ESSAI DE LA POUDRE
Lorsqu’on doit juger la qualité d’une poudre sans le secours d’une éprouvette , on peut s’aider des caractères dits empiriques pour se former une opinion passablement exacte , tant sous le rapport des qualités en général de la poudre, que des propriétés qui peuvent la rendre spécialement convenable pour être employée dans telle ou telle arme. S’il s’agit au contraire d’une vérification plus précise de la qualité, et qu’on dispose des instruments et du temps nécessaires pour cela, alors il faut avoir égard au résultat de l’épreuve proprement dite, et à l'influence de la vapeur d’eau sur la poudre, comme données exclusivement propres à fournir quelque certitude, La mesure de la densité gravimélrique sera rarement nécessaire ; elle le deviendrait seulement si la poudre paraissait très-volumineuse , ce qui pourrait être de quelque importance sous le rapport des espaces nécessaires à la recevoir pour le transport. La recherche de la densité absolue, et celle de la composition chimique du grain, présentent de l’intérêt seulement lorsqu’il s’agit d’essais concernant la fabrication de la poudre, ou d’expliquer des phénomènes inattendus dans ses effets ; ces recherches donnent d’ailleurs des résultats peu positifs.
Les caractères empiriques sont les suivants :
a) Les ingrédients ont-ils été convenablement triturés et mélangés? On met Un échantillon de poudre dans l’eau chaude , on laisse les grains se ramollir et on remue fortement. Lorsque les matières ont été mal triturées , le soufre se dépose visiblement le premier. Les matières mal triturées se distinguent aussi à la loupe après qu’on a écrasé le grain. Les grains mis dans l’eau se désagrègent facilement ; (la poudre peu dense donne le même résultat).
h) Le dosage est-il convenable ? On allume une pincée de poudre sur du papier blanc ; plus il y a de charbon en excès , plus le résidu deviendra noir ; plus le charbon est en défaut, plus le papier est attaqué par la combustion. Un excès de soufre produit une fumée épaisse, et des globules blancs, roulant «U loin comme résidu.
c) La poudre est-elle humide ? On en met “une petite quantité dans un endroit c haud. Si alors elle n’a plus les caractères désignés sous b), elle a été humide et peut être améliorée par la dessiccation.
d ) La poudre contient-elle du poussier ? On la fait rouler transversalement sur une planche non rabotée ; le poussier s’attache à la planche.
ha vérification de la force de la poudre au moyen d’un instrument de tir, fournit des résultats beaucoup plus positifs que l’examen empirique ; seule-
148 TRAITÉ
nient il ne faut point oublier que l’effet de la poudre dans chaque espèce d’armes est différent, et que ces divers effets ne marchent pas parallèlement. Ainsi telle espèce de poudre produira plus d’effet qu’une autre dans une arme donnée, tandis que l’inverse peut avoir lieu lorsqu’on expérimente au moyen d’une autre espèce d’armes à feu. Quel que soit donc l’instrument de tir qu’on emploie, il ne pourra jamais qu’indiquer l’effet que produira la poudre essayée dans une seule espèce d’armes, et non celui qu’elle produira dans une arme quelconque. Il est pourtant possible de modifier une seule et môme éprouvette de manière à lui faire produire chaque fois des résultats comparables à ceux d’une nouvelle espèce d’armes.
De petits mortiers à semelle qui lancent un globe pesant au moyen d’une faible charge , dont les dimensions en môme temps que celles du projectile s’altèrent fort peu , dont le vent est très-minime , et qui produisent une combustion complète de la poudre, constituent les meilleures éprouvettes. Des recherches récentes ont fait voir que des mortiers en fonte à chambre conique se raccordant avec l’âme, et à globe en fonte, satisfont le mieux à ces conditions, et procurent une mesure de la force de la poudre suffisamment exacte pour la pratique. Dans ces éprouvettes, certaines petites charges mesurent par leur effet celui que produisent les forts calibres, tandis que des charges plus fortes donnent des efFets correspondants à ceux des bouches à feu courtes, des armes à feu portatives, etc.
