‹ Traite de radiotherapieChapitre 29 sur 128 · ACTION DES RAYONS X SUR LA PEAU · texte numérisé non relu

ACTION DES RAYONS X SUR LA PEAU

10 à 12 jours que commence soit la chute des poils, soit l'érythème, même dans le cas d*une absorption considérable. »»

Scholtz fit des expériences sur le porc, pour déterminer combien de jours après l'application commencent à apparaître les phénomènes de réaction.

Il conclut ainsi : « Le temps nécessaire pour l'apparition des

premières modifications macroscopiques est un peu plus long

pour une irradiation de faible intensité que pour une de grande

«site ; mais, même dans les rayonnements les plus intenses,

il faut attendre 7 à S jours. De plus, les phénomènes n'attei-

ient leur maximum que quelques semaines plus tard. »

Le soir même, ou le lendemain d'une séance radiothérn pique, il survient parfois un érytbème plus ou moins int< n-« sur la partie éclairée. Ce fait a été rapporté par beaucoup d'auteurs, et nous avons eu, noas-même, l'occasion de le constater souvent. Pour quelques-uns, c'est le début de la réaction. Nous avons cité les conclusions de Scholtz et de Kienbôck ; elles sont tout a fait opposées à cette opinion. À quoi faut-il attribuer ce phénomène ?

Il faut d'abord remarquer que, le plus souvent, cet érytbème • volue de la façon suivante : Il apparaît le soir même de l'application, parfois le lendemain, et acquiert en quelques heures son maximum, pour décroître progressivement et n'être presque plus visible h à 5 jours après son apparition. Il peut s'accompagner de démangeaisons légères. Au moment où il disparaît ou va disparaître, commence à se laisser entrevoir le véritable érythème réactiomieL En effet, les 5 a 6 jours de latence habituelle, même après des irradiations intenses, se sont écoulés. On confond alors la fin de Térythème avec le commencement de la réaction, et on dit : « La réaction débute immédiatement après le traitement et se continue progressivement. » Si Ton interroge avec soin les malades traités, on arrive à leur faire raconter la marche de ces phénomènes, et on est bien obligé d admettre

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deux phénomènes distincts. Du reste, dans un certain nombre de cas, l'érythème primitif disparaît totalement, et c'est seulement quelques jours plus tard que la réaction véritable commence à se montrer. Cette rougeur locale ne constitue donc pas le début de la réaction. Kienbôck, à Vienne, Béclère, en France, sont de cet avis.

Enfin, lorsque Ton emploie certaines ampoules allemandes, dont l'anticathode est refroidie et de ce fait ne rougit pas ou rougit fort peu, on n'observe ordinairement pas d'érythème consécutif. C'est un fait constaté par plusieurs expérimentateurs.

D'après Schmidt, certains auteurs attribueraient cette réaction précoce non pas aux rayons de Rôntgen, mais à des rayons inconnus, qui émaneraient de la couche violette qui colore les vieux tubes de Rôntgen. Schmidt discute cette opinion et conclut de ses expériences :

« La réaction précoce est indépendante de l'âge du tube et s'observe aussi bien avec des tubes neufs qu'avec des tubes vieux.

« La réaction précoce s'observe chez certains individus bien déterminés, et se produit toutes les fois qu'ils ont été suffisamment exposés aux rayons. Il s'agit, vraisemblablement, d'une susceptibilité spéciale du système vasculaire, comme on en observe relativement aux influences psychiques, toxiques et thermiques. »

11 est probable qu'il faut attribuer cette pseudo-réaction aux rayons lumineux qu'émet l'anticathode, portée à l'incandescence ; ce serait un érythème analogue à celui que produit sur la peau un coup de soleil, ou un éclairage artificiel intense. Peut-être s'y joint-il une légère action calorifique.

