CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Toute connaissance humaine exacte est basée sur l’expérience ou l’observation. Les religions vécues n’ont pas échappé à cette formule parce que les fondateurs n’ont émis que ce qu’ils avaient euxmêmes éprouvé, sans quoi ils n’auraient été que des imposteurs et ils n’auraient rien fondé de durable. Ainsi Krishna, Bouddha, le Christ, Mahomet même ont éprouvé ce qu’ils ont dit, et l’étendue ainsi que la profondeur de ce qu’ils ont émis témoignent de la hauteur de leurs statures respectives.
La science de la Yoga ayant été admise par les plus hauts des fondateurs de religions, on peut la tenir pour positive et certaine ; c’est la méthode théorique et pratique d’arriver à connaître et vivre les principes les plus élevés de Yêtre humain dans leur exactitude relative, et ainsi la Vérité aussi grande que possible, eu égard au degré propre
d’avancement que Ion possède. Le mot sanskrit Yoga veut dire Union ; en l’espèce, on tend à appliquer cette union k Dieu considéré comme la source de toutes les potentialités. La Yoga est ainsi l’union à Dieu, et sa réalisation tend à faire communier aux potentialités divines. Celles-ci d’ailleurs comprennent tout, mais si on ne considère que la partie la plus haute des choses auxquelles on puisse atteindre, on réalisera encore une communion très élevée, une vraie communion royale, ce que les Sages du passé ont spécifié de Raja Yoga , royale ^oga, par opposition avec une communion moins élevée, quel que soit son degré, à laquelle est laissé le nom de Ilaiha Yoga . La théosophie ne fait état que de la Raja Yoga.
La science de la Raja Yoga donne précisément à l’homme les moyens d’observer les états internes de l’être par l’usage du mental qui est actuellement son instrument le plus élevé. Les pouvoirs du mental sont comme des rayons lumineux qui, par leur concentration,peuvent tout éclairer. L’observation est, en fait, la seule source de connaissance que nous ayons. Nous en usons déjà pour les choses physiques ; nous pouvons et devons faire de même pour les choses internes, superphysiques. C’est seulement plus difficile. Une partie de la difficulté réside toutefois dans le défaut d’habitude, parce que nous n avons été élevés jusqu’ici que dans la pra-
tique de l’observation physique ; l’observation interne est donc une autre habitude à prendre à un âge où nous sommes plus forts sans doute, mais moins flexibles aussi.
La connaissance intégrale ou au moins plus étendue qui est acquise par l’application ainsi définie est un avantage par elle-même et par les satisfactions qu’elle donne ; elle permet, en effet, de se rendre compte de la source de la misère humaine et des moyens de la supprimer.
La concentration mentale est le seul moyen d’acquérir, d’atteindre humainement la connaissance parce qu’elle fait communier le mental avec le sujet à connaître, que ce mental devient ainsi ce sujet ou adéquat à lui et qu’ainsi le soi percipient et le soi conscient connaissent le sujet en essence et en réalité. La nature communique tous les secrets à qui sait frapper à sa porte, et ce coup frappé n'est autre chose que la concentration mentale.
L’étude ou la culture de la Raja Yoga ne nécessite pas de foi préalable, mais la bonne application des règles issues de l’expérience ; elle nécessite aussi de la pratique et du temps. La plus grande partie de cette pratique est d’ordre mental, bien qu’elle comprenne quelques points physiques, d’autant plus qu’il y a influence réciproque ou correspondance
entre le physique et le mental, influence en fait plus grande qu’il ne conviendrait par suite des errements défectueux du passé, influence que l’un des premiers effets de la culture spéciale sera précisément de réduire.
D’après la Raja Yoga, le monde extérieur n’est que la forme plus grossière du monde intérieur. Le monde plus subtil est en quelque sorte la cause dont le monde plus grossier est l’effet. Il en est de meme des forces internes et externes; l’homme qui est parvenu à diriger les premières peut soumettre la nature extérieure à sa volonté. La Raja Yoga peut mener à la maîtrise de la nature ; ce n’est donc ni une mince tâche, ni un mince objet.
Ce qui est considéré à bon escient en Occiden comme l’un des aspects du mysticisme est généralement une application inconsciente des voies et moyens de la Raja Yoga ; la culture précise de celle-ci rend cette application positive et rationnelle, ; ; c’est précisément l’objet du présent essai.
