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RÉACTIONS VITALES ET ACTE PSYCHIQUE

Le critère de la conscience récusé, comment définir le fait psychique ? En biologie, la doctrine de l’évolution à permis l’analyse des fonctions les plus complexes par l'étude du phénomène dès son origine, c’est-à-dire dès son apparition première dans la série animale. Car le développement de individu risque d’emméêler et d’obseurcir la progression ordonnée, régulière et véritablement évolutive de la fonction.

Bien qu’elle soit la raison d’être dynamique de l'organe, entre les deux l’équilibre peut être momentanément rompu. Le fœtus de l’homme possède un système nerveux déjà très supérieur, par Sa masse et sa structure, à celui de toute autre espèce animale ; OT c’est pour lui que l’usage en est le plus tardif. Avant de servir à la fonction, ses gestes encore incoordonnés et tortuits traduisent l'excitation des centres pour eux-mêmes (Prever) ; ils peuvent dépendre d’une particularité anatomique, par exemple de la myélinisation plus ou moins précoce de certaines fibres d'association ou de projection. Et il n’est guère vraisemblable que cet achèvement de structure ait été, si peu que soit, influencé par des tendances ou nécessités fonctionnelles.

Aussi faut-il s'adresser d’abord à des séries animales, où le soudain éveil d’acquisitions héréditaires ne risque pas de se mêler sans cesse aux termes régulièrement progressifs d’une fonction qui se développe.

L'objection classique à la psychologie comparée c’est . l’inévitable tendance qu’aurait l’homme de faire l'animal à son image. Fe

Mais l'œuvre d'un Læg n’est pas celle de Grandville, pédantesquement traduite en termes abstraits. it

Les dessins du caricaturiste sont très exactement conformes à l’esprit des interprétations courantes, qui faisaient de l’histoire naturelle une sorte de miroir, sur lequel chaque espèce animale refléterait quelqu'un des traits, dont l’homme à coutume de composer son propre visage. La tentative de Lœb, un des initiateurs de la psychologie animale, est diamétralement inverse. De tous il est celui qui à essayé de pousser au plus loin la réduction des réactions vitales à des processus physico-chimiques.

Les êtres vivants lui paraissent assimilables à des machines chimiques, qui seraient essentiellement composées de matières colloïdales. Les modifications qui s’y produisent n’échappent pas aux lois qui régissent les mêmes phénomènes quand ils s’accomplissent dans k nature inanimée ; il peut en résulter des mouvements d’appétition ou de fuite en présence d'agents favorables ou nuisibles ; mais ces réactions utiles r’impliquent pas nécessairement un choix, une conscience, un Processus complet de sensibilité, discrimination et volonté. |

Le postulat de BALDWIN qu’il y à intelligence, tout du moins élémentaire et diffuse, dès qu’il y à adaptation d’un organisme à son milieu, est en effet inutile. Ce qui existe doit pouvoir exister, ainsi que Auguste Comte l’a fait depuis longtemps remarquer ; l'accord du fait et de ses conditions est une nécessité logique, le contraire une inconcevable absurdité ; accord du milieu et des existences qui s’y développent n’a rien de merveilleux ; il ne suppose pas à toute force une intelligence, — sinon celle du savant qui sait en découvrir le mécanisme. ï

L'existence du psychisme ne peut donc être l’objet d’une induction & priori. Son apparition doit être connue à des signes spécifiques, qui rendront vaine la tendance qu’à Phomme de supposer dans tout geste animal l'intention, la délibération, le choix, dont lui paraissent s'accompagner ses Propres actions, et seulement, d’ailleurs, les plus relevées d’entre elles.

