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MÉTHODES DE LABORATOIRE ; LA MESURE EN PSYCHOLOGIE

L'idée a priori que les sciences progressent en prenant un caractère mathématique a engagé depuis longtemps les psy-

4. Voir ci-dessous les textes correspondants et la discussion de cette méthode dans le chapitre sur La psychologie zoologique, Traité, IL 635.

, Chologues à rechercher des formules numériques‘. La première tentative en est due à Herbart (De attentionis mensura, 1822; Psychologie als Wissenschaft, 1824) ; elle était toute a priori, et ne paraît plus avoir aujourd’hui qu’un intérêt historique: Mais elle à contribué à suggérer à J.-E. Weber et à Fechner leurs recherches psychophysiques, dont certains résultats

sont encore valables.

#, Les psychophysiciens sont partis de cette supposition (on en verra plus loin la critique) que la sensation est une gran- . deur variable à laquelle on peut, par des conventionsconve- . nables, attribuer une quantité et une mesure. \ Pour cela, on s’appuie sur les deux faits suivants : 10 Toute excitation, pour faire apparaître une sensation dans la conseience, doit atteindre une valeur minima définie, au-dessous de laquelle rien n’est perçu (Principe du seuil absolu). — 29Toute variation de l'excitation, pour faire apparaître à la conscience une différence perceptible entre les deux sensations correspondantes, doit également atteindre un certain minimum (Principe du seuil différentiel).

La méthode psychophysique consiste donc, soit à faire

varier des excitations et à chercher à quels écarts correspond, pour chaque valeur, la puissance de discernement du sujet ; soit à fixer des différences psychiques « estimées égales », et à chercher quels écarts y correspondent dans les excitations. — Les dispositifs expérimentaux admettent une grande variété selon la nature de la sensation à étudier. D Quatre méthodes principales ont été employées dans ce . but: la méthode des plus petites différences perceptibles, la

1. T1 ne faudrait pas cependant assimiler d’une façon complète psychologie quantitative et psychologie de laboratoire. Dans le tableau à double entrée qu'a proposé CLAPARÈDE pour une classification d'ensemble des méthodes expérimentales (voir Bibl., A) il distingue, au point de vue des faits observés, les procédés de réception, de jugement, d'exécution et d’ex- …. pression; et du point de vue technique, il répartit les méthodes en deux * groupes ; les méthodes quantitatives, auxquelles il conserve le nom tra- … ditionnel de psychométrie (Wolff) ; et les méthodes qualitatives, qu’il propose d'appeler psycholexie. À la psycholexie appartiennent par exemple les recherches sur la présence d’une sensation, sur le type imaginatif, sur la Tatbestanddiagnostik, etc. — Mais, sauf l'introspection expérimentale, dont nous avons parlé ci-dessus en détail, toutes ces méthodes tiennent une place minime au laboratoire, en regard des méthodes métriques.

méthode de gradation, ou méthode de Plateau, la méthode des cas vrais et faux, et la méthode des erreurs moyennes. , 10 Méthodes des plus petites différences perceptibles. — Elle consiste à faire varier une excitation E à partir de E, et à noter les accroissements minima nécessaires pour que le sujet reconnaisse une différence entre les excitations E,F,, EE, E, E,,1 Admettant alors que les passages successifs de la sensation S, à la sensation $,, de la sensation $, à la sensation S,, etc. constituent par définition des aceroissements égaux de la sensation, on cherche quelle fonction mathématique peut représenter les accroissements E,—E,, E,—E,, etc., qui sont fournis par l'expérience :.

29 Méthode des gradations moyennes, ou méthode de Plateau. — On prend deux sensations de même nature, mais correspondant à des excitations différant beaucoup en degré; par exemple, au point de vue de l'intensité lumineuse, un carré blanc et un carré noir. On demande alors au sujet de produire ou de choisir lui-même une sensation (par exemple dans une gamme de gris), qui lui paraisse également distante des deux sensations primitives. Entre les trois termes, ainsi obtenus, on en intercale encore d’autres par le même procédé. Puis, lorsque le nombre des termes est jugé suffisant, on mesure la valeur des luminosités ‘correspondant à chacun d’eux. En admettant que la sensation « croît de quantités égales », en passant de chaque terme au suivant, on peutexprimer par une formule numérique lie rapport des deux séries ainsi obte- Dues. :

30 Méthode des cas vrais ei faux. — On prend deux excitations de même nature et différant assez peu de grandeur

£. Fechner pensait pouvoir induire des mesures effectuées que

= , etc., étaient constants ; d'où, en remplaçant les différences finies

par une équation différentielle : 48 = n . : et on intégrant

S = n log E + #.

