‹ Traite de radiotherapieChapitre 93 sur 128 · CANCERS INTRA ABDOMINAUX · texte numérisé non relu

CANCERS INTRA ABDOMINAUX

On a publié quelques observations de cancers des organes profonds : estomac, intestin, utérus, etc., qui auraient été guéris par les rayons X.

Dune façon générale, on peut dire que ces guérisons ont l contré, chez le plus grand nombre des praticiens, unsepticisme absolu. Nous croyons que dans l'état actuel de la science* il est impossible de se prononcer. Pour notre compte, nous n'émettrons pas d'opinion, quoique nous n'ayons jamais eu dans notre pratique que des insuccès, mais notre technique était peut-être mauvaise.

Dans son rapport, Skinner s'exprime ainsi :

a Dans les cas intra-abdominaux, le pourcentage des faits qui ont montré des résultats favorables permanents sous l'influ des rayons seuls, est ai petit, que l'extirpation radicale, quand elle est possible, devrait être invariablement le premier stade du traitement ; elle serait suivie aussi invariablement d'une longue suite d'applications de rayons X. Pratiquement, on ne pâtri invoquer aucune conclusion évidente quanta la valeur des méthodes combinées pour le traitement d'une affection maligne qui envahit la région intra-abdomiuale ; les cas qui ont été soumis au spécialiste des rayons X déliaient, presque sans exception, autant que j'ai pu m'en assurer, tout espoir de réussite par uno extirpation opératoire totale* Le fait que quelques cas, en infime minorité cependant, ont été manifestement guéris, malgré ces

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conditions décourageantes, plaide éloquemment en faveur du pouvoir que possèdent les rayons X d'influencer ces tumeurs d'une manière favorable, et il fournit une base sérieuse à cette conviction que, si elles sont opérées de bonne heure, l'application consécutive des rayons X permettra à une grande partie des malades d'achever leurs jours sans subir les tortures qui ont caractérisé jusqu'à présent la fin de ceux qui sont victimes de cancers dont la marche envahissante n'autorise aucun espoir. i 11 y a presque acquiescement unanime quant à l'opportunité d^employer les rayons X après toutes les opérations pour cancer et dans tous les cas inopérables, La douleur est généralement soulagée de façon satisfaisant^ l'état général est ordinairement amélioré* et des existences sont prolongées. Est-il ou non désirable de parvenir à ce dernier résultat? Cela est affaire d'opinion et de circonstances, mais on ne saurait discuter que la privation des deux premiers serait regrettable. «

Dans une intéressante revue due à MM, Delherm et Laquerrière, on lit : u II semble que quelques cas exceptionnels, où 1rs résultats furent favorables, ne permettent pas de n* jeter l'emploi des rayons X d'une façon systématique ; mais les insuccès sont si nombreux (et, pour notre part, nos quelques observations personnelles ne nous ont rien donné d'encourageant) qu'il est vraiment difficile de se prononcer sur l'avenir de la méthode, n

Deux auteurs français, Doumer et Lemoine, traitent depuis longtemps des tumeurs de l'estomac par la radiothérapie*

Nous allons reproduire une partie de la communication qu'ils ont faite à l'Académie de médecine, le 1A juin dernier :

« Le nombre des cas de tumeurs de l'estomac que nous avons traités par la radiothérapie, depuis le début de nos recherches, est d'une vingtaine. Sur ce nombre, nous en avons guéri trois d'une façon complète et définitive, croyons-nous. Un quatrième malade est en voie de guérison et un cinquième, dont l'améliora-

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tion avait été extraordinairement rapide et dont la tumeur avait disparu complètement, eut une rechute que nous u*avonspas pu malheureusement soigner. Les autres malades ont vu leur tumeur suivre une marche variable suivant les cas,

« Dans les cas où nous avons échoué» les malades sont mort*, et on ignore même si le traitement a prolongé leur existence.

« Chez tous ces malades, sans exception, la radiothérapie a fait disparaître, ou a beaucoup diminué le symptôme douleur, et cela dés les premières applications. Les vomissements ont cessé, ou ont été toujours fort espacés* et par suite V alimentation s'est mieux faite. Sans aucun doute, il se produit là une amélioration de l'état générai et des manifestations locales fort profltables aux malades, dont les illusions étaient entretenues et les souffrances diminuées.

