CHAPITRE VII MÉTHODES D'APPLICATION
On peut dire que, depuis la découverte de Rôntgen, les méthodes d'applications thérapeutiques des rayons X ont été les plus diverses. Presque chaque praticien a la sienne, et, pour s'en convaincre, il suffit de parcourir quelques-unes des observations qui ont été publiées durant ces dernières années.
En général, la plupart des auteurs se contentent d'indiquer, avec plus ou moins de détail, leurs constantes électriques et les appareils qui les produisent ; ils y ajoutent le temps de pose et la distance de l'ampoule à la partie traitée.
iNous savons, qu'en réalité, ces chiffres n'ont de valeur que pour l'expérimentateur, qui pourra utiliser les mêmes appareils et se placer dans les mêmes conditions (chose irréalisable en pratique) ; mais, comme parmi les observations publiées, l'indication de mesures exactes constitue l'exception, nous serons obligé, dans la plupart des cas, d'indiquer l'instrumentation, puisqu'elle n'est pas accompagnée de données plus précises.
Schift et Freund employaient en 1898 des ampoules dures ; depuis quelques années, ils disent qu'on peut obtenir des résultats aussi bons avec des tubes durs qu'avec des tubes mous, ces derniers produisant cependant des effets plus rapides. Ils se servent d'une bobine du type Ruhmkorff de 30 centimètres d'étincelle ; elle est alimentée par le courant de la ville ou par une batterie d'accumulateurs.
METHODES d'APPLIC\TJON ;Mj
L'intensité au primaire est de I ampère et demi à 3 ninpi i avec 16 interruptions par seconde. L'ampoule est dure, les rayons produits très pénétrants, Elle est plane d»« façon a ce que les rayons tombent directement sur la partie à traiter. Distante d'abord d'environ 15 centimètres de la lésion, elle est rapprochée progressivement jusqu'à 5 centimètres ; la durée des séances varie de 5 à 10 minutes,
Dans son ouvrage de 1903, Freund indique les modifications qu'il a fait subir à sa méthode. Suivant en cela l'exemple de Scholtz, il emploie des ampoules molles, commence par une forte exposition à une petite distance, puis progressivement diminue la (Jurée et augmente la distance.
Ces deux auteurs font, en résumé, des séances nombreuses et prolongées, jusqu'à l'apparition des premiers symptôme* lînhii-U. Aussitôt, ils arrêtent le traitement, et malgré cela, disent-ils, l'effet des irradiations dure encore longtemps.
D'après Freund, cette méthode serait suivie par beaucoup de praticiens, entre autres par Mûller, Grouven, Havas, Puscy, Zechrneistcr, Merk, Torok, Seliein, Gastou, Yieira, J .-F. Hall- Edwards, Boczar, ek\
l»îff conseille dans quelques cas de tàler la susceptibilité du malade en faisant un traitement d'essai ; il préconise, pour fer les réactions intenses, l'emploi il«s tubes durs.
Gassmann ri Seheakft] suivent une technique qui se rapproche de celle de Setttff. Au primaire, 30 volts et 3 à 'i ampères; bobine de f\b centimètres d'étincelle; interruptions de MOU à L80O par minute.
L'anttcathode e>t portée nu rouge incandescent. Les séances poursuites jusqu'aux premiers signes d itou.
hottz, élève de Neisser, se sert d'instruments de mesure et
donne la préférence aux tubes mous. Voici la fro^n dont il procède:
\nu> il- butons par une faible irradiation d'essai, pour cous-
tai. r la sensibilité de la peau* Celte pratique est particulière-
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ment recommandable dans l'acné, l'hypertrichose, l'eczéma et la folliculite de la barbe. Puis, au bout de quelques jours, nous faisons une irradiation relativement forte, pour nous rapprocher le plus rapidement possible du seuil de la réaction, c'est-à-dire du degré de dermatite désiré. Nous diminuons alors rapidement l'intensité de l'irradiation. Les irradiations ultérieures sont modérées ; elles sont continuées jusqu'à ce que le résultat cherché commence à se produire.
« Cette méthode tient dans une certaine mesure le milieu entre le procédé de Schiff et Freund et celui de Kienbôck. Nous atteignons ainsi le plus vite possible l'effet désiré, nous ne travaillons pas dans les ténèbres, et nous ne courons pas le danger d'obtenir, par de trop fortes irradiations, des réactions inattendues. En plus, nous évitons la désagréable surprise de voir, au bout de 2 à 3 semaines d'arrêt du traitement, que les doses absorbées étaient insuffisantes.
