‹ Traite de radiotherapieChapitre 31 sur 128 · TRAITEMENT DES RADIODERMITES ET MOYENS DE PROTECTION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES RADIODERMITES ET MOYENS DE PROTECTION

Les radiodermites bénignes, caractérisées par un érytbèma léger, disparaissent d'elles-mêmes au bout de quelques jouis. Si l'irritation est vive, on peut employer les compresses boriquéea, les pommades calmantes à l'oxyde de zinc, ou Teau de Gmilard, ainsi que font recommandé Kûmmel, Schiff et Àlbers Sehôuberg. Contre les pigmentations, on a essayé Télectrolyse et

la haute fréquence sans résultat encourageant. Torôck et Schein préconisent la pommade au naphtol. Ali Krogius a remarqué que le thiol liquide est très efficace contre l'érythème radiothérapique ; bien plus, le thiol, étant imperméable aux rayons X, sera employé prophylactiquement : on badigeonnera avant la séance de radiothérapie la peau circumvoisine de la tumeur à traiter.

Il n'y a d'autre traitement de la radiodermite chronique que la suppression de la cause. Il faut cesser d'approcher les mains de l'ampoule en activité. Aucun topique, aucun pansement ne peuvent donner d'amélioration, si on ne cesse d'être exposé aux rayons X. Au lieu de se résoudre à cette abstention, on peut chercher à se protéger par un artifice.

Nous ne citerons que pour mémoire les précautions prises par certains médecins, qui, pour faire de la radiographie, revêtent de véritables armures de plomb, avec casque et gantelets, comme les chevaliers du moyen âge partant à la conquête de la Terre Sainte !

Ce qu'il faut surtout protéger, ce sont les mains. M. Oudin avait fait faire des gants recouverts d'une lame de plomb. C'était incommode ; il préfère aujourd'hui des gants d'escrime, dont le ' crin a été remplacé par du fil de laiton très fin. Il obtient ainsi une protection suffisante.

M. Béclère employait des gants portant seulement sur la face dorsale une partie en cuivre qui recouvrait chaque doigt, laissant à découvert toute la pulpe.

Mais tous les gants sont gênants, lourds, longs à mettre, et M. Béclère s'est servi d'un petit bouclier métallique, qui recouvrait tout le dos de la main et laissait les doigts libres. Parfait pour la radioscopie, ce protecteur ne peut servir utilement le radiothérapeute.

Depuis quelque temps cet éminent praticien emploie simplement des gants ordinaires, portant, cousus sur la partie dorsale des doigts, de petits sacs remplis de bismuth ; ceux-ci épou-

TRAITEMENT DES RÀDIQDERMlTES

sent exactement la forme des doigts et ne gênent en rien les mouvements.

Etant donné que l'action néfaste des rayons X sur les testicules paraît scientifiquement démontrée, il faut songer à protéger ces organes. Le praticien, en effet, qui s'occupe de radiologie est constamment exposé aux radiations émises par les ampoules, et il est inutile d'insister sur les inconvénients que pourrait avoir pour lui la aécroepermio et Tazoospermie ! Nous >ns qu'il serait prudent de se munir d'un petit tablier fait d'une double enveloppe de caoutchouc remplie de bismuth. Ce petit appareil, facile à faire, peu encombrant et peu gênant, devra, à notre avis, être employé par tout praticien soucieux de conserver l'intégrité de ses fonctions physiologiques.

La plus simple façon de se protéger est de se tenir habituellement derrière Fauticathode ; on évite ainsi les rayons et par suite leur action.

Nous avons fait établir une boite en bois, recouverte de plomb, à l'intérieur de laquelle se trouve l'ampoule. Un orifice permet L'utilisation des radiations actives. Gaiffe a construit *nv nos indications un appareil spécial (Localisateur), que nous avons décrit [u éeédcmmenL De cette façon, l'opérateur est protégé complètement et n'a pas à redouter la radiodermite. De ce fait, les lunettes et autres protecteurs encombrants et disgracieux n'ont plus de raison d'être.

Tous les traitements ont été essayés contre les radiodermites graves, et on peut dire qu'ils sont presque tous restés impuissants. L'iodoforme, l'acide picrique, qui sembleraient indiqués, n'ont aucun avantage. Les antiseptiques n'améliorent nullement laa ulcérations graves, au contraire. Il est vrai qu'elles ont peu de tendance à devenir le siège d'infections secondaires* « Leur surface, dit Oudin, ne s'enflamme pas, suppure à peine, n'a aucune odeur, et même, chose très étonnante, ces ulcérations ne s'accompagnent pas de lymphangite, ni d'adéno patine. On

peut voir des lésions très étendues siégeant à côté de l'aine, par exemple, ne provoquer l'apparition d'aucun ganglion douloureux, même si les malades sont restés sans pansement, ou avec des pansements incomplètement antiseptiques. »

Cependant, les pansements occlusifs deviennent nécessaires lorsque, Tépiderme ayant disparu, les plans sous-jacents sont à nu. Le contact de l'air avec les surfaces ulcérées augmente l'acuité de la douleur ; aussi faut-il recouvrir le tout d'épaisses couches d'ouate et de taffetas. Si les douleurs sont intolérables, la cocaïne pourra être utilisée en applications locales.

