Psycho-physiologie
La comparaison ne laisse pas que d’être fort instructive, et les dispositions morphologiques mises en regard des manifestations psycho-physiologiques acquièrent alors un sens défini. En effet, chez les animaux anatomiquement voisins des hommes, ces manifestations paraissent bien être de même nature que celles d’un homme quelconque. Les phénomènes de mémoire,
” divers sentiments affectifs, l'amour maternel, par exemple, si bien étudié par À. GIARD (1905),se présentent sous des aspects rès comparables dans tous les cas; et il n’est pas jusqu’à certaines opérations plus spécifiquement intellectuelles dont on ne trouve, toutes choses égales, des marques évidentes.Chacun a pu observer chez le chien des actes qui procèdent d’une association d'images touchant de près au raisonnement; et nous avons observé (RABAUD, A.) une pie qui parvenait à ravir le morceau de viande qu’un chat tenait entre ses griffes. À ce point de vue, tous les degrés se peuvent rencontrer entre l’homme et divers groupes de Vertébrés actuels ; ceux-ci affectent des rapports analogues avec d’autres animaux, de sorte que nous parvenons à concevoir, de proche en proche, d’étroites
- relations entre les êtres vivants, sans en excepter aucun. Quelle est exactement la nature de ces relations ? La similitude des manifestations essentielles ne sauraït provenir que de l’existence de propriétés communes, et il s’agit incontestablement d’une similitude dans la constitution générale des substances vivantes dont sont faits les divers organismes ; cette similitude à son tour implique la similitude d’origine ; elle implique aussi, en une certaine mesure, la filiation. Aucun document, il est vrai, ne nous permet d’établir une filiation précise entre tels et tels animaux. À cet égard, la superposi-
tion stratigraphique ou la comparaison anatomique ne four-
| nissent pas d'indication meilleure que la comparaison psycho-
: physiologique. Il se peut qu’un lien de parenté unisse entre
eux tous les êtres vivants, car il re faut point douter que la diversité des formes et des. fonctions actuelles, loin d’être une diversité originelle, résulte de transformations nombreuses et complexes. Maïs cette parenté qui engloberait l’ensemble des animaux et des plantes n’est ni évidente, ni même probable. Il n’est guère admissible, en effet, que l’apparition de la substance vivante sur la terre ait eu lieu en un
seul point et une seule fois et que tout ce qui existe soit sorti
…. de cette masse initiale. Il est beaucoup plus vraisemblable
- que des masses isolées ont été constituées d’une manière
. indépendante en divers points du globe, puisque, au moment
- ‘ où les conditions de cette production existaient, elle parais-
sent avoir existé sur toute la surface terrestre. On admet, ert effet, avec PFLÜGER (1875), que la synthèse des premiers éléanents de la substance vivante n’a pu se faire qu’à une époque où la température atteignait un degré très élevé et où l’atmosphère était saturée des vapeurs d’une série de corps actuellement liquides ou solides. Les synthèses successives qui ont finalement abouti au protoplasma se sont effectuées à mesure que la température s’abaissait.
Mais, en même temps, les conditions devenaient difrérentes, en raison même de la différence des latitudes, de sorte que les synthèses ont donné des résultats très analogues, mais non identiques. Du moins, celles de ces synthèses qui ont persisté ont entre elles une analogie suffisamment grande pour qu’il soit actuellement impossible de séparer avec quelque certitude des lignées autonomes. |
Suivant toute vraisemblance, nous n’avons donc pas aujourd’hui sous les yeux les diverses étapes d’une évolution d’un seul tenant, mais bien plutôt les rameaux infiniment multipliés de troncs nombreux, entre lesquels n'existe d’autre parenté que la communauté des matériaux dont ils sont faits. Préciser davantage et désigner nommément tous les termes des séries concomitantes ou successives dépasse nos possibilités actuelles. Aussi bien l'intérêt de généalogies parfaitement authentiques semble-t-il assez limité. Ne suffit-il pas de savoir, en toute certitude, que ces généalogiesexistent, qu’elles ont pour point de départ des substances vivantes très semblables entre elles quant à leurs propriétés fondamentales, et telles que les manifestations générales des êtres les plus divers, l'homme y compris, sont de même nature ?