DANGERS DU TRAITEMENT DU CANCER PAR LES RAYONS X
deux méthodes donnera-t-elle des résultats plus durables, en retardant la récidive et même en l'empêchant ? L'a venir nous fixera sur la valeur de ce procédé.
Si l'opération est refusée* ou si elle est impraticable, la radiothérapie ne sera le plus souvent qu'une méthode palliative, dont l'excellence ne peut être raisonnablement mise en doute,
si*
nnc
Dangers du traitement du cancer par les bavons X.
Accidents.
Dès le début du traitement du cancer par les rayons X, on a signalé des accidents toxémiques ou des généralisations chez quelques-uns des malades soumis à la méthode. On en a conclu naturellement que les rayons X étaient cause de ces accidents et que par suite leur application n était pas aussi inoffensive qu*on avait bien voulu le dire,
Williams, un des premiers, après avoir reconnu que les modilications de l'état général sont parfois très remarquables à la suite des irradiations, conseille dans les cas de néoplasmes non ulcérés de drainer chirurgicalement la tumeur, de façon à permettre aux sécrétions néoplasiques de sortir au dehors et d'éviter ainsi la possibilité de phénomènes toxémiques*
Dans un travail de Skinner, paru en mars 1903, sur le traitement des tumeurs malignes par les rayons X, on lit : « Les [►lirnomènes consistant en frissons, élévation de température^tc, révélant une toxémie, accompagnent fréquemment le traitement des affections malignes par les rayons X, Cette manifestation est probablement due an développement ou à la mise en liberté de toxines, dont la production est probablement aussi due a la transformation régressive de masses de tissus qui ont été trop profondément envahis par la transformation maligne pour être susceptibles de régénération, ce qui est capable d'atteindre une intensité suffisante pour vaincre la résistance nerveuse et tuer
7*J^ M TH1V RESOLUTIVE SLR LES M-OFÛRMÀTÏONS LPlTlïÉLlAI L>
le malade. La circonspection et le sens critique s'imposent donc impérieusement dans le traitement des cas présentant cette particularité, v
Huis un rapport paru en septembre 1903, il s exprime ainsi, au sujet des métastases dont on a rendu coupables les rayons X :
« La question de savoir si oui ou non les applications de rayons X provoquent ou hâtent les métastases, est encore shAjuâieê* Quelques opérateurs sont convaincus qu'il en est ainsi : les autres ne sont pas moins assurés dans leur conviction que tel n'est pas ce qui se passe. La période tardive de révolution où se trouvaient la plupart des cas lorsqu'ils se sont présentés au sp' liste des rayons X, doit entrer en ligne de compte pour motiv» r (lion de ceux d'entre eux qui croient a la métastase rapide ; ridîosyncrasie individuelle, qui produit un manque de réacti l'influence bienfaisante de Tarent, semble satisfaisante pour rendre compte des raisons de ceux qui professent l'opinion adver>
« Mais il est significatif que la généralité de l'opinion incline à croire que les rayons X ne provoquent pas de métastases, par - mêmes * per se. ■
Au mois de mars 1904, Oudin a signalé, à la Société de dermatologie, des accidents survenus chez des nêoplasiques qu'il avait traités parla nouvelle métbode;
« Chez tous les malades cancéreux que j*ai traités, j'ai vu, après la troisième ou quatrième exposition aux rayons X, apparaître les m tnptômes d'infection générale : courbature, grande lassitude, lièvre légère, inappétence, vomi&aeatenk diarrhée, faciès grippé, quelquefois toux et dyspnée, qu'on p rail mettre sur le compte d'une résorption simple de toxi&aa en même trmps on ne voyait la tumeur diminuer de volume ; ce qui implique fatalement, surtout alors qu'il n'y a pas aVnb tiou» la résorption de matériaux solides. Si on n'a pas» i» trop loin > t qu'un suspende les séances aubout de trois ou quatre jnurs, on ces symptômes s'amender rapidement et disparaître