Une poudre de qualité intrinsèque médiocre, préparée avec des matières premières impures, mais rendue combustible par la porosité du grain et la rudesse de sa surface, par un excès de charbon, etc., peut, tant qu’elle est neuve, produire de bons effets à l’éprouvette et môme dans les armes. Mais lorsque celle poudre a séjourné dans les magasins et qu’elle a été transportée, elle devient humide, le mélange s’altère, elle forme du poussier et devient mauvaise. Par conséquent, lorsqu’on éprouve la poudre il faut encore la soumettre à une opération produisant sur elle un effet analogue à celui du transport et du séjour dans les magasins. Cette seconde épreuve consiste à faire absorber à la poudre une certaine quantité d’humidité; puis on pès® cette quantité et on la compare à celle qu’a absorbée une bonne poudre placée dans les mômes circonstances; en outre on répète l’épreuve du tir* Pour produire cette absorption d’humidité, on place la poudre à essayer 11 côté d’une bonne poudre, en même temps qu’une capsule contenant de l’eau j sous la cloche de la machine pneumatique; on extrait l’air, et on laisse 1® S échantillons 10 à 12 heures dans cet état. La vapeur d’eau qui se répand dan® le vide est absorbée beaucoup plus facilement par des corps poreux et
hygroscopiques, que lorsque cette vapeur est tenue en suspension clans l'air (1).
§ nu.
L’analyse chimique ne donne exactement que la quantité de salpêtre. Plus le charbon est roux, moins les méthodes existantes suffisent pour vérifier exactement les quantités de soufre et de charbon , parce que le charbon roux s’altère pendant qu’on exécute l’analyse (2). Pour constater la quantité de salpêtre, on commence par dessécher à 50° centigrades un échantillon pulvérisé et exactement pesé de la poudre à analyser; la perte éprouvée représente la quantité d’humidité. On sèche ensuite un filtre jusqu’à ce qu’il ne perde plus rien de son poids, qu’on annote - , on y place l’échantillon en question, et on verse de l’eau distillée chaude jusqu’à ce qu’une goutte de la lessive qui s’écoule ne laisse plus de pellicule blanche en se vaporisant; ensuite on dessèche de nouveau le filtre jusqu’à ce qu’il n’éprouve plus aucune perle en poids ; la différence entre les deux premiers poids et le dernier représente le poids du salpêtre entraîné par l'eau. Lorsque l’on veut évaporer la dissolution nitrée, et, pour éloigner complètement le liquide, fondre le salpêtre et le peser, on éprouve facilement des perles notables par le transvasement nécessaire. On recherche les chlorures dans le salpêtre au moyen du nitrate d’argent. — Le résidu de charbon efde soufre est traité à chaud à l’eau régale, aussi longtemps qu’il se développe encore de l’acide nitreux ; puis on filtre. On précipite le soufre de la dissolution par du chlorure barytique ; on lave le sulfate barytique avec une grande quantité d’eau chaude avant de filtrer, puis on filtre, on calcine et l’on pèse. 100 parties de sulfate barytique donnent 13,797 de soufre ; ce qui manque est le poids du charbon. Au lieu de cela on peut aussi employer une dissolution titrée contenant sur ^000 grammes d’eau 50 grammes de chlorure barytique. On verse de celle
(1) Cette épreuve ne reproduit qu’une des circonstances qui réagissent défavorablement Sl >r la poudre dans les magasins et durant le transpoit, car elle ne vérifie que l’action de l’humidité. Pour satisfaire complètement au programme posé par l’auteur, cette épreuve devrait nussi vérifier la tendance de la poudre essayée à se transformer en poussier sous l'action du caliot des voitures; car on n’est pas autorisé à supposer que la poudre qui absorbe le plus d’humidité sera aussi celle qui produira le plus de poussier dans le transport.
(2) On est parvenu à déterminer exactement la quantité de soufre au moyen d‘un lessi¬
vage tout à fait analogue à celui à l’aide duquel on recherche la dose de salpêtre. Le liquide e »iployé pour exécuter ce lessivage, et qui dissout le soufre comme l’eau dissout le salpêtre e ®t le sultide carbonique. Les quantités de salpêtre et de soufre étant ainsi connues, on obtient par une soustraction le poids du charbon. Cette analyse dont les moyen» d’exécution ' ,l, t été perfectionnés par M. le professeur Chandelon, attaché à l’école de Pyrotechnie à b'ége, ne laisse plus rien à désirer comme vérification quantitative. Il est vrai qu’elle laisse dans l’ignorance sur la nature du charbon. (T.)