Dans un cas d'ulcération légère, nous avons obtenu une cicatrisation rapide, en recouvrant la partie malade d'une épaisse couche de pommade à l'oxyde de zinc, recouverte elle-même d'un pansement occlusif stérile.

Dans le même ordre d'idées, on peut employer le Uniment oléocalcaire, qui est excellent dans le cas où les sensations de brûlure sont intenses, ou cette pommade indiquée par Walker :

Craie préparée 15 grammes

Huile d'olive 8 —

Axonge 4 —

Une autre formule a été donnée par Engmann :

Acide borique 45 grammes

Huile d'olive 30 —

Lanoline 90 —

Eau de roses 45 —

Mais, en général, le simple Uniment oléo-calcaire est le médicament le mieux supporté et celui qui atténue le plus les douleurs. On l'applique directement et on recouvre la surface de lint imbibé de ce produit.

Le docteur Bar a eu l'idée ingénieuse de traiter une vaste ulcération radiographique par la lumière rouge. Par ce procédé, la réparation de la lésion a été plus rapide que l'on ne devait

TRAITEMENT DES R AWODERMITES

l'espérer. L'ulcération siégeait sur l'abdomen. On fit une caisse en bois emboîtant latéralement le ventre de la malade, et le couvercle de la boite fut constitué par une plaque de verre rouge. Une distance de 5 centimètres environ séparait la région ulcérée de la plaque de verre, La patiente ainsi habillée était exposée au grand jour pendant une partie île la journée,

h Théoriquement, ajoute Oudin, si on songe que le rouge et l'infra-rouge sont, pour ainsi dire, antagonistes du violet et de l'ultra-violet, cet essai était très séduisant* L'ultra-violet voile la plaque photographique, l'infra-rouge la dévoile : rultra-violet ftxeitti li Ihinivscence «i la phosphorescence qu'éteint le rouge. D'autre part, nous savons que les lésions superficielles dues aux rayons X sont semblables à celles que produisent les rayons chimiques du spectre, 11 était donc légitime de rechercher si cet antagonisme chimique était aussi physiologique. C'est ce que l'observation de Bar semblerait prouver. »

Nous avons eu l'occasion d'essayer cette thérapeutique chez une malade atteinte d'une radiodei mite bénigne* Une exposition intempestive (dans un cas de mycosis fongoïde), sur la région frontale, fut suivie d'une ulcération de la grandeur d'une pièce de â francs. L'épiderme seul tomba. La partie lésée fut exposée régulièrement devant un foyer lumineux rouge, et la cicatrisation fut assez rapide.

Par contre, une autre malade, présentant une ulcération rebelle du coude (ulcération de cause banale), loin d'être liorée par les rayons rouges, vit son mal empirer et dut cesser le traitement,

Kaiser préfère la lumière bleue, II communiqua au Congrès des Naturalistes de Hambourg, en 190Î, d excellents résultats obtenus sur des radiodermites par ce procédé,

Strebell n'en a pas été satisfait. Cependant Montgomery et Orsmby croient que la lumière bleue stimule directement les cellules animales !

Eti réalité, la plupart des observations publiées ne prouvent rien et ne peuvent permettre d'affirmer l'effet utile de telle ou telle source lumineuse. En particulier, l'expérience de Bar ne serait démonstrative que si la moitié de L'ulcération avait été recouverte d'un verre rouge, l'autre moitié d'un verre blanc. Si la guéiison s'était faite plus rapidement d'un côté que de l'autre, il aurait été légitime de conclure à Faction des rayons rouges, par exemple. Aussi peut-ony dans le cas publié, invoquer tout simplement l'action de la lumière elle-même, sans faire intervenir la couleur des rayons lumineux,

Freund croit que le froid a sur les radiodermites une influence désastreuse, tandis que la chaleur en déterminerait l'amélioration et même la guérison. Il conseille les fumigations et les cataplasmes. Il a traité, avec le professeur Ehrmann, deux ulcérations profondes produites par les rayons X, Il s'est servi des rayons caloriques fournis par une puissante lampe à incandescence (100 bougies). Les applications, quotidiennes, duraient une demi-heure* Le malade fut soulagé, et la cicatrisation se lit rapidement. Là encore, on peut invoquer l'action de la lumière elle-même.

