ALLAITEMENT EN GÉNÉRAL
Avec son apport de bien-être à l’humanité, la civilisation fournit aussi son contingent d’abus.
Dans les temps les plus reculés, alors que les plaisirs mondains étaient moins répandus, la femme, fière des prérogatives de la maternité, tenait à honneur de remplir scrupuleusement les devoirs dictés par la nature; elle savait que Dieu, en lui imposant les douleurs de l’enfantement, l'avait douée du merveilleux phénomène de la lactation; elle comprenait que ces globes arrondis et modelés parla nature n’ont point été créés seulement pour orner la poitrine, mais placés là pour
la ressource des nouveau-nés, et que cette sécrétion miraculeuse qui monte dans les seins est ce même sang qui, après avoir alimenté le fruit de la conception pendant neuf mois, se transforme en un liquide nutritif et composé par la nature, pour compléter au dehors la création de l’enfant, dont les organes frêles et délicats ont besoin d’une alimentation bien assimilée.
Tous les siècles nous apportent l’éclatant témoignage de la nécessité du lait maternel à la première enfance. Tous les siècles nous redisent ces exemples de tendre dévouement de la mère pour son enfant, nous retracent ce lien si doux d’affection, torrent impétueux de tendresse, débordant du cœur sur un berceau.
C’est donc une formelle obligation : la femme se doit tout entière à la production de son
sein. Ce n’est pas trop du courage, du dévouement et de l’abnégation d’une mère pour accomplir une tâche si difficile. Une femme consciencieuse n’admettra jamais que cette mission puisse être confiée à autrui.
Vie, intelligence, dévouement, tout appartient donc au fruit de la conception, venant réclamer sa place au banquet universel des générations, et rien ne peut dispenser du devoir sacré de la maternité, rien ne peut excuser de s’affranchir de cette tache dictée par la voix du sang, si la position, les forces, la santé sont en rapport avec la faculté de nourrir.
Les diverses constitutions des femmes rendent très-difficile la question des conditions de santé nécessaires à un bon allaitement.
Généralement, chez une nourrice, l’on recherche toujours les apparences extérieures de force et de santé; mais si l’on devait adopter la même mesure pour la mère, combien de femmes délicates et pouvant néanmoins efficacement donner le sein se verraient forcées d’abandonner à une autre les prérogatives maternelles !
Cependant, rien n’est plus commun que de voir à la ville des femmes d’une force moyenne, posséder les qualités nécessaires pour bien nourrir, allaiter avec succès, sans altérer leur santé.
Nous connaissons une mère, d’une santé très-ordinaire, comptant déjà douze années de mariage. Six enfants lui doivent le jour, et cet essaim de petits êtres, qu’elle a tous nour-
ris, se presse autour d’elle, bourdonnant sans cesse amour et caresses.
Heureuse et fière, cette femme trône comme une reine sur sa troupe enfantine, lui impose une tendre sollicitude et ne sacrifie jamais un devoir maternel à l’étiquette des convenances. Poussant le zèle jusqu’à l’excès, elle ne craint pas d’importuner par des soins sa petite tribu, et cette habitude s’étend sur tout ce qui l’approche , amis et parents ; mais chacun lui pardonne volontiers cette petite tyrannie dictée par l’ineffable tendresse de son cœur.
Cette femme, certes, on peut la citer comme modèle d’abnégation, d’intelligence et de dévouement. Jeune encore, douée des plus gracieux attributs de la nature, elle a banni loin d’elle, non sans regrets peut-être, les joies et les plaisirs mondains ; loin d’elle elle a re~
légué tous les sentiments de coquetterie préjudiciables à ses devoirs maternels. Sa seule joie, son seul bonheur, c’est son foyer, son mari, ses enfants. Ses douze années de mariage nous offrent un cadre parfaitement rempli par ses six enfants : pour chacun, neuf mois de conception , quinze d’allaitement ; ces chiffres ne laissent aucun vide dans sa vie matrimoniale.
Si toutes les mères suivaient cet exemple frappant des devoirs maternels, oh î certes, incommensurables seraient les bénéfices d’amélioration et d’augmentation des populations.
Les apparences extérieures ne suffisent pas à l’allaitement maternel. Il est tout naturel qu’une femme sujette à un vice de constitution , atteinte d’une affection contagieuse
ou dont le lait est appauvri par les privations, le travail et la misère, ne doit pas donner le sein ; il y a aussi les qualités morales, et bien souvent l’on compte sans leurs résultats.