TRAITÉ
dissolution par petites portions dans le liquide ci-dessus, jusqu’à ce que s’ôtant clarifié il nedonne plus de précipité.
Si l’on veut connaître le volume de la poudre, y compris les interstices des grains, on la laisse couler dans une mesure au moyen d’un entonnoir fixé à une hauteur déterminée au-dessus de cette dernière; puis, la mesure étant pleine, on pèse la poudre qu’elle contient. Cette opération peut, lorsqu’on égalise bien les circonstances, être amenée à un degré de précision tel, que plusieurs résultats obtenus avec la môme poudre ne diffèrent que d’un demi p. 0/0 entre eux. Néanmoins cette mesure de la densité est complètement arbitraire, et n’a aucun point de comparaison dans la pratique. Elle ne peut servir de base ni au calcul du volume qu’occuperont des charges données dans des bouches à feu d’un calibre déterminé, ni à la construction des mesures à poudre , devant contenir un poids de pondre indiqué, et qui sont destinées à épargner des pesées multipliées. Dans cette vérification de la densité gravimétrique, la quantité de poudre qui entre dans la mesure , varie avec l’inclinaison des génératrices, le poli des parois , et la grandeur de l’orifice de l’entonnoir , avec la hauteur de cet orifice au dessus de la mesure, et le diamètre et la hauteur de cette dernière. Ce serait donc par pur hasard que les grains de poudre ne se tasseraient ni plus ni moins dans une mesure ordinaire lors du mesurage exécuté dans la pratique , que dans celle du gravimètre. Les mesures à poudre donnent donc des résultats faux ; et ceci est déjà sensible pour les plus petites mesures. Dans les cartouches finies , qu’on a secouées pour tasser la poudre autant que possible, le volume occupé doit être toujours très-différent de celui calculé d’après la densité gravimétrique. Par conséquent pour obtenir une unité plus invariable , il faudrait déterminer la densité gravimétrique de la poudre tassée autant que possible dans la mesure qu’on secouerait à cet effet jusqu’à ce que le tassement n’augmenterait plus. La densité relative ainsi mesurée est plus forte que celle qu’on obtient par l’entonnoir et la différence en plus va jusqu’à f . Toutefois la densité gravimétrique ne doit jamais servir de base à la mesure des charges ; mais on doit peser les charges les plus fortes , (§. 374), et mesurer les petites avec des mesures réglées. (§. 394).
La mesure de la densité absolue , c’est-à-dire de celle du grain , donne lieu a beaucoup d illusions. Chacun des trois ingrédients de la poudre possède une densité déterminée, qui ne peut être modifiée par le mélange et I® compression. Par suite de ces opérations les parcelles peuvent seulement être plus ou moins rapprochées les unes des autres, de sorte que leur nombre est plus ou moins grand pour constituer le volume d’un grain. Les interstices contiennent de l’air. Si l’on introduit le grain dans un liquide , qui chasse
DE PYR0TECUN1E.
cet air pour en prendre la place , chaque grain aura la même densité, quelle qu’ait été la condensation qu'il a subie, et cette densité sera la moyenne arithmétique de celles des trois ingrédients (I). Pour obtenir la densité absolue du grain , c’est-à-dire le rapport de son poids à son volume , il faudrait opérer assez rapidement pour que le liquide ne put pas avoir pénétré dans les pores, ce qui est inexécutable. Toutes les mesures du poids spécifique du grain , qui ont toujours été prises au moyen de l’alcool, sont donc plus ou moins inexactes , parce que déjà pendant l’introduction du grain dans le liquide , ce dernier pénètre partiellement la poudre. Si l’on détermine le volume du grain dans l’air , la même chose a lieu. On ne peut donc mesurer avec certitude le poids spécifique du grain de poudre , qu’en en déterminant le volume de manière que l’air qu’il renferme y reste sans être condensé ni dilaté , d’où résultera que les grains qui diffèrent par la quantité d’air qu’ils renferment auront des poids différents. Ce ne sera donc qu’en remplissant les interstices entre les grains aussi complètement que possible au moyen de quelque corps pulvérulent , qu’on pourra obtenir une estimation quelque peu exacte du véritable poids spécifique du grain. Pour remplir ce but, il n’y a rien de meilleur que la semence de lycopode qui est toujours également fine, et n’absorbe pas d’humidité. On en remplit un petit vase , dont le bord supérieur est usé , et l'on secoue jusqu’à ce qu’on ne puisse plus faire entrer de semence. On arrase, on pose , et l’on détermine de celte manière le poids spécifique de la semence. Ensuite on pèse des grains de poudre, on les mêle à la semence, et l’on remplit de nouveau le vase comme la première fois , mais de manière que tous les grains de poudre s’y trouvent , puis on pèse. En s’exerçant un peu , on peut obtenir par cette méthode un rapport plus exact et plus certain entre le poids et le volume du grain, que par les procédés en usage jusqu’à présent , et dans lesquels les interstices que renferme le grain changent de poids , ce qui rend inexact celui du grain.
