PRATIQUE DE LA CONCENTRATION
1. Le début de la pratique de la concentration est appelé Kriya-Yogaet consiste en mortifications, en études et en abandon à Dieu du fruit des œuvres.
Le premier chapitre qui a précédé celui-ci a trait principalement aux définitions relatives au Samadhi, qui est la pleine réalisation de la Yoga. Dans le présent chapitre on s’appesantit davantage sur les moyens mêmes de réaliser la concentration qui doit aboutir à Samadhi : C’est cette partie-ci qui porte le nom de Kri\]a-Yoga s dont la signification est : élabo* ration de Yoga*
Ce qui est entendu ici par « mortification », c’est surtout de tenir exactement en mains le corps et le mental, c’est-à-dire la personnalité* quelque peine qu’on éprouve. Le mot coercition conviendrait peutêtre mieux. L’étude ici visée est celle qui s’applique
aux données sur l’âme humaine, la théosophie dès lors. L’abandon des fruits ou la résignation à Dieu a déjà été définie au chapitre précédent, Sulra 23. On peut ajouter que c'est aussi le fait de ne s’attribuer, bien qu’on ait pu faire de son mieux, ni louange ni blâme, mais de les reporter à Dieu et de demeurer en paix.
2. Les actes précités tendent à la réalisation de Samadhi en atténuant les distractions qui en éloignent.
La dissipation mentale est en effet le principal obstacle à vaincre, et l’attention ainsi que le travail habituel contribuent grandement à le renverser. Quelques impositions volontaires peuvent aussi y aider en affermissant la volonté, en malmenant le mental concret qui s’y opposerait et en donnant ainsi contrôle sur le dernier objectif majeur au début de la pratique de la Yoga.
3. Les obstacles qui distraient et amènent finalement de la peine sont au nombre de cinq : l’ignorance, le sentiment de l’être dit égotisme, le désir ou plutôt l’attachement aux choses et l’aversion ainsi que l’attachement à la vie.
Tels sont les liens qui nous retiennent en bas. Les versets suivants vont les reprendre chacun en
particulier, mais on peut dire tout de suite que l’ignorance est leur mère à tous parce qu’elle est la seule cause de toute notre misère. En effet, la nature propre de l’âme est une éternelle félicité puisqu’elle est une parcelle de la divinité. Ce qui la rend malheureuse, c’est le fait de se méprendre sur son état assuré dont il n’y aurait qu’à faciliter le développement graduel, sans le retarder par des actions inconsidérées — dues à l’ignorance aussi — mais qui empêchent d’être constamment heureux.
4. L’ignorance est la source de toute distraction, qui fait obstacle à l’état soit latent, soit atténué, soit réduit, soit développé.
Toute distraction amène des résultats fâcheux. Son mode d’être est quadruple : Il peut être latent , c’est-à-dire non encore développé par manque des conditions nécessaires, comme il a été dit au § 19 du 1 er chapitre, ce qui empêche l’effet utile de la concentration. Il peut être atténue , ce qui arrive souvent au début de la pratique de la Yoga ; dans ce cas l’effet nocif est moindre aussi. La réduction ou le développement attiennent souvent à des causes additionnellement survenues, contraires dans le premier cas, non contraires dans le second, telle qu’une présence aimée ou repoussante. Le sloka suivant va rattacher ces obstacles à leur source en définissant celle-ci.
5. L’ignorance est le fait de prendre ou de tenir pour éternel, pur, bien et l’âme même, ce qui est non éternel, impur, mauvais et nullement le Soi.
L’ignorance ici entendue n’est pas l’absence même de connaissance ; c’est l’état mental qui porte à prendre une chose pour ce qu’elle n’est pas. Un tel état est indépendant de l’instrument de la connaissance ; c’est ce pourquoi l’unité originelle semble multipliée en les personnalités du connaisseur, du connu et de l’instrument qui connaît. Comme application, c’est l’ignorance qui peut faire prendre le corps de l’homme pour l’homme même.
6. Le sentiment de l’être est le fait de confondre ou d’identifier le pouvoir qui connaît avec les instruments de la connaissance.
La véritable source de la connaissance, ce qui voit, c’est Purusha , le Soi, le toujours pur, un, sacré, infini et immortel. Ces instruments sont Buddhi , Manas , Chiila et Indry as , les sens. Ces élémentslà servent à faire percevoir le monde extérieur à Purusha , et leur identification au Soi est ce qui provoque l’ignorance de l’égotisme ou du sentiment du moi. Dire qu’on est la pensée, qu’on est en colère, ou même heureux, est une erreur. L’âme, simplement même l’Ego vrai ne varie point d état et ne peuvent être affectés de rien ; l’ignorance seule
à ce sujet peut croire le contraire et imaginer qu’autre chose que les instruments peut éprouver de la peine ‘ou môme du plaisir fugitif.
Les stances 27 et 28 de ce chapitre reviendront là-dessus.
7. Le désir ou l’attachement est ce qui repose, réside sur le plaisir ou y attient.
Nous ne nous attachons généralement pas à une personne ou à une chose qui ne nous fait pas éprou. ver du plaisir dans un ordre ou dans un autre. Cela explique suffisamment la teneur du Sloka.