La théorie de la Raja Yoga est, selon certains auteurs, basée sur la philosophie Samkya, mais la donnée théosophique proprement dite l’explique aussi parce que les différences entre les deux systèmes n’y
contredisent pas ; ce sera rendu manifeste par la considération ultérieure des aphorismes de Patanjali. Disons seulement dès maintenant que selon les deux données, la perception ordinaire de l’extérieur, par exemple, se produit par les instruments ad hoc, les yeux ; ceux-là portent cette perception aux organes, les organes au mental et celui-ci à la faculté qui détermine ou discerne, laquelle la passe à la monade même et celle-ci la renvoie par le même chemin inverse au cerveau. Sauf la monade, tout ce chemin est dans la matière, bien que le mental soit plus subtil que ce qui est extérieur à lui ; ce n’est toutefois qu’une différence dans le degré de matérialité. Le mental est donc un instrument dans les mains de l’âme par lequel celle-ci saisit les objets extérieurs.
Le mental est constamment en mouvement ; il peut s’attacher à un, à plusieurs organes ou à aucun. C’est ainsi qu’on peut entendre un son sans voir d’où il provient; c’est que le mental s’est alors attaché à l’oreille et non aux yeux. Mais le mental peut revenir en quelque sorte sur lui-même, sur le trajet opéré ou sur son opération et trouver la source du son en question. C’est le pouvoir réflexe ou plutôt à emprise rétrospective, que l’étudiant de la llaja Yoga tend à réaliser en lui, parce que cela se fait en concentrant les pouvoirs du mental et en les tournant vers le dedans.
TRAITE DE RAJ| YOGA
Le genre d’alimentation qui convient à une telle culture n'est pas indifférent parce que cela influe sur l’état des organes et que ceux-ci sont les instruments en jeu dans la Raja Yoga. Toutes les forces en jeu dans le corps humain, dans la conscience, dans la conscience physique d’abord et ensuite plus haut, par correspondance, attiennent donc à la nourriture ingérée. Les créations 'procèdent de la nourriture (B. G. III, 14). Gela fait déjà entrevoir les règles de diététique à observer pour la pleine pratique de la Raja Yoga.
Il faut aussi et surtout se tenir constamment balancé . Comme le dit B. G. VI, 15, 16, 17 : le véritable aspirant à la Raja Yoga ne doit rien faire avec excès, ni vivre à l’extrême l’un quelconque des deux contraires du luxe et de l’austérité ; il lui est inutile de jeûner constamment, de torturer sa chair, de se priver de sommeil, de trop travailler ou de ne rien faire. L’excès même d’une qualité est aussi bien un défaut que son insuffisance.
Les huit stages.
La Raja Yoga comprend huit stages que nous
allons d’abord énumérer, après quoi nous les reprendrons chacun plus ou moins en détail.
Le l or stage est dit Yama et s’applique à certains aspects de la conduite individuelle.
Le 2° stage, Niyama , vise d’autres aspects de la conduite individuelle.
Le 3” stage est Asana, la posture du corps suivant les cas.
Le 4° stage est Pranayama, le mode de respiration.
Le b 9 stage est Pralyahara, la méditation intérieure.
Le 6 e stage est Dharana , la concentration.
Le 7 9 stage est Dhyanu , la contemplation.
Le 3 e stage est Samadhi, la réalisation entière de la super-conscience.
Yama.
Yama a trait à la conduite ; il faut absolument en réaliser au moins une notable partie, pour aller plus avant. Les principales spécifications sont : l’inolïensivité en tout, la sincérité, la probité, la continence, le calme et le désintéressement. Ces vertus sont assurément de pratique courante et non exclusives à la Raja Y r oga. Elles lui sont toutefois absolument nécessaires à un notable degré, pour pouvoir réaliser le moindre pas en avant, quelque effort qu'on fasse. Et il en est de même du stage ci-aprcs.
Niyama .
Niyama est la netteté en tout, le contentement des autres, la sévérité pour soi-mème, le travail intellectuel dûment effectué et l’aspiration vers le Suprême.
Asanci.
Asana est ce qui concerne la situation et la posture de 1 étudiant de la Raja Yoga quand il est en méditation spéciale, dans le but de 1 isoler de l’extérieur et de mieux le fixer sur l’intérieur. La culture théosopliique proprement dite traite déjà de cet aspect des choses ; on peut y ajouter que la posture en question, devant pouvoir être gardée longtemps sans fatigue, nécessite des recherches et peut être différente selon les natures physiologiques des étudiants, ce qui implique des essais entendus et persévérants. 11 s y ajoute ceci que certains courants nerveux doivent etre rectifiés et certaines sortes de vibrations supprimées et remplacées par d’autres. La plus grande partie du travail s’effectue dans la colonne vertébrale, gaine de 1 arbre cérébro-spinal ; c’est
pourquoi il est recommandé de se tenir le haut du
corps droit, c est-à-dire la poitrine, le cou et la tête en droite ligne, l’ensemble supporté par les côtes.