Ce n'est donc que quelques jours après l'exposition aux rayons X qu'apparaît la réaction. Cette latence varie suivant la quantité de rayons absorbée, la sensibilité spéciale de l'individu et la région atteinte.

nADlODËRVUTES

Si l'irradiation a été légère, l'érythème on l'alopécie apparaîtra huit, dix, douze jours plus tard ; si la quantité absorbée a été plus considérable, la période de latence pourra ne durer que cinq ou six jours.

Comme l'a dit Kienbock : « Plus forte est la dose appliquée dans une séance, ptas courte est la période de latence, plus vire est ta réaction et plus longue est sa durée. »

RADIODERMITE9

On distingue généralement deux sortes de radiodermites, Tune aiguë et l'outre chronique. C'est ainsi que les ont classées Kienbock et Oudin. « Ces termes, dit ce dernier, sont absolument faux, s'ils entendent signifier, catnmc c'est l'habitude en clinique, la marche de l'affection et sa durée; c'est aux cause* des radiodermites et non à leur évolution que doivent s'appliquer ces dénominations, »

Cette division utile pour la description peut induire en erreur les médecins qui débutent dans la méthode. 11 n'y a p;is ilmx espèces de réaction; ce qui varie, c'est l'intensité des phénomènes et la forme spéciale qu'ils affectent suivant les régions atteintes, II est évident que la radiodermite consécutive à un traitement intempestif ne pourra se comparer à celle occasionnée p;ir une irradiation modérée. Le médecin qui fait des examens radioscopiques présente sur les doigts des réactions légères, qui ne ressemblent en rien à Teschare, car il absorbe chaque jour, à dose faible! ce qu'un autre prend en une seule fois à dose massive, La progression ne sera plus la même, il manquera dès phases dan» l'évolution; la réaction s'arrêtera à un certain degré ou atteindre d'emblée tel ou tel stade ; mais au fond ce seront toujours des manifestations identiques, dont la différence objective relèvera de la sensibilité de la région et surtout de rhinite de l'irradiation.

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Néanmoins, pour la facilité de l'étude, nous distinguerons deux sortes de radiodermites : Tune propre au malade, à l'opéré ; l'autre plus spéciale (comme forme) à l'opérateur.

Radiodermite des opérés. — Dans la radiodermite des opérés, autrement dit parmi les réactions de la peau consécutives à un traitement par les rayons X, il nous faut établir plusieurs degrés. 11 ne faut pas croire que ces formes soient absolues ; elles peuvent varier totalement d'un individu à l'autre, suivant différents facteurs ; bien plus, la réaction peut sauter un des premiers stades, s'arrêter à une phase quelconque, ou passer successivement par différentes formes, pour aboutir à l'ulcération ou à l'eschare. 11 ne faut donc voir, dans la description qui va suivre, qu'une indication générale sur les réactions qui peuvent se produire et ne pas croire que les phénomènes évoluent dans Tordre indiqué.

Alopécie. — Un premier effet des rayons X qui peut se montrer parfois, en dehors de toute autre réaction, est la chute des cheveux et des poils. Cette alopécie, sans érythème bien marqué, est surtout spéciale au cuir chevelu : c'est 12 à 15 jours après une irradiation moyenne que les cheveux commencent à tomber, puis peu à peu une alopécie complète s'établit.

Selon certains auteurs, un léger érythème précéderait toujours la chute des cheveux ; mais sa localisation en rend la constatation difficile, et c'est dans ce fait qu'il faut chercher la cause de la divergence des opinions.

Pendant quelque temps, la peau reste lisse et glabre, presque sans apparition d'autres phénomènes ; parfois survient un peu d'hyperpigmentation. Au bout de quelques semaines, la peau reprend son aspect normal, et les poils commencent à repousser. Deux ou trois mois après le début de la réaction, il n'en reste plus aucune trace. Il faut remarquer que sur le visage des phénomènes analogues peuvent se produire ; mais, le plus souvent, Tépiiation est précédée d'un érythème plus ou moins intense et

RADÎODEHMITE UES OPÉRÉS

suivie parfois de pigmentation et d'atrophie cutanée. De même, si la quantité de rayons X absorbée par le cuir chevelu a dépassé la dose convenable, il se produit un érythème intense* accompagné d'infiltration et parfois de vésiculation, puis enfin survient l'alopécie. Ce simple fait suffit à démontrer que tefl form ^ r ;i Lioanelles dépendent surtout de l'intensité de l'irradiation.

