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LES BESOINS

Chacun de nous connaît ces états spéciaux désignés sous le nom de soif, de faim, de fatigue, de besoin de mouvement ou de sommeil, etc., que nous venons de classer avec Ribot parmi les tendances du premier groupe.

Cependant, il n’est pas inutile d’en donner une description psychologique. Nous choisirons comme exemples Ia soif et la faim, en raison même de leur complexité et de leur importance.

Psychologie des besoins.

La soif est généralement considérée comme une sensation localisée dans 14 bouche, le pharynx et la partie supérieure de l’æœsophage. A son degré le plus faïble, quand nous nous représentons la satisfaction du besoin comme facile et prochaine, cette sensation est agréable ; nous éprouvons même un certain plaisir à constater, en buvant, que notre soif ne : s'éteint pas à lingestion d’un premier verre de liquide e& que nous devrons boire encore, pour être complètement désaltérés. À un degré supérieur, la soif locale est une sensation bien connue d’ardeur et de sécheresse bucco-pharyngée, qui, dans les formes graves, s'accompagne d’une impression de gonflement et de lourdeur de la langue. À ces sensations pénibles, localisées approximativement dans la muqueuse, s’ajoutent celles d’une véritable constriction permanente du pharynx, accompagnée de contractions spasmodiques intermittentes, de mouvements ébauchés de déglutition. |

Mais ces sensations locales sont loin de suffire à constituer le besoin. Elles ne font que donner une physionomie particulière \ à un état de malaise général qui souvent les précède et en.

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tous cas, les accompagne. C’est, suivant la description de MAYER (133), « un sentiment d’anxiété, d’irritabilité, d’énervement, un sentiment fébrile, saccadé, rythmique ».

Cet état cénesthésique spécial entraîne naturellement, pour peu qu’il se prolonge, une modification de l’état affectif, et, par là, il influe sur les opérations intellectuelles. C’est €e qui à permis à Mayer d'établir un ingénieux parallèle entre l'état psychique de Ia soif et celui de la mélancolie impulsive. « La fatigue, l’abattement, la tristesse, Pégotisme,

. la sécheresse, l’appréhension, en sont les principaux termes. » (MAYER, 139.)

« Ce malaïse général, comme l’observe encore Mayer, n’est pas particulier à la soif ; il est le caractère de tout besoin. La localisation seule de l'impulsion à la gorge paraît appartenir en propre au besoin de boïre. » (MAYER, 133.)

C’est dire que nous retrouverons le même malaise sengiblement identique dans la faim. [l semble toutefois, qu’au moins chez certains sujets, la faim ait un caractère beaucoup moins impulsif que la soif. Parfois elle se réduit à une sorte de lassitude inquiète et douloureuse, avec sensation de perte des forces, d’anéantissement, allant jusqu’au vertige et à la défaillance. En dehors de ce caractère général, la faim révèle presque toujours sa nature propre par des sensations plus ou moins localisées dans la partie moyenne et antérieure du

tronc, et qui, en général, attirent les premières l'attention.

SCHIFF, 8e proposant de rechercher leur localisation exacte, et interrogeant dans ce but une série de soldats peu instruits, crut constater que, contrairement à l'opinion générale, la faim ne se localisait nullement dans l'estomac. Seuls, deux infirmiers indiquèrent la région épigastrique. Les autres n’accusaient qu’un malaise diffus, ou bien, plus fréquem-

ment, une gêne, une douleur vague rétro-sternale. Schiff

en conclut, un peu vite, que,même approximativement localisées, les sensations de la faim ne sont pas en rapport avec

. l’état local d’un viscère quelconque.

Contrairement aux expériences de Schiff, nous croyons pouvoir affirmer que, dans la grande majorité des cas,

lorsque les sensations de faim sont fortes, ce sont des sensa- :

tions stomacales de contraction, de tiraillement, de pincement, de torsion, d’arrachement qui ne débordent l'estomac que pour s'étendre aux organes fonctionnellement liés à ce viscère depuis le plancher buccal et la région parotidienne jusqu'à l'intestin.

Quand ces sensations sont faibles, elles consistent dans une légère sensation épigastrique, qui n’est pas sans agrément, sans doute parce que nous imaginons la satisfaction prochaine du besoin qui naît, et cette sensation agréable persiste, comme la sensation de soif légère, pendant que le besoin se satisfait : c’est l'appétit.

Cette analyse rapide de l’état psychique dans la faim et dans la soif nous permettra de traiter plus rapidement de la psychologie des besoins en général, en insistant moins sur leurs caractères descriptifs que sur leurs caractères évolutifs.