« Toujours aussi nous avons vu la tumeur stomacale diminuer et même, dans certains cas, disparaître. Mais dans ces cas, malheureusement, si elle disparaissait à son siège initial, ell* se reproduisait toujours dans le voisinage ou dans les organe* voisins : foie, pancréas, épiploon ou poumons. Comme le traitement ne parait exercer d'action que sur les tumeurs situées assez superficiellement, il n'agissait plus des que les localisations devenaient plus profondes, et, après une période de rémission due certainement à la radio thérapie, les accidents dus à la généralisation du néoplasme s'aggravaient et menaient rapidement à la mort.

« 11 y a donc des formes de tumeurs de l'estomac où le traitement agit et amène une guërison complète, se maintenant an bout d'un an et demi chez plusieurs malades* et d'autres formes où il n'agit que d'une façon incomplète* détruisant la tumeur sur place et n'empêchant pas son extension dans le voisinage, ou sa généralisation un loin, »

Ce que Doumer et Lemoine ont fait pour le cancer de l'estomac, a été essayé sur le cancer de Putéruspar d'autres auteurs,

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Suiliy a obtenu trois succès dans des cas de cancer du coL II conclut: « Je dirai que je pense quant à présent que, dans les périodes de début de cancer du col utérin, une complète ablation de l'organe peut seule être tentée, mais dans les dernières périodes du cancer du col, où la cavité vaginale est envahie ainsi que le corps de l'utérus, et où il est tout à fait improbable qu'un bénéfice plus que temporaire puisse être procuré a la patiente par les procédés chirurgicaux, il semble vraiment que le traitement par les rayons X soit opportun, et, à en juger par les quelques expériences que j'ai pratiquées, je me crois autorisé à dire qu'il n'y a pas à hésiter pour remployer et le recommander dans ces cas. »

Nous-même, avec notre ami et collègue Mézerette, nous avons traité quelques malades atteintes de cancer du col, et nous avons obtenu une amélioration locale certaine. Les douleurs se sont calmées et les hémorragies sont devenues moins abondantes. Il est vrai que fofl rayons X étaient envoyés sur la tumeur par le vagin, dans lequel on avait placé un spéculum de Fergusson. Mais les malades sont encore en traitement, de sorte qu'il est impossible de se prononcer.

Des résultats analogues ont été obtenus, par un procédé identique, sur le cancer du rectum.

On peut toujours se demander, avec raison, si dans les guérisons publiées par les auteurs le diagnostic primitif était exact* Nous savons, en effet, que rien n'est plus difficile que de fixer la nature d'une tumeur située dans la cavité abdominale. Quelquesunes des tumeurs de l'estomac guéries par la radiothérapie étaient-elles vraiment des néoplasmes? Une hypertrophie du foie, par congestion passive, n'a-t-elle pas été prise pour une tumeur pancréatique ou pylorique ? 11 y a des cas où le diagnostic présente de réelles difficultés.

Ces réserves faites, il est possible que la radiothérapie modifie favorablement certains néoplasmes profonds, En effet,

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l'action de ce puissant agent physique sur les néoformationa cutanées, sur le sarcome, sur le cancer du sein est indiscutable. Pourquoi, dans certaines conditions, ne produirait-il pas les mêmes effets sur des tumeurs de même nature situées dan cavité abdominale ?

Il est vrai qu'en général ces néoplasmes présentent déjà un volume considérable quand ils sont diagnostiqués; ils ont. an plus, souvent envahi lefl organes voisins et les ganglions lymphatiques, conditions défavorables à la régression, La pin des cas soumis au traitement sont inopérables, désespérés, do sorte que généralement l'échec est complot.

La situation elle-même de la tumeur est un facteur peu favorable.

Pour atteindre un cancer de l'utérus, du pancréas, de la f postérieure de l'estomac* etc., les rayons X doivent traverser non seulement la peau du sujet, les couches musculaires, mais encore tous les organes qui peuvent être placés sur leur trajet, filtre la peau et le néoplasme.

Quand ils atteindront la tumeur, ils seront déjà considérablement affaiblis; la quantité sera minime. Four que h résultat soit possible, il faudrait aux radiations assez de puissance pour sfc répandra dans toute l'épaisseur du néoplasme.