Souvent aussi, dit Kîenbuck, la réaction évolue vers les pliais suivantes, sans que l'alopécie soit complète.

Êrythèrne. — Lorsque l'exposition a été plus intense, le premier phénomène qui apparaît est lï-rythème. Il se montre en général -i à 6 jours après l'application, Ordinairement la peau prend d'abord une légère teinte rosée sur toute la surface traitée.

Parfois, an lieu d'être uniforme, l'érythème est ponctué, lenticulai re, mais ces taches isolées ne tardent pas à se réunir, et l'ensemble preml une teinte plus franche T de dimensions variables, suivant que la surface atteinte est elle-même plus ou moins grande. Bien entendu » l'étendue de ces phénomènes &&1 limitée par le pourtour de la plaque protectrice. Les poils, s'il en existe sur cette région, sont souvent encore adhérents; la sensibilité n'est pas beaucoup modifiée, tout au plus y a-t-il quelques démangeaisons.

A cette teinte rosée succède, au bout de 1 à 3 jours, une coloration plus intense. La peau devient rouge vif, pour prendre une teinte rouge foncé, rouge brun et atteindre même parfois le rouge violacé. La teinte du tégument est analogue à celle d'une engelure. Quelquefois rérythème reste continu dans son milieu et disséminé par taches au pourtour de la lésion*

En même temps, la peau est légèrement infiltrée. Un peu d'œdeme apparaît. Les démangeaisons, jusque-là légéivs, deviennent plus vives. Elles progressent rapidement et provoquent, surtout la nuit, un besoin impérieux de grattage. Ces phénomènes atteignent leur maximum 15 a 20 jours après Tap-

plication. En général, ils durent peu, et la réaction doit s'arrêter là, si l'exposition n a pas été trop intense ; dans le cas contraire, la lésion continue à s'accentuer, et l'érythème est suivi d'accidents plus sérieux.

Dans les cas favorables, au bout de quelques jours, les démangeaisons se calment et l'hyperémie diminue. Si la région était velue, les poils tombent, et l'alopécie devient à peu près complète. Cependant, parfois, l'épilation n'est pas complète, même après l'apparition de ces inflammations.

En même temps que la rougeur diminue, apparaît souvent un autre phénomène : la desquamation. Les couches superficielles de la peau se détachent par petites squames furfuracées, laissant au-dessous d'elles une surface d'apparence normale.

Pigmentations. — Pour Kienbôck, une pigmentation brune succéderait toujours à l'érythème, et la desquamation ferait disparaître cette coloration anormale. A notre avis, il peut se produire de la desquamation dès que l'érythème diminue, sans apparition de pigmentation. Du reste, cette coloration anormale des téguments exposés aux rayons X est très variable, suivant les individus. Elle peut s'étendre, dit M. Oudin, très loin de la région malade. Il l'a vu, dans un cas où elle accompagnait une lésion abdominale grave, couvrir toute la face antérieure du corps et des cuisses ; mais il s'agissait là d'une radiodermite aiguë avec ulcération. En général, quand la pigmentation succède à l'hyperèmie, elle reste limitée à peu près à la surlace traitée. Chez les sujets à peau naturellement pigmentée, elle est beaucoup plus accentuée que chez les autres. Les femmes brunes réagissent bien plus que les blondes.

Au bout de quelques jours, la peau hyperpigmentée commence à desquamer. Les squames qui se détachent sont alors d'une coloration brune plus ou moins marquée et de dimensions variables. Au-dessous, dit Kienbôck, l'épiderme apparaît blanc, luisant, glabre et très mince. Finalement, la peau reprend son

EUDIODERMITE DES OPÉRÉS

aspect normal. Tous ces phénomènes demandent un temps variable pour leur évolution, et si Ton peut fixer a un mois et demi le minimum de temps nécessaire, il parait impossible d'indiquer un maximum.