Tout d’abord, comme nous l’avons remarqué pour la faim et la soif, les besoins, au moins à leur stade d’acuité maxima, réunissent en général deux sortes de sensations organiques. (CË. BEAUNK, 33.)

19 Une sensation générale de malaise, diffuse, non localisée, à peu près constante, maïs soumise dans son intensité à des oscillations de rythme variable, et changeante également au point de vue qualitatif, au point que des états d’énervement, de langueur, des frissons et des bouffées de chaleur, ete., peuvent se succéder à quelques minutes d'intervalle.

29 Des sensations en général pénibles, nettement localisées en un point particulier de l’organisme et présentant des ca-

ractères assez constants : brûlure épigastrique lorsqu'il «

s’agit de faïm ; sensation de sécheresse bucco-pharyngée dans la soif, etc.

A ces sensations organiques s'ajoute la conscience de troubles particuliers de l’activité psychique et de la motricité. C’est surtout de ce point de vue qu’on est en droit de distinguer les besoins d'activité et les besoins de repos. La faim et surtout la soif, par exemple, se présentent avec le caractère d’impulsions. Malgré lui, le sujet est en proie à une instabilité

motrice générale, à une agitation souvent incoercible. Il

se sent énervé, irritable, incapable de sommeil et même de

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repos. Et, localement, il ressent des contractions spasmodiques : ébauches de mouvements de déglutition dans la soif, mâchonnement et grincement des dents dans la faim.

Au contraire, dans les états dits : besoins de repos, l’inertie se substitue à l’impulsion. Dans tout l’organisme se répand . unsentimentdelangueur, d’impuissance; dessensations locales de même ordre se montrent : à l’approche du sommeil les . Paupières semblent paralysées et ne se relèvent qu'avec peine ; dans la fatigue, les membres les plus épuisés semblent

ne plus obéir à la volonté.

Les modifications du ton affectif suivent naturellement celles de la sensibilité et de la motilité. La faim naissante est agréable ou à peine désagréable ; la faim très aiguë est atrocement pénible.

L'évolution habituelle du besoin n’est pas moins caractéristique que son contenu psychologique. Le besoin apparaît spontanément et sous une forme plus ou moins impérieuse.

Le besoin une fois né est en général progressif ; et si cette

progression n’est point nécessairement régulière (car elle peut se faire par oscillations), au moins échappe-t-elle à Piniluence directe de la volonté. Cette dernière peut, sans doute, combattre le sentiment pénible, mais indirectement, en dirigeant l’attention sur un objet différent, et encore estelle rapidement vaincue dans les cas les plus fréquents. Toutefois, la progression du besoin n’est pas indéfinie; au bout d’un temps variable, le sujet tombe dans un état d’indifté-

rence générale qui correspond à un état d’épuisement extrême

des centres

Habituellement le besoin 8e satisfait. Le plus souvent, ce sont les sensations locales qui changent les premières de nature. Les premières bouchées de nourriture apaisent la douleur épigastrique, les premières gorgées d’eau, l’ardeur bucco-pharyngée ; puis un sentiment général de bien-être se substitue progressivement au malaise diffus caractéristique

4. À partir du 4° jour de jeûne, suivant Scmrr, le besoin disparaît. Les troubles mentaux divers, excitation, hallucinations érotiques, etc., qui ont été parfois signalés à une période plus tardive, sont donc des phénomènes d inanition, non de besoin. |

du besoin ; les spasmes locaux, l'agitation motrice s’apaisent.

Si l’état initial de besoin était médiocrement douloureux, les sensations locales sont en général immédiatement agréables ; mais le plaisir peut être retardé dans son apparition par la persistance du malaise général. Un sujet affamé depuis plusieurs jours sent à peine le goût agréable des aliments qu’on lui présente. Il n’y prendra vraiment plaisir que quand le malaise de l’inanition commencera à disparaître. Le bienêtre consécutif croît en général durant un temps relativement court, puis fait place à un état d’indifférence.

Une autre caractéristique évolutive du besoin, c’est sa périodicité. Bien que celle-ci soit en partie réglée par des influences sociales d’habitude, d'éducation, et qu’elle obéisse par là même, dans une assez large mesure, à la loi des réflexes conditionnels, elle est soumise essentiellement à des conditions plus profondes, et telles qu’elle 8e retrouve à peu près identique chez les hommes de tous les temps et de tous les pays. Chaque besoin à en quelque sorte son rythme propre. Le besoin de sommeil est quotidien ; la faim et la soif se reproduisent plusieurs fois par jour, avec une fréquence différente suivant l’état de la température, l’activité musculaire, ete. D’autres besoins, régulièrement périodiques chez les animaux, se montrent chez l’homme à des intervalles fort irréguliers. Tel le besoin sexuel, dont le rythme normal a été à ce point bouleversé chez l’homme par des influences intellectuelles et sociales, qu’on peut tout juste indiquer approximativement l’époque de ses premières manifestations -et celle de sa disparition. |

- Physiologie des besoins.