MANIPULATION DES COMPOSITIONS PROPREMENT DITES. Mélange.
La composition d’artificier (§ 244) est préparée avec les mêmes qualités de Matières premières qu’on emploie pour la poudre. Le mélange s’exécute dans
0) C’est-à-dire la moyenne arithmétique, non pas des trois nombres indiquant les den- 8 ' té « des trois ingrédiens, ce qui supposerait que chacun de ceux-ci entrât pour la même 'laantité dans le grain, mais bien la moyenne de ces trois densités multipliées chacune par c °ëflicient qui exprime sa dose. (T.)
TRAITÉ
les grands tambours de la manière décrite au § 290. Plus le mélange est intime, mieux il se laisse condenser, et par conséquent plus on pourra en introduire dans une capacité donnée. La tension des gaz, la température, et le pouvoir éclairant augmenteront donc aussi. La décroissance de ces éléments si importants dans les masses impulsives, incendiaires, ou éclairantes, est remarquablement rapide, à mesure que l’intimité du mélange diminue. De plus cette décroissance continue dans les artifices conservés, parce qne la composition absorbe d’autant plus d’humidité qu’elle est moins bien mélangée. Il est très-avantageux pour la condensation subséquente, que la composition ait déjà été pressée et grainée à la poudrerie, car il est d’autant plus facile d’en former des masses bien denses, qu’elle a été plus fortement comprimée primitivement. Cependant cette condition élève le prix de la composition , sans compter que sous la forme grainée elle occupe plus de volume dans le transport. Si dans des cas particuliers on est obligé d’exécuter la mixtion par d’autres moyens , c’est-à-dire à l’aide de petites tonnes, d’égrugeoirs, etc., ce qui ne permet pas de la rendre aussi intime , on devra y ajouter 8 à 10 p. % de pulvérin.
L’essai de la composition d’artificier venant de la poudrerie , consiste à en charger un tube de diamètre et de longueur déterminés, et à observer le temps employé par la combustion , comparativement avec celui qu’emploie celle adoptée comme type. Elle doit se pelotonner facilement sans se désagréger par son propre poids. Lentement desséchée elle ne doit perdre que 1/2 p. °/ 0 de son poids au plus. On verse ensuite 800 grammes d’eau pure (distillée) sur 62 - grammes de la composition, on remue longtemps, on filtre, et l’on détermine la densité de la dissolution au moyen d’un petit flacon bouché, qu’on a préablement pesé plein d’eau. La dissolution doit avoir une densité de 1,42. Si^ les compositions impulsives sont directement préparées et livrées par la poudrerie, on en fera l’essai d’une manière analogue à celle décrite pour l’essai de la poudre.
Le mélange de la composition d’artificier avec le pulvérin, se fait également à la poudrerie dans les grandes tonnes, lorsqu’il s’agit de quanti tcS considérables. Ce mélange se fait alors directement au moyen des doses convenables de matières premières. Lorsqu’il s’agit de préparer ces comp oSl " tions en moindres quantités, et là où l’on ne possède pas les matières p rC ' mières, on môle en petites tonnes, à l’aide de petites balles, la mixture pètre et soufre et la poudre grainée. La tonne ne doit être remplie q u ‘ ,u tiers, doit contenir 1 fois autant de gobilles que de matière à mélanger* et doit tourner deux heures avec une vitesse de 28 à 80 tours par minute.
Le mélange de la composition d’artificier avec les liquides de nature végétale se fait dans des vases convenablement choisis, et à l’aide des mains, parce qu’on s’assure plus facilement par le tact que par la vue de l’intimité du mélange. Le mélange au pulvérin se fait, lorsque les quantités sont petites, dans des écuelles ou mortiers en porcelaine ou en orphite, et lorsque les quantités sont plus fortes, dans la tonne.
