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Les acquisitions précitées sont des obstacles

au Samadhi, mais ce sont des pouvoirs en toute autre suspension de la conscience physique.

Les diverses pratiques précédemment spécifiées font distinguer ce qui est simplement mental de ce qui allient à lame même ; le discernement s’ensuit d’abord et ensuite Pntibha, l’illumination quasi complète. Tels sont les avantages et les véritables pouvoirs qui résultent de ces acquisitions en circonstances ordinaires ; mais il est cependant vrai que, ne serait-ce que par les distractions amenées avec les sentiments inhérents, ces acquisitions sont des obstructions pour atteindre le but le plus élevé qui est la connaissance même du Soi et la libération, et qu’il faudra les rejeter volontairement un jour pour arriver vraiment a bon terme.

38. Quand le Yogui a relâché la cause qui le lie et acquis la connaissance du moyen de se servir d’organes quelconques, il peut entrer ou se manifester dans un autre corps.

La liaison, l’attache du mental à un corps particulier provient du Karma et du TMiarma. La pratique constante de Sarmjama sur ces causes-là tend à les neutraliser et ainsi à relâcher les liens qui en dérivent. Le mental du Yogui devient dès lors libre d’entrer dans un autre organisme vivant ou défunt, et de s’y manifester, mais il ne peut le faire que

quand il connaît le mode de transfert afférent. Cette connaissance s’obtient en faisant Samyama sur les centres nerveux et les Nadis qui sont particulièrement actionnés par le mental ; le point n’en est pas indiqué par les auteurs ; on peut du moins faire Samyama sur l’idée du corps dont on veut seservir ; le mental du Yogui à l’insu de sa conscience de veille pourra trouver le point d’application cherché ou s’en approcher.

39. En arrivant à maîtriser le courant occipital appelé Udana, le Yogui ne peut enfoncer dans l’eau ou dans la vase et il peut marcher sur des épines.

Les courants vitaux dont il est question dans la Raja Yoga et dont Iiurma et Udana ne sont que deux d’entre eux, sont les diverses localisations du souille vital dont le fonctionnement assure celui meme de toutes les parties de l'organisme physique, de la digestion par exemple, de l’assimilation, de l’élimination, etc. C’est ainsi que le souille entre l'extrémité du nez et le cœur conserve le nom générique de Prana ; celui entre le cœur et le nombril est dit Sumana ; du nombril aux doigts de pieds, c’est Apana ; celui au-dessus du nez est Udana. Kurma est dans la partie frontale et Vyana , dans tout le corps. Eh bien, Udana tend à élever, à

« léviler le corps », et c’est pourquoi on dit que son fonctionnement permet de se tenir au-dessus de n'importe quoi, sans y loucher. Pour cela faire, il faut réaliser Samyama sur CJdana. Les auteurs disent que celte pratique peut même faire braver les atteintes du feu ; elle pourrait aussi faire passer de vie à trépas, ce qui montre que son usage est délicat.

40. En maîtrisant le courant médian dit Samana, on devient entouré de flammes.

Comme on l’a dit précédemment, le courant Samana est localisé dans la région du nombril où il effectue les fonctions digestives en