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V. notre Conclusion

attentionnel momentané, mais seulement si cet effort est très énergique ; il est ralenti ou accéléré dans le travail intellectuel prolongé, suivant les péripéties et les difcuités de ce travail ! ;

Toutes ces variations sphygmométriques nous paraissent dépendre, non de l’attention elle-même, mais d’un phénomène adventice, accidentellement conjoint à l'attention, et qui ne lui est pas inhérent par essence, le phénomène de effort. 1

Quand on épie un faible son, il se produit d’abord une sus- pension momentanée de la respiration, pour éviter le léger bruit de l'expiration nasale ; puis, toujours par la même précaution, la bouche s’entr’ouvre et l’on respire doucement avec la bouche seule, le voile du palais obturant la voie nasale. Quand elle à les caractères d’un effort, l’attention agit sur la respiration, qu’elle rend superficielle, accélérée, avec tendance à l'abolition de la pause qui sépare les actes respiratoires consécutifs. Ce sont ces modifications respiratoires, qui, selon Fr. Franck, retentiraient secondairement sur la circulation ; nous les croyons d’ailleurs liées, non à l’attention, mais à l'effort.

Après avoir analysé les conditions motrices générales de l'attention, nous devons maintenant considérer les adaptations mot#ices particulières à chaque espèce d’attention.

Adaptations physionomiques et mimiques dans l'attention.

La mimique attentionnelle peut se résumer comme suit. La physionomie, le geste et l’attitude différencient, aux

1. Vascie admet que le travail intellectuel prolongé ralentit le cœur. GLEY attribue cette apparence à l'immobilité musculaire relative et affirme quil y a accélération soutenue du cœur pendant toute la durée du travail intellectuel. Mentz admet qu’au cours du travail intellectuel ka peine et l'attention volontaire accélérent le rythme cardiaque, tandis que le plaisir et l’attention involontaire le ralentissent. Pour départager ces diverses epinions, il nous paraît vraisemblable d'admettre (voir à la conclusion netre distinction entre l'attention et l'effort) que la facilité {plaisir intellectuel peu intense ; possibilité d'attention automatique) laisse le rythme cardiaque se modérer, et qu'au contraire la difficulté, ainsi que les peines et que les plaisirs intellectuels intenses, suscitent une accélération.

yeux de l’observateur : en premier lieu, l'attention et l’inattention ; en second lieu, l’attention externe et l'attention mentale ou interne ; en troisième lieu, diverses modalités de l’attention externe: ils permettent de discerner parfois l’attention externe simplement perceptive de l’attention externe aperceptive ; et en outre, (qu’il s’agisse d'attention externe perceptive ou aperceptive), l’attention visuelle, l’attention auditive, l'attention tactile, l'attention olfactive, l’attention gustative. :

Maïs la physionomie et la mimique ne différencient pas l’attention conceptuelle ni rationnelle, qu’elles soient externes ou internes ; et lorsqu'il s’agit d'attention interne, elles n’apportent aucune indication sur sa direction ni sur sa nature (attention cénesthésique, mnémonique, imaginative, idéative).

Reprenons de plus près chacun de ces points.

Hypertonicité musculaire générale, avec soit des mouve-

ments adaptatifs, soit une immobilité active, voilà le signe

par où l’état d'attention se distingue de la totale inattention. L'absence de toute attention se remarque passagèrement chez le normal, durablement ou constamment chez le débile ou le dément, elle est caractérisée par un manque de ton, un relâchement de la physionomie et de l’habitus.

L’attention externe se signale par une adaptation motrice positive, c’est-à-dire par des attitudes et mouvements effects de direction, d’accommodation, de sélection, d’investigation. Au contraire, l'adaptation motrice dans l'attention interne est généralement ‘ négative, c’est-à-dire constituée par des phénomènes de mise à l’arrêt des récepteurs sensoriels. ‘par exemple, inclinaison de la face, fermeture ou abaïissement des paupières ; dans la contention intellectuelle, rapbrochement des sourcils avec formation de plis verticaux sur la glabelle); et par des phénomènes d’inadaptation (par exemple, dilatation des pupilles, inhibition des réflexes , parailélisme des axes oculaires).

1. U faut faire uneexception pour la fascination auxiliaire dela réflexion.

‘dont il est question ci-dessus; elle se distingue de l'attention externe véritable par la fixité immuable et prolongée de l’adaptation positive.