Le mélange des mixtures de soufre et de nitrates divers se fait dans des mortiers. Le sel doit être préalablement réduit en poudre aussi ténue que possible , puis mélangé à sec dans les proportions indiquées, avec le résidu de la composition d’artificier dont on a enlevé le salpêtre par lavage ( voyez le § suivant). Ce résidu se substitue ainsi au soufre.
Pour préparer les compositions au chlorate potassique, on lessive sur un filtre la poudre, ou la composition d’artificier, jusqu’à ce qu’une goutte de l’eau de lessivage, reçue sur un morceau de verre, ne laisse plus de traces en se vaporisant. On dessèche, on ajoute à unepartie du résidu 4 parties de chlorate dépotasse trituré, et on mélange le tout dans un mortier en mouillant de
8p.°/ 0 d’eau.S’il faut préparer une composition de K, Sl^}-2SetK, èl-f-S-{-3C
°n commencera par mélanger K, rj- 2 S etK,^r-{-S-j-3C, dans la même proportion , et on lessivera cette composition pour substituer le chlorate au citrate.
Pour mélanger le chlorate potassique avec le sulfure d’antimoine (§ 241), °n triture chaque ingrédient séparément, et on les mélange en ajoutant 10 p. °/ 0 d’eau.
Lorsqu’on emploie beaucoup de chlorate potassique, on peut avoir une petite tonne à triturer, dans laquelle on le pulvérise à l’aide de gobilles. Mais cette tonne ne doit pas être employée en même temps au mélange de impositions d’artifices, parce qu’il pourrait en résulter des inflammations.
trituration du chlorate de potasse isolé ne présente, de même que celle
nitrate de potasse, aucun danger. Lorsqu’on le broie très-vivement on itend seulement un petit pétillement, qui est sans inconvénient.
Condensation.
Les compositions d’artifice doivent être dans la plupart des cas condensées, s< "t en masses compactes de diverses formes, soit dans des enveloppes, et
154 TRAITÉ
dans ce dernier cas à divers degrés de durelé. Dans beaucoup de cas on peut convertir la composition en masses compactes de formes déterminées, en rhnmectant d’eau gommée; mais ce moyen ne doit être employé que lorsqu’on ne dispose pas d’appareils de condensation puissants, ou lorsque la condensation n’est pas admissible, parce que la dessiccation deviendrait trop lente. Il convient d’observer d’ailleurs que l’eau gommée altère partiellement le mélange, ralentit la combustion, et modifie aussi un peu la nature de la réaction par l’introduction d’une substance organique. L’altération du mélange n’a pas lieu lorsqu’on emploie une résine dissoute dans l’alcool, surtout lorsque ce dernier est concentré. Ce dernier liant présente encore l’avantage de se dessécher rapidement. Par conséquent, lorsqu’une condensation à l’aide d’un liant liquide est indispensable, et que la modification de la flamme (qui est plus altérée par une résine que par la gomme) est considérée comme indifférente , il vaut mieux que le liant soit alcoolique qu’aqueux.
La condensation dans l’intérieur d’enveloppes peut, lorsqu’elle ne doit pas être forte et que les enveloppes sont spacieuses, être exécutée à la main. Souvent il suffit de comprimer ainsHa composition sèche; quelquefois on doit avoir recours à l’huruectation. Toutefois les compositions impulsives ne doivent jamais être humectées, et cela parce qu’après la condensation 1 ! est difficile d’eloigner le liquide, qui nuit par sa présence à la force impulsive en absorbant, aux dépens de la tension des gaz, le calorique nécessaire à sa vaporisation. En général, la condensation de compositions impulsives et autres qui doivent brider un temps déterminé exige plus de soins et d’attention que les autres. Lorsque l’enveloppe (§855) est très-résistante, et l fl force condensatriee faible, il n’est pas nécessaire de soutenir les parois de h* première pour la faire résister à la pression intérieure ; on se contente alors de la placer sur un socle qui la maintient dans la position verticale, l’ouverture en haut. Si au contraire l’enveloppe est faible relativement à la pression nécessaire à la condensation, on la place dans un chandelier ou moule, q" 1 pour celles de faible diamètre est d’une seule pièce, et pour celles pl uS fortes composé de deux pièces: ces deux pièces sont fixées l’une sur l’autr® au moyen de viroles troncconiques, ou bien au moyen de quatre oreilles l a " térales qu’on boulonne les unes sur les autres. Les moules les plus solides d« cette espèce, surtout quand une grande pression est requise, sont en font 0 de fer (1). Les deux moitiés doivent être ajustées avec précision, afin q i,e ^ 6 cartouche ne se détériore pas en s’introduisant dans le joint. Ce moule muni d’un socle massif. Lorsque les cartouches sont très-longs et de p ellt
.(') Yoyei à la fin du volume la noie 2 du capitaine Hoffmann.
