‹ Traité de psychologie 1923Chapitre 24 sur 237 · IT L'ÉVOLUTION HUMAINE · texte numérisé non relu

IT L'ÉVOLUTION HUMAINE

4. Relations des singes avec l’homme et des races humaines entre elles.

Ainsi, l’homme ne possède rien que ne possèdent les autres corps vivants. Partout et constamment l’analyse conduit à retrouver, sous les variations de détail, les manifestations

ii L'HOMME DANS LA SÊRIE ANIMALE 65 %

essentielles, S'£ y à quelque part une différence, elle est dans la complication plus ou moins grande de ces manifestations, qui traduit une complexité corrélative dans les rapports des parties constituantes.

Dans cette complexité anatomique même existent des degrés que l’on mettrait volontiers en série. Constituent-ils , autant d’intermédiaires génétiques conduisant pas à pas de certains Mammifères physiologiquement les moins complexes jusqu’au plus complexe, l’homme ? Pourrons-nous, en d’autres termes, dresser, pour le cas particulier de LRO un rameau isolé de l’arbre généalogique que nous n’avons pu dresser dans son entier ?

É DARwIN le premier, puis HÆCKEL, HUXLEY après eux se ” sont efforcés de rattacher les hommes aux singes et ceux-ci aux autres Mammifères. Le passage morphologique de ! l’homme aux anthropomorphes ne laisse place à aucun doute. A bien des égards, l’homme se rattache aux singes a catarrhiniens, le Gorille et le Chimpanzé d'Afrique, l'Crang ou le Gibbon d’Asie : il en a le nez étroit, le conduit auditif osseux allongé, la dentition, la forme d placenta, mais il a le crâne plus large, le thorax moins développé, les membres inférieurs plus longs et les supérieurs plus courts. Quant au crâne, cependant, et à l’attitude, il se rapproche- | rai davantage du Gibbon. Aucun d’eux ne représente évi- L demment la forme ancestrale, et de ces ressemblances étroites, aussi bien que des différences, nous devons conclure | avec HÆCKEL (1900) que l’homme et les anthropomorphes | sont autant de rameaux divergents d’une souche commune. Ici, nous ne savons plus rien, parce que les documents com- plets ont à jamais disparu et nous en sommes réduits à nommer Prégibbon cet ancêtre commun dont nous ignorons tout. On ne peut cependant douter que cet ancêtre à existé et la formule du pithécomètre de Huxley en fait une nécessité . logique : les différences anatomiques séparant l’homme ét | gorille et du chimpanzé sont moins grandes que celles qui séparent les anthropoïdes des autres singes.

Essayerons-nous maintenant de descendre davantage et üc … chercher les relations des catarrhiniens avec le reste de Pani-

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malité ? Darwin, puis Hæckel font ressortir les ressemblances

“morphologiques des singes anthropomorphes avec les Lémuriens; ils rattacheraient ceux-ci aux Marsupiaux et ces derniers aux Monotrèmes. Mais il s’agit là d’une fihation imaginaire sur laquelle il n’y à pas lieu d’insister. ;

Si, en voulant redescendre, nous nous perdons dans le vague de documents imprécis, pourrons-nous du moins mettre en série les divers fossiles humains actuellement connus et, pour eux, établir une filiation voisine de la réalité ? La découverte du Pithécanthrope (Dubois, 1894) à paru apporter un important élément de discussion ;: HÆCKEL considère ces débris (calotte cranienne, fémur, quelques dents) comme appartenant à un être intermédiaire entre les singes et l’homme. Il n’est pas douteux, en effet, que, morphologiquement, ce ne soit un intermédiaire ; stratigraphiquement, Dubois le plaçait à l’époque du pliocène, les recherches récentes entraînent à le considérer comme beaucoup plus récent : du quaternaire ancien (mission SELENKA, 1911).

À la même époque vivait une race humaine déjà plus différenciée, représentée par les fossiles de Neanderthal, de Spy, de la Chapelle-aux-Saints, de la Quina. Quant à A -ci, de l'étude très complète de BoULE (1913) il résulte assez Clairement que les hommes qui la composaient présentaient des particularités nettement pithécoïdes, dans leur taille courte, le développement de leurs orbites, leur face proéminente à la manière d’un museau, leur menton rudimentaire, leur colonne vertébrale dénotant une attitude bipède non verticale, s’opposant à une énorme capacité encéphalique (chiffre moyen : 1400). Ce type paraît s'être éteint, lui aussi, sans laisser de descendants directs. |

Pr contre le crâne de Piltdown (Dawson, 1912) présente de grandes analogies avec le crâne de l’homme actuel. On avait tout d’abord rapproché du crâne de Piltdown une mandibule trouvée dans le voisinage et dont les caractères simiesques très accusés formaient avec le crâne un ensemble troublant. Mais BOULE, puis MILLES (1915) ont reconnu qu’il s'agissait d’une mandibule de chimpanzé. Ce crâne de Piltdown appartient à une époque antérieure à celle de la Cha-

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pelle-aux-Saints et semble contemporain de la mandibule humaine découverte à Heidelberg (1907); tous deux appartiennent à un rameau distinct de ceiui de Neanderthal.

En somme, on voit combien vagues sont ces éléments de connaissance ; nous ignorons l’essentiel des phases intermédiaires de l’évolution de l’homme. Libre à chacun d’établir une reconstitution hypothétique, à la condition qu’il comprenne l’inutilité de cette reconstitution. L'intérêt n’est pas de plonger dans un passé définitivement fermé à toute investigation profitable. Nous en savons assez pour pouvoir afirmer, en toute certitude, que des formes diverses, anthropoïdes ou pithécoïdes, ont dérivé, en ramification divergente ou en filiation continue, d’autres formes animales et que la dérivation se poursuit nécessairement jusqu’à des formes initiales remontant aux premiers âges de la terre. Par là devient légitime tout procédé d’étude qui prétend examiner l’homme comme un animal quelconque.