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peut alors recommencer le traitement, mais je croîs qu'on fera bien de ne plus pousser jusqu'au point où s'est produite celte infection, l'ai actuellement en traitement une malade portant une récidive ganglionnaire et cutanée de cancer du sein opéré, chez laquelle ces symptômes sont constants et d'une netteté indiscutable, dès que je dépasse 5 minutes d'exposition. Je suis bien persuadé que, si je pnssais outre et si je ne lut laissais pas, en faisant des séances courtes séparées par des intervalles suffisamment longs, le temps d'éliminer les produits résorbés, j'arriverais très vite à des accidents viscéraux graves ou à une
dératisation iniHaire. »
S. Mendes Da Costa et Th.Passtows croient que les rayons X
peuvent avoir un effet néfaste sur certains néoplasmes* Pour
, non seulement il existe des cas où la maladie ne se modiiîe
pas, mais elle prend parfois une extension rapide, comme si
elle était stimulée par l'agent qui doit la faire régresser*
A l'appui de leur thèse, ils relatent deux observations. L'une concerne une spécifique atteinte d'épithéliomii dont le diagnostic histologique avait été fait. Le traitement radinthérapique amena nne réaction intense, la fonte de répithéliome, mais la production d'une infiltration considérable* tout autour de l'ancienne plaie : un ulcère énorme envahit complètement la face et guérît par le traitement spécifique.
Chez le deuxième malade, tes rayons X provoqueront une aggravation rapide de l'ulcère épithéliomateux : la mort suivit par cachexie.
Tcm1 récemment, notre excellent ami et collègue* le docteur Baret, ;« rapporté l'observation de trois malades atteintes de cane ci- du sein non ulcéré, qui ont présenté, à la suite du traitement radiot liera pique, des phénomènes d'apparence toxémique.
Chez les trois malades an question, ces phénomènes onteomini'fin.'' ii apparaître après l'absorption de 15 à 17 unités H, et indépendamment de la façon dont cette quantité avait été absnr-
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bée, doses massives ou doses journalières légères et successives.
Les sujets ont présenté des maux de tête, des vertiges, de l'anorexie, de l'insomnie, joints à une lassitude générale très marquée. Chez l'un d'eux on a même noté une légère élévation de la température.
Ces phénomènes diminuaient quand on suspendait le traitement et réapparaissaient avec toute leur intensité quand les applications étaient de nouveau pratiquées.
Ils ont cessé dès que la méthode a été changée, Fauteur ayant remplacé les séances longues par de petites irradiations.
Mais il faut bien remarquer qu'un grand nombre de cas simi* laires, placés dans les mômes conditions thérapeutiques, n'ont présenté aucun signe morbide*
Que faut-il penser de ces phénomènes, et peuvent-ils être une contre-indication à la méthode ?
Et d'abord il est permis de faire remarquer que les accidents signalés par Oudin se sont produits chez des malades ! cachectiques, et cht*z lesquels la néoplasie avait presque atteint son terme ultime. En plusf Fauteur n'indique pas de doses, de sorte qu'il est difficile de savoir à partir de quel moment les rayons X peuvent avoir un eflet funeste.
Les observations de Mendes Da Costa n'ont pas une graude valeur. 11 semble que les accidents survenus soient imputables à une vaste radiodermite, plutôt qu'au traitement lui-même.
Eniin, dans certains cas, ne faudrait-il pas faire intervenir, pour une large part, un élément d'ordre nerveux? Nous connaissons des femmes qui ont une forte migraine après une séance chez le coiffeur ou le couturier ? Peut-être la position décline qu*on impose aux malades, le bruit des appareils, l'appréhension, etc., sont-ils des facteurs dont il faudrait tenir compte ?
11 faut distinguer deux choses dans les accidents que Ton a signais.
On a accusé les rayons X de déterminer le déplacement des
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cellules cancéreuses et de les disséminer ainsi dans tout Porgamsme. Cuite supposition est toute gratuite et n'est prouvée par aucun examen histologique. Elle semble même contredite parles examens d'Exner. Nous pouvons donc dire que rien n'autorise à émettre cette hypothèse.