La sensation varie comme le logarithme de l'excitation.) — De même geur les autres méthodes définies ci-dessous.

, pour que le sujet puisse se tromper sur la question de savoir 1 laquelle est la plus grande (par exemple deux éclairements ou. deux poids voisins). En faisant décroître la différence, on arrive à un point où les réponses sont données au hasar& (50 p. 100 de réponses vraies) ; en la faisant croître, on atteint un pointoùüiln’y à pas d'erreur (100 p. 100 de réponses vraies). Cette méthode permet : 1° de déterminer les H#mites supérieures et inférieures de la région correspondant aux plus petites . . différences perceptibles ; 29 de comparer entre eux deux cou- . ples d’excitations qui donnent exactement le même pourcentage de réponses vraies et fausses, ce qui permet de mesurer avec précision le rapport des différences constituant chaque couple (par exemple E;—E;) avec la valeur initiale de l’excitation correspondant à chacun d’eux (dans cet exemple, E:). 40 Méthode des erreurs moyennes. — Le sujet est chargé de: choisir ou de produire une seconde excitation E,, égale à. ‘une excitation E, ; par exemple, de trouver un poids qui soit jugé égal à un poids donné. L'expérience ayant été répétée un assez grand nombre de fois, on prend la moyenne des erreurs (quotient de la somme des erreurs, prises en valeur absolue, c’est-à-dire abstraction faite de leur signe, par le nombre .. des expériences effectuées). On examine alors comment varie __ cette erreur moyenne avec la grandeur de l'excitation Es. s Les résultats obtenus par ces méthodes ont été critiqués à. » deux pointsdevue:d’unepart, les nombres qu’elles fournissent ne paraissent pas susceptibles d’être interpolés par une formule simple, comme le croyaient Weber et Fechner ; d’autre part, au point de vue proprement méthodologique, on a fait. » remarquer : 1° que la sensation ne satisfait pas aux conGi- | tions générales des grandeurs mesurables, et notamment . ‘ que rien ne garantit l'égalité des plus petites différences deperception ou celle des erreurs moyennes : c’est confondre . une série de numéros d'ordre, a dit M. Ch. Henry, avec une » série de valeurs croissantes d’une même variable ; — 2° que, … | lorsqu'on analyse suivant la méthode d’introspection expé- “ rimentale les résultats obtenus par le procédé de gradation, … on s'aperçoit qu’ils ne correspondent pas du tout à des sensations égales, mais qu’ils expriment des jugements sur les.

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rapports présumés des excitations choisies (FOUCAULT, A, 313) : ce qui réduit l'expérience à constater seulement Pamplitude des erreurs commises dans cette appréciation et le : rapport de cette amplitude avec la grandeur des excitations | mises en jeu. |

Une autre sorte de mesure est celle de la durée (chronométrie psychologique). Comme il s’agit ici en général de temps très courts, dont l’unité descend jusqu’au os (millième de seconde), il faut faire usage d’appareils spéciaux, tels que le chronographe de d’Arsonval, le chronoscope de Wheatstone perfectionné par Hipp*, les enregistreurs à diapason, ete. On mesure ainsi les « temps de réaction », soit simples, soit accompagnés de discrimination, ‘de choix, de jugement, d’opérations mentales plus complexes. Bien que les recherches de cet ordre, tentantes par leur facilité, n’aient pastoujours été conduites avec la sobriété et la critique souhaitables, elles sont en elles-mêmes d’un haut intérêt ; car on sait” que le rythme et la durée sont des conditions essentielles de l’excitabilité physiologique et de la communicæion ou de l’inhibition des actions nerveuses. Par suite, on est en droit d'espérer qu’une correspondance pourra s'établir un jour entre les lois chronométriques des opérations intellectuelles simples et celles des réactions physiologiques correspondantes.