# 2. Le développement morphologique et psychologique de l’homme.

A défaut de la succession des formes, ne pourrons-nous tout

au moins connaitre le déterminisme de l’évolution humaine ?

A ce point de vue, les hypothèses les plus diverses ont été émises, dont aucune ne repose sur un fondement solide. Certains ont cru découvrir un enchaînement causal entre la station debout, le développement intellectuel et le langage articulé. Selon Darwin, la station debout résulterait de l’obligation de vivre à terre imposée par des conditions locales à

des êtres arboricoles. Une fois obtenu, ce mode de station aurait persisté en raison des avantages qu’il procure : « ce . nouvel état leur permettait de mieux se défendre avec des pierres ou des massues, d'attaquer plus facilement leur proie, ou de se procurer autrement leurs aliments ». Dès lors, n'étant plus assujetti à l’obligation de mordre et de déchirer, le travail des mâchoires et des dents se trouvait, en consé- - quence, sensiblement diminué : celles-ci auraient subi une . réduction marquée. Corrélativement, les muscles, les muscles

temporaux notamment, auraient diminué, le crâne > aurait

pu s’agrandir et avec lui le cerveau. ANTHONY a cru fournir ne

ane démonstration expérimentale de ces vues de Darwin en. &S pratiquant, chez de jeunes chiens, la section du temporal. ip aurait ainsi constaté l’expansion de la cavité cranienne,

surtout manifestée par l'effacement des empreintes cérébrales à la face interne de la calotte. Et cela seul suffirait à montrer la valeur propre de ces expériences et de l'hypothèse de Darwin.

En réalité, la marche des phénomènes est exactement

inverse de la marche supposée, en ce qui concerne le crâne et le cerveau. Loin que l'expansion de la cavité cranienne détermine l'accroissement de l’encéphale, c’est l’encéphale qui refoule devant lui les parois de la boîte cranienne. Celle-

ci, nous l’avons montré par des faits (RABAUD, B ; 1906), cède

avec une facilité relative, en dépit des muscles qui prennent

insertion sur sa face interne ; son extension demeure limitée

à la poussée qu’elle supporte, sans que la résistance qu’elle oppose limite en aucune façon la croissance du cerveau.

Inversement, si par l’accumulation de liquide, le crâne aug-

mente en tous sens, le cerveau ne s'accroît pas pour cela ; la voûte cranienne peut même faire défaut sahs que son absence retentissesur le volume encéphalique. Dans l'expérience citée, du ie sile volume du crâne à vraiment augmenté, le cerveau n’a point suivi, puisque, justement, les empreintes sont effacées. Les consolidations précoces des sutures apportent, dans le même sens, un précieux contingent de faits démonstratifs : en dépit de la consolidation, la croissance du cerveau ne cesse pas un instant d’exercer sur la paroi cranienne une poussée suffisamment forte. Si la consolidation n’est que partielle et que les parois cèdent dans un sens, il en résulte un crâne de forme spéciale, symétrique (scaphocéphalie, acrocéphalie) ou asymétrique (plagiocéphalie). Si la consolidation est à peu près généralisée, la poussée cérébrale finit, cepen-

dant, par faire céder la paroi en un point très localisé : une

partie d’hémisphère passe ainsi en dehors de la cavité cranienne soit en avant, soit en arrière, soit par côté : telle est. l’origine de la Aou des exencéphalies.

Si, au lieu du crâne, c’est le cerveau dont la croissance s'arrête, ainsi qu’il advient chez les microcéphales, les os de la voûte demeurent appliqués sur l’encéphale, sans que les fontanelles ni VE sutures se consolident d’une manière bâtive. Prada Les causes de D ition psychologique de l’homme ne a : résident done pas dans ces actions mécaniques. Cette évolution, , d’ailleurs, ne saurait être simplement liée à la complica- ‘ tion anatomique du cerveau, ni à l'accroissement de sa Fi substance. Si la quantité joue un rôle indéniable, la qualité autant que la struc$ure interne interviennent pour une part très importante. On ne peut pas ne pas être frappé par le volume du crâne des hommes le plus récemment erhumés : celui de l’homme de la Chapelle-aux-Saints (1600) dépasse là moyenne des crânes actuels (1300), supériorité d’autant plus remarquable que, relativement aux hommes modernes, la taille de l’être dont il s’agit est nettement petite. Et cependant, en dépit de cette quantité de substance cérébrale, l’in- . dustrie de cet être révèle une mentalité tout à fait rudimentaire et qui affecte des rapports certains avec la constitution de son cerveau. Cet animal humain, en effet, différent à la fois d’un singe et d’un homme contemporains, possédait un cerveau dont le lobe frontal était assez réduit, si l’on en juge par le surbaissement de sa calotte cranienne ; cette dis- position morphologique traduit évidemment une certaine structure et, partant, une certaine qualité de substance. Les autres fossiles humains donnent des indications semblables | et suggè-ent avec force cette idée que, si, dans l’évolution

cérébrale, la quantité de substance entre en ligne de compte, sa qualité doit être également envisagée. Or, la richesse des

À circonvolutions, leur complication superficielle résultent 1 plutôt, semble-t-il, de la quantité que de la qualité de subs-

. tance. Et nous ne savons rien des phénomènes qui ont amené les hommes au point où ils se trouvent aujourd’hui

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