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On peut éviter la misère aui n’est pas encore venue

Toute misère est Karmique. Ce qui en est passé n’a plus à être considéré ; de même ou à peu près celle présente, en ce qui concerne au moins son existence propre ; il n’y a plutôt, dans ce cas, qu’à rassembler ses forces à son endroit. La misère, au contraire, qui n’est pas venue et le Karma non encore réalisé peuvent être modifiés dans une certaine mesure, parce que leurs éléments mêmes sont des Samskaras surgis dans l’économie générale et ayant des vagues dans Chitta . Il suffit en principe d’apai-

ser, de faire tomber ces vagues. La concentration peut y parvenir ; le plus difficile est de savoir en pareil cas la direction à donner à la concentration.

17. La cause de ce qui peut ou doit être évité est la jonction, la rencontre du connaisseur et du connu.

Le Connaisseur est Purasha, le Soi dans l'homme. Le connu est la nature entière physique et hyperphysique. Le Soi est pur en lui-môme. La nature est variée. La communion des deux produite parleur rencontre porte le Soi enfant de notre âge actuel à s’identifier indûment à la nature, à participer ainsi de ses variétés, à subir ses effets antinomiques au Soi, et ainsi la misère. La félicité vient de Purusha , de son aspect Ananda ; plus on y mêle autre chose, c’est-à-dire de la nature, moins on est heureux. Et cependant il faut connaître la nature pour développer l’aspect Clnl (connaissance). Il faut au moins arriver à connaître avec discernement et en s’identifiant le moins possible au monde objectif.

18. Ce qui ést vu ou éprouvé se compose d’éléments et d’organes et c’est de la nature de l’inertie, de l’action et de l’illumination ; cela a pour but de servir d’expérience et de conduire à la libération.

Ce qui est vu et éprouvé constitue précisément la nature, Prakriti ; ses diverses parties, on l’a déjà vu, se composent d’éléments subtils et grossiers, d’organes sensuels et supersensuels, toutes choses impliquant les Gunas ; Talwa , l’inertie, Rajas , l’action et Saliva l’illumination. Quel est l’objet de la nature ? La Yoga dit que c’est de servir de champ d’expérience à Puruslia , au Soi qui dès son émanation dans l’homme a perdu le souvenir de son origine ou de son essence.

En tablant avec la nature, en risquant, ce qui ne manque pas d’arriver au début, de s’identifier avec la nature, le Soi oublie plus encore ce qu’il est en vérité. Mais les réactions qui interviennent alors dans le champ d’expérience, parle contre-coup des choses, se chargent de redresser les erreurs d’appréciation et ainsi d’instruire. Car le Soi ne vit pas, mais il est la Vie même ; il ne connaît pas, il est la connaissance; il n’aime pas, il est l’amour. Ce n’est que les reflets du Soi ou de tels de ses attributs précités sur les choses et ainsi sur les véhicules qui peuvent être dits les qualités de ces véhicules, tandis que ces attributs sont l’essence même d 'Alman , l’infini et l’indestructible. De même le monde n’est illusoire pour nous que parce que nous nous identifions avec lui et c’est pour la même raison qu’il nous semble n’être qu’un champ de larmes et de douleurs. Cela ne provient que de la jonction effec-

tuée en nous du Soi et cle la nature et de l’identification par nous faite du premier à la seconde. On ne peut sortir de cette fausse notion que par le chemin de l’expérience. L’expérience doit donc en être faite et au plus vile. C’est dans ce but que nous sommes mis au monde, pour l’éprouver et en sortir. Toutes les expériences, celle de la famille comme celles des sociétés, ne sont pénibles que si l’on s’identifie trop à elles ; les souffrances inhérentes ne sont que les constatations de la formule précitée et que les engagements à sentir différemment. II ne faut jamais oublier que l’état actuel de l’homme n’est que temporaire, qu’il faut le subir, que l’expérience est le grand instructeur, expériences de peine et de plaisirs, mais que ce ne sont que des expériences qui conduisent pas à pas à l’état où tout ce qu’on en éprouve — la souffrance surtout — s’atténue, disparaît presque, et où le Soi réalisé devient si grand que l’univers entier n’est plus pour lui qu’une goutte dans l’Océan, goutte qui disparait elle-même dans son infinité.