Beflto le fameux suc cancéreux, dont on a tant parlé, et que tout le monde a pu voir sur la coupe d'une masse néoplasique*
On sait qu'un des premiers effets des rayons X sur un néoplasme ulcéré est d'augmenter considérablement la sécrétion de la plaie. Qu'est-ce au juste que ce liquide qui s'écoule ? Des analyses chimiques bien faites pourraient le dire. 11 est probable,
^en tout cms, qu'il s'agit là d'une sérosité sécrétée par le nm- [iliisme lui-même et probablement très toxique. Lorsque le cancer n'est pas ulcéré, qu'il n'existe pas un drainage de la tumeur, quelle ne communique pas avec l'extérieur, tout fait supposer que l'hypersécrétion va encore se produire sous l'influence des rayons X, mais par OÙ le liquide s'ôcoulerat-il ? 11 n'a qu'un chemin à suivre : il est déversé dans le torrent circulatoire et peut, si son volume est considérable, si sa toxicité
Icst netle, déterminer dans l'organisme des troubles généraux d'ordre toxémique, jusqu'au moment où la sécrétion sera tarie et où les toxines passées, dans l'organisme, auront été éliminées.
Nous avons traité un certain nombre de malades atteintes de cancer du sein non ulcéré; et nous n'avons jamais constaté de faite analogues. Cependant les observations tl^ Haret sont suffisamment probantes pourquoi faille craindre l'apparition de eee accidents.
Aussi, les malades présentant de grosses lésions devront être surveillés; s'ils présentent à un moment donné des phénomènes d'apparence toxémique, il y aura intérêt a suspendre momen lancinent le traitement. Peut-être pourrait-on aussi drainer la tumeur, comme l'a depuis longtemps conseillé Williams. ii r lot. Î7
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Pathogénie. — Résultats histologiques.
Quelques examens histologiques de pièces provenant de néoplasmes en traitement par les rayons X ont été pratiqués ; on a essayé d'en déduire le mécanisme de l'action des rayons X sur cette affection.
Scholtz, un des premiers, a examiné un morceau de peau humaine provenant d'un foyer néoplasique en régression. 11 s'agissait d'un épithélioma du nez, traité par cet auteur. Les irradiations avaient été conduites de façon à provoquer la nécrose du tissu malade. Une excision fut pratiquée au début de la réaction et une autre après apparition de la nécrose superficielle : a En tout, dit-il, l'examen histologique nous a laissé voir que les cellules cancéreuses dégénèrent et, finalement, sont détruites sous Tinlluence des rayons X (absolument comme les cellules normales de 1 epithélium). Cependant, les processus de dégénérescence, notamment dans les foyers carcinomateux un peu profqpds, n'étaient nets qu'à la suite d'irradiations intenses, et les rapports étaient quelquefois très difficiles à juger à cause des processus régressifs normaux.
« Dans un cas (excision après 8 séances de 10 minutes à 20 centimètres), la préparation, fixée au Flemming et colorée à la safranine, présentait de nombreux débuts de mitose, mais nulle part on n'a pu constater le processus normal d'une division karyokinétique. Ces cellules étaient remplies de filaments chromatiques, distribués irrégulièrement et de grosseur variable ; mais on n'a pu observer de division ; il semblait, au contraire, qu'il s'agissait de phénomènes de chromatolyse. »
D'autres examens pratiqués par le même auteur permettaient de constater une dégénérescence nette des foyers carcinomateux.
Les observations de Mikulicz et Fittig sont plus concluantes. Us examinèrent une pièce provenant de la cicatrice d'un foyer néoplasique du sein, après traitement par les rayons X. Ils ne
PATHOGÉHIB. RÉSULTATS RWTOLOOïQUEB f*7*>
trouvèrent plus de cellules carcinomateuses, mais les tissus sousHMitaifs étaient remplis <!»* cellules rondes.