La mère continue d’allaiter, sans penser que son enfant ressentira le contre-coup de ses chagrins, de ses impressions pénibles ou joyeuses. Le docteur Seraine cite un exemple frappant et terrible de leur influence :
« Un charpentier se prit de querelle dans sa maison avec un soldat, qui, emporté par la colère, s’avance sur lui le sabre levé. La femme du charpentier fut prise d’un tremblement de crainte et de terreur, puis elle s’élança avec intrépidité entre les combattants, arracha au soldat l’arme meurtrière, qu’elle jeta dehors. Pendant qu’elle était encore sous l’in-
fluence de ces vives et terribles émotions, elle prit son enfant, qui, parfaitement bien portant, jouait dans son berceau, et lui donna le sein. Après quelques minutes, il quitta la mamelle et tomba mort dans les bras de sa mère. »
D’autre part, « Petit-Radel rapporte qu’un enfant fut promptement saisi de convulsions, pour avoir tété sa nourrice après que cette malheureuse avait été maltraitée. »
L’histoire fourmille aussi d’anecdotes démontrant les suites funestes des plaisirs mondains, dont l’écho se répercute toujours au cœur de la femme. Or, les devoirs maternels ne souffrent point de partage; ils sont absolus et n’admettent point ces succulents repas, fatiguant l’estomac et provoquant les négligences; l’ivresse énervante de la danse, avec ses transitions subites du chaud au froid ; les
salles de théâtre, avec leur atmosphère chargée et dangereuse, l’audition impressionnable de la scène; les rapprochements trop fréquents, qui surexcitent et exposent aux grossesses inopportunes ; toutes ces causes ont des effets préjudiciables aux sécrétions lactées.
La mort subite de la mère , les péripéties des positions sociales, les différentes phases de la santé suscitent quelquefois des entraves à ces devoirs, et ces cas trop fréquents nous empêchent à regret de nous écrier avec la Société protectrice de l’enfance : « supprimons les nourrices. »
Mais avant de recourir à l’emploi d’un lait étranger, il faut, avant tout, que le scrupuleux examen d’un médecin ait décidé du choix de la femme à laquelle incombera l’allaitement du nourrisson, afin de s’assurer qu’elle
n’a sur le corps aucune cicatrice ou empreinte, indice de maladies antérieures ou actuelles ; que l’anus, les organes génitaux, l’intérieur de la bouche, ne sont le siège d’aucune affection syphilitique ; l’on doit aussi étudier toutes les considérations possibles, afin de se prémunir contre les inconvénients d’une nourrice sur lieu, car, aussi bien que la mère, la nourrice est femme, et, par conséquent, soumise à toutes les vicissitudes physiques et morales. Entraînée par l’espoir du gain, elle met à l’enchère le lait, propriété du fruit de son sein ; puis, une fois en fonctions, regrette bien souvent mari, enfants, famille, pays, amis. Ces regrets, la transition d’une vie active, libre, en plein air, à l’atmosphère chargée des villes, la contrainte que l’on exercera sur elle, la surveillance de la famille, amèneront l’indifférence et le dégoût; ses passions se réveilleront, et peut-être,
soit dans l’abus des boissons, soit dans des relations adultères, sources de maladies contagieuses, de grossesses inopportunes et inavouées, recherchera-t-elle au dehors l’oubli de ses chagrins.
Il faut de préférence choisir une femme légitime douée surtout d’un heureux caractère plutôt qu’une fille mère. La première offre plus de chances de moralité. La seconde qui, après une première faute, n’a d’autre consolation, d’autre ressource que la profession de nourrice pour bien subsister, se faire soigner et servir, n’aura pas ce respect humain, cette considération qui feront que sa conduite influera sur la vie de son nourrisson.
Pour la première, le mari se gardera plutôt d’obsessions, de rapprochements dont les suites pourraient produire un état de grossesse
et compromettre ainsi la position lucrative de sa femme. La seconde, au contraire, se laissera aller facilement à de nouvelles fautes et n’aura pas pour elle les considérations d’un époux. Qu’importe à son amant? Il ne calcule que sa passion et fera tout son possible pour la satisfaire, car sa maîtresse n’est pour lui qu’un objet de plaisir, un sentiment dont il use aujourd’hui et qu’il remplacera peutêtre demain.