Par exception, il arrive que la pigmentation ne disparaît pas m même temps que les autres réactions cutanées. Elle fait alors le désespoir des malades. En général, elle n'est pas très marquée, mais, dans certains cas, le sujet est partiellement tïgrr. ïl faut prendre patience, car, le plus souvent, la teinte brune finit par s'atténuer au bout de quelques mois. Il est néanmoins prudent de prévenir les personnes brunes de la possibilité de cet accident, surtout si Ton doit, pour obtenir laguérison, déterminer une réaction intense*

Ehrmann, de Vienne, a donné une explication de ces variations, établie sur une différence d'ordre pathogénique. Pour lui, il y a deux sortes de pigmentations. L'une, fugace, est due au passage du pigment sanguin (héuiosidérine) à travers les vaisseaux ; il se répand dans les interstices cellulaires et se manifeste jusqu'à résorption complète par une teinte brunâtre tins téguments. L'autre est causée par une action directe des rayons sur les njélanoblastes et subsiste parfois des années,

Vésicatation* Phlgcline** — L'érytbéme plus ou moins foncé qui apparaît sur la peau peut, à la suite d'expositions plus intenses, être suivi d'autres accidents. Au lieu de rétrocéder et de disparaître, il peut s'aggraver.

Sur le fond rouge apparaissent des élevures, plus ou moins volumineuses ; elles sont acuminées ou papuleuses, Au début elles sont à peine visibles, on pourrait les croire de même consistance que les éléments papuleux et congestifs, Cependant, si on excorie la surface avec une épingle, on donne issue à de la sérosité jaunâtre, un peu louche, et lu lésion s'affaisse. Ce sont dr véritables vésicules. Elles peuvent être plus ou moins disséminées, plus ou moins groupées, devenir des vésîco-bulles ou

HËLOT* 1 1

des vésico-pustules. Souvent l'éruption ressemble à de la miliaire. Parfois tout s'arrête là, et la peau reprend son aspect normal au bout de quelque temps. Dans certains cas, de véritables pustules apparaissent à la périphérie de la partie traitée. Cette éruption a été constatée par M. Sabouraud chez certains teigneux soumis aux rayons X pour Tépilation. Les pustules étaient typiques et situées tout autour de la région épilée, presque à la limite des cheveux respectés. Elles disparurent du reste, au bout de quelques jours, à la suite d'applications soufrées. Ces lésions ne ressemblaient en rien à des manifestations trichophytiques, et on s'est demandé quelle pouvait être leur cause. Il faut bien noter en effet que le centre de la partie traitée ne présentait aucune réaction ennuyeuse. On ne peut donc incriminer une exposition intempestive. On a cru pouvoir attribuer ces phénomènes à l'action des rayons secondaires.

Ulcération superficielle. — La vésiculation ne reste pas toujours disséminée. Les vésicules peuvent devenir confluentes. Dans ce cas, la latence est à peine d'une dizaine de jours. Il se forme des bulles et des phlyctènes de dimensions très variables. Parfois, elles ne dépassent pas la grosseur d'une lentille, parfois elles atteignent une surface plus considérable. Le contenu d'abord séreux devient louche, puis finalement purulent.

Elles se déchirent et laissent à nu une surface ulcérée, suintante. La peau qui sépare les différentes phlyctènes ne conserve pas toujours son intégrité. Elle se ramollit, Tépiderme se détache peu à peu, et l'ensemble revêt partout le même aspect objectif.

La surface laissée à nu change de couleur; elle tend à prendre une coloration très foncée, se rapprochant du rouge pourpre et du rouge violacé.

