CONCLUSION GÉNÉRALE
Le travail d'analyse poursuivi dans les centres nerveux J ; par les anatomistes et les physiologistes à donc abouti pré-
4 : % sentement à reconnaître la nature, les formes, les agencements divers de l'élément fondamental, le neurone, à discerner aussi, contrairement aux conceptions d’homogénéité, des
différenciations topographiques et des différenciations fonc-
tionnelles.
Dans le cerveau, les fixations topographiques procédèrent
moins de la recherche galénique de l'usage des parties,
anciennement déjà si fructueuse à l’égard des centres inférieurs, que de constatations de faits opposés aux doctrines régnantes. C’est ainsi que Broca fut conduit à localiser eftec-
tivement le premier une faculté dans un territoire cérébral,
que Fritsch et Hitzig découvrirent certains points d’excitation corticale que, « pour abréger », ils appelèrent «centres ». Puis, cette conception anatomo-physiologique de «centres », étayée par expérimentation sur des animaux supérieurs, fut, relativement à l’homme, étendue par la méthode anatomoclinique ; et cela, il est vrai, non sans certains excès qui paraissent résulter de l'interprétation abusive soit d’observations cliniques incomplètes et surtout insuffisamment contrôlées par des examens anatomo-histologiques, soit de cas où les lésions cérébrales étaient trop étendues ou sans limites précises.
L'on vient de voir, par contre, à quelle richesse de difté-
renciations rigoureuses sont parvenues les dernières recher-
ches d’architectonique.
Or, mieux que d’une telle conception topographique de « centres », cercles ou sphères où se cantonneraient des foyers d'élaboration et d'émission, l'étude physiologique qui vise
directement à l'identification de fonctions s’accommoderait plutôt, comme l’a bien expliqué Morat, de la conception |
de «systèmes » où se joueraient les diverses fonctions « Systé-
matiques ».
Quant aux fonctions proprement « élémentaires », sauf le
cas particulier de certaines aires dites motrices où, comme . dans les noyaux des nerfs moteurs, l’on arrive de manière très
approchée à atteindre de pareilles fonctions, elles ne peuveñt
. en général être que présumées.
Ainsi l’analyse aboutit à reconnaître
198 NOTIONS PRÉLIMINAIRES ee A A et
19 Des éléments spécifiques, morphologiquement bien diftérenciés, auxquels appartiennent sans doute des fonctions élémentairés spécifiques propres qu’il est encore difficile de définir physiologiquément ;
20 Des petits organes ou systèmes homogènes, ot par l'addition d'éléments de même catégorie suivant une répartition topographique bien définie, dont on peut dire déjà qu'ils prennent part à telle fonction, motrice, sensible, sensorielle, d’association, sans toutefois définir strictement le mode ét le degré de cette participation ;
39 Des grands systèmes, formés d'éléments de catégories diverses et aux connexions multiples, impliqués dans de grandes fonctions ; si là définition de ces fonctions peut physiologiquement atteindre à une certaine précision, la reconnaissance des limites de tels systèmes reste topographiquement incertaine.
À mesure, en effet, que les fonctions deviennent plus élevées et plus compréhensives, cette progression ne s'appuie pas seulement sur un accroissement en quantité par addition d'éléments, mais sur un enrichissement en qualités par le jeu äe plus en plus complexe des connexions synaptiques.
Le système nerveux synaptique, comme nous l’avons précédemment exposé, s’est substitué au système diffus primitif pour assurer l’intégration de l'individu. ,
La conception du rôle d'ensemble ainsi rempli par le système nerveux et plus strictement par le cerveau dans lindividu considéré non plus comme un pur agrégat, mais comme une colonie, une société d’éléments, ne trouve guère son
expression et sa formule que dans des comparaisons qui font
image, dans des représentations allégoriques. «La substance grise et blanche du cerveau», disait MEYNERT,
«ne peut être comparée qu’à un groupe social d’êtres vivants M
animés. La forme et l’ordre suivant lequel cette colonie D.
FOGRAS a cellules se range dans l'écorce cérébrale est une dis- ‘à |
s’en emparer. Le corps est une sorte da propriété À ; exelusive et incontestable de la colonie. Au dehors de l'épi-
derme, s'étend jusqu'aux étoiles le domaine illimité de ce qu’on nomme le monde extérieur, le domaine de Pimage du monde dont cette colonie se rend maîtresse pour la contemplation et pour Paction. » |
Sous réserve de maintenir à sa juste valeur un pareil mode d'expression, l’on pourrait dire, en effet, que le cerveau joue, dans lindividu considéré comme Etat, le rôle de l’armée.
C’est une armée qui s’est emparée du pouvoir, qui répit l’ordre à Pintérieur, qui à l'extérieur assure Ja défense, con- Goit et réalise les entreprises de domination.
Constituée d'unités, assemblage chacune d’éléments uni-
formes, groupées en armes et en services qui suffisent déjà aux Opérations locales, mais surtout Coopèrent en liaison à l’action générale, cette armée fonctionne par voie hiérarchique selon une discipline stricte qui règle l'exécution harmonieuse et pure des ordres.
L’armée, éclairée par les récepteurs et particulièrement par les récepteurs à distance, prend ses dispositions tactiques. Elle se tient sur ses gardes pendant le sommeil (cf. Mosso, cité par TOURNAY, 79). Elle est soumise à un entraînement de chaque instant. Héritière de traditions, instruite de l’expérience acquise, elle apprend à anticiper et à prévoir. Esfn,
elle possède la capacité de S’adapter aux conditions nouvelles et de se perfectionner pour maintenir et accroître ga domination.
« Une certaine part d’une telle domination », écrit SHER- | RINGTON, «est son héritage ancestral ; sur elle est basé son droit inné de réussir dans la compétition pour l'existence. Mais les facteurs et éléments de cette Compétition changent dans le détail à mesure que l’histoire de la terre progresse. La créature à besoin de se réajuster partiellement pour maintenir ga place propre dans la lutte. C’est seulement par une modification continuelle de ges pouvoirs ancestraux pour s’accommoder au présent qu’elle peut accomplir ce qui est sa destinée..., à savoir l’extension de sa domination sur ce qui Pentoure. Pour cette conquête, son cerveau est ga meilleure épée... »
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Nora. — Le lecteur trouvera dans les ouvrages marqués d’un astérisque (‘) toutes les indications bibliographiques complémentaires.