L’aversion est ce qui attient à la peine
Même explication que ci-dessus, en sens contraire.
9. Le fort désir de vivre qui s’entretient toujours de lui-même et qu’on voit chez tout le monde, même chez les plus instruits, est de l’attachement.
Le désir de vivre est un sentiment répandu partout. 11 ne vient pas de l’éducation ou de l’exemple, car les exemples abondent pour prouver le contraire ; il est véritablement inné dans les êtres. On est dès lors porté à penser qu’il émane du résultat d’expériences antérieures et, ainsi, qu’il témoigne
au moins d'une vie précédente. C’est ce qui constitue l’instinct, résultat global d’expériences vécues dans n’importe quel ordre. C’est ainsi qu’un œuf de canard peut être couvé par une poule, mais qu’à peine sorti de l’œuf, le jeune canard va se plonger dans l’eau voisine, à l’encontre des errements de la gente poule, mais en conformité de ceux de l’âmegroupe d’où il provient. Et il en est bien plus encore de même après l’individualisation, c’est-à-dire dans l’homme, pour quoi que ce soit, et notamment pour l’expérience de la vie physique même.
Cela explique bien que le désir de vivre se soutient par sa force inhérente, puisque cette force attient à ce qui demeure essentiellement dans l’entité considérée. Si ce désir se soutient ainsi c’est le plus solide des liens ou des attachements, et c’est ce qui explique ce sloka.
Ce sentiment-là éclaire aussi sur la cause de beaucoup d’appréhensions, des apparences irraisonnées pour telle ou telle chose, appréhensions qui ne sont que des impressions, Sarnskaras, demeurées d’expériences du même ordre antérieurement subies ; cela peut donc constituer des obstacles, et c’est pourquoi on le compte parmi les cinq distractions énumérées dans le 3° sloka.
10. Lorsque les obstacles qui distraient sont subtils, ils doivent être supprimés par leurs contraires.
11 s’agit des cinq distractions spécifiées au sloka 3, savoir : l’ignorance, l’égolisme, le désir, l’aversion et l’attachement qui se subdivisent, chacun, en des sortes de succédanés ayant eux-mêmes leurs aspects subtils et grossiers. C’est ainsi que la colère ressortit du désir ou de l’aversion. Considérons par exemple, dès lors, le cas d’un époux ayant accidentellement de l’irritation pour sa femme et voyant à ce moment leur enfant tendrement aimé. Ce dernier sentiment fera certainement disparaître la colère de naguère. Dans cet exemple l’obstacle est du genre subtil, parce qu’il émane surtout chez le sujet d’une tendance demeurée à l’état latent qui ne se réalise pas constamment. C’est cette manière d’être de l’obstacle qui constitue le genre dit subtil dont la suppression nécessite le contrôle du principe ou plutôt de l’élément pensant, Chitta. Il suffit à cet effet de s’engager délibérément dans un mode d’être contraire à celui dont on veut sortir, et de persister : le résultat finit par se produire.
11. lorsque les obstacles qui distraient sont gros, ils ne peuvent être supprimés que par la méditation.
L’obstacle en question est dit « gros » lorsque la manière d’être afférente est grandement établie dans le mental, sans doute par une précédente et
longue habitude. En pareil cas le principe dit pensant a été transformé presque à demeure ou du moins notablement et il serait illusoire de ne compter que sur quelques agissements déterminés en sens contraire pour redresser un pli très ancré. Il faut s’y reprendre de nombreuses fois, quasi constamment et profondément, c’est-à-dire méditer, à l’endroit de l’obstacle en question, le prendre mentalement à partie, le redresser ainsi avec continuité et centration d’effort. On arrive à faire tomber les vagues de Chilia qui produisaient le mal.
12. L’effet des actes a sa racine dans les distractions précitées et on l’éprouve dans le visible ou dans l’invisible.
Les actes produisent d’abord des impressions sur nous-mêmes, dites Samskaras , que l’on appelle aussi réceptacles des actes. Tout acte implique un mouvement, une vague dans Chitta, mouvement qui ne cesse pas après la perpétration, mais devient seulement plus subtil ; la preuve de ce maintien d’impression est la possibilité de le reproduire mentalement par la mémoire. L’effet final des actes est toujours la peine, non seulement quand ces actes sont pénibles eux-mémes, mais aussi s’ils sont d’abord agréables, parce qu’ils portent alors à désirer leur répétition, et comme elle ne peut avoir lieu indéfiniment, une
peine s’ensuit. C’est pourquoi la somme totale des impressions est une obstruction, un obstacle pénible qui contrarie la libération de l’âme et la distrait de son évolution.
Mais ces effets sont aussi ce qu’on appelle ceux du Karma . Or, le Karma est exprimé dans l’existence physique actuelle ou dans une autre existence à venir ; c’est ce qui est expliqué dans le sloka par le visible ou l'invisible.
Une analyse plus approfondie de la question impliquerait la considération des subdivisions reconnues du Karma en Sanchila , Parabdha et Kri;/a mana. Cela pourra faire l’objet d’une étude ultérieure et distincte.
13. La racine susdite existant comme il vient d’être dit. son fruit se réalise sous forme d’espèce de vie et d’expériences.
La racine précitée est formée parles impressions, Samskaras , qui deviennent des causes et amènent des effets. C’est la loi générale que toute cause qui semble supprimée subsiste dans son effet, et que celui-ci devient ensuite une nouvelle cause. L’arbre produit une graine et celle-ci un arbre. Tous nos actes sont les effets de Samskaras passées, en meme temps que les générateurs d’actes à venir.
Le présent sloka dit que la cause étant là, le fruit
s’ensuit et que ce fruit peut être de trois sortes suivant les conditions présentées : comme genre ou es* pèccy en produisant lors de la naissance ultérieure une condition d’ange, d’homme ordinaire ou de démon ; comme vie , en déterminant la longueur d’existence à venir sur tel plan; comme expériences , en donnant aussi les éléments de la peine ou du plaisir qui font que tel candidat se trouve bien portant et tel autre mal. Tout cela est le résultat de nos vies passées.
14. Il est constant toutefois que l’acte vertueux a pour fruit la félicité, et le vice la souffrance.
15. Pour l’homme éclairé, doué de discernement, tout est tenu pour pénible à cause soit des conséquences ou de l’anxiété ou des impressions ou aussi de l’action contraire des qualités.
L’homme avancé est devenu affiné dans tous les ordres ; les choses ordinaires de la vie lui font l’effet des éléments grossiers qui affectent les parties les plus sensibles de nos organes, et cela, non pas seulement à cause de la différence substantielle des éléments en présence, mais pour quatre raisons. D’abord par suite des conséquences à venir. Toute expérience amène pour le moins un sentiment d’incomplet et ainsi de non satisfaction. Ensuite par l’anxiété de retenir ce qui a paru agréable ou d’éli-
miner la venue de ce qui serait contraire. En 3 e lieu, l’impression, c’est-à-dire le fait d’éveiller ultérieurement le désir de jouir à nouveau. Enfin l’opposition naturelle qui existe entre les actions respectives des Gunas impliquées, à savoir entre les erreurs dérivées de Tamas , la peine si souvent produite par Rajas et la paix de Saliva . C’est pourquoi l’homme avancé dans la Yoga, surtout, qui sent naturellement comme s’il analysait conjointement ce qu’il éprouve, est porté à voir de la misère ou du moins de la peine partout et à en éviter le contact en ne s’identifiant pas aux choses, ce qui n’empêche pas d’aider autrui. C’est ce qu’il tend à réaliser en vivant, quoi qu’il fasse, Vairagya .