PRÉLIMINAIRES
La Raja Yoga, dont nous n’avons la prétention de donner qu’une esquisse sommaire, simple premier pas sur un chemin qu’il faut parcourir longtemps et à bien des reprises pour le bien connaître vraiment, la Raja Yoga, disons-nous, est elle-même une partie, la partie la plus importante, selon nous, et en outre commune aux six grandes écoles orientaleshindoues de pensée. La coordination connue de la donnée sur la Yoga aurait eu pour fondateur un certain sage nommé Patanjali datant de six ou sept siècles avant l’ère chrétienne, qui en aurait émis les principes sous forme de versets ou Sutras dits Aphorismes. L’opinion existe toutefois dans certains milieux spéciaux que la Yoga est bien plus ancienne et qu’elle relève plutôt du sage Yajnawalkya, contemporain, sinon auteur, du Yajur Veda meme. Quoi qu’il en soit, le texte de Patanjali est
réputé contenir les moyens, en les vivant, de transformer l’homme et de le grandir notablement ; ce texte comprend quatre parties ou chapitres.
Le premier chapitre traite de la Yoga proprement dite dans son aspect de la concentration et de son usage spirituel ; il contient 51 versets ou Sutras.
Le second chapitre traite des qualilications requises et de quelques points de pratique ; il a 55 versets ou Sutras, il est moins réputé que les 3 autres.
Le troisième chapitre traite des Pouvoirs ; il a 55 versets ou Sutras.
Le quatrième chapitre traite de la libération suprême, Kaivahja ; il a 34 versets ou Sutras.
Tels sont les champs que nous nous proposons d’aborder et d’explorer progressivement et continûment.
La base essentielle de la pratique de la Yoga est ce qu’on ne peut désigner que par le mot concentration , bien qu’il ne rende pas entièrement ce qu’entend dire au vrai le mot Samyama déjà spécifié. C’est une certaine élimination plutôt qu’une introduction nouvelle de pensées dans le mental ; c’est comme le repliement des ailes d’une armée sur le corps de bataille pour renforcer ce dernier. Patanjali définit la concentration comme étant le fait
d’empêcher les modifications du principe pensant, c’est-à-dire de l’élément qui pense. Or, c’est une donnée occulte que le mental prend la forme de ce qu’il contemple, qu’il devient une contre-partie de la chose pensée, celle chose même sur un autre plan . Ainsi en changeant de pensée,le mental change de forme à l’instant meme, et ces changements incessants ne peuvent qu’amoindrir, qu’annihiler presque son action propre. C’est ce à quoi la concentration seule peut obvier en maintenant le mental sur une seule forme pendant un temps déterminé, forme qu’il pénètre alors à fond, qu’il peut ainsi vraiment approfondir.
La réalisation du pouvoir de concentration repose aussi sur trois idées principales: d’abord sur un essai continu de réaliser, essai prolongé bien au delà d’une seule existence, ce qui implique le fait de la réincarnation ; ensuite sur l’universalité de la conscience, parce que celle-ci émane de la vie universelle immanente ; et enfin sur la constitution multiple de l’homme dont chacun des éléments doit être successivement, au cours de son évolution, le siège ou le centre de sa conscience active. C’est ainsi que les principes inférieurs, plus essentiellement émotifs, agissent exclusivement au début et doivent être le plus tôt possible régis par ceux qui suivent, c’està-dire par l’intelligence, puis par la haute raison, par l’intuition, et surtout par la volonté qui est le
maître agent, l’évocateur le plus efficace, celui sur lequel il faut surtout compter et qu’il faut dès lors cultiver constamment pour arriver aux vraies réalisations.
Quelques mots encore sur ce sujet.
L’homme vient en essence de Dieu. Doit-il demeurer apparemment en dehors de Dieu ou retourner à Lui et ainsi progresser indéfiniment ?La solution de cette question maîtresse réside dans le principe occulte que tout mouvement non interrompu est circulaire, que le mouvement rectiligne n’existe qu’artificiellement, que l’homme, comme toute chose, retourne là d’où il vient, à Dieu dès lors, et, par ailleurs, que ce qui émane de l’homme meme, en bien ou en mal, revient aussi à lui, ce qui explique les conséquences avantageuses de l’altruisme.
Le retour de l’homme vers Dieu constitue l’évolution et cela peut être facilité par des mesures ou des procédés ad hoc. C’est ce à quoi tend la Yoga, puisque c’est l’harmonisation des éléments humains avec ceux d’ordre plus élevé et ainsi relativement divins.
Le texte même des Aphorismes est bref, leur sens est profond et implique une étude longue, patiente et continue. C’est ainsi que nous procéderons, très lentement mais sûrement, sans doute, c’est-àdire avec l’espoir de les bien comprendre.