On pourrait obvier à cet inconvénient en prolongeant la durée des applications, en augmentant la pénétration des rayoofl utilisés, mais on est forcément arrêté dans cette voie par lu sensibilité du tégument cutané ou muqueux interposé.

Plus la quantité de rayons qui arrivera à la tumeur sera grande, plus aussi la peau en absorbera au passage : elle aura donc tendance a réagir, et comme il faut éviter toute réaction violente, on réglera les doses de façon à éviter la radiodarmite.

La conclusion est la suivante : Quoi qu'on fasse, la tumeur profonde absorbera une somme de radiations bien inférieure à celle

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qui serait susceptible de déterminer l'inflammation de la peau.

En admettant même que les rayons X puissent déterminer la régression des néoplasmes profonds , si ceux-ci en absorbaient une dose suffisante, le problème serait encore bien difficile à résoudre. Il faudrait trouver un moyen pratique de soustraire la peau et les téguments à l'action des radiations qui doivent normalement les traverser.

L'emploi des rayons très pénétrants pourrait être une solution s'il était possible de les isoler. On sait, en effet, qu'une ampoule en activité émet toute une série de radiations de pénétration différente et que les rayons les plus pénétrants sont toujours accompagnés de radiations moins pénétrantes.

La feuille d'aluminium pourra rendre quelques services, mais si elle arrête quelques rayons peu pénétrants, elle diminue la quantité totale d'une certaine fraction, et en résumé son effet est bien peu marqué.

On a proposé de descendre, avec une sonde spéciale, des substances radio-aelïves au voisinage de la tumeur. Mais, outre les difficultés d'application, ne faudrait-il pas craindre la production d'une ulcération au point de contact et peu d'action sur la tumeur elle-même ?

On peut se demander si, dans certains cas, on ne pourrait enlever chirurgicalement un volet cutané pour donner aux rayons une porte d'entrée. Outre les ennuis de cette intervention, il restait encore toute l'épaisseur des tissus sous-cutanés, qui diminuerait d'autant la puissance des radiations.

Aussi, peut-on dire que les cas les plus susceptibles d'être améliorés sont ceux qui, tout en présentant une petite étendue, une marche lente, une absence relative défection ganglionnaire, seront séparés de la surface cutanée par la plus faible épaisseur de tissus.

Le cancer de Tintes tin nous semble, pour ce motif, être celui qui sera le plus facilement influencé, tandis que les néoplasmes

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du pancréas, du rein, de l'estomac ne pourront être modifiés que bien difficilement.

Comment devra-t-on conduire les irradiations dans le traitement des cancers profonds ?

Éviter toute violente réaction cutanée au point d'entrée des rayons, faire absorber le plus possible de radiations à la tumeur : voilà les deux principes qui devront encore guider le praticien

Pour atteindre ce double but, il faudra employer des ra\ krèa pénétrants, n° iO ou 12. La surface irradiée sera recouvi rie d'une feuille d'aluminium de 2 à 3 dixièmes de railH* mètre d'épaisseur. L'ampoule sera placée à une certaine distance du tégument, 30 ou 40 centimètres. On fera absorber 6 à 7 H tous les huit jours, et on diminuera la dose ou on espacera les séances, de façon à éviter toute radiodermite ulcéra tive.

Dans certains cas, il est possible de faire absorber au p plasme une dose élevée, tout en respectant l'intégrité de la pei% grâce au déplacement de la source radiogéne.

Ainsi, dans le cancer de l'œsophage, on peut irradier sut. sivemeut la face antérieure et les deux faces latérales : la tu: absorbera une quantité proportionnelle à 15 unités H, tandis qm la peuu, ei les positions de l'ampoule ont été bien repérées* n'aura reçu que 5 11.

De même, dans le traitement des masses néoplasiques des medi a s tins, de l'estomac, etc., on peut attaquer la tumeur par plusieurs côtés.

Tout ce que nous venons de dire s'applique aux cancers profonds inopérables. Toutes les fois que l'opération chirurgicale sera possible, elle devra être faite avant tout traitement radiothérapique* Ge serait, en effet, une faute grave que de traiter par les rayons X les néoplasmes profonds qui peuvent être op< rés avec quelques chances de succès.

Il est évident que l'intervention chirurgicale devra être suivie à bref délai d'irradiations de Rôntgen. Peut-être rallumée des

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