L'activité d’un organisme peut tenir, comme son dével OP:

pement cellulaire, à des conditions physiques très générales. Le degré d'humidité, un des facteurs importants de la parthénogenèse, régit également les manifestations vitales de cersaines espèces animales. Par déshydratation progressive, ainsi que Giard l’a montré, des mollusques peuvent être conservés cinq ou sept ans à l’état de vie ralentie : il en 4 été transporté à sec de Cochinchine à Paris, qui remis dans l’eau sont entrés en reviviscence. L’anhydrobiose également se traduit par du sommeil, suivant les cas, hivernal ou estival ; car la gelée comme la chaleur peut être cause de sécheresse ; ainsi voit-on, en dépit du froid, des mollusques ramper sur la neige : un peu de pluie les a réveillés, en les humectant. La teneur en eau suffit encore à changer le signe des manifestations vitales : vient-elle à diminuer, d’excitant l’effet de la lumière devient inhibiteur, ou de positif le phototropisme se fait négatif. La concentration saline du milieu, la présence | d’acide carbonique et de produits divers de la décomposition organique sont cause de variations semblables; mais si complexes que soient ces conditions, une fois donné le champ de forces, l'orientation de l’animal y est constante et identique — simple détermination physique, éropisme, sans choix ni conscience.

Suffirait-il d’avoir constaté une infraction à ces effets tout mécaniques pour saluer l’avènement du facteur psychique ? Pas encore. Qu’un changement d'intensité dans la cause aboutisse à l'arrêt ou au renversement du processus en cours, qu’une modification d'éclairage, une variation dans l’inclinaison du sol fasse soudain rétrograder l'animal, cet effet résulte bien de la brusque intervention d’une différence : c’est

‘un phénomène de réactivité différentielle. Mais la réaction est toujours automatique, invariable, aveugle : elle se pour- suit, le mouvement persévère et se continue dans le même sens alors que la cause de cette fuite apparente vient à lui . faire face. Dans un cristallisoir, où diffuse une goutte d’HCI, des animalcules se dérobent comme s'ils voulaient éviter un contact nocif : simple apparence, atteints par derrière ils n’en réagissent pas moins par un mouvement de retrait, c’està-dire qu’ils pénètrent d'eux-mêmes dans la zone dangereuse.

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: L'indépendance vis-à-vis du milieu n’est pas elle-même l’indice d’une causalité psychique. En aquarium des espèces littorales conservent de leur ancienne adaptation au rythme . des marées une activité à périodes régulièrement alternées (BOHN, 149). La persistance de ces phases, malgré leur inu-

tilité présente, montre bien que le « transport de la force

productrice des mouvements de l'extérieur à l’intérieur de

.- l'animal », suivant l’expression de Lamarck, peut avoir pour

simple résultat de superposer déterminismes sur déterminismes. Autonomie ne signifie pas Spontanéité ; la complexité des effets, alors même qu'ils paraîtraient défier l'analyse, ne peut faire qu’ils soient imputés à une conscience comme à leur source et à leur cause : ce serait faire de notre ignorance la définition du réel.

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Ni tropisme, ni réactivité différentielle, ni automatisme fonctionnel : qu'est-ce donc qu’un fait psychique ? Une Patelle : sur un rocher, tâte de directions différentes, puis s'arrête, ayant retrouvé l'orientation d’une de ses fixations précédentes. Ce fait s’expliquerait, suivant L&B, par la mémoire associative qui, selon d’autres, d’ailleurs, ne consiste qu’en simples réflexes conditionnels. Mais, dans l’une et l’autre hypothèse, la réaction n’est plus la conséquence exclusive et immédiate des circonstances. Elle se produit dans le présent en vertu d’une situation passée. Suivant la première interprétation, elle serait déterminée par une similitude de perception, par une sorte de réminiscence, par un embryon de représentation, Suivant la seconde, par le simple fait d’une association sntérieure entre certaines des circonstances actuelles et le stimulus dont elle dépendait primitivement. C'est là, de toutes façons, l’ébauche d’une double relation dont le psychisme paraît appelé à développer l’étendue, la complexité et l'efficacité. Re'‘ation dans le temps et relation dans l’espace : quelque chose s'ajoute à l’ensemble des cir-

4. Il est bon de noter que d'après les expériences de Piéron la Patelle présenterait une mémoire déjà trés complexe. (Cf. Traité, II, 686.)

218 NOTIONS PRÉLIMINAIRES nor, ;

constances actuelles, et c’est l'action sur l'instant présent d'états passés et périmés, qui trouvent leur symbole dans le fait psychique ; mais il n’est quelque chose dans le moment présent qu’en soutenant avec l’ensemble des forces actuelles un rapport effectif. Voilà ce qu’il représente dans son indissoluble unité : c’est la fonction dont témoignent l’organisation nerveuse et le double système d'association et de projection qu'y à reconnu Pilüger.

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