S ÉPITHÉLIALES
Il s'agissait d\in homme, spécifique ancien, présentant sur le bord de la tangue une petite saillie, dure, de la 'grosseur d'une tête d'épingle en verre. Nous avions vu le malade en province et porté le diagnostic d'épithélioma, qui fut confirmé, quelque» jours après, par M, Brocq*
Nous avons alors décidé de pratiquer l'intervention chirurgicale et de faire sur la cicatrice des applications radioth piques. Le patient, peu satisfait de notre décision, alla consulter un spécialiste, qui lui ordonna un traitement mercuriel intensif {il avait déjà été tenté deux mois auparavant). Le résultat ne se fit pas attendre.
La lésion empira, et quand le malade revint nous voir, il portait, sur l'extrémité de la langue, un épithélioma typique, légèrement ulcéré, de la grandeur d'une pièce de cinquante centimes, sans saillie prononcée au-dessus du plan de la langue.
Il se décida à l'intervention chirurgicale. L'ablation ne fut ni très profonde, ni très vaste, comme on peut en juger par l'aspect actuel de la langue.
L*examen histologique de la pièce confirma le diagnostic.
La cicatrisation fut longue et difficile ; il restait au bout de la langue un point douteux, saignant et de mauvais aspect.
Un mois après l'opération, le malade fut soumis à la radiothérapie, avec dose de 4 à 6 H tous les quinze jours environ.
Opéré en juin, il ne présente encore aucune trace de récidive ; il n'y a pas de douleur, la langue est souple, la cicatrice à peine visible; le point douteux a repris un aspect normal, et tout nous fait espérer un résultat durable. L'avenir nous dira si nous avons raison. Nous continuons néanmoins les applications radiothérapiques tous les quinze jours.
Il paraît donc possible, d'après les observations précédentes, d'obtenir un résultat favorable sur certains épithéliomas de la langue, particulièrement sur les formes végétantes, bien délimitées et non accompagnées de métastases; mais il faut, pour les
KPITHfcXIOMA CUTANE
indications du traitement, considérer deux choses : la gravité habituelle des tumeurs de cet organe et la difficulté des irradiations radiothérapiques.
11 faut, toutes les Ibis que ce aéra possible, et surtout lorsque le
îpiasme présentera un certain volume, combiner le traitement chirurgical et le traitement radiothérapique ; faire, comme Ta dit si justement Béclère, uu traitement « radio-chirurgical », ces deux méthodes ne devant pas se combattre, comme on l'a cru souvent, mais s'aider mutuellement pour le plus grand bien des malades.
Ainsi, lorsque le néoplasme est peu étendu, qu'il n'est pas accompagné de ganglions nets, qu'il se limite à une petite production dure, nodulaire, saignant parfois facilement, il faut, sans hésiter , recourir d'abord à la chirurgie* Le délabrement sera minime et le résultat rapide. Puis, quand tout sera cicatrisé, ou même avant complète cicatrisation, on devra faire une série d'applica lions radiothérapiques sur la place qu'occupait jadis la lésion. Ces séances hâteront la cicatrisation si elle est incomplète, détermineront l'élimination des cellules malades qui auraient pu rester, partant pourront prévenir la récidive.
Si le cas est plus grave, mais encore facilement opérable, il faudra se guider sur l'âge du patient, sur sa pusillanimité et surtout sur la possibilité d'atteindre tous les points malades. Notre préférence serait encore pour une opération chirurgicale préalable, suivie d'irradiations consécutives.
Enfin, dans les cas inopérables, ou opérables au prix d'un délabrement considérable, la radiothérapie devra souvent être préférée à la chirurgie. Il est probable qu'elle ne conduira pas à la guêrison, mais n'en est-il pas de même du procédé sanglant ? Et combien la première méthode sera plus facilement acceptée par le malade. Le pouvoir analgésique des rayons X en fera un excellent palliatif, etr dans certains cas, une amélioration considérable suivre les irradiations.