Les phénomènes de direction, dans l'attention perceptive externe, consistent dans l’orientation d’un segment du corps et de l’organe récepteur en masse, de manière à faire tomber l'impression sur l'organe ; dans l'attention visuelle et dans attention olfactive, la face se tourne vers l'impression ; : dans l’attention auditive, c’est la région temporale qui s'offre; : dans l’attention tactile, la main ou telle autre partie de là peau entre en contact avec l’objet ; dans l’attentien visuelle, lés paupières supérieures se soulèvent, par la contraction du muscle occipito-frontal, avec production de plissements transversaux de la peau du front; dans l'attention auditive, chez les mammifères, l’oreille même accomplit un mouvement de rotation pour présenter l’ouverture de sa conque,

Les phénomènes d’accommodation, dans l'attention per-

ceptive externe, sont des actions adaptatives produites dans l’intérieur de l'organe sensoriel : mise au point pupillo-cristallinienne, mise au point tympanique, ouverture des narines, de la bouche.

. Quant à l’attention aperceptive externe, elle se distingue de l’attention simplement perceptive par des mouvements destinés soit à l'élaboration schématique des images perceptives, soit à la recherche d’informations supplémentaires. pour faire élection des schèmes appropriés. Dece nombre sont les mouvements de convergence oculaire pour la vision stéréoscopique, les sauts et pauses alternants du regard dans la lecture ou dans l'exploration d’un spectacle, les frottements de la palpation, les reniflements du flairement, lesbrassements Hnguaux de la dégustation.

SIKORSKY (44-55) montre, sur des portraits et photographies, que les reflets lumineux jouant sur les cornées contribuent pour beaucoup à donner au regard le vague, la précision, animation. L’œil inattent# est errant, et porte une multitude de reflets désordonnés. L’œil perceptivement attentif est fixé, et porte un seul reflet, clair et distinct. L’œil investigateur (aperception, selon notre terminolosie) porte successivement une série de reflets différents et précis, dont chacun correspond à un nouveau point de mire, l

La base motrice de l'attention selon Ribot.

En 1889, RIBOT (A) n’a pas considéré le sentiment et le mouvement comme deux bases égales de l’attention ; il a subordonné le sentiment au mouvement. A l’aide des mécanismes physiologiques moteuss, il a cherché à expliquer lintérêt.

19 Dans l'attention « spontanée, naturelle », l’adaptation motrice produit l'adaptation mentale. C’est grâce à une orientation des organes de réception et d’action, que la fixation mentale est possible; quant à la fixité mentale, elle dépend de la fixité corporelle ; et l’intensité plus ou moins grande de l’attention correspond à la plus ou moins grande vigueur des actions musculaires de direction, d’arrêt, de protection, d’inhibition. Par suite de la modification de l'attitude physique, par le jeu des muscles, se trouve modifiée la valeur relative des divers faits psychiques, et, sur la trame générale des données inintéressantes, un fait plus intéressant arrive à faire relief. C’est l'adaptation musculaire qui explique et qui crée Pintérét. L'attention sous cette première forme, l’attention naturelle ou spontanée, est donc une fonction biologique, elle traduit l'influence immédiate et utilitaire du corps sur l’esprit.

Notons que cette conclusion de Ribot pouvait être maintenue, même s’il eût admis que la sensibilité, fonction biologique elle aussi, n’est pas une dépendance de la motricité.

20 Quant à l'attention « volontaire, artificielle », elle est «un produit de l’art, de l’éducation, du dressage ». Elle est d’origine sociale. Mais la société ne peut agir sur l’esprit que par l'intermédiaire du corps, une influence morale ne s'exerce que par des intermédiaires physiologiques ; et ces

intermédiaires physiologiques sont moteurs, musculaires.

- C’est en dernière analyse par les muscles et par eux seuls qu’un

fait historique, économique influence l'individu, qu’une sen-

- timentalité en modifie une autre, qu’une pensée pénètre une

autre pensée, que l’âme collectiveimprègnel’âme individuelle.

: Prêter volontairement son attention, c’est attribuer un

intérêt factice à ce qui n’a pas d'intérêt naturel. Pour y par-

venir, il faut « greffer sur un désir naturel et direct un désir artificiel et indirect ». Chez l’écolier, l’application à l’étude parcourt trois phases : appel aux sentiments égoïstes, aux sentiments égo-altruistes, habitude organisée. Et les sentiments, qu'ils soient égoistes ou égo-altruistes, sont fondés sur des phénomènes moteurs ; ils n'existent, ils n’agissent, ils ne sont inculqués à autrui que par les actions musculaires, seul substrat de la sensibilité, et seul moyen pour elle d’être une force active et efficace.

