Le Samadhi est amené en suscitant puis en
supprimant les distractions et en concentrant.
Le mental embrasse d’ordinaire divers objets de l’un à l’autre desquels il passe et grandit quand meme, avec le temps. C’est ce qui est spécifié dans le titre, par le fait de susciter et supprimer des distractions, en entendant par distractions tout ce qui ne conduit pas au Samad/ii , c’est-à-dire les occupations ordinaires, en général. Lorsque le mental ne s’attaque plus qu’à un seul objet en s’abstrayant de tout autre, il se concentre alors et se trouve ainsi en bon chemin pour arriver au Samâdhi.
12. La fixité de l’instrument mental est réalisée quand, pour lui, le passé et le présent ne font qu’un.
Le principal effet de la concentration est de faire évanouir le temps, et cela d’autant plus que la concentration est plus profonde ; c’est ce qu’on voit en petit en lisant un livre attachant. 11 y a aussi un autre aspect à la question présentée par ce Sutra, c’est qu’au moment d’arriver au Samadhi inconscient, le mental n’a plus conscience que des fluctuations d’activité, des impressions, ou plutôt des à «coups successifs, des distractions et des interruptions imprimées bientôt fondues en un seul acte de suprême conscience. Cela marque la transformation mentale intervenue à laquelle s’ajoute ensuite l’in-
dépendance du temps. C’est ainsi que la teneur du Sutra est également justifiée, en même temps qu’on peut dire que la transformation susdite, bien qu’essentiellement une, est analytiquement triple.
13. Ce qui précède explique la triple transformation qui a lieu dans la forme ou les propriétés, dans le temps ou le caractère et dans l’état ou la condition des choses pour leYoguien méditation.
C’est ce que produit en effet la fixation du mental sur un seul objet. La matière mentale devient naturellement, alors, des Vriltis, sortes de vagues afférentes, et cela a trait à la forme et ainsi aux propriétés, puisque les Gunas existent et interviennent partout. L’effet oblitérateur du temps spécifié au verset précédent fait l’office de celui de l’évolution et ainsi change le caractère. Enfin les modifications précitées dans la forme transforment pour l’observateur les conditions ou l’état des objets perçus. Ce mode de concentration permet donc de contrôler pleinement les transformations du mental et de mieux réaliser Samyamci.
14. Le substratum des choses — ce qui est qualifié — est toujours doué de propriétés déjà réalisées ou à venir.
C’est-à-dire que le qualifié est la subslancc qui est entreprise, travaillée par l’action du temps et par
les impressions et ainsi constamment en état de manifestation et de changement. En fait, tout doit provenir de quelque chose parce que toute chose existe potentiellement dans Prcikrili , racine de tout. La forme soit toutefois inhérente en toute chose, et, ainsi en est-il des trois éléments constitutifs de la forme, les Gunas. Ces propriétés n’existent d’ailleurs que dans un substratum, dans une base matérielle sous-jacente qui ne se manifeste que par elles. Ces manifestations encore peuvent être anciennes, présentes ou à venir, cela ne change rien au principe et il en résulte bien que l’objet ou le substratum des propriétés est relié aux propriétés elles-mêmes dans l’un ou dans l’autre des trois états de passé, de présent et d’avenir.
15. La cause de la mutabilité des formes ou de la diversité dans l’évolution est la succession des changements.
Sous quelque forme, en effet, que se présente un phénomène, ce n’est jamais que la manifestation dans le temps d’une simple succession de propriétés ou de Gunas . L’univers entier et tous ses phénomènes n’est pas autre chose qu’une succession continuelle d’états de Gunas.