5sG ACTION RÉSOLUTIVE SUR LES tftOFOR MATIONS KPJTIIKI ÏALES
Comment atteindre cet organe ? Autrement dit, comment agir sur la partie malade, sans irradier en même temps le reste de la bouche ? Au début, nous avions essayé de maintenir, avec une pince spéciale! la langue hors de la bouche et de par une lame de plomb les parties saines. Ce procédé était mauvais; nos malades se déplaçaient et ne pouvaient supporter ce véritable supplice pendant plus de 5 a 10 minutes.
Avec les localisateurs, les choses sont simplifiées ; un tube, de dimension et d ouverture convenables, est mis dans la bouche, et lo malade vient appuyer lui-même sa langue au point voulu. On peut ainsi faire facilement des séances d'une certaine dur»**.», sans grande fatigue pour le patient, et sa protection est
Nous avons fait faire des tubes dont le plan de section forme un i ertain angle avec la normale, de façon à pouvoir atteindra toutes les régions. Le seul reproche qu'on peut leur fait que l'uniformité de l'éclairage n'y est pas parfaite ; m*< inconvénient est bien petit, à côté des avantage-.
Ces tubes localisateurs nous paraissent, en tous supérieurs aux tubes spéciaux, comme ceux préconises pa Oudiii, qui coûtent cher et ne peuvent servir que pour le* ? ment d'un nombre limité d'affections. La puissance de I est, du reste, la même avec le localîsateur ou avec le tube sj» car, ce qui importe, c'est la position de l'unticathode par rapport au point traité. Or, dans les tubes spéciaux, 1 anticathode ;iu centre du tubes et, eu face d'elle, on a ajouté un appendice cylindrique plus ou moins long, qui laisse passer les rayons seulement par son extrémité. Pour avoir de réels avantages, il fati* tirait que ces ampoules spéciales soient construites de telle aorte que Tanticathuih» soit rapprochée considérablement du [ malade ; autrement dit, que la source d'émission des rayon* X soit plus prés de la surface traitée, Sinon, les résultats seront identiques, que le tube conducteur soit solidaire de Tampoul* (tube spécial) ou indépendant (loealisateur). A lavanUg
ÉPITHÉLiOMA CUTANK
dernier restent la simplicité, la solidité, l'économie et l'adaptation ,1 toutes les cavités, en modifiant les dimensions du tube, Les lésions de la face interne des joues, de l'utérus, du rectum, des fosses nasales peuvent être ainsi facilement atteintes.
Pour le cancer de la langue, les rayons doivent être plus ou moins pénétrants, suivant l'épaisseur de la tumeur; ils pourront varier entre le nft 6 et le n° 8 du radioehromomètre de BenoisL
La quantité que devra absorber la partie malade est assez difficile à fixer, a cause de notre peu d'expérience en la matière et de l'aspect objectif différent des lésions que Ton pourra traiter.
Comme il faut éviter toute réaction désagréable, nous n'avons pas dépassé, par application, la dose de h à h IL Nous n'avons jamais vu se produire de phénomènes inflammatoires violents, Bisserié a procédé de la même façon pour les cas qu'il a améliorés» Une période de 12 à 15 jours de repos peut séparer chaque nouvelle irradiation.
Cancer de la luette, du palais, etc. — Mecaw a signalé un cas de cancer primitif de la luette et du voile, guéri par l'excision suivie d'applications radiothérapiques. Freund et le professeur Ehrmann ont obtenu une remarquable amélioration sur un épithélioraa du palais. Tout ce que nous avons dit du cancer delà langue s'applique aussi à ces cas ; mais, à notre avis, la chirurgie devra précéder la radiothérapie toutes les fois qu'il sera possible de le faire.
Cancer du larynx. — Morton a traité un malade que lui avait adressé Delavau ; il fut amélioré et mourut du mal de Brigbt.
Scheppegrell a rapporté un cas de cancer du larynx guéri en 20 séances ; on ne voyait plus trace de la tumeur, et les signes cliniques avaient disparu.