Pourquoi, dès lors, donner au vice une mission que l’on doit conserver à la vertu ?
C’est un encouragement immoral contre lequel on ne saurait trop protester. Que la fille mère, pour se faire pardonner sa faute, se sacrifie, travaille et élève au moins le fruit de ses amours, avant de songer à se louera prix d’argent pour élever un privilégié de la fortune.
Voici pour les considérations individuelles. Mais il en est d’autres, aussi sérieuses, car elles embrassent l’avenir des populations.
Depuis bien longtemps l’on a constaté que l’industrie nourricière cause la dépopulation des campagnes ; cette dépopulation dérive de deux motifs différents.
Bien souvent, comme certificat cl’une bonne lactation, la femme qui se destine à l’état de nourrice, apporte avec elle son enfant à la ville. Tant qu’il reste dans les bras de sa mère, l’innocente créature prospère ; mais lorsque celle qui lui donna le jour a trouvé le placement du lait qui appartient par droit de nature et du sang à son enfant, il sera confié à une meneuse pour être reconduit au pays, frustré de sa nourriture habituelle , confondu avec d’autres
victimes de ce genre de spéculation, de cette industrie honteuse et criminelle au point de vue de l’humanité, et qui fournit son large contingent au martyrologe des nourrissons; alors presque toujours il succombera.
D’un autre côté, les yeux, les sens de la nourrice sur lieu se frappent, sont éblouis de mille merveilles, jusqu’alors inconnues; bientôt, à la simplicité campagnarde succède un besoin de luxe ; sa chaumière ne saurait lui suffire ; elle préférera un étroit local dans une masse de pierres étagées; la campagne, ses sites agrestes , son beau ciel sont dédaignés,
La ville est si charmante, avec sa foule, et ses toilettes tapageuses !
Au pays, un modeste ruisseau, à l’eau claire
et limpide ; fi donc ! Et ces grands fleuves aux eaux bourbeuses, sillonnés d’innombrables bateaux ! et tous ces plaisirs fastueux ! Pauvre femme ! Son cœur se prendra à des habitudes mondaines; pour continuer indéfiniment cette existence, elle écrira à son mari une lettre fallacieuse, et celui-ci, séduit par une espérance imaginaire de prospérité, s’empressera d’abandonner champs , charrue , bœufs, pour venir avec ses enfants habiter la grande ville, où, bien souvent, la misère sera son partage.
Cependant, tous les jours, le paysan se plaint du manque de bras pour la culture ; tous les jours il élève des plaintes contre ces émigrations journalières qui laissent incultes des terres naguère encore luxuriantes de moissons ; et bien souvent, au sein même de sa famille, se trouve un de ces principes d’émi-
gration qui causent la dépopulation des campagnes.
Fatale à l’enfant, fatale à la famille, fatale à l’agriculture , l’industrie nourricière est encore une institution fatale à la moralisation des campagnes. Lorsque la nourrice revient dans son village, elle rapporte avec elle des idées de coquetterie, des habitudes urbaines, dont la contagion se répand bientôt, comme un venin corrupteur, sur tout ce qui l’entoure.
Moins bien rétribuée que la nourrice sur lieu, la nourrice à la campagne et sans contrôle n’aura pas certes les qualités qui manquent à la première.
Elevée à l’école d’une sobriété voisine de la misère, dès le plus bas âge habituée à un la-
beur dur et pénible, aussi bien que son corps elle a endurci son cœur au rude apprentissa ge de la culture, et ne comprendra jamais tout le dévouement, les soins affectueux et intelligents que réclame le nourrisson. Mais, en dehors de sa bonne volonté, il est une autre cause d’inquiétude : elle ignore les lois hygiéniques et alimentaires qui peuvent assurer le succès de ses soins. Certes, ce serait une vraie perle qu’une nourrice au loin, et sans surveillance, bien portante, dévouée, intelligente, initiée à l’art d’élever les enfants; ce serait une exception si rare, que l’humanité entière lui devrait des honneurs et des récompenses.
À la campagne, la nourrice réunirait-elle toutes les qualités désirables, que la modicité de son salaire ne lui permettrait pas de nuire à ses intérêts en s’abstenant des soins du ménage, bien souvent même du travail des
champs. En élevant l’enfant de la ville, presque toujours, malgré ses promesses, elle élèvera le sien, qui tout naturellement aura la meilleure part de ses soins et de son lait, dont elle remplacera l’insuffisance, pour l’étranger, par une nourriture incompatible avec l’estomac du pauvre innocent ; ainsi traité, il végète et meurt.