L’expérience doit être vécue, et son champ, le monde, parcouru, mais l’idéal demeure : il faut ne jamais l’oublier.

Ce sloka traite en somme de la question de l’un au moins des buts de la manifestation ou de l’univers. On voit la solution qu’en donne Patanjali.

19. Les stages ou les états des qualités, c’est-àdire des Gunas, sont le défini, l’indéfini, le simplement indiqué appelé dissoluble et le non signalé dit indissoluble.

Le 45 e sloka du chapitre I er a déjà établi les mêmes divisions sous les titres de grossier ou gros, subtil, intelligent et indissoluble. On peut y revenir.

Ce qui est ici entendu par le « défini », ce sont les gros éléments qui sont perçus par les sens physiques.

« L'indéfini » s’applique aux matériaux très subtils, aux Tanmatras qui ne sont pas perçus par les sens des hommes non avancés, mais qui le seront plus tard au cours de révolution aidée de la pratique de la Yoga. Le mot Tanmatra est toutefois pris ici dans le sens Sankhyaplutôt que dans l’acception théosophique qui tient le Tanmatra pour en dehors de la perception humaine, tandis que Patanjali vise simplement les éléments à partir du premier plan hyperphysique inférieur, tels ceux de l’aura humaine, des formes pensées, etc. Le « simplement défini » vise l’intellect, première manifestation de la nature pour l’homme, origine des autres manifestations pour lui. Enfin, le « non signalé » a trait aux éléments les plus hauts sur lesquels nous avons si peu de notions que les erreurs sont courantes à leur endroit. C’est ainsi qu’il y a conflit entre la

science ordinaire et celle simplement religieuse pour savoir si l’intelligence procède de la matière ou inversement. La Gupla Vidya dont la Tliéosophie est l’expression élémentaire actuelle rétablira l’accord en introduisant la haute donnée de Purusha, source ou racine unique de tout, Purusha ou le Soi dont l'intelligence est le premier reflet, et la matière la dernière manifestation.

20. Le Connaisseur, bien qu’étant connaissance intellectuelle pure, ne semble percevoir qu’au moyen de l’intellect.

Le Connaisseur est Purusha, le Soi ; il est en lui-méme toute connaissance, la cause et l’essence de la conscience. Il n’a donc pas à évoluer comme le fait la substance, Prakriti, à laquelle il est associé. 11 est essentiellement pur et ainsi il connaîtrait et sentirait et agirait par lui-même si, d’une part, le fait delà souffrance humaine ne prouvait que le Soi n est pas seul à intervenir puisqu’il n’est, lui, que félicité, et, ensuite, que, le Soi n’étant manifesté qu’associé à Prakrili, le ou les véhicules, il est évident que ceux-ci doivent intervenir et interférer. Cette introduction a lieu comme lorsqu’une fleur colorée se trouve placée près d’un pur cristal ; celui-ci réfléchit les couleurs de celle-là et on pourrait le croire coloré lui-même. Ce n’est qu’une appa-

rence ; mais il faut en tenir compte dans l’appréciation exacte du fait. Ainsi c’est de par l’association à tel véhicule que le Soi semble vivre l’attribut correspondant et, en tout cas, qu’il le manifeste. Cette manifestation ne dure évidemment que comme le véhicule et n’est donc pas éternelle; il en est du reste ainsi de toute manifestation, autrement dit de tout ce qui change. Le Soi ne change pas, il est immortel et libre ; mais il n’en est pas de même de l’Ego, l’individualité, et encore moins du moi, la personnalité, dans lesquels l’intelligence ne vient ou ne se manifeste que grâce aux véhicules qui les constituent. Or, c’est l’intelligence qui produit la connaissance dans l’homme ; donc l’intelligence n’est pas éternelle. Elle a, en fait, quelque chose qui dure indéfiniment et qui est dit d’ailleurs bien au-dessus de l’intelligence et ainsi bien différente d’elle, c’est la connaissance même.

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