La mesure s’introduit d’ailleurs en psychologie sous beaucoup d’autres formes, dont le caractère général estderattacher les faits qualitatifs à des repères qui permettent de les comparer : « mesure de la fatigue » par la grandeur et la vitesse des réactions ; « mesure de la crédibilité », par le nombre des témoignages vrais et faux donnés sur un fait connu ; «mesure de l’attention » par le nombre des fautes commises dans un

4. Pour le mécanisme et l'emploi de ces appareils, voir les ouvrages de technique expérimentale, par exemple le livre déjà cité de MM. Tourouse -t Prérow, ou le Textbook de Ch. Myers.

2. Notamment par lestravaux de M. Lapicque, professeur à la Sorbonne, sur là « chronaxie » des différents nerfs. Les travaux de l’école de Wurzbourg ont aussi montré comment la vitesse respective des associations était un facteur important dans la manière dont elles s'orientaient.

exercice uniforme (p. ex. celui de barrer tous les A d’une page) ; « mesure de la mémoire » par le nombre des termes . retenus dans une liste donnée ; détermination des lois de l’oubli | par la répétition d’une même épreuve à des dates régulièrement espacées, etc. — Enfin la « méthode d'ordonnance » <onsiste à comparer un classement en série, fait par le sujet, avec l’ordre réel des termes classés ou avec le classement fait par un autre sujet ; on peut obtenir entre ces deux séries un | coefficient de ressemblance unique r au moyen de la formule . de Bravais, qui sert aux naturalistes à comparer les corrélations organiques (CLAPARÈDE, C).

Dans toutes ces méthodes numériques il est très important, mais parfois difficile, de critiquer et de définir d’avanceavec précision le phénomène dont on entend donner la « mesure » : le plus souvent, ce que l’on peut ainsi représenter par des chiffres ne correspond pas directement aux classes de faits que déterminent le langage courant ou les classifications des psychologues. Soit la diminution du temps nécessaire à accomplir correctement un acte complexe, par exemple à imprimer une phrase sur la machine & écrire : appellera-t-on les chiffres ainsi obtenus mesure de l’adaptation, ou de l’habi- | tude, ou de la mémoire ? Et comment considérera-t-on l’enre- . gistrement du nombre d'essais nécessaire pour réussir un d acte difficile, par exemple pour faire mouche au pistolet ? . Inversement, dans ce qu’on appelle « mesure de l’attention », - on peut remarquer qu’il y à deux variables, tout à fait diffé- . rentes, qui viennent se confondre en un seul chiffre : la faculté * d'attention du sujet, d’une part ; et de l’autre, l'effort volon- 1 taire d'attention appliqué par lui à chacune des expériences.

. Une fois l’objet de l'expérience bien défini, il reste encore

pphriens usages possibles des déterminations numériques

ï qu’on aura obtenues, usages qu’il est nécessaire de distinguer

… avec précision :

4 UE Découvrir des lois de la forme y = f (x), comme en phy- “sique ; c’est un idéal; nous ne nous en rapprochons que sur

SRE

90 Déterminer des tests, c’est-à-dire noter avec précision les caractères différentiels d’un individu ou d’une classe d’individus (anthropométrie psychologique) comme on pourrait

le faire pour des tests physiques, tels que taille, poids, force

musculaire, myopie, ete., soit qu'il $s’a isse de comparer entre 2 ?

eux plusieurs individus, ou un individu avec lui-même dans

différents états. — Il est possible de comparer de même la finesse et l'étendue de la perception sensorielle, ia délicatesse et l'exactitude du mouvement, ses formes habituelles, la rapidité ou la perfection d’un travail mental simple et bien défini, et même certains caractères de la mémoire, de la suggestibilité, ete. Les fonctions supérieures et complexes sont naturellement inaccessibles à cette mesure ; les notes et coefficients employés dans les examens, qui sont un essai de tra-

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