On a essayé, avec succès, l'électricité sous ses diverses formes, Le malade d'Apostoli a vu ses douleurs diminuer notablement par l'eflluvation statique, en même temps que la plaie se cicatrisait plus rapidement, Oudin a traité par Teffluvation de résonnance une ulcération radiographique située à la cheville et depuis longtemps stationnaire. L'aspect s'est modifié rapidement et la guérison est survenue relativement vite. En un mois, la cicatrisation fut complète, alors que, pendant les cinq mois précédents, l'ulcération s'était à peine modifiée. Les séances de haute fréquence avaient lieu trois fois par semaine et duraient environ dix minutes chacune.

Les bains hydro-électriques semblent avoir donné des résultats. Nous citerons une observation qu'a bien voulu nous communiquer notre cher maître M Je docteur Sehwartz. Il s'agit d'un

TRAITEMENT DES RADIODERMITES I 77

individu qui lit, en juillet LS98, des expériences avec des tubes de Rôatgen. Consécutivement, apparut sur le dos de la main droite un êry thème très douloureux, qui fut suivi d*une chut** de l'épidémie et aboutit à une ulcération gravi -, sVtendant but toute la face dorsale de la main et mettant a nu les plans i>t»fonrls. La lésion était atone, à bords taillés à pie, avec un fond saignant, fongueux, sans aucune trace de cicatrisation. Les douleurs étaient très vives : cuissons et brûlures violentes, que rien u pouvait calmer. On appliqua successivement l'emplâtre au salnl, 1rs pulvérisations boriquées, les bains, PorihofcrnlB, etc., - aucun résultat appréciable. On eut alors l'idée d«- traiter la main malade par des bains hydroélectriques continus à faible intensité, La cicatrisation commença bientôt, et la réparation se fit, ayant demandé, en tout, huit mois pour s 'm complu*. On pourrait également employer pour ces bains des cotjnint- sinusoïdaux et triphasés.

A la suite d'observations semblant mont rer que les altérations produites par les rayons X résultent d'un trouble vaso-moteur aboutissant a la Contraction des artérioles cutanées et consécutivement à la nécrobiose et à rulcèration de la peau, Hunting- %on en a tenté la cure radicale par le procédé chirurgical. Il » agissait d'un homme de 35 ans qui présentait, depuis six mois environ, sur la portion sus-ombilicale du muscle droit de l'abdomen (du coté droit , une plaque do dermite, grande connue une soucoupe de tasse a thé, qui sV-tait développée a la suite de unes de radioscopie. Au centre de la lésion en question, tait une ulcération ovalaire de 7 à 8 centimètres carres, 1 bords hyperestbésiques, auxquels faisait suite une zone liyperémique, tpii était le siège de vîvea démangeaisons.

Ayant fait endormir le malade, M, Huntîngton extirpa la zone ulcérée, en la circonscrivant d'une incision profonde qui intéressait tout le pannicule adipeux jusqu'à la gaine du muscle droit. Le pannicule étant sclérosé, on le réséqua à une certaine dis-

tance tout autour de l'incision : la peau ainsi décollée fut ensuite suturée à la gaine du grand droit, et on recouvrit l'espace cruenté restant avec des greffes de Thiersch.

La guérison fut parfaite et s'est depuis lors maintenue ; la cicatrice est un peu rouge, mais sans tendance à l'ulcération : autour d'elle, la peau forme une sorte de kéloïde annulaire.

Cette observation est intéressante, car l'opinion générale est qu'il faut s'abstenir de toute intervention chirurgicale, de tout grattage, et que même les greffes de Thiersch réussissent rarement.

§ 3. — Action des rayons X sur les bactéries.

On a beaucoup discuté et on discute encore aujourd'hui sur Faction microbicide des rayons de Rôntgen. Ces radiations influencent-elles le développement des bactéries, les rendent-elles plus virulentes, ou, au contraire, en déterminent-elles la mort ?

Un certain nombre d'observateurs, von Volfender et Forbers Row, Beck et Schûltz, Beauregard et Guichard, Bergonié, Destot et Dubar, Berton, S. Bruntou Blaikie, Biaise etSambuc, Grunmach, Mink, Pott, Sabrazès et Rivière, Sarmani, Kûmmel, Wittlin, M. Wolff, entre autres, pensent que les rayons X ne troublent en rien, ni la vie, ni le développement des bactéries. Par contre, Bonomo et Gros, Fiorentini et Luraschi, Frantzius, Lortetet Genoud, Muhsam, Rieder, Holzknecht, Spieler, etc., sont parvenus à diminuer la virulence de certaines cultures microbiennes, à arrêter leur développement et même à déterminer leur mort.