« Ce procédé, du reste, concorde avec la plupart des considérations théoriques. Lorsque Ton emploie un médicament à action tardive et cumulative, on ne commence pas par donner une très faible dose pour l'augmenter progressivement ! On donne, au contraire, d'abord la dose active et, plus tard, on la fait suivre de doses plus légères.
« La répartition des séances dans les diverses maladies dépend en grande partie de conditions extrinsèques. Voulonsnous, à la clinique par exemple, épiler la tête d'un malade atteint de lavus: la première séance dure 15 minutes, à 30 centimètres de Tanticathode, ou 10 minutes à 25 centimètres. Puis, pendant les 3 ou h jours qui suivent, nous faisons une séance quotidienne de plus en plus faible ; plus tard, les séances sont faites seulement tous les 2 jours, puis tous les 3 jours ; la durée tombe de 5 minutes à 3 minutes.
« Dès que les cheveux commencent à tomber, ce qui se produit ordinairement à la fin de la seconde semaine ou au commence-
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ment de la troisième, les irradiations sont suspendues, et t*épilation devient complote sans apparition de dermatite grave,
i Si le m£me patient se présente à la policlinique?, la première séance est faite dans les mêmes conditions ; mais, dam l'intérêt même «lu malade, nous rapprochons les irradiations suivantes* La première semaine, les séances ont lieu tous les 2 ou 3 jours et OUI une durée de 6 à 7 minutes; la deuxième semai ne, elles sont faites tous les h jours, pendant h à 5 minutes, h une distance de 30 centimètres. Dans les cas de lupus, de folliculite de la barbe, de psoriasis, etc., nous procédons matai is mittandin de la même manière. »
Enfin Seholtz ajoute un paragraphe relatif à la distance qui doit séparer l'anUcathode de la peau, i Quand on traite de grandes surfaces, spécialement quand la quantité nécessaire de rayons X est minime, comme pour I/épilation, ta psoriasia étendu, il faut choisir de grandes distances, environ 30 h 40 centimètres. Ainsi la différence d' intensité entre le centre et. la périphérie se fait moins sentir, et même des relions légèrement convexes (crâne) reçoivent sur toute leur surface une quantité presque é^;ile d'agent actif.
c* Il faut veiller à ce que les rayons tombent le plus possible perpendiculairement sur la peau. Un nez lupique doit donc être irradié au moins de chaque coté, et mieux sur chaque face latérale et sur la face dorsale. »
Gron, de Christiania, se sert de tabès mous ; l'intensité au primaire de la bobine est de 3 à 'j ampères sous 110 volts, La durée de l'irradiation varie de 10 à 15 minutes. La distance qui sépare l'ampoule de la peau peut osciller entre 15 et 'l'i centimètres. Les parties saines sont protégées par des lames de plomb, et les séancee continuées jusqu'à l'apparition de la réaction; c'est» en un m*»t, la méthode ih ScIiitK,
J,-\Y, Iforton, de New- York, préfère le tube mou pour le traitement des affections cutanées; pour les tumeurs profondes, il se
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sert d'une ampoule dure. En général, il préfère le tube dur et réclame l'emploi de mesures exactes. Les séances ont lieu 3 fois par semaine et durent, chaque fois, 6 à 8 minutes. Il n'arrête pas le traitement dès l'apparition de la réaction ; au contraire, il continue jusqu'à ce qu'il ait converti un érythème clair en foncé et souvent en « tan » noirâtre. Une fois bien tanné, le malade peut supporter une quantité considérable de rayons X. En un mot, il cherche à durcir la peau et n'arrête pas le traitement dès qu'apparaît une légère dermatite.
Williams, dans ses intéressants travaux, ne fixe pas de mesures ; cependant il se rend compte de l'état de son ampoule et connaît la quantitéde rayons qu'il fait absorber ; l'expérience et l'usage d'une même installation l'ont iixé sur ce point. Il utilise une bobine qui absorbe 5 ampères sous 220 volts, et de préférence une machine statique. Pour lui, le temps d'exposition, la distance du tube au patient, la fréquence des expositions, doivent être déterminés pour chaque individu, chaque appareil, chaque maladie. En général, l'ampoule (molle) sera placée de façon à ce qu'une distance de 15 à 20 centimètres sépare l'anticathode de la peau du patient ; les irradiations auront lieu 2 à 3 fois par semaine et dureront de 5 à 20 minutes. Si l'on voit apparaître de la rougeur ou une teinte bronzée de la peau, les séances devront être suspendues jusqu'à disparition complète de ces phénomènes réactionnels, sinon on risque la dermatite: elle est le plus souvent inutile dans les cas bénins.