11 est bon aussi de se tenir, pour cette pratique, dans une pièce qui serve par ailleurs le moins pos-
sible au courant de la vie journalière ; il s’y établit alors une sorte d’atmosphère mentale qui aide à la suite des choses. 11 est excellent d’émettre en entrant dans ce lieu pour la pratique quotidienne une pensée d’amour pour tous les êtres ; cela augmente les bonnes conditions de l’endroit où l’on se trouve. Enfin, il faut ajouter à celle de la posture la pensée vécue fortement que, malgré ce qu’on peut ressentir avant, on est quand môme fort et en bon état physique.
Pranayama.
Pranayama est, au point de vue pratique, le contrôle, la maîtrise du mode de respiration. M me Besant dit que 03 culture intensive est difficile à la plupart des Occidentaux, faute d’atavisme héréditaire dans ce sens, et qu’il ne convient dès lors de s’y livrer pratiquement que sous la direction d un instructeur qualitié. Nous ne considérerons que quelques généralités à cet effet, de manière à nous mieux disposer pour le jour où nous pourrons pleinement cultiver cette pratique.
L’objet premier de Pranayama est de régler la respiration en cours de méditation spéciale. Son objet réel est de purifier le système nerveux, de le régulariser, de le tonifier tout en modérant le cours vital et ainsi ses agitations qui vont de pair avec
celles du mental. Aussi Pranayama tend-il à calmer mentalement.
La première règle pratique est publiée partout ; nous pouvons donc en connaître la teneur; elle est d ailleurs inoffensive meme dans son application prématurée. C’est de boucher successivement avec le doigt la narine qui ne doit pas servir, respirer d abord par la narine gauche exclusivement, expirer ensuite à droite. De nouveau et par le meme moyen respirer à droite et expirer à gauche. Répéter cela 4 ou a fois, et 1 ensemble toutes les 6 heures à partir du matin. Quelques semaines de cette pratique purifient les nerfs. Il y a d’autres règles dans lesquelles intervient en outre la prononciation de Mantras adjuvants qui sont donnés par les guides qualifiés ; elles ne reviennent plus au premier stage.
Tout en restant volontairement dans les généralités en matière de Pranayama , nous pouvons relever divers points qui s’y rapportent. C’est ainsi que cette pratique est plus délicate à suivre si l’on n’est pas en bonne santé, et, d’autre part, elle renforce la santé quand elle est dûment faite. C’est une question d’ajustement et il en est de meme à l’égard du doute ; quelques mots ont été dits à ce sujet dans le paragraphe précédent.
L’importance de la respiration dans l’homme dérive de ce que le souffle est comme la mise en train et aussi le régulateur de la machine humaine. Prana i
en effet, est le moteur, et le souille la manifestation du mouvement ; c’est donc asservir le moteur et ains* son fonctionnement que de régir le souille. D’autre part, contrôler le moteur c’est disposer de ses dérivés qui sont les forces subtiles en action, soit directement pour celles d’ordre physique, soit relativement, par correspondance, pour les éléments hyperphysiques.ceux Kama-manasiques notamment. Cela laisse déjà prévoir que c’est moins le souffle que la vitalité môme qui est à considérer dans le stage de la Raja Yoga qui s’appelle Pranaijarna ; aussi nous étendrons-nous théoriquement un peu plus encore sur Prana.
Pranaijarna s’applique particulièrement au contrôle de la respiration parce que celle-ci est la principale manifestation ou fonction de la vie physique dans l’homme ; mais, en fait, Pranaijarna est essentiellement le contrôle de Prana. C’est pourquoi la moindre étude du sujet qui ne se borne pas aux définitions conduit à s’étendre davantage sur Prana.
La donnée théosophiquedit que la malièrepremière qui forme la substance de l’univers manifesté est ce qu’on appelle 1 'Akasha. Cet Akasha se différencie suivant les divers plans, et c’est lui qui sur le plan physique est le fond de l’air, de l’eau et de la terre.
L’Akasha toutefois ne donne lieu à des formes, n’est moulé dans des formes que s’il est imprégné de Prana, parce que, en somme, Akasha est l’essence
de la matière, et Prana la vie et le pouvoir. C’est Pranaqui se manifeste dans le mouvement, dans la gravitation, le magnétisme, etc., de meme dans les actes du corps humain, dans la force de la pensée, comme dans celle des courants nerveux. Prana n’appartient exclusivement à aucun plan, mais agit sur tous en y imprégnant la substance de chacun ; c’est ainsi que sur le plan physique, la substance éthérique imprégnée de Prana serait rose, et que le composé porte alors le nom de la force — Prana — qui l’imprègne. En résumé, la somme totale des forces mentales et physiques de l’univers ramenées à leur état premier est Prana même, tandis que Pranai/ama est au fond la connaissance et la faculté de contrôle de Prana. On peut déjà se rendre compte, par ce qui précède, de l’importance de Pranapama, puisqu’il peut en dériver la faculté de faire beaucoup de choses. Et c’est parce que le corps est le détenteur de vie qui se trouve le plus à notre portée qu’il est naturellementpris pour le premier champd élude, et qu’après être parvenu à contrôler la petite vague de vie qui s’y donne carrière, on peut ensuite espérer contrôler une plus grande quantité de Prana, c’egt-à-dire parvenir au pouvoir qui est la réalisation d’une notable partie de l’évolution humaine.