Les démangeaisons très prononcées, jusqu'à la rupture des phlyctènes, font place alors à des douleurs plus vives : sensations de cuisson et de brûlure insupportables, empêchant souvent le

RADIODKRMITE DES OPÉRÉS

sommeil* Le malade, dit M. Oudm, ne peut supporter le contact des draps, CH étal dure dix à treize jours environ, puis survient la guérison; la peau formée est mince, lisse, blanchâtre, atrophique, présentant souvent par places des cicatrices. Les bulbes ptlrux peuvent être atrophiés, et, dans ce cas, l'alopécie obtenue 6it définitive. Parfois, on observe une pigmentation très marquée des régions voisines et des télangiectasies, qui peuvent -erdes marques indélébiles, ainsi que Vont signalé Ehrmann, M. IL Teleky, Spiegler, Ralzer, etc.

Eschare, — Reste enfin k décrire rapidement le dernier type de radiodermitos, de beaucoup le plus grave : l'ulcération profonde, leschare Rûntgen. Rare de nos jours, celte lésion s'est montrée quelquefois au début de l'emploi des rayons X. C'est, pour Kienboek, le plus sévère degré des radiodermites. Cet accident consiste en une nécrose plus ou moins profonde de la peau, Il n'y a pas une eschare Rôntgen type : il y en a des quan- I, cela dépend encore de la sensibilité du sujet et de la quantité de rayons absorbée.

L'ulcération peut rester tout à fait wiperficielle, l'épidémie étant presque seul détruit* C'est à peine si les premières couches du derme sont atteintes. Parfois, la lésion est plus profonde ; enfin le derme tout entier, et même les plans sous-jacents peuvent être lésés : Teschare grave est constituée. Dans ce cas, les douleurs précédentes sont encore plus intenses, elles deviennent terribles et s'irradient au loin. Sur la surface ulcérée, rougeitro, qui, au stade précédent, présentait une teinte uniforme, apparaissent des tac lies jaunes, grises, noirâtres, qui s'étendent, se fusionnent et constituent Teschare, toujours limitée à la surface \ Cette eschare brune devient peu à peu sëchet noirâtre, moins sensible. Elle se momifie, pour se rétracter sur place au milieu des tissus en activité. Il se produit, entre elle et les tissus sains périphériques, un sillon qui laisse sourdre un liquide épais, ux ou purulent; enfin, elle se détache avec difficulté des

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tissus sous-jacents. Il en résulte une ulcération profonde, qui sécrète abondamment. Puis les surfaces se recouvrent de bourgeons et la réparation s'accomplit au bout de plusieurs semaines ; ce sont les cas favorables. Parfois, l'ulcération est torpide, elle n'a aucune tendance à la cicatrisation, elle peut même gagner en profondeur et en étendue. Elle subsiste pendant des mois, parfois même des années, comme le dit Kienbôck. La douleur peut manquer complètement.

Il existe aussi une forme primitive d'eschare, qui est consécutive à une irradiation intempestive et qui débute, 5 à 8 jours après l'exposition, par de la nécrose, de l'ulcération, etc.

Heureusement, ces accidents sont très rares, nous n'en avons jamais observé, et il faut les attribuer à une surexposition maladroite, dépassant dix à vingt fois la dose maxima normale.

« La guérison de ces radioder mites, dit Mlle H. de PissarefI, dans sa thèse inaugurale, est d'une désespérante lenteur. La cicatrice qui lui fait place, avec ses bords découpés en forme de carte géographique, et la peau hyperpigmentée du voisinage sont tellement spéciales qu'elles permettent de faire le diagnostic rétrospectif de la cause de la lésion. Elle se rétracte plusieurs mois après sa formation et ressemble alors à la cicatrice de toute brûlure grave et profonde, amenant même par sa rétraction la déformation de la région. »

L'hyperpigmentation, les télangiectasies sont ordinairement très marquées, ainsi que Ta signalé Gocht.

Ces anomalies sont le plus souvent persistantes.

Enfin, certains observateurs étrangers ont constaté le développement de néoplasmes malins sur les cicatrices consécutives aux radiodermites graves. Kùmmel (de Hambourg) vient de publier, au 32e Congrès allemand de médecine, un cas de cancer développé au niveau d'une cicatrice de radiodermite, survenue chez un professionnel. Allen a publié récemment un cas analogue à la Société américaine de dermatologie.