diamètre, et que.la condensation doit avoir lieu à la main , ce qui doit faire craindre le ploiement du cartouche par une pression exercée à faux, on les renferme dans des tubes en fer blanc. Les enveloppes destinées à recevoir One masse fortement condensée sont toujours cylindriques. La matière est alors condensée à sec, h l’aide de baguettes qui s’ajustent dans le creux cylindrique , et sur lesquelles la force condensatrice agit par chocs ou par pression. Lorsque les cartouches sont .longs, on doit employer plusieurs baguettes de longueurs décroissantes, parce qu’une baguette qui déborde trop le cartouche en hauteur transmet facilement la pression dans une direction oblique, d’où résulte que le cartouche est gâté. La condensation par chocs est principalement employée pour les colonnes de composition de petites dimensions, et pour autant que des coups de maillet donnés à bras d’homme suffisent. Quand la force du choc doit être plus grande, on préfère employer la pression parce que les machines qui agissent par chocs produisent beaucoup de poussier et font craindre les inflammations ; de plus, il faut un grand nombre de'chocs pour produire le même effet qu une pression également facile à produire. La manipulation par séries de chocs donnés à la main , présente des avantages pour les opérations simples telles que le battage des étonpilles, en ce quelle exige les appareils les plus simples et qu’on peut employer un grand nombre de travailleurs à la fois ; mais celte méthode produit toujours une condensation inégale, la partie supérieure de chaque dose étant plus dense que la partie inférieure. On emploie des maillets en bois; ceux en métal agissent plus énergiquement mais présentent trop dedanger, quant aux inflammations de la composition.
On transmet la force condensatrice à l’aide dé presses. Ce sont ou des presses hydrauliques ou despressesà vis ou à levier. Lorsque la pression exercée doit être très-grande, les presses hydrauliques ne produisent pas autant de danger que celles à vis, qui lorsqu'elles sont fortes doivent toujours être à balancier ou volant (1). Lorsque la pression requise est moindre, il faut préférer les presses à vis, qui dans ces dimensions sont moins coûteuses. Celles-ci consistent simplement/en une cage «à quatre montants, munie d’une ou deux hrides transversales guidant la vis en fer, dont l’écrou en bronze est logé au
(t) Quelle que soit la force d’une presse à vis elle ne doit pas nécessairement être à v °lant; cela dépend évidemment du pas de la vis, c’est-à-dire du rapport entre le chemin Parcouru verticalement par la vis et entre celui parcouru par la puissance qui agit horizonélément à l’extrémité du levier. Si pour certains ouvrages, comme par exemple pour découler des métaux, ou pour les étamper, on a trouvé de l’avantage à donner de la vitesse à l’outil, P°«r rapprocher son action de celle du choc, ce qui a exigé l’emploi du volant, jl ne résulte P ® 8 de là qu’on 11e puisse construire des presses à vis d’une puissance énorme sans employer de volant j il suffit évidemment pour cela de diminuer le pas de la vis. (T.)
156 TRAITÉ
sommet de la cage. Ordinairement la bride inférieure se meut avec la vis, en glissant verticalement dans deux rainures on glissières ménagées dans deux montants opposés. La vis est toujours à triple et môme à quadruple filet, afin de monter et de descendre rapidement; La tète de la vis est munie d’un fort levier transversal chargé à ses bouts pour agir comme volant. On peut remplacer ce mouvement violent, par le mouvement régulier communiqué au balancier par un poids lui faisant chaque fois parcourir le même angle. U y a certains petits travaux qui n’exigent qu’une action peu puissante mais souvent renouvelée ; pour ceux-là on se sert de presses à levier ou à arbre coudé : dans ces machines le piston est fixé à la presse même, parce qu’on comprime des colonnes de composition de hauteur constante ; on substitue alors pour chaque pression un autre cartouche qu’on place exactement dans une cavité ménagée à cet effet (1).