H. Rieder est un des principaux partisans de l'effet bactéricide des rayons de Rôntgen. Ses expériences portèrent principalement sur des cultures. Il prit une boite de Pétri, préparée à l'agar-agar, ensemencée d'une culture quelconque (vibrion de choléra, bacille d'Eberth, de la diphtérie, etc.). Cette boite fut

ACTION DES RAYONS X SUfl LES BACTÉRIES

recouverte d'une plaque de plomb, percée en son centre d'un orifice circulaire; le tout était exposé aux rayons émis par une ampoule.

Les conditions techniques dans lesquelles les radiations étaient produites, étaient les suivantes ; la bobine pouvait donner 30 centimèhv* d'étincelle, le primaire avait 800 interruptions par minute, la distance de raïUicathode i\ la boîte était de 10 cenlimètrea et l'exposition durait de une heure a tfois heures.

Aprei une exposition de ,'j8 minutes, les cultures du vibrion du choléra et du bacille de Koch présentaient un arrêt de développement sur la partie sous-jacente a ToriOce du plomb, Partout «illettré, la culture avait conservé son état normal. En la mettant à Fétuve, les bactéries n» se développèrent pas sur la partie éclairée, tandis qu'elles continuèrent à progresser sur les régions protégées par le plomb.

Après une à trois heures d'exposition, elles étaient totalement

ruites.

In écran métallique Tut interposé entre l'ampoule et les cul-

- pour éviter toute influence des décharges électriques ; les

Itats furent identiques. Sur cultures de colibacilles, de

BtâpbylocotcuB pyogeaes et de bacilles diphtériques, les résultats

furent positifs.

Bicder en a conclu, avec vraisemblance, que les rayons de Rôtttgen avaient une action bactéricide* et, passant de l'expée â la pratique, il ajoute : « Il n'est pas nécessaire à l'intérieur du corps humain de tuer les bactéries ; il suffit de mettre obstacle â leur développement. De cette façon, le sang, gardien naturel de l'organisme, peut, grâce a son pouvoir bactéricide, Compléter la destruction des germes pathogènes. t>

chkinass et Caspari ont pu obtenir un arrêt de développe* ment daa bactéries, notamment du microeoceiis prodigiosu-, qu'ils ont choisi â cause de son odeur 1res forte et de la couleur cultures qui facilitent l'observation.

l8o PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES DES RAYONS DE RÔNTGEN

Danysz confirma les recherches cTAschkinass et de Caspari. Il obtint l'arrêt de développement de tous les microbes soumis à l'expérience et, dans certaines conditions même, la mort de certains d'entre eux (charbon).

MM. Pacinotti et Porcelli ont étudié, en Italie, l'influence des rayons de Becquerel sur les cultures. Dans les tubes exposés aux rayons de l'uranium, les microbes étaient déformés et ne se coloraient plus régulièrement ; les colonies cessaient de s'étendre. Ces auteurs expliquent cette altération par une modification chimique du protoplasme des bactéries.

Les partisans de la théorie adverse sont nombreux : Mink, se basant sur ce fait que les rayons lumineux détruisent les bactéries, exposa des cultures aux rayons X pendant 30, 35 minutes et plus, sans pouvoir modifier leur vitalité. Von Volfender et Forbers Row, Sabrazès et Rivière eurent sur le bacillus prodigiosus des résultats analogues. Berton inocula à des cobayes une culture de bacille diphtérique irradié pendant 16, 32, 64 heures ; ceux-ci moururent aussi vite que des animaux témoins inoculés avec la même culture non irradiée.

Scholtz fit des expériences intéressantes. Ses recherches ont été effectuées avec des cultures d'âge différent.

Comme Rieder, il prit une plaque d'agar qu'il ensemença avec quelques gouttes de bouillon de culture de bacille typhique; puis il remplaça le couvercle en verre par une feuille de plomb percée au centre d'un orifice de la grandeur d'un mark. Ainsi préparée, cette culture fut exposée, pendant une heure, à 10 centimètres d'une ampoule molle. Le primaire absorbait 4 ampères et les interruptions étaient de 10 par seconde. Du reste, cette même ampoule, fonctionnant dans des conditions identiques, déterminait sur un lupus, à la suite de 4 à 5 expositions quotidiennes de 10 minutes, à 20 centimètres, une nécrose superficielle de la peau.

La plaque d'agar fut ensuite mise à l'étuve. Vingt-quatre

Page 1