Le docteur Massier, de Nice, a publié la relation d'un cas de cancer inopérable du larynx dans lequel l'action favorable des rayons X se manifesta d'une façon très remarquable.
Béclère a guéri par la radiothérapie un malade atteint de
cancer du larynx, Le diagnostic avait été porté successivement par MM* Chauffard, Launay et Violet; mais il manquait lasantion de l'examen microscopique. Néanmoins, tous les signes cliniques donnaient dans le sens d'une néoplasie, ainsi que l'examen laryngoscopique delà tumeur elle-même*
Envoyé au docteur Béclère, le malade resta dans son service du 25 novembre 1903 au 22 avril 1904, en tout 5 mois : il fut soumis pendant cette période à h séries de séances de radiothérapie externe, d'une durée de 10 minutes environ chacune, répétées 10 ou 20 fois dans chaque série, en tout 60 séances environ.
Un mois après le début du traitement, on put constater un changement notable de la tumeur, celle-ci paraissait en voie de mortification; elle s'était ulcérée dans une notable étendue*
Trois mots après le début du traitement, la tumeur avait presque totalement disparu ; dans la suite, la guérison objective fut complète.
Le malade au cours du traitement engraissa de 16 livres, n II avale aujourd'hui, dit Béclère, toute espèce d aliments sans aucune gène. Il avale comme autrefois^ c'est là sa propre expression ; sa voix est si complètement revenue que, malgré l'hémiplégie pharyngée gauche persistante, le malade possède une véritable voix de commandement (docteur Chauffard), »
Quand bien même on mettrait en doute le diagnostic (qi] cependant fut porté par plusieurs spécialistes), il n'en reste moins démontré que les rayons de Rôntgen peuvent exercer une action favorable sur certaines lésions de la muqueuse laryngée, au travers de la charpente cartilagineuse du larynx et des parties molles qui la recouvrent»
Comment pratiquer tes irradiations?
On pourrait songer à irradier directement le larynx, grâce à une ampoule spéciale, qui aurait son foyer d'émission à l'extrémité d'un appendice que Ton porterait au fond de la gorge.
ÉnTHÉUOHA «XTANÉ
Sans parler do la difficulté que présente la fabrication d'une telle ampoule, il semble presque impossible de pouvoir faire supporter au patient le séjour prolongé de cet appareil dans la bouche.
On ne peut songer à envoyer par réflexion un faisceau de rayons X sur la partie malade, puisque ceux-ci n'obéissent pas aux mêmes lois que les rayons lumineux.
Il ne reste qu'une solution, et c'est la seule pratique pour l'instant ; irradier le néoplasme à travers les tissus qui le recouvrent. C est le procédé qu'a employé Béclère,
Il faudra faire absorber à la tumeur la plus grande quantité possible de radiations et éviter néanmoins, dans la mesure du possible, toute réaction cutanée qui retarderait les nouvelles applications.
Pour eelû, on utilisera des rayons pénétrants correspondant au n° 9 ou 10 du radiochromomètre. On pourra au besoin entourer la région cervicale d'une mince feuille d'aluminium puur absorber une partie des rayons les moins pénétrants, les plus nuisibles pour la peau* L'ampoule sera placée assez loin du tégument (20 <>u 25 centimètres) pour que la difterence entre la quantité absorbée par la peau et celle absorbée par l'ensemble de la tumeur soit moins considérable ; le temps de pose devra, dans ces conditions, être relativement plus long.
11 faudra irradier successivement le côté droit du cou, la face antérieure* puis enfin le côté gauche. Chacun recevra une dose maxima de 5 à 7 H. Grâce à ces trois portes d'entrée différentes, quand la peau ne recevra que 5 H, la tumeur elle-même absorbera une quantité proportionnelle à 15 H, car elle aura été irradiée de trois côtés. Nous disons quantité proportionnelle a 15 HT et non pas 15 H, à cause de la quantité considérable de radiations absorbées au passage par la peau, les muscles et les cartilages.
Les séances pourront être faites (au début) tous les 8J0tu*<