Stelwagon utilise une ampoule molle, donnant environ 2 pouces d'étincelle équivalente, comme du reste Pusey, Hyde et Montgomery, Pfahler, Léonard Sweet, Allen, etc. Cet auteur fait deux séances par semaine, de 5 minutes, pendant 2 semaines,, la distance de l'ampoule à la peau étant réduite à 10 ou 12 pouces. S'il ne se produit ni réaction ni amélioration, les expositions sont faites 3 fois par semaine ; elles durent 10 minutes, et le tube est rapproché de la peau. La distance est ré-
METHODES l> .U'I'UCVTIOX
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duïte à S pouces, puis progressivement on arrive à 5 pcMtyGfS; Si ces applications ne sont pas suivies de réaction pu d'amélioration, leur duréeest prolongée jusqu'à 15 ou 20 minutes, avec 1 intention de produire un léger érythème* Parfois survient une dermatite peu violente, qui nécessite cependant la suspension du traitement. Cette modification des tissus est ordinairement suivie d'une amélioration considérable. Les séances sont reprises dès que la réaction est terminée, et on arrive ainsi peu à peu à la guérison,
Voici la technique employée par Kienbôek, telle qu'il la décrite dans le rapport qu'il fit au Congrès de Grenoble : « Nous < ii|»loyons un appareil puissant, une bobine de 40 à 50 contins d'étincelle, avec des interruptions fréquentes (interrupteur mécanique à mercure ou interrupteur éleetroly tique de Weh* nelt)* Nous faisons usage d'ampoules réglables, en particulier des aupoules Millier (de Hambourg), que uous maintenons à l'état demi-mou en les faisant luire fortement* Nous les approchons de la peau du malade aussi près que possible, si le foyer morbide a peu d'étendue en surface. Ainsi une séance ne dure que quelques minutes. Si le foyer est plus étendu, il faut éloigner l'ampoule pour obtenir le même effet dans tous les points de la surface traitée* Quand cette surface est très grand*', il devient même nécessaire de donner à l'ampoule successivement une série de positions différentes. Les parties saines, tout autour du foyer malade, sont protégées par une feuille de plomb de 0 mm, 25 dVpàisst'iir, dont les deux faces peuvent être recouvertes de caoutchouc (ce qui met la peau à l'abri des petites étincelles et permet le lavage de la feuille en cas de souillure).
« Le dosage, a chaque séance, se fait de diverses manières ;
1* Nous évaluons la grandeur de l'exposition d'après l'intensité et la qualité des rayons X, la distance delà peau et la durée de la pose. Comme nous ne faisons varier que rarement la quan-
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tité et la qualité des rayons, jamais la fréquence des interruptions du courant primaire et seulement dans de faibles limites la distance à la peau, nous arrivons, après un certain temps, à donner la dose voulue, simplement en faisant varier la durée de l'exposition, par exemple de cinq à dix et à quinze minutes.
« 2° La deuxième méthode a été inventée par le docteur Holzknecht. A côté du foyer malade est posé, pendant l'exposition, un petit godet contenant le réactif qui se colore en vert d'autant plus foncé que la quantité de rayons X absorbée est plus grande (c'est une quantité égale à celle qu'absorbe la peau). Nous comparons cette coloration aux diverses teintes d'une échelle graduée qui sert d'étalon, et nous continuons l'exposition jusqu'à ce que soit atteint le degré voulu de coloration. Avec ce chromoradiomètre, nous apprenons la quantité de rayons X absorbée par la peau, la grandeur de l'exposition exactement et sans avoir besoin de nous préoccuper de l'état de l'ampoule, de la fréquence des interruptions, etc. (La durée efficace de l'exposition serait représentée par le nombre des émissions de rayons X venant frapper la peau.)
« 3° Une troisième méthode est en voie de développement. C'est celle du docteur Freund, qui se sert comme réactif d'un petit flacon contenant de l'iodoforme en solution à 2 p. 100 dans du chloroforme; ce liquide acquiert, sous l'influence des rayons X, une coloration rouge, qui s'accentue avec la durée de l'exposition.
« J'appelle « exposition normale faible » celle qui produit seulement la réaction du premier degré (absorption de 3 H , en cinq à six minutes) ; « exposition normale » ou « normale moyenne » celle qui provoque la réaction du deuxième degré, sous sa forme légère (absorption de 4 H en sept à huit minutes) ; « exposition normale forte » celle qui provoque la réaction du deuxième degré, plus fortement accentuée (absorption de 5 H, en neuf à dix minutes) ; enfin « exposition normale double » celle qui atteint