenir compte aussi du contenu de l'esprit, de la disposition mentale, de Pattitude du sujet. |

Pourquoi le mot racine évoque-t-il chez l’écolier, lorsqu'il

résout un problème, l’idée de racine carrée ou cubique, lors-

qu'il suit un cours de littérature, la vision de Phèdre ou de Britannicus, à la campagne, dans un jardin, celle d’un arbre *?

L'inducteur, à lui tout seul, n’explique pas l'évocation de tel.

ou tel induit.

D’autres causes sont entrées en action qui ont déterminé l’un des éléments induits à reparaître à l'exclusion de tous les autres. Ces causes se ramènent en réalité à une seule. Très complexe, formé d'éléments extrêmement nombretx, difficiles à séparer les uns des autres, c’est le cours général de la pensée du sujet chez qui se produit l’association ; diffus ou concentré, en état d'équilibre instable ou au contraire fortement orienté vers un but précis, il détermine ce choix des associations et leur forme.

Des éléments moteurs, l'attitude psychologique générale, des éléments affectifs, le ton émotionnel du sujet, des éléments représentatifs, les systèmes d'idées mis en action par

le travail intellectuel, les groupes de perception formés par

le milieu extérieur, etc., composent ce cours de la pensée, lui donnent sa puissance, sa coloration, son orientation. On peut cependant, dans cet ensemble complexe, tenter de considérer à part quelques-uns des éléments qui le constituent et les envisager comme des causes de l’évocation.

Il faut distinguer plusieurs facteurs : le contenu de la conscience, le contenu récent, les expériences récentes et encore fraîches jouent un rôle considérable, à côté du contenu organisé, des systématisations qui se sont formées ; c’est ce que Ziehen à appelé l'influence de la constellation ; le complexus émotif : on sait à quel point nos idées et nos images obéissent à nos sentiments qui les choisissent et en règlent le cours ; et enfin l’attitude de la conscience, son degré de tension. ASCHAFFENBURSG à bien montré, par exemple, qu'avec la fatigue, l’association baisse de ton : les relations logiques entre l’inducteur et l’induit s’affaiblissent et l’habitude tend à prendre le pas : l'association verbale et phonétique prédomine. JUNG et RIKLIN ont également établi que tout ce qui trouble l'attention détermine l'apparition d’associations superficielles et augmentation des assonances. On a vu que

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le même fait se produit dans l'excitation pathologique, où il y à, comme corrélatif mental de l'excitation motrice et 1 émotionnelle, une extériorisation particulièrement facile et rapide de la pensée dégradée. SORIPTURE et WRESCHNER ont bien montré que l’action de l’inducteur et le choix de l’induit dépendent de la façon dont l’inducteur est appréhendé eb manié, c’est-à-dire, en somme, de la concentration et de la direction de l'attention. | On sait que l’école de Freud a voulu préciser ces observations très générales et qu’elle s’est efforcée d’en tirer des applications pour la pratique médicale ou judiciaire, Si 4oute la vie psychique, toutes les tendances qui la dirigent ou la suspendent, se reflètent dans l’activité associative, ne sufñit-il pas d’examiner avec soin les associations spontanées où provoquées d’un sujet pour diagnostiquer ses dispositions sous-jacentes ? C’est le principe même de la psycho-analyse, étudiée dans \ un autre chapitre. Beaucoup de nos associations sont des allusions, la manifestation symbolique de pensées venues de notre intimité sentimentale. Pour un observateur habile, quelques mots suffisent à déceler « un complexe ».

- On a tenté d'appliquer à la psychologie judiciaire les données fournies par l'étude expérimentale de l'association des idées. C’est ce procédé, auquel on a voulu demander les preuves de la participation d’un inculpé au erime ou délit dont il est accusé, que l’on à appelé diagnostic judiciaire par la méthode des ‘associations (BINET [B]). Jung et Riklin, Wertheimer, Tôffler ont eu l’idée de rechercher dans le psychisme d’un individu ce qui peut éclairer sur ses actes passés, sans avoir. reCOuUrS à Son aveu. Voici comment on procède : supposons quan individu soit soupçonné d’avoir pénétré dans un appartement, et d’y avoir forcé le tiroir d’une table en ébène, pour y voler des billets de banque ; sur ces billets de banque était posée une médaille de bronze ; sur la table se trouve un perroquet empaillé. Cet individu nie formellement avoir jamais pénétré dans l'appartement en question. T1 y est cependant entré en réalité, et c’est bien lui qui a commis le vol. On présentera à l’inculpé successivement un certain mombre de mots Choisis d'avance ; on lui donnera l’ordre d'y répondre.

le plus vite possible, par d'autres mots. Par exemple les mots présentés seront table, tiroir, billets de banque‘. I s'agit alors de voir si le sujet fait des réponses qu'il n'aurait pas pu faire si la disposition des lieux du délit lui était inconnue. Ainsi, si le sujet fait les associations suivantes : Table, chaise ; Tiroir, armoire :

Billets de banque, argent ; “= il n'y à évidemment rien à tirer de l'expérience. Ce sont & des associations banales qui n’ont rien d’individuel. Mais si le prévenu répond :

Table, perroquet ; Tiroir, ébène ; Billets de banque, médaille, on aura de sérieuses raisons de considérer les réponses comme l preuve que cet individu eonnaît la table en question et en à ouvert le tiroir ! En effet, si les couples billeis-médaille et tiroir-ébène rentrent à la rigueur dans les associations plus ou moins probables et logiquement explicables, il n’y a par contre entre iable et perroquet pas la moindre affinité Sur mille individus auxquels vous présenterez le mot « table » il n’y en à pas un qui y répondra par « perroquet ». Si cette association Si improbable à lieu, c'est que le sujet songe, au moment de l'expérience, à une table sur laquelle est posé le perroquet empaillé. Mais le eontenu du mot induit à bien moins d'importance que la forme de l'association. En effet un accusé peut bien facilement éviter les associations compromettantes et résister à l'impulsion du mot révélateur. « Mais cette répression — qui équivaut à un aveu de culpabilité — se trahira elle-même d'une des façons suivantes : 1° Ou bien le iemps mis à trouver le mot non compromettant sera extraordinairement long, ce qu'il sera facile de constater avee le compteur à secondes ; . 2° Ou bien le sujet ne répondra rien, ne trouvrer& rien ; On s'apercevra qu'il cherche afee plus ou moins d'angoisse; 4. Les mots présentés sont en réalité beaucoup plus nombreur On

présente généralement au sujet une suite d'une centaine de mots formés d'environ 70 à 75 mots indifférents et 2 à 30 mots significabis.

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