Remarquons ici encore que la doctrine d’après laquelle la société ne peut agir sur l’esprit que par l'intermédiaire du corps pouvait être admise sans faire dépendre du mouvement

musculaire le sentiment, en traitant sensibilité et motricité

comme deux fonctions physiologiques connexes, coordonnées, et non subordonnées, en considérant comme un indispensable intermédiaire somatique le couple indissoluble de ces deux fonctions.

Ainsi ce sont encore les phénomènes organiques moteurs qui conditionnent, selon Ribot, cette évolution psychique par laquelle se constitue l'attention artificielle. Pour fixer volontairement notre attention, nous nous servons d'actions musculaires, en particulier d’actions d'arrêt, d'inhibitions. L’homme qui médite fixe son attitude. De plus, un organetravaille : le larynx ; nous ne pensons guère sans parler, du moins sans esquisser, lèvres closes, l’énonciation de notre pensée. La pensée la plus abstraite a elle aussi une base corporelle, à

savoir, un substrat musculaire, fourni par le langage, fût-il

seulement ébauché. Ribot déclare ne pas comprendre comment une idée pourrait agir directement sur une idée; au contraire,

il constate qu’une idée peut engendrer un mouvement, et,

qu’un mouvement peut à son tour engendrer une idée. Quand : notre volonté s’applique à une idée, c’est grâce à nos muscles :

- que nous réalisons, saisissons, manions cette idée : la volonté n’agit que sur les muscles et par les muscles.

Ici, nous observons que, si l’on tient à donner à la pensée abstraite un substrat corporel, rien n’oblige à le vouloir exclu-

sivement musculaire. Une idée pourrait peut-être aussi agir «

sur une idée par l’intermédiaire d’un sentiment non réductible

des phénomènes moteurs. Et d’ailleurs, nous ne voyons pas pourquoi une idée n’agirait pas sur une idée sans intermédiaire ni sentimental, ni moteur, Le substrat corporel consisterait, en ce cas, en des interactions de ces centres encéphaliques qui ne sont ni moteurs, ni sensitifs.

Quoi qu’ilen soit, voicile résumédela célèbrethèsede Ribot : « L’attention dépend d'états affectifs, les états affectifs se réduisent à des tendances, les tendances sont au fond des mouvements (ou des arrêts de mouvements) conscients ou inconscients. L’attention est donc liée à des conditions motrices dès son origine même » (RIBOT, A,175).

En 1996, RrBOT (B) a reconnu que la théorie motrice de l’attention, telle qu’il avait autrefois présentée, est trop exclusive, et qu'il convient d'admettre l’existence d’une attention antérieure aux réactions mimiques, respiratoires, vaso-motrices. Il n’a pas exposé lui-même les considérations sur lesquelles se fonde cette modification de’sa pensée première.

En voici quelques-unes, que nous proposons, comme Ghee tions au livre de Ribot sur l’attention.

19 Nous avons vu qu’il y à déjà attention sensitive, sous forme de surprise, deux secondes avant la moindre réaction vaso-motrice. On ne peut donc rattacher aux phénomènes moteurs l’acte attentionnel initial ; ils ne pourraient expliquer que les développements ultérieurs de l’attention en perception, aperception, conception, jugement, raisonnement ; encore pensons-nous que la base de ces développements ultérieurs est double : sentimentale en même temps que motrice, et que les réactions vaso-motrices ne conditionnent pas l’attention, mais seulement l'effort ; car l'effort modifie la respiration et, par elle, la circulation ; mais il peut y avoir effort Jans attention, et attention sans effort.

29 Il peut y avoir désaccord entre l'adaptation mentale : l'adaptation physiologique. Nous l’avons montré à propos {le la réflexion avec fascination auxiliaire. Ribot rappelle que HELMHOLIZ l’a indiqué à propos de l’attention à un objet marginal! Il y à conflit entre la vision centrale

1. Hecwaozrz : « L'attention est absolument iadépendante de la position et de l'accommodation des yeux, et plus généralement de inde les

et la vision marginale, en ce sens que l’attention marginale est d'autant plus nette, et peut-être même d'autant plus éten-

due, que la vision centrale est moins captivante. La rivalité de la vision centrale et de la vision marginale nous paraît : être triple ; en premier lieu. elle est sensitive : le centre réti- :

nien jouit d’une sensibilité plus délicate que la périphérie . rétinienne ; en second lieu, elle est motrice : e’est sur l’objet central que l’œil est dirigé et accommodé ; en treisième lieu, elle est affective : l'intérêt peut se porter surtout sur l’objet central ou sur les objets marginaux. Et telle est l’indépendance, et pour ainsi dire la liberté de l’intérêt affectif, qu’il peut s’attacher de préférenceaux objets marginaux, alors qu’il existe un avantage à la fois sensitif et moteur au profit de l’objet central 1.