Voîcî comment s'exprime William Allen Pusey sur ce sujet : i Laa modifications que subissent les tissus cancéreuï exposés aux rayons X simtdun intérêt tout spécial* Des examens pratiqués sur des tissus néoplasiques superficiels montrent que seules les cellules de la périphérie des îlots morbides Boni atteintes au début. Celles-ci tendent à dispnraitre. Leurs limites sont vagues ou n'existent plus. Les noyaux sont fragmentés, et leurs fragments épars constituent des éléments sans forme Batte, <]ui prennent une teinte pale par rhématoxyline. Quelques vaisseaux inguins, surtout ceux qui sont en rapport avec le tissu malade, sont atteints d'emlarterite, oblitérant peu à peu leur lumière* Les vaisseaux éloignés des boyaux néoplasiques sont normaux.
« Sur des coupes faites dans un ulcère* cancéreux, lorsque le bord saillant, complètement aplati, a perdu son caractère nodulairo, on constate des modifications analogues, mais plus accent n-
a II n'y a, pour ainsi dire, presque plus trace de cancer. Audessous delVpiderme, on voit une couche considérable de tissu fibreux, dans laquelle il y a des zones colorées en bleu pâle par rhématoxyline ; elles sont évidemment faites de substance semblable a celle que l'on tnmve à la périphérie des îlots de cellules morbides examinés au début du processus. Les régions envahies jadis par le tissu carcinomateux sont maintenant remplies de tissu eonneetif.
« En résumé, les premières modifications se produisent dans la périphérie des ilôts carcinomateux. Fins tard, le processus s'étend à toute la masse, progressant de la périphérie au centre. On constate que les cellules présentent des stades variables de destruction, Elles disparaissent graduellement, par un procèssus qui semble être d'ordre eytolyttqtie, suivi d'absorption de la substance dégénérée. Les vnisseani de petil volume, qui soai en relation étroite avec ta tumeur, sont atteints d'endartérite.
« On peut donc dire que le processus affecte primitivement les cellules morbides elles-mêmes. L'activité cellulaire est d'abord stimulée, puis, si l'effet se continue et devient plus intense, la désintégration se produit.
« Les structures épithéliales sont les premières modifiées ; puis les v.iisseaux et aussi, mais à un degré moindre, les cellules de tous les tissus irradiés.
« Le fait capital est l'absorption des cellules malades et leur remplacement par un tissu connectif sain, avec respect de l'intégrité du stroma sain. »
Perthes a étudié un certain nombre de carcinomes traités par la radiothérapie. 11 a vu les cellules cancéreuses fusionner en une masse protoplasmique uniforme, à contours irréguliers, pendant que leurs noyaux se coloraient de moins en moins bien. Bientôt apparaissent des leucocytes et des cellules conjonctives, qui pénètrent dans la masse homogène et se faufilent entre les cellules cancéreuses encore conservées. Plus tard encore, le carcinome apparaît comme cloisonné par un tissu conjonctif fortement infiltré de petites cellules et emprisonnant pour ainsi dire, dans ses mailles, tantôt des fragments entiers de néoplasme, tantôt des cellules cancéreuses isolées en voie de dégénérescence. En dernier lieu, le processus aboutit à la disparition complète des éléments caractéristiques du cancer.
A. -G. Ellis conclut, de ses expériences sur le traitement du cancer : « Que, sous l'influence des rayons X, se produit la nécrose du parenchyme et du stroma de la tumeur. Le tissu élastique prolifère, des dépôts homogènes se forment dans la lumière des vaisseaux, pouvant aller jusqu'à l'oblitération. Les rayons X produisent deux effets indéniables : endartérite oblitérante et nécrose cellulaire ; effets simultanés, le second ne paraissant pas dépendre du premier. » Enfin, d'après cet auteur, l'action nécrobiosante des rayons X s'exercerait avec moins d'intensité sur les cancroïdes que sur les autres variétés