Prana est la force vitale dans chaque être et son action la plus haute en notre stature actuelle est la pensée.Le Prana, dans l homme, suit sa pensce, 11
y a, comme on sait, divers degrés de pensées, depuis celles quasi-instinctives jusqu’à celles très abstraites ; toutes sont suscitées et renforcées, en leur temps, par Prana.
Pranayama ne s’applique donc guère à la respiration que comme matière à exercice. La principale manifestation pranique dans le corps humain est dans le fonctionnement, dans le mouvement des poumons ; l’arrêt de ce mouvement entraîne celui de la machine physique humaine, bien qu’il y ait des cas relatés et ainsi des moyens pour maintenir la vie physique du corps quand la respiration n’est plus sensible. C’est que ce n’est pas la respiration qui produit la vie, mais la présence de Prana qui provoque la respiration, qui introduit l’air et produit ainsi le fonctionnement physique général.
Quand on a acquis le contrôle de Prana on peut de même animer à volonté une partie quelconque du corps, et on imagine aisément le parti qu’on peut en tirer pour le maintien de l’équilibre qui constitue la santé dans un corps quelconque, en général, et aussi au profit des autres plutôt encore que de soi-même, puisqu on reagit constamment sur son entourage. La présence, l’action de Prana est majeure,capitale, presque omnipotente en tout, parce que c’est la principale représentation de l’émission divine même.
Et toute autre intervention, en fait de guérison notamment, par exemple, celle de la foi seule ou de la volonté seule (1), n’est que la manière de réaliser la présence édificatrice de Prana.
En toutes choses, l'action de l’homme et ses pouvoirs se mesurent à la dispensation propre qu’il peut faire de Prana. La clairvoyance n’échappe pas plus à cette attribution que le pouvoir de guérir, puisqu’elle émane du fait de vibrer soi-mème à l’unisson du milieu anormal que 1 on veut percevoir, et que faire vibrer a trait précisément a Prana. Enfin, toute culture occulte pratique n’a de valeur effective qu’en ce qu’elle est eclairee de la connaissance pratique de Prana. Et l’on peut même dire que les sciences physiques appliquées tablent elles-memes sur Prana parce que, par exemple, les forces issues de l’expansion de la vapeur ou de 1 attraction électrique, etc., ne procèdent que de la libération de Prana dans le véhicule aqueux ou dans la molécule éthérique, etc.
Partout l’action et le mouvement sont imprimés par le Prana impliqué, et de là dérive l’importance de cet agent universel que la Raja Yoga tend à connaître particulièrement sous son aspect mental. C est pourquoi nous avons quelques points encore à considérer à ce sujet.
(1) Principes de la Christian Science et du Mental Cure, en leurs parties positives.
La Raja Yoga tient pour établi qu’il y a dans la colonne vertébrale deux courants nerveux nommés Ida et Pingala , et, entre eux, un troisième nommé Sushumna. Au bas du canal creux affecté ace troisième courant se trouve ce qu’on appelle le Lotus de Kundalini, de forme triangulaire, qui détient l’élément Kundalini. Lorsque ce dernier est éveillé, il tend à se frayer un passage dans le canal creux et à mesure qu’il s’avance le mental s’éclaire et devient puissant ; quand ce courant est arrivé au cerveau on est extériorisé dans le vrai sens du mot. Ce passage de Kundalini dans le canal de Sushumna brûle intensivement toutes les impuretés qui s’y trouvent, et quand il y en a de notables, cela amène pour le moins la mort du corps physique. C’est pourquoi il ne faut absolument pas essayer de la pratique spèciale ad hoc avant d'être bien dûment purifié et corporellement et émotivement et même mentalement . Le procédé pratique spécial n’est en conséquence donné par l’Instructeur qualifié que lorsque le candidat est en état pour cela.
Nous demeurons donc simplement encore dans l’étude intellectuelle du sujet. On sait qu’une secion horizontale de la moelle épinière a la forme d’un
8 couché, co ; la boucle de gauche sert de canal au courant Ida, celle de droite, à Pingala, et le canal creux de Sushumna passe au croisement. Ce dernier aboutit inférieurement tout près du plexus sacré.