30 Il peut y avoir absence de toute adaptation motrice,

simple tonus général ou même relâchement musculaire,

lorsque la pensée intérieure est active. Si l’on réplique qu'il existe alors du moïns quelques modifications respiratoires, nous insisterons en distinguant attention et effort? : ce qui retentit sur la respiration pour l’accélérer, la rendre plus superficielle, abréger et même supprimer la pause entre les actes respiratoires, c’est l'effort, et non l’attention. Il peut y

modifications intérieures et extérieures que nous connaissons à ces organes. Elle est tout à fait libre de se porter d'un effort conscient et volontaire sur une portion choisie du champ obscur et indifférencié de la vue. Il y à dans cette observation un fait de la plus haute importance pour une théorie future de l'attention. » W. James (B, 299-300) ajoute : « Ordinairement, sans doute, un objet se trouvant dans les marges de notre champ visuel ne peut attirer notre attention sans nous « tirer les yeux », z'est-à-dire sans y provoquer automatiquement les mouvements de rotation et d'accommodation qui doivent centrer l'image sur la tache jaune, point de sensibilité visuelle maxima. Cependant l'habitude nous rend eapables de faire attention à un objet marginal tout en conservant aux veux une immobilité absolue... C'est par là que dans une salle d'étude un maître peut surveiller efficacement les mouvements d'enfants qu'il paraît ne pas regarder. Les femmes, en général, savent mieux que les hommes

s'entraîner à ce genre d'attention visuelle marginale. »

“4. V. ci-dessus notre analyse des rapports entre la vision marginale schématique et la vision centrale perceptive.

2. NV. ci-dessous un paragraphe consacré à cette distinction, à la con-

<lasion (915).

avoir attention sans effort ; l'attention là plus haute, la plus puissante, la plus efficace peut s'exercer sans effort, et par suite ne pas modifier la respiration, tandis que l'attention la plus basse et la plus inefficace peut s'accompagner d’un effort intense, avec les conséquences respiratoires ordinaires.

Er

49 Dans le tétanos, maladie aiguë, suraiguëé, générale du |

système moteur, la sensibilité et l'intelligence sont parfois

dans un état d’intégrité presque ‘parfaite, le malade demeure capable d’attention au milieu de ses spasmes moteurs : il répond aux questions qu’on lui pose, il reconnaît les objets et les personnes : les phénomènes moteurs ne sauraiént done avoir une importance sensitive ni intellectuelle absokument fondamentale et exclusive.

5° Dans l’intoxication par le curare, l'interruption de la commande des muscles par leurs nerfs laisse subsister intacte 1: sensibilité et l'intelligence ‘. Ici encore l'attention subsiste, alors que le système moteur est tout entier paralysé. Après lélimination du poison, le malade rend compte qu’il entendait, voyait, comprenait, voulait, pendant sa totale paralysie.

Tels sont les arguments que nous avançons contre la théorie première de Ribot et à l’appui des concessions qu'il a plus tard sommairement consenties. Mais tandis que Ribot oppose comme rivales la « théorie sensorielle » et la «théorie motrice » ? et que, dans ses derniers ouvrages, il se borne à faire à l’une et Pautre sa part, au contraire nous proposons de les concilier, en. admettant, ainsi que l’a fait Bain * pour la volonté, un double. . fondement à l'attention : le mouvement, la sensibilité. Il nous. reste à étudier le second.

1. Dans la sclérose en plaques, il y a intégrité relative de la sensibilité. alors que le système moteur est profondément altéré.

2. Rusor (4, 1x) : « On ne me soupçonnera pas d'hostilité envers la théorie motrice que j'ai soutenue, il y a vingt ans, dans un livre spécial ; mais pour être impartial, on doit admettre que la théorie rivale (celle de: W. James, G. Müller, Marillier et autres) renferme un fond de vérité, est suffisante pour quelques cas, non pour tous. »

3. Bain (295) : « J’étudierai d'abord dans ce chapitre préliminaire les. deux éléments fondamentaux composants de la volonté. Voici ces éléments : premièrement, existence d'une tendance spontanée à exécuter les mouvements indépendants du stimulus des sensations ou des sentiments 5

deuxièmement, existence d'un Ken entre l’action présente et le sentimenk. présent qui fait que l'un est sous le contrôle de l'autre. »

L’ATTENTION eu 883

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