IUDIODERMITE »ES OpÉRKS

Reste à savoir si les rayons X sont bien la cause directe il<* ces néoplasies. Il est fort vraisemblable d'admettre que ta cicatrice consécutive à la radioderraite, étant un milieu de moindre -tance, peut être un lieu détection pour la nouvelle lésion. On sait» du reste, que le cancer se développe facilement sur certaines inflammations chroniques de la peaut accompagnées de sclérose profonde* Aussi nous ne croyons pas qu'il soit légitime de dire que les rayons X puissent produire le cancer; il est plus juste d'admettre que cette maladie peut se greffer sur 1rs lésions et les cicatrices les plus diverses, quelle que soit leur ri use étîologique.

Répétons encore qu'il ne faut pas voir, dans les différentes classes de rudiodcrmites, des lésions types. Ces distinctions ne son! établies que pour la facilité de la description. En réalité, la peau réagit plus ou moins violemment, suivant sa sensibilité et suivant la quantité d'agent actif qu'elle a absorbée. La réaction peut passer progressivement par tous les degrés ; elle peut s'arrêter à certains stades et rétrocéder; elle peut en sauter quelques-uns pour arriver d'emblée à un autre

En résume, on peut fixer avec Cari Beck trois degrés de radioderinite :

<« Le premier est caractérisé par Thyperémie et l'infiltration de la peau, Texfoliation en petites écailles associée à de fortes ingeaisons. On dirait qu'il se fait une atrophie des différents cléments de la peau : glandes, poils et ongles,

• Le deuxième degré a pour caractère la formation de vésieulea et de phlyetènes. Les signes d'inflammation sont très prononcés, la tension considérable et les douleurs intenses* Sous les phlyetènes, le chorion est rouge et suintant.

\u troisième degré appartient la destruction escharotique des tissus irradiés. Ceux-ci présentent les signes de la gEOgrèoe sèche et s'éliminent en laissant un ulcère, dont la guérison demande parfois des années.

Accidente tardifs. — La radiodermite survient ordinairement dans les quinze jours qui suivent l'application provocatrice. Elle peut aussi apparaître, par exception, fort longtemps après, Oudin et Barthélémy ont rapports un cas d'ulcération survenue, chez une femme, cinq mois après la cessation de tout traitement radiothérapique. La malade avait été soumise aux irradiations pour des douleurs névralgiques île la région mammaire. Cette ulcération a duré plus d'un an et a été très difficile à guérir,

Oudin a observé, chez M. le professeur Fournier, une femme chez laquelle débutèrent des troubles trophiques, dix mois après un certain nombre de séances radiothérapiques, alors que dans l'intervalle la peau paraissait absolument saine, sans rougeur. sans éruption, sans douleur ; et, en deux mois, la lésion avait parcouru toutes ses périodes, pour aboutir à l'ulcération et à rescharification.

En mars 1900, Oudin a encore publié deux observations de ce genre. Dans Tune (malade du service du docteur Bar), sprèa une séance de rayons X, une injection de sérum était suivie rapidement, d'une large eschare autour de la piqûre de l'aiguille et d'une mortification complète, sans suppuration, de tous les points du tissu cellulaire où avait fusé le sérum, Chez l'autre, six mois aussi après quelques séances de radiothérapie, une douche raisonnablement chaude, projetée sur la région jusque-là saine en apparence, y provoque l'ulcération spéciale.

Enfin, d'après cet auteur, le moindre traumatisme dans le voisinage d'une radiodermite, ou même simplement sur une région antérieurement exposée aux rayons, et en apparence saine, peut provoquer une ulcération caractéristique. Aussi recommande-t-ii d'être très prudent dans les interventions chirurgicales consécutives à des expositions prolongées aux rayons.

Un fait rapporté par Kienbôck semble confirmer cette opinion. Un lapin gris, guéri d'une radiodermite du deuxième

RADIODERMITE HES OPLKlS

degré, eut, quelque temps après, une récidive à la marrie place, survenue à ta suite d'une blessure légère de cause accidentelle.