Quelle que soit la méthode de condensation suivie, les doses supérieure» restent moins denses que les autres si l’on exerce sur chaque dose la même pression. Il convient donc de recouvrir, lorsque cela est possible, la dernière dose de composition d’une couche d’argile, de presser celle-ci également et de la recouper ensuite si cela est nécessaire. L’argile étant moins élastique que la composition , transmet la pression à une grande profondeur. Si l’on
(i) La multiplicité de presses dont l’auteur parle dans ce paragraphe n’est pas indispen¬
sable. On peut d’une seule forte presse convenablement construite tirer la force condensa-
trice nécessaire pour tous les artifices qu’on peut avoir à faire. En elfet on peut d’abord
faire varier entre certaines limites la pression exercée par la machine, soit en modifiant 1 “
puissance qui peut être mesurée par des poids, ou parla soupape de sûreté dans la presse
hydraulique, soit en limitant la résistance, en rendant mobile la pièce sur laquelle les objets
ii presser sont disposés. Quant aux presses à faible pression et à mouvement fréquent, elles
sont complètement inutiles ; car les objets devant recevoir une faible pression, peuvent
être rangés dans des plaques trouées, les pistons placés dans une autre pièce portative de ma¬
nière à correspondre aux trous delà première, et la grande presse, pressera ainsi en un seul coup
de piston un grand nombre de couches de composition, avec une force représentée par 1 “
pression totale divisée par le nombre de couches pressées. Il suffit évidemment pour cela
que la pression soit répartie uniformément, ce qui n’est plus un problème, beaucoup du
presses satisfaisant depuis longtemps à cette condition. La méthode de presser à la fois u« grand nombre de couches de composition dans autant de cartouches, ou récipients quelconques, de mêmes dimensions, est certainement beaucoup plus expéditive, pour produire un grand nombre d’artifices de petites dimensions, que celle des petites presses ne pressant c haque fois qu’un seul individu, qu’on doit placer avec beaucoup de précision sous I e piston porté par la presse même. Cette dernière disposition parait d’ailleurs mauvaise, comU’ c île pouvant procurer guère d’avantages , et exigeant une précision difficile à imaginer, ta ' (i) * * * * * * * * * * * * 14 d ans la construction des éléments à presser que dans le placement si souvent répété é» chaque élément,. (T.)
doit craindre que la composition ne s’égrène ou se détache à une extrémité de la colonne, il faut autant que possible tourner ce côté de manière qu’il reçoive les premières doses. L’introduction des doses dans les petits cartouches, et pour les artifices qui n’exigent pas une très-grande uniformité dans leur densité , se fait à l’aide de petites cuillers ou lanternes ouvertes qui donnent des portions très-inégales même quand on a soin d’arraser. Lorsqu’on vise à l’égalité des doses, on les mesure à l’aide de mesurettes cylindriques peu hautes, fixées au bout de longs manches lorsque les cartouches à charger sont longs. Quand les couches de composition sont très-minces, on les moule à l’ctat humide dans des plaques trouées , d’où on les fait tomber lorsqu’elles se sont détachées des bords des trous par suite delà dessiccation. Celte méthode donne des disques de composition très-uniformes.
On doit chercher à obtenir la plus grande densité possible de même que pour la poudre ; une grande densité rend les temps de combustion plus uniformes, et l’influence atmosphérique moins sensible. La densité n’est pas encore arrivée au plus haut degré possible, lorsque la baguette rend un son clair en tombant sur la composition. Plus les doses pressées chaque fois sont faibles, plus la masse sera dense. Le battage à la main des colonnes de 5 à 7 millimètres de diamètre produit une densité de 1,947. la densité calculée d’après celle des ingrédients étant 2,21. Une composition d’une densité absolue de 2,16 acquiert étant moyennement battue 1,904 , et par un battage longtemps continué 1,927 ; par conséquent environ "du volume reste rempli d’air.