Tous les caractères évolutifs du besoin indiquent que celuiei est sous la dépendance de dispositions permanentes non psychiques et, par conséquent, essentiellement physiologiques. De fait, l’étude des phénomènes physiologiques qui précèdent et accompagnent le besoin nous rend entièrement compte de son évolution. À

L'apparition du besoin est, nous l'avons vu, spontanée,

‘involontaire, impérieuse. Or, l’observation et l’expérimentation montrent que cette apparition est précédée par une

série de processus réflexes, dont elle n’est que la continua-

tion. Avant de faire appel à la conscience, l'organisme se défend par une série de réactions purement automatiques.

Cette formule se vérifie également pour les besoïns répondant à lPétat local d’un viscère et pour ceux répondant à une perturbation générale de l’organisme. Ces derniers, qui sont essentiellement 14 soif et la faïm, nous retiendront plus longtemps tout à l’heure. Parmi les premiers, nous choisirons lun des plus humbles, mais aussi l’un des plus simples : le besoin d'évacuation qui répond à la distension de la vessie par l’urine.

L'apparition de ce besoin règle Pévacuation périodique et volontaire de la vessie que tend sans cesse à remplir l’activité continue des reins.

Durant une première période, la vessie, se remplissant lentement, ne donne lieu à aucune sensation particulière. Dès qu’elle est modérément gonflée, ses tuniques subissent une distension passive, à laquelle vient s’ajouter un léger degré de contraction de ses fibres musculaires, sollicitées par leur distension même, comme il arrive pour tous les muscles creux. Ces forces réunies entraîneraient l'expulsion de FPurine, si elles n'étaient contrebalancées par la constriction exercée autour du col vésical par l’anneau musculaire lisse du sphineter, dont le degré decontraction est réglé par voie réflexe. À mesure que la pression intravésicale augmente, le sphincter lisse resserre donc sa contraction ; et tout cela s’accomplit d'une façon inconsciente.

Bientôt, la pression devient excessive ; les excitations parties des tuniques vésicales deviennent alors progressivement conscientes. D’une façon continue, une sensation de gêne et de pesanteur est ressentie dans le bas ventre. Par instants, des sensations beaucoup plus caractéristiques et plus vives se manifestent. Elles se localisent le long et surtout à l'extrémité du canal uréthral. Elles se produisent par le mécapisme suivant : la pression intra-vésicale a fait momentanément céder le sphincter lisse et quelques gouttes d'urine ont

pénétré dans la portion initiale de l’urèthre ; c’est de là qu’est partie l’excitation, bien que la sensation soit en quelque sorte projetée à l’autre extrémité du canal. Cette excitation, devenue ainsi consciente, représente la forme aiguë, paroxystique du besoin. Elle éveille la volonté en la sollicitant de permettre l'évacuation, mais, en même temps, elle la met en garde contre une miction involontaire. S'il y à intérêt à retarder l’émission des urines, la volonté intervient en contractant le sphincter strié qui renforce le sphincter lisse. L’évacuation finit d’ailleurs toujours par se produire, malgré la résistance de la volonté, parce qu’à la longue le besoin devient de plus en plus pénible, et enfin irrésistible.

D est fréquent d’entendre décrire la faim comme une sensation localisée dans les tuniques de l'estomac et en rapport avec Pétat de cet organe. Pour les uns, elle est liée à sa vacuité, pour d’autres, à des contractions excessives de l’estomac à jeun, à une hypersécrétion acides des glandes, etc. SCHIFF à Cru montrer l’inexactitude de ces théories, et sa démonstration est restée longtemps classique.

La faim n’est liée, pense-t-il, ni à l’état de vacuité de l’estomac, car elle apparaît plusieurs heures après que celui-ci s’est vidé; ni à des contractions exagérées du viscère, car la motilité de celui-ci est bien moindre à jeun que pendant la digestion ; ni à une turgescence des glandes, car celles-ci ne sécrètent qu’en présence des aliments ; Di enfin à l’hyperacidité du suc gastrique car, dans les intervalles de la digestion, ce suc est très peu acide, presque alcalin lorsqu'il se mélange de salive.