Heureusement, ces accidents à longue échéance sont extrêmement rares et constituent une curiosité scientifique. Du te, ils datent presque tous de quelques années. À cette » l-Mjue, la radiothérapie était dans l'enfance, les radiations elles-mêmes mal connues et non dissociées, les techniques opératoires défectueuses et empiriques. Peut-être aussi a-t-on attribué aux rayons X des méfaits dont ils n'étaient pas responsables, parce qu'on ne savait i\ quel facteur les attribuer et parée qu'aussi on était impressionné par les accidents graves qu'ils avaient occasionnés, A la suite de nos applications thérapeutiques, nous n'avons jamais observé de faits de ce genre, quoique nos premiers essais datent d'environ deux ans.

Nous n'en sommes heureusement plus à l'époque où M- Ûu- Jin écrivait : «Quand on voit se produire un erythème après une séance de rayons X, il est aujourd'hui impossible de prédire ce qui va se passer. » De nos jours, avec les méthodes de dosage qui existent, on peut se mettre à l'abri des accidents graves d'une façon presque absolue, et à plus forte raison des accidents iHa tardifs.

Entin, si l'on veut résumer les diverses espèces de radiodermites, en se basant sur la durée du stade de latence, on peut distinguer avec Kienbock quatre degrés de réaction ;

let degré* — Latence de trois semaines environ, pas d'inflammation appréciable de la peau, mais chute temporaire des poils, ou bien diminution d'un nodule lupique, exacerbation de phénomènes congestifs préexistants.

2* degré. — Latence de deux semaines environ, erythème et tuméfaction d'une à deux semaines de durée, chute des poils,

3* degré, — Latence de dix jours environ, rougeur, vésica* ii n, n-osion avec exsudation, restitution apparente ad integnmi après trois à quatre semaines.

PROPRIÉTÉS DÎOLOGIQUES DES RAYONS DE RÔNTGEN

4d degré. — Cinq à huit jours après l'exposition, nécrose, puis ulcération, cicatrisation après six semaines et au delà.

Un an ou un an et demi après la radiodermite du deuxième degrés il apparaît parfois une atrophie singulière de la peau avec téliangiectasies. Cette atrophie apparaît toujours après une radiodermite du troisième degré.

Radiodermite des opérateurs* — Après la radiodermite des opérés, il faut décrire celle des opérateurs. On a appelé cet ensemble de phénomènes radiodermite chronique. Ce terme est mauvais, car la radiodermite chronique reconnaît la même étiologie que la forme aiguè ; il n'y a qu'une différence d'intensité.

Son apparition ne revêt pas les symptômes aigus de la radiodermite grave ; elle est lente, progressive, presque silencieuse à ses débuts. C'est presque toujours chez des gens qui manient habituellement les appareils à rayons X qu'elle m produit. Elle ait ordinairement localisée aux mains, parce que ce sont elles que Ton examine habituellement dans les expériences radioscopiques ou radiographiques, et aussi parce qu'elles sont plus rapprochées de la source radiogène, dans le cours des applications radiothérapiques. Cette radiodermite reste longtemps latente. En effet, les expositions qui la provoquent sont de courte durée et de faible intensité. Ce n'est qu'au bout de quelques semaines ou quelques mois> quand les doses se sont additionnées, quand la cumulât ion est entrée en ligne de compte, que les modifications apparaissent.

Kîenbôck et Oudin ont bien étudié ces lésions. Us ne sont pas tout à fait d'accord sur les premiers signes par lesquels elles se manifestent. Pour Oudin, c'est la circulation capillaire qui, au début, semble plus particulièrement intéressée, 11 se produit un certain degré d'acrocyanose ; les doigts sont violacés et rouges ; on a des mains du cuisinière ; cela, sans sensation pénible, avec simplement un peu de sécheresse de la peau et un peu de sensation de chaleur. Puis Térythème diffus devient, en

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