La science antique de la Raja Yoga connaissait les différentes parties du corps humain aussi bien, pour ne pas dire mieux— ce qui est la vérité — grâce à la clairvoyance de ses Instructeurs, que la science physiologique moderne. Elle donnait généralement le nom de Lotus à certains centres qu’on appelle maintenant les Plexus. On sait que les courants nerveux agissent de deux manières différentes, Tune dite sensitive, l’autre motrice, la première centriprète, la seconde centrifuge, La première porte les sensations au cerveau, la seconde, du cerveau au reste du corps.
Ces vibrations sont d’ailleurs toutes et constamment reliées au cerveau. La corde spinale aboutit au cerveau par une sorte de bulbe, la moelle allongée, qui n’est pas attachée à la boîte crânienne mais y Hotte dans un iluide qui fait que si la tète reçoit un fort coup, sa force en est dissipée dans le iluide et ne blesse pas le bulbe. Trois centres spéciaux jouent un rôle important dans le processus matériel afférent à la Raja Yoga, ce sont ceux des plexus sacré, cérébral et solaire.
Maintenant, le fait d’une respiration régulière
tend à orienter les molécules du corps dans une même direction. D’autre part, lorsque le mental se met à exercer de la volonté, les courants nerveux se polarisent comme des courants électriques, c’està-dire qu'ils se différencient en deux directions dont une seulement peut agir à un moment donné, de sorte que si l’effet de la respiration s’ajoute à celui de la volonté dans le sens qui convient, on a suscité un courant d’une très grande force qui peut servir à telle fin déterminée dont il est fait ultérieurement état.
La tliéosophie distingue déjà l’espace universel de l’espace individuel ou mental. La Raja Yoga dit que le passage dûment réalisé de Kundalini dans Sushumna fait passer la perception (du sujet) de l’espace mental au grand espace, et cela a lieu quoique ce dernier ne soit explicitement relié au premier que par le milieu même, réalisant ainsi et dès la première heure une sorte de télégraphie sans fil.
On sait que les sensations et les mouvements du corps vont au cerveau et en reviennent grâce aux conduits nerveux. Ces conduits-là sont, pour la corde spinale, Ida et Pingala qui servent de canaux aux courants afférent et efférent. L’entrée en service du canal médian de Sushumna dispense de l’usage des canaux latéraux ; mais c’est le mental seul qui peut réaliser cela. Et alors la connaissance
vient sans le concours du corps, sans la limitation qu’implique ce concours. Voilà un autre résultat encore amené par la pratique de la Raja Yoga.
Chez les personnes ordinaires, le Sushumna est fermé dans le bas. La Raja Yoga l’ouvre et permet le passage d’un courant dont l’action et la réaction impliquée amènent les résultats recherchés.
Lorsque, en effet, la quantité d’énergie supérieure emmagasinée par le pouvoir d’une longue méditation passe dans Sushumna et frappe les centres auxquelsconduit ce canal, il s’ensuit une grande réaction du sens de perception dont les organes sont, sur le plan physique, le corps pituitaire et la glande pinéale, et ainsi une perception au-dessus de l’ordinaire est réalisée en matière émotionnelle et mentale. Et lorsque le cerveau est entièrement dans de telles conditions, la conscience de toutes les molécules du corps est éveillée, augmentée et le soi individuel est perçu. En continuant, le champ d’action s’élargit encore et la perception se porte vers le soi universel et ce qui lui attient, y compris ses causes, d’où il résulte l’acquisition de la connaissance meme.
C’est ainsi que l’éveil et l’usage possible de Kundalini est le moyen d’atteindre à la sagesse divine, à la conscience supérieure, à la réalisation presque de de l’esprit. 11 est vrai de dire que partout ou il se manifeste le moindrement de pouvoir supérieur ou
de vraie sagesse, c'est qu’il y a eu action Ivundalinique dans le Sushumna : ou consciemment, et dès lors notablement en acte et en résultat de la part de l’initié, ou inconsciemment — quoique réellement, aussi, et moindrement en pareil cas — delà part de personnes ordinaires, en sommeavancées, chez qui la connaissance peut être relative, mais en qui la pureté et une dévotion intense sultisent à produire une certaine réalisation de l’espèce. La Raja Yoga qui traite de cette question est donc bien la science même de la religion et la théorie, c’est-à-dire l’explication des cultes, des prières, des cérémonies et de ce que l’on appelle les miracles.
Terminons ce que nous pouvons savoir sur l’exercice ou la mise en pratique de Pranayama. 11 faut arriver à sentir les moindres mouvements qui ont lieu dans le corps. L’attention de notre mental est d’ordinaire si extériorisée que nous ne percevons rien de ce qui se passe à l’intérieur de nous-même et qu’ainsi nous ne pouvons pas contrôler notre interne. On y arrive en commençant par le jeu des poumons.