La faim ne dépend pas davantage de l’état des terminaisons nerveuses réparties dans les tuniques gastriques, puisqu'elle persiste après la section des pneumogastriques . (Gedillot), des filets sympathiques du splanchnique (Brunner et Hensen); après la section de ces deux paires nerveuses et lextirpation des ganglions cœliaques (Schiff).

« La faim serait donc essentiellement d’origine générale, » (SCHIFF,86). Elle traduit l’appauvrissement du sang,auquelles tissus empruntent continuellement les matériaux destinés à

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leur croissance ou à leurs fonctions. Elle dure tant que cet.

appauvrissement n’est pas compensé par l’apport de matériaux nouveaux, même si l’estomac est rempli, comme dans les cas où il y à rétrécissement du pylore, ou dans le cas de

Morton (cité par ScxrFr, 44) où la rupture du eanal thora-

cique empêchaït le chyle d’être versé dans le sang. La faim: cesse par contre, même quand persiste Ia vacuité de l’estomac, par injection TRROES dans le sang de nutriments solubles.

« Il s’agit donc ici, conclut SCHIFF, d’une sensation tenant” non pas à une modification locale de l’estomac, mais à une. altération quelconque des centres nerveux, perçue à la périphérie à la manière des sensations dites excentriques. Pour ne citer qu’un exemple, les malades atteints de tumeurs cérébrales ne se plaignent-ils pas souvent de douleurs sourdes dans les extrémités, de fourmillements, d’hallucinations ? Or, il n’est pas nécessaire que l’irritation des centres soit mécanique ; elle peut tout aussi bien provenir d’une altération chimique, d’un changement de composition dans la masse du sang. » (46-47).

Les sensations excentriques de la faïm seraient done reportées, d’une façon d’ailleurs assez vague, à la région épigas-

trique, pour des raisons qu'il est facile de comprendre; en réalité elles seraient d’origine centrale et de nature hallucinatoire.

Nous devons faire des réserves sur la partie de la concep-

tion de Schiff qui à trait à l’origine cérébrale et à la notion excentrique de la sensation de faim. Sans aucun doute, il a établi que le malaise général qui caractérise le besoin

obéit à des conditions chimiques générales et que la sensation

localisée de la faim disparaît avec le besoin général, dès que

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ces conditions disparaissent; mais il n’a pas établi le caractère

excentrique des sensations périphériques que nous localisons:

dans la région stomacale. Que cette localisation soit vague,

rien de plus naturel ; il en est ainsi de toutes les sensations:

internes. Qu'elle soit mieux localisée par des infirmiers que par de simples soldats, ce n’est pas la preuve que la localisation est incertaine chez la plupart des hommes, mais que là

connaissance plus ou moins exacte que chacun de nous à de son corps et de ses organes influe sur la localisation des sensations internes.

Que les glandes ne sécrètent qu’en présence des aliments, c’est par aïlleurs une affirmation démentie par les travaux de Pawlow, démenti qui aurait son intérêt ici, s’il n’était établi que la sécrétion du suc gastrique par les glandes n’apaise aullement la faim. |

Quant à la persistance de la sensation locale de faim, après la section des pneumogastriques et des filets du sympathique, ce serait un fait crucial en l'espèce, s'il était certain ; mais BEAUNIS, qui à vu la faim persister après la section des pneumogastriques, déclare que les expériences qui ont été faites avec la section des filets sympathiques ne sont pas assez nombreuses pour être probantes. Nous pensons d’ailleurs que le fait de continuer à manger après section d’un nerf afférent ne prouve pas que l’animal ait conservé la faim ; il peut manger par habitude, à la vue des aliments.

D'autre part, les expériences récentes de CANNON et WASHBURN tendent à démontrer que les sensations de faim stomacale sont produites par les contractions de la tunique musculaire de l’estomac, contractions qui compriment sans doute les filets sensitifs de la muqueuse. |

Les deux expérimentateurs ont opéré en introduisant dans l'estomac, juste au-dessous du cardia, un ballon de 8 centimètres de diamètre, qu’ils gonflaient légèrement une fois qu’il était en place, et qu'ils reliaient avec un appareil enregistreur. ù

Le sujet, en l'espèce le D' Washburn, après s’être mis dans | -les conditions nécessaires pour éprouver la faim, pressait sur é un signal enregistreur, toutes les fois qu’il éprouvait une sen- “sation spécifique. Incapable de connaître et de contrôler ses contractions stomacales, il était, par 1à même, à l'abri de toute suggestion. L’expérience a montré que les sensations de faim correspondaient toujours à des contractions de l'estomac et que, bien loin d’être la cause de ces contractions, comme on pourrait à la rigueur le supposer, elles en sont la conséquence puisqu'elles leur sont toujours et très régulièrement posté-

HAE MENT TONER

rieures. Les minima et les maxima de la faim sont les mêmes que les minima et les maxima des contractions. Î y à donc très vraisemblablement un mécanisme central et un mécanisme périphérique qui déterminent les deux ordres de sensations, générales et localisées, que nous avons

Signalées dans le besoïn de 1a faim.

