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LE TON AFFECTIF DES SENSATIONS

On à vu (320) que le ton affectif est constitué par le

caractère agréable ou désagréable des sensations. Il faut se garder de confondre le caractère désagréable d’une sensation et la douleur ; une couleur, un son, une saveur, une odeur peuvent être déigréa bles. , ils ne sont jamais, à proprement parler, douloureux. (V. Traité, T, 417). NE

Le ton affectif à été parfois ME comme une propriété, comme un élément de la sensation. Cette doctrine, prise à la lettre, est difficile à défendre. Si le ton affectif était une propriété de la sensation au même titre que l'intensité, par exemple, on devrait pouvoir lui trouver dans l’appareil nerveux affecté à la sensation un substratum anatomique, ou, tout au moins, indiquer dans cet appareil un phénomène physiologique qui lui corresponde. Or, rien de tel n’est possible.

Souvent, d’ailleurs, le caractère agréable ou désagréable d’une sensation dépend non de la sensation elle-même, mais des idées associées à cettesensation: ainsi, les couleurs chaudes pourront paraître plus agréables que les froides parce qu’elles évoqueront plus ou moins confusémentl’idée de lachaleur, celle

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de l'été, tandis que les couleurs froides évoqueront celles du froid, de l’hiver. ; WUNDT a fait cette remarque que le ton affectif ne se produit jamais seul, qu’il accompagne toujours quelque sensation, ce qui impliqueraït qu’il est bien une propriété de la sensation. Mais cette remarque est-elle tout à fait juste ? On peut en douter. Il nous arrive, en effet, de nous trouver dans une

* disposition d’humeur agréable, sans que notts puissions ratta-

cher le sentiment que nous éprouvons à aucun objet, à aucune sensation définis. Dans de tels cas, il semble bien que

quelque chose d’analogue au ton affectif se manifeste isolé-

ment. Des dispositions tristes, colères, parentes du désagréable, peuvent exister de même sans objet.

Le ton affectif apparaît donc comme quelque chose de distinct de la sensation et qui, en réalité, lui est eonsécutif. I1 est lui-même une sensation particulière.

On peut se demander si cette sensation est spécifique ou non. Si on admet qu’elle est spécifique, cette question se pose, à laquelle on ne peut répondre : Quels sont les organes de la sensation d’agréable et de celle de désagréable ? |

Il est plus facile de défendre la doctrine qui fait du ton affectif une sensation non spécifique. Cette sensation sera considérée alors comme résultant d’excitations musculaires, sécrétoires, etc., qui sont la conséquence des sensations qualifiées d’agréables ou de désagréables. Supprimons les réactions

motrices que provoque ordinairement la douleur, comme ‘ lorsque nous faisons des expériences sur cette sensation, et le

caractère désagréable de la douleur disparaît, en effet, ou du moins s’atténue considérablement.

On pourrait facilement soutenir, relativement à l’agréable

| let au désagréable, une doctrine analogue à celle que W.

James et Lange ont proposée pour les émotions; d’ailleurs,

Jil est souvent difficile de distinguer l’agréable et le désa- gréable d’émotions comme la joie, la colère, la peur ou de

Phénomènes parents des émotions tels que laversion, la répulsion, le dégoût. Cette doctrine pourrait se résumer ainsi : telle sensation que nous qualifions d’agréable provoque des réactions organiques déterminées, telle autre, que nous

appelons désagréable, des réactions de sens tm Ces réactions donnent lieu à des sensations qui n’ont rien de spécifique, mais qui forment néanmoins, dans les deux cas, deux complexus différents ou deux perceptions différentes. Ce sont ces perceptions, considérées dans leur xapport avec les sensations agréables ou désagréables, qui sont primitivement le ton affectif. Si le ton affectif se produit parfois. sans réactions marquées, il faut alors le considérer comme un souvenir plus ou moins vague de ces perceptions ; de même le sens des mots, si vague soit-il, ne peut être considéré que comme un souvenir de perceptions et n’est pas un phénomène psychologique spécifique. :

Les réactions dont il vient d’être parlé peuvent être innées ou acquises. Innées, elles s’expliqueraient par Putilité qu’elles ont pour la conservation de la vie : ainsi, il est d’une utilité essentielle que nous cherchions à éviter les sensations très intenses qui pourraient détruire nos organes (v. Traité, I,

Notre organisme est d’ailleurs remarquablement plastique, quand il s’agit de modifier nos réactions naturelles : nous arrivons à trouver agréables lalcoo!, le tabac, certains mets, dont la saveur ou l'odeur nous répugnaient tout d’abord, et à prendre plaisir à des sensations qui paron ont pour nous des conséquences dangereuses. |

La douleur proprement dite, qui est souvent considérée comme une sensation essentiellement désagréable, peut, dans certains eas, et pourvu qu’elle reste modérément intense, devenir agréable : c’est ainsi que nous nous habituons à, trouver agréables des sensations complexes qui renferment, sous la forme de sensations piquantes, un élément doulou-. reux, par exemple la saveur des boissons mousseuses, des mets épicés. Ce fait prouve encore qu'il faut distinguer le désagréable et la douleur.

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