La position générale ad hoc a été déjà décrite: assis, le corps droit parce que la corde spinale, bien que comprise dans la colonne vertébrale, n’y est pas attachée et qu’en se tenant voûté on dérange cette
corde spinale ; cette observation s’applique aussi à la posture correcte pour la méditation. S’exercer simplement ensuite à respirer régulièrement, en mesure graduée et en proférant doucement la syllabe sacrée. Quand on est arrivé à faire cela rythmiquement, on commence à sentir l’impression du repos physique proprement dit, les nerfs de plus en plus calmés. L’effet en apparaît aussi sur la ligure qui perd toute trace de fatigue. La voix elle-même s’en ressent et devient plus belle. C’est l’affaire de quelques mois d’entraînement.
Tout animal vertébré a en lui les trois canaux ou courants : Ida ., Pinguin , et Sushumna à l’état rudimentaire. L’homme ordinaire les a complets, mais point dégagés encore. Le Yogui seul, c’est-à-dire (1) l’homme harmonisé que définit B. 11. V. 23, 24, a Sushumna ouvert par le bas et cela sans danger puisque, par définition, il est purifié. En pareilles conditions, lorsque passe le courant Sushumna,
(1) B. G., v. 23. Celui qui, sur terre, avant même cTèlre libéré de son corps, est capable de supporter victorieusement l’impact des désirs et de la paresse, est harmonisé et heureux.
24. Celui qui est intérieurement heureux, qui s’y réjouît et y est illuminé, celui-là communie à l’Eternel, et va à la paix éternelle.
c’est-à-dire Kundalini, la pensée s’exalte et dépasse les limites de l’intellect ordinaire. Et il en est d.e même des autres fonctions du corps parce que leurs centres d’actions, les plexus ou lotus qui y concourent sont tous reliés à Sushumna. Le plus bas de ces lotus, le basique, est appelé Aluladhara.
Voici du reste rémunération, de bas en haut, du centre Lotus de l’étre humain.
I. Muladhara , dit Lotus à 4 feuilles, localisé au sacrum ; Talvva Prithivi ;
2*. Svudislhana, Lotus à G feuilles, localisé au bassin ; Tatwa Apas ;
3. Manipura, Lotus à 10 feuilles, localisé à l’épigastre ; Tatwa Téjas ;
A. Anahata, Lotus à 12 feuilles, localisé au cœur ; Tatwa Vaiju ;
5. Visudha , Lotus à IG feuilles, localisé à la poitrine ; Tatwa Akasha ;
6. Ajna, Lotus ai? feuilles, localisé entre les sourcils ; Tatwa Anupadaka ;
7. Saitarrara. Lotus à 1000 feuilles, localisé à l’occiput ; Tatwa Adi ;
Ces lotus sont intimement liés aux Chakras, centres d’action superphysique.
Muladhara , le plexus sacré, est le détenteur de l’énergie qui va de là dans les autres lotus jusqu’à celui situé dans le cerveau, et les réconforte. Ce dernier est le véhicule de la force mentale et, ainsi,
de 1 aspect le plus haut pour l’homme ordinaire qui n a pas encore évolué au delà. Cet aspect-là — le mental volonté — est souvent appelé Ojas. La valeur de 1 homme dépend du degré de développement d Ojas en lui, et, d’autre part, les autres aspects de la force issue de la vie ^Prana), force qui n est autre dans sa plus haute expression que Kundalini, peuvent être transformés en Ojas; ce travail est 1 un des résultats que peut amener la pratique de la Raja Yoga effectuée en bonnes conditions. Ces conditions toutefois ont principalement trait à la pureté dans tous les ordres, parce que le moindre commencement d’action de la force Kundalinique fait rapidement grandir les autres qualités humaines. Mais ces conditions sont absolument nécessaires, leur lacune amène si sûrement l’insuccès et même la ruine que la véritable culture occulte que peut donner la théosophie ajourne à l’accomplissement individuel des dites conditions les leçons finales qui permettent de réaliser pleinement Pranavama. C’est pourquoi en reconnaissant notre insuffisance actuelle aussi bien que par déférence pour les recommandations de nos instructeurs, nous ne pousserons pas plus loin nos recherches sur cette partie spéciale de la Raja Yoga et nous passerons au stage suivant de Raja Yoga, à Pratyahara.
Mentionnons pour mémoire, la corroboration des pratiques précitées de ce qui concerne Asana et Pra-
riayama avec les indications de Bhagavad Gîta, ch. VI, versets 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17.
Pratyahara.