Dans les masses motrices, les fusées volantes, etc., où la production d’une force motrice considérable exige le développement rapide d’une grande masse gazeuse dans un cylindre étroit de composition, il est nécessaire de rétrécir l’orifice de fuite, et de creuser la masse impulsive. On peut produire ce creux lors du chargement au moyen d’un modèle ( la broche) fixé sur le socle du moule, en se servant de la baguette creusée à cet effet, ou bien en forant la masse, condensée d’abord à l’aide de baguettes massives. La première méthode, qui réduit la quantité de composition à condenser, n’est employée que dans le cas où l’on dispose d’une force peu considérable ; la seconde, au contraire, est toujours employée lorsqu’on peut exercer une force suffisante pour produire un cylindre massif de la densité désirée. La broche doit être conique afin qu’on puisse la retirer après le chargement : de là résulte une mégalité des dimensions des volumes occupés par les doses successives, in - °galité qui rend impraticable leur condensation uniforme. Le chargement sur lu broche ne produit donc jamais des combustions aussi uniformes que l’autre méthode , et celle dernière doit être préférée toutes les fois que la force dis-
] 38 TRAITÉ
ponible le permet. Le chargement massif est encore employé lorsqu à raison du faible diamètre du creux à produire, la broche devrait être très-mince comparativement à la force condensatrice à employer, ce qui pourrait fane craindre la rupture de cette pièce. Les creux produits par le chargement sur la broche présentent d’abord une surface lisse qui cependant devient bientô rugueuse, parce que dans chaque dose la partie inférieure qui est moins dense absorbe plus d’humidité que la partie supérieure qui est plus condensée; il résulte de là une détérioration plus prompte que dans les colonnes forées (1). Les baguettes creuses, qui sont chères et faciles à détériorer, causent encore du danger en pinçant la broche ; la déperdition de la composi tion par la production du poussier étant considérable, on doit souvent dégager la composition qui s’introduit dans le creux de ces baguettes, de sorte qu e le travail, en apparence plus compliqué, du chargement massifsuivi du forage est en définitive préférable.
Les forets peuvent avoir la position horizontale, ou verticale; cette dernière exige un appareil un peu plus compliqué , mais doit être préférée parce qu’elle débarrasse des buchilles qui tombent dans une caisse placée endessous, d’où résulte aussi une moindre production de poussier. Le foret ne fait pas plus de 15 à 20 révolutions par minute ; le mouvement en est réglé à l’aide d’un volant. Le foret présente une tête cylindrique pour les âmes cylindriques, et consiste en un cône tronqué arrondi par la petite base pour les âmes coniques ; il est en acier trempé et bien poli. On n’a pas besoin d un forage préparatoire. Le cartouche est fixé l’orifice en bas au-dessus du foret, dans un châssis qui descend de lui-même et presse ainsi sur le tranchant du foret. Un arrêtoir limite convenablement ce mouvement du châssis. Le banc à forer se trouve dans une place spéciale dont les manœuvres qui font tourner la machine sont séparées par une cloison (2).
(i) Si dans les fusées chargées sur la broche la densité n’est pas uniforme aux dire** points de la hauteur de chaque dose, il doit en être de même pour les fusées massives. Cett« circonstance ne peut donc pas constituer une différence favorable à ces dernières. Mois 1 J
véritable raison do la prompte détérioration des fusées chargées sur la broche conique, consista en ce qu’il est impossible qu’une baguette à condenser comprime la composition qui touche (i) * * * * * * 8 la broche, si ce n’est en un seul point de la longueur de la colonne, et ce point est cclu*
où le diamètre de la section transversale de la broche conique est le même que celui du
creux de la baguette à condenser. Comme on emplbie ordinairement trois baguettes p° ur
achever la condensation, il peut y avoir trois de ces points; à toutes les hauteurs i |,ter
médianes la composition ne peut être que très imparfaitement et irrégulièrement condense*-
(a) Voyez la note 3 du capitaine Hoffmann, à la fin du volume.
Dans les diverses opérations de la condensation, du forage, etc., le danger de l’inflammation spontanée est d’autant plus grand que la température et la sécheresse de l’air et des outils sont plus considérables. Lorsque la composition est vive et causerait du danger en s'enflammant, on emploie souvent, afin de diminuer l’imminence des inflammations, des baguettes munies d’un sabot en bronze dur à la partie qui agit sur la composition. Mais comme ces sabots se plient et se refoulent facilement, il est bon d’en éviter l'emploi autant que possible.