Mais si la faim, dans ses manifestations générales, est le symptôme de l’appauvrissement du Sang, ce symptôme . devrait être continu et progressif, puisque, du fait des combustions incessantes qui ont lieu sur tous les points de

4 l'organisme, tous les tissus puisent nécessairement dans le

sang les matériaux dont ils ont besoin pour leur entretien et leurs fonctions. D’où vient dès lors la périodicité du besoin ?

Elle est due à ce fait que la destruction continue de matière organique, nécessitée par l'entretien des fonctions vitales, peut être, indépendamment de toute nouvelle prise d'aliments, compensée par des emprunts faits aux réserves. Tout un système merveilleusement différencié de réflexes trophiques permet au sang d'emprunter à ses réserves les matériaux appropriés et de les distribuer aux tissus déficitaires.

Selon que le travail musculaire brûle le glycogène des muscles, ou que l’abaissement de la température ambiante

nécessite une plus importante production de calories, le

réflexe trophique accélère la glycogenèse hépatique ou la

à, WA

mobilisation des masses graisseuses. Tant que ces emprunts

û suffisent à compenser les dépenses de l'organisme, tout se . passe sans l'intervention de la conscience. Mais bientôt les

NE TRS N

.… réserves s’épuisent et les matériaux consommés par les fonc-

tions vitales, qui persistent malgré tout, doivent être tirés

. de tissus en pleine activité. Après avoir consommé ses … graisses, le sujet consomme sa propre chair musculaire. Or … il semble que, dans ces conditions, équilibre vital ne puisse

plus être maintenu par l’action de réflexes élémentaires. « Si les régions cellulaires dont le rôle est de combler le déficit ‘du milieu interne sont elles-mêmes en déficit, l’excitation i trophique ne pourra pas s’éteindre. D’accord avec la théorie ff

448 LES ÉLÉMENTS DE LA VIE MENTALE HU Me À de Pflüger, cette excitation, du seul fait de sa permanence, au lieu de se limiter au circuit du réflexe qu’elle parcourait jusque-là, s’engagera dans des voies plus hautes.» (R. TURRO, À, 299.) C’est dire qu’elle mettra en jeu l’activité, non seulement des centres bulbo-protubérantiels, mais de l'écorce. Autrement dit, elle deviendra consciente.

Les physiologistes du siècle dernier, qui avaient cru établir, contre l’opinion générale, que le besoin de la faim était lié uniquement à des conditions générales et cerébrales, avaient adopté la même opinion pour ce qui concerne la soif. D’après eux, ce besoin n’était pas la conséquence d’un désordre local, … sécheresse ou congestion de la muqueuse buccale par exemple. Il persiste, en effet, après anesthésie de toute la région bucco-pharyngée par section des nerfs buccaux, glossopharyngiens et vagues (SCHIFF, À, 42), tandis qu’il disparaît après une simple injection d’eau dans les veines (expériences de Dupuytren chez le chien, de Magendie chez un hydropho- ‘bique), sans même que les muqueuses aient été humectées. SCHIFF concluait de ces expériences que la soif n’est pas plus que la faim une sensation locale; qu’elle est, avant tout, une sensation générale provenant du manque d’eau dans le sang, et qu’il serait tout à fait oiseux d'en chercher la cause dans quelque nerf particulier. « Tout démontre, ajoutait-il, que la sensation pharyngienne locale peut manquer et la a néanmoins, être fort vive. Le sentiment de sécheresse de ln gorge qui l’accompagne n’a que la valeur d’un phénomène secondaire, analogue à la pesanteur des pau- M pières qui annonce le sommeil. » (B, 42). C'est la même attitude qu’il avait prise à l’égard de la physiologie de la faim. 4 En 1909, dans sa thèse inaugurale sur la soif, André MAYER a précisé quelques-unes de ces notions et à réagi contre les. autres. Il à établi que la soif paraît, croît et disparaît suivant que la pression osmotique du sang s'élève au-dessus de son. niveau normal, s’en éloigne ou y retourne, etil a conclu que la soif a pour cause l'élévation de cette pression, déterminée À elle-même par l'accumulation dans le sang des produits du métabolisme cellulaire. D’ane façon plus précise, il a.

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