Le cinquième stage de la Raja Yoga est Pratyahara. C’est Faction dûment réalisée de placer sa conscience dans la tête ou au cœur, c’est-à-dire de l’intérioriser, de F y maintenir et de l’y concentrer quelque peu, sans excès toutefois ; autrement dit, de bien poser le mental ou de le contrôler. L’importance en est considérable. Avec un mental non contrôlé rien n’aboutit en l’homme. Les conseils relatifs à la conduite donnés à un étudiant qui les admet, mais dont le mental n’est pas contrôlé, sont de simple lettres mortes ; à plus forte raison ceux qu’il peut se donner à lui-même. 11 faut donc obtenir ce contrôle et cela volontairement, c’est-à-dire exclusivement parles moyens propres , parce que déférer simplement aux suggestions d’autrui, comme règle de conduite, est peut-être plus désastreux encore que de laisser faire, que de se tromper ainsi grandement, mais d’en subir ensuite la conséquence pénible qui peut remettre dans le droit chemin, tandis que l’asservissement à autrui ne peut produire que la ruine propre. L’un des attributs de Famé, en effet, est la liberté, et quelques-uns de ses objectifs sont de se libérer de la matière, de la pensée même, et de maîtriser leurs natures. C’est pourquoi il convient
rie se garder soigneusement de l’empire d’autrui, et même, à un certain degré d’avancement surtout, de celui de certaines pratiques cérémonielles qui sont des suggestions émotives plutôt que des points d’appui pour l’âme supérieure. II faut agir mentalement soi-même, contrôler le mental aussi bien que le corps et n’admettre, sauf peut-être dans le cas temporaire de maladie, l’intervention efficiente d’aucune volonté étrangère à la sienne.
Pratyahara est ainsi un rassemblement, un ralliement des pouvoirs, des tendances errantes du mental et un affranchissement de l’empire des sens. Sa réalisation constitue un caractère; son défaut fait presque de l’homme une machine à la merci d’actions quelconques.
Le contrôle du mental est difficile à atteindre. La méthode traditionnelle est « l’indifférence » voulue aux sensations et «la pratique», c’est-à-dire le constant essai de le réaliser. En fait, on commence en constatant la mobilité de son mental, en se rendant compte de son instabilité et en se pénétrant de /opportunité de l’enrayer. On ne doit pas s’inquiéter des exagérations de pensées alors relevées ;
il faut continuer à se convaincre soi-même de l’ur-
gence extrême qu’il y a à changer sur ce point et à essayer d’agir avec unité d’attitude mentale sans se décourager des insuccès obtenus. Peu à peu les difficultés et le vagabondage mental diminuent, les
réussites augmentent et il semble alors qu’on aitdes rênes dans la main qui attiennent au mental et auxquelles il obéit. A vrai dire, cela demande souvent des années, mais c’est la base du succès pour la plus haute partie de la Raja Yoga qui reste à considérer, et, quand les points actuels sont obtenus, tout le reste va de soi.
La résistance au vagabondage mental peut être aidée, au début, en fermant les yeux et se bouchant les oreilles, mais la seule action de la volonté est plus sure. 11 faut, en résumé, s’opposer absolument à ce que l 'attention se porte au dehors et s’elforcer au contraire et absolument de la porter exclusivement au dedans, de l’y maintenir, en un mot, de Y intérioriser. C’est là essentiellement ce qu’est Pratyahara — abstraction et faculté de concentration .
Dharana.
Le stage suivant, le 6°, est Dharana ; c’est le placement, la fixation, c’est-à-dire la concentration appliquée au mental sur le sujet ou sur l’objet de la méditation, que ce soit une pensée ou un point physique, placement ou fixation que la culture réalisée de Pratyahara fait aisément durer aussi longtemps qu’on le veut. L’objet ou le sujet en question dépend du tempérament et aussi du degré d’avancement. En ce qui concerne le placement du mental
sur un point cfu corps, cela implique l’exclusion de tout autre point. Une telle fixation sert à produire des effets physiologiques déterminés, augmente la vitalité d’un organe si on pense conjointement à Prana, par exemple, mais implique des connaissances spéciales pour imaginer conjointement la forme et la place même de l’organe visé, tandis qu’on peut procéder plus simplement en imaginant une lleur de lotus vers l’endroit en question ; fleur dont les parties en s’épanouissant embrassent certainement le point visé. Ces lotus peuvent être représentés brillants de lumière lorsqu’on vise le cerveau et surtout le cœur.
Les derniers stages .
Les deux stages suivants, derniers en l’espèce, n’étant bien réalisés qu’en fin de Raja Yoga, rappelons seulement, avant de présenter quelques données à leur endroit, certains points plus spécialement afférents au début de la pratique générale de la Raja Yoga.