Nous avons connu un de ces types de l’industrie nourricière élevant quatre enfants; à vrai dire, le quatrième avait quatorze mois, on allait le sevrer. Le lait de la femme, que la nature modifie suivant les différentes périodes de l’allaitement, était donc donné à un enfant de six semaines, à deux de huit mois et à un de quatorze. Pour celui de six semaines il fallait un lait trèsléger; un liquide très-nutritif pour celui de quatorze mois; c’est le contraire qui arri-
vait: le plus jeune tétait un lait préparé par la nature pour un enfant de quatorze mois : les deux de huit mois passaient ensuite, et celui de quatorze arrivait souvent trop tard au festin.
Cet exposé justifie pleinement les statistiques fournies par divers médecins de différents départements sur la mortalité des nouveau-nés, victimes pour la plupart de la privation du sein maternel, de l’incurie et de la mauvaise foi des nourrices.
Ces statistiques, dont les chiffres se distribuent ainsi: vingt-deux, trente-cinq, soixantesix, quatre-vingt-douze et quatre-vingt-quatorze pour cent, nous donnent une moyenne de cinquante pour cent environ; ne plaidentils pas assez éloquemment la cause des nou-
veau-nés? Sur cent mères exilant leurs enfants, cinquante à peu près ont la douloureuse perspective de ne plus revoir ces pauvres petits délaissés, et, en supposant l’enfant bien venant, qui garantira à la mère l’authenticité de sa progéniture, qui lui prouvera que c’est bien son enfant qui revient au sein de la famille? De trop nombreux exemples disent le contraire.
Les conséquences de cette effrayante mortalité pèseront lourdement aussi sur les jeunes soldats appelés sous les drapeaux, et, en cas de dangers imminents, la patrie perd tous les ans une grande partie des bras qui pourraient la défendre.
Les mères qui éloignent d’elles leurs enfants, en les livrant à des étrangères, brisent ainsi ce lien si doux d’affection, d’amour, dont
la nature se sert pour attacher l’âme des enfants à celle des parents, ou du moins l’affaiblissent, le relâchent étrangement, car, dès que leurs yeux ne reconnaissent plus cette petite créature qu’elles ont exilée, elles sentent s’amortir et s’éteindre ce sentiment d’amour maternel dont rien, dans le cœur des bonnes mères, ne peut arrêter l’énergie. Elles n’entendent, ne comprennent plus ces murmures toujours croissants d’inquiétude, de tendresse, et le souvenir d’un enfant donné à la nourrice s’effacera bien souvent de leur cœur.
La nature offensée ne tarde pas à se venger ; l’enfant, de son côté, ne reconnaît que le sein qui l’allaite : sentiments, affections, caresses, il donne tout à sa nourrice, et, pour extirper de son cœur ces nobles sentiments de reconnaissance, on l’habituera à l’ingratitude. Sa mère adoptive, on la lui présen-
lera comme mercenaire, et le résultat de ce sentiment rejaillira fatalement plus tard sur la famille; car, en apprenant que sa mère a abdiqué volontairement et sans motifs sérieux ses devoirs maternels, l’enfant, devenu homme, fera retomber sur elle l’éclaboussure d’ingratitude dont on aura dirigé le premier bel sur sa mère nourrice.
Pour compléter ce tableau, nous devons ajouter que la femme abandonnant à une autre les prérogatives maternelles, force cette dernière à devenir mauvaise mère en délaissant son propre enfant, auquel un sevrage prématuré sera infailliblement pernicieux, s’il ne cause la mort.
Il est difficile de croire à la tendresse d’une telle femme, et c’est une erreur de penser qu’elle se dévouera sincèrement à l’étranger,
qu’elle accepte par cupidité. Si, contrairement à ses promesses, elle élève aussi le fruit de son sein, il faut s’attendre alors que l’étranger n’aura pas la meilleure part de son lait et de ses soins. Bien souvent le pauvre proscrit succombera, quand les deux ne subiront pas le même sort.
Si tous ces détails ne font qu’une légère impression sur les jeunes mères, qu’au moins l’intérêt de leur santé les conseille et les touche, car tout en manquant à la raison, à l’honneur, à leur devoir, à la religion, qu’elles sachent bien que la suppression spontanée du lait est une source de graves maladies, au nombre desquelles se compte la folie.
Et puis encore, ces intérieurs unis, naguère haletants d’espoir dans l’attente de la venue de l’enfant, que deviennent-ils?
Le rejeton de la famille n’est pas là pour égayer le foyer domestique ; père et mère chercheront peut-être ailleurs les plaisirs, les distractions, et souvent suivront une ligne de conduite déplorable et pernicieuse pour le ménage, pour la famille, et ces exemples pourront corrompre plusieurs générations.
Ce résumé réveillera-t-il le sentiment maternel?
La mère comprendra-t-elle que l’enfant a autant besoin de ses soins et de ses caresses que du liquide de ses mamelles, et, avant de recourir à une nourrice éloignée, ne devrat-elle pas en appeler aux appareils créés par l’industrie pour l’aider dans sa noble mission? Quelques-uns conseilleront peut-être l’allaitement par un animal ; mais, outre que ce mode n’est pas toujours approprié à l’esto-
mac de l’enfant, il a encore le grave inconvénient des turbulences de la bête, causes d’accidents mortels ou de blessures pour le nourrisson.
Si la mère qui n’a pu nourrir de son lait ne peut encore se livrer personnellement aux soins de l’allaitement par le biberon (la maladie peut être un obstacle insurmontable), si elle ne trouve pas une nourrice sur lieux qui lui offre toutes les garanties, nous lui dirons : prenez de préférence près de vous une femme étrangère, et chargez-la, sous vos yeux, d’allaiter artificiellement vos enfants. Si cette femme remplit mal sa tâche, vous pourrez la changer sans aucun inconvénient, et le liquide alimentaire n’aura pas h redouter les effets fâcheux des influences humaines.
Dans les circonstances où l’on est obligé
d’avoir recours à l’allaitement artificiel, pour réussir, il faut choisir un bon biberon, connaître les lois hygiéniques et savoir bien préparer les liquides alimentaires.
Si l’allaitement artificiel rencontre quelques contradicteurs, il est un cas où l’usage en est généralement approuvé.
Beaucoup de praticiens conseillent, la nuit, l’allaitement artificiel, afin de laisser à la mère ou à la nourrice le temps de repos nécessaire pour soutenir leurs forces et leur santé ; ils ont donné le nom de mixte à cet allaitement intermédiaire, dont futilité est incontestable, surtout lorsque la mère possède un lait pauvre ou, en cas de maladie, de sevrage forcé et spontané. C’est un auxiliaire avantageux, donnant aux mamelles le temps de se remplir. Cet allaitement est d’autant plus utile
que si la mère vient à tomber malade, l’enfant, habitué d’avance è prendre le biberon, • n’aura pas à supporter la pernicieuse influence d’un changement subit d’allaitement.
D'après ce mode d’allaitement , l’on a fondé plusieurs établissements dits Crèches, idée bien intentionnée, dont M. Marbeau a eu la bonne pensée de doter les quartiers les plus malheureux de Paris, mais remplissant mal son but, car ces établissements fonctionnent dans de si difficiles conditions, qu’il est à craindre qu’ils ne puissent souvent réussir.
Après avoir soigné son enfant toute la nuit, la pauvre ouvrière le porte, dès le matin, dans une crèche, puis s’en va travailler tout le jour et revient le chercher le soir, ne pouvant lui offrir qu’un lait appauvri par la fatigue et les privations. Souvent même, dans la journée,
elle s’impose des déplacements pour ne pas priver trop longtemps l’enfant de son sein.
Que le temps soit bon ou mauvais, il faudra que l’enfant endure l’intempérie des saisons, ce qui nuit considérablement à son développement.
Souvent la crèche se trouve éloignée de la demeure de la mère, et le temps employé à porter et à rapporter l’enfant est une perte bien sensible sur la journée de la pauvre ouvrière. Un secours spécial vaudrait mieux à cette femme du peuple, qui se sacrifie pour son enfant plutôt que de l’abandonner, et lutte contre la misère pour remplir bravement ses devoirs maternels. Nous pensons que, cette femme accomplissant noblement sa mission, il est du devoir de la société de la protéger en l’aidant plus efficacement dans sa tâche.