Y L'AUTOMATISME DES TENDANCES
Sous divers noms, réflexes, réflexes psychiques, tendances,
automatismes, instincts, habitudes, systèmes psychologiques,
complexus, bien des auteurs ont mis en évidence Pexistence,
chez l’individu vivant et pensant, de dispositions à réagir toujours de la même manière à certaines modifications produites à la surface de son corps. Nous appellerons « réception » cette modification particulière du corps qui sert de point de départ
eb « action » l’ensemble des mouvements réactionnels. Pour
caractériser une tendance, il fahdrait pouvoir décrire avec précision les caractères dela réception, sa nature, son intensité,
sa complexité, l'endroit du corps sur lequel elle doit se pro-
duire, ete., et l’ensemble des mouvements simples ou complexes qui constituent l’action, en choisissant bien entendu les cas où l’action est particulièrement nette et surtout compilète.
Quelques philosophes ont cru autrefois que de telles tendances, nombreuses chez les animaux, étaient rares chez l’homme : William JAMES a justement protesté en montrant que l’homme était supérieur aux animaux justement parce qu’il possédait des instincts et des tendances infiniment plus complexes et plus nombreux. Ces tendances sont, à notre avis, innombrables, et la plus importante tâche de la psychologie devrait être aujourd’hui leur description. On a beaucoup trop vite renoncé à la psychologie descriptive de nos ancêtres et on l’a remplacée par des études qui sont plus positives en apparence qu’en réalité.
Beaucoup de phénomènes psychologiques qui semblent
aujourd’hui très mystérieux seraient facilement expliqués
si l’on connaissait exactement les tendances à une action déterminée qui entrent en jeu, à des degrés divers de développement, dans ces phénomènes. Les sensations élémentaires ne Sont pas autre chose que des réactions simples dérivées des grandes fonctions de l'alimentation, de la respiration, de lexcrétion, de la génération. Pour comprendre le tact élé-
LA TENSION PSYCHOLOGIQUE ET SES OSCILLATIONS Jar
mentaire ou la douleur, il faut étudier la réaction de préhension et la réaction d’écartement ; pour comprendre le sens kinesthésique, il faut examiner cette réaction particulière qui consiste à maintenir le mouvement d’un membre dans une certaine direction en rapport avec l’action commencée, disposition qui est une des premières régulations de l’action. On ne peut comprendre les pensées élémentaires : relatives aux objets, si on ne se rend pas compte que ces notions sont sorties de certaines actions relatives à des réceptions multiples mais coordonnées déterminées par ces objets. Le fait de manger ou d’excréter, la poursuite, attaque violente, la destruction, la fuite, sont des actions simples en rapport avec des tendances fondamentales qui caractérisent tels ou tels objets.
Il est bien probable que la notion si embrouillée de la conscience s’éclaircira, quand on pourra décrire avec précision les caractères des actions conscientes par opposition à celles qui ne sont pas conscientes. La conscience sera un jour comprise comme une réaction de l’ensemble de l'organisme à des réceptions déterminées par ses propres actions; les tendances relatives au « corps propre », analogues aux réactions relatives au corps de nos semblables et distinctes des réactions relatives aux autres corps, ont joué un grand rôle dans les débuts de la conscience. Le langage ne peut pas être compris sans l'étude du commandement et de l’obéissance qui en sont le véritable point de départ. Un nombre immense de tendances diverses sont en rapport avec cette action de parler et cette autre action que l’on peut appeler « l'acte d’être parlé », c’est-à-dire l’action qui consiste à réagir d’une façon toute particulière à la parole en tant que parole.
Pour comprendre ce qu’on appelle l’intelligence élémentaire, il faut connaître un certain nombre de tendances et d'actions relatives aux prémiers objets intellectuels, comme le symbole, le panier de pommes, le portrait, le tiroir de l’armoire, | la place du village, le chemin, etc. Ces actions très caractéristiques n'existent pas chez l’animal, ni chez l’idiot; elles pré-. sentent des modifications curieuses chez le malade; elles sont le point de départ de tous les phénomènes intellectuels.
Parmi ces opérations intellectuelles l’une des plus importantes est celle de la mémoire. On réunit sous ce nom un
ensemble d'actions très remarquables que les hommes ont une propriété particulière des choses, la propriété d’être passées. Peu à peu, et plus tardivement qu’on ne le croit, ils ont appris à construire rapidement, à propos d’un événement, une tendance à une réac-
appris à faire pour s'adapter à
tion particulière, capable d’être répétée plus tard en l’absence de cet événement, quand il n’existe plus et quand il ne peut plus exister. Le plus souvent, cette réaction est une opération dulangage:lasentinelle qui veillaitaux portes ducarapa appris
à réagir à l'approche de l’ennemi non seulement par une réaction immédiatement appropriée comme la fuite ou la lutte,
mais encore par la préparation d’un discours qui pourra être répété plus tard devant le chef en dehors de la présence de l’ennemi ‘. La préparation de cette tendance et de ce discours
constitue la mémoration, et la reproduction de ce discours en
dehors des conditions initiales de sa production est la remémoration. On ne peut étudier les diverses amnésies continues sans étudier les divers actes de mémoration; on ne peut comprendre les amnésies rétrogrades sans connaître les formes et: les conditions de la remémoration.
Bien des actes et des tendances diffcilss à analyser sont, au point de départ, des notions relatives à la vérité, à l'erreur,
au mensonge, à la prévision scientifique, aux arts, à la morale.
En un mot, il y à des actions et des tendances à l’action impliquées dans toutes les notions, et la psychologie doit commencer par l’étude de ces tendances, en les considérant non comme la conséquence mais comme le point de départ de toutes les idées et de toutes les notions. De telles études permettront d'expliquer dans bien des cas la conduite des bommes, elles constituent certainement une des méthodes d'explication les plus fructueuses de la psychologie et de la psychiatrie ?.
1. Sur cette conception de la mémoire, cf. Fes médications psychologarer 4919, IT, p. 272.
2. Ces études sur les diverses tendances considérées d’une manière objective et disposées dans leur ordre hiérarchique ont été l'objet de
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