La personne qui veut s’adonner pleinement à la Yoga doit s’efforcer de pratiquer le plus constamment possible ses prescriptions, de vivre relativement retirée, parler peu, se livrer même à peu de travaux différents. Nous avons déjà vu les restrictions demandées en matière de régime alimentaire. Il faut, en outre, écouter beaucoup, méditer davan-
tage sur ce qu’on a perçu pour le transformer en perles mentales; ne considérer que les points qu’ori peut embrasser, mais les approfondir ; et, en tout cas, persévérer avec une constante énergie.
Dhiyana .
Le 7 e stage de Raja Yoga est Dlixjana , la fixation du mental sur un sujet très hautement intellectuel de méditation ou sur la contemplation de l’image intériorisée d’un grand Etre.
Samadhi.
Le 8 e stage, enfin, est Samadhi : la pleine réalisation de la haute super-conscience, la vie meme sur les hauts plans de l’être, d’où, à son retour en conscience ordinaire, l’Ego rapporte le plus de connaissances.
Les trois stages de Dharana , Dlnjana et Samadhi , — dont l’ensemble est appelé Samijama — sont successivement liés entre eux dans ce sens qu’on ne peut atteindre l’un si l’on ne possède pas celui qui le précède.
Leur obtention graduelle nécessite une longue pratique exacte et aussi la direction même d’un instructeur qualifié. Aussi, ne pouvons-nous connaître actuellement à leur endroit, en outre des données de l ’Introduction générale formulée par M me Besant, et en attendant qu’elle ait trouvé le temps de les
compléter, que quelques données particulières (1), publiées avec le patronage du mouvement théosophique.
On sait qu’en ce qui concerne môme l’organisme physique, nous n’avons actuellement conscience que d’un certain nombre de ses fonctions et qu’il en est nombre qui s’exécutent sans la participation de notre moi concret, telles la circulation, l’assimilation, etc., mais non, assurément, sans celle d’un moi plus élevé dont nous n’avons notion que par instruction reçue ou induction tirée. Ainsi en est-il aussi des fonctions supérieures communément dites morales et de môme de plus hautes encore. La culture de Samyama tend à rendre actuelles les potentialités inhérentes en nous à l’endroit des plans élevés de conscience.
Les différents stages delà Raja Yoga tendent donc à faire naître scientifiquement la super-conscience en nous, à faire percevoir directement les principes, à vivre ainsi la base môme de la religion.
En fait, l’état de méditation élevée est le plus haut état d’existence pour l’homme, celui qui s’approche le plus du bonheur, parce que, de même que l’animal ne jouit vraiment que par les sens, de môme l’homme ne le fait que par l’intellect, et les
(1) Tels les auteurs Anglo-Hindous cités dans l’Avant- Propos.
grands êtres, par la contemplation spirituelle. Or, c’est en approchant de cet état contemplatif que le monde se montre seulement dans sa réelle beauté, parce que pour celui qui ne désire rien et qui ne s’arrête pas aux maints détails de la nature, ces points-là se synthétisent en un panorama unique de sublime beauté.
Il doit être bien entendu que l’exercice de la méditation doit être progressif, commencer sur des objets matériels, passer ensuite à de plus subtils, atteindre en faitle subjectif. On peut chercher d’abord à percevoir les causes externes de sensations extérieures, puis celles de mouvements internes, et ensuite les réactions mentales consécutives. Quand on a perçu les causes extérieures de sensation, on ne tarde pas à percevoir aussi les formes plus subtiles de la nature, puis leurs mouvements et à contrôler ceux-ci.
Cela fait poindre un commencement de pouvoirs — de la voyance notamment — qui permettrait de voir diverses choses non à la portée de l’ordinaire, mais il faut résister à la tentation sous peine de risquer de s’égarer, et si l’on réussit on réalise aussitôt la cessation désirable de l’agitation mentale et l’intense et glorieux rayonnement de l’âme même.
Le pouvoir de Samadhi qui est le but (inal de la Raja Yoga est, comme les autres qualifications du Yogui, à l’état latent en chaque homme et ne de-
mande qu’à être cultivé pour être réalisé. Pour nous encourager dans cet effort, nous pouvons nous rappeler que les Instructeurs affirment que ce n’est que par la réalisation du Samadlii que commence réellement l’expérience religieuse, que la douleur cesse et la misère disparaît, que les germes d’action sont alors consumés et que l’âme est libérée à jamais.
Nous voici arrivés au terme de l’esquisse élémentaire et imparfaite que nous avons pu donner des huit parties de la Raja Yoga, sans autre prétention que de nous introduire au sein d’un sujet qu’il faut étudier longtemps et continûment pour le posséder bien et aussi le vivre vraiment.
La suite du travail comporte l’étude des Aphorismes de P al onj ali sur la Yoga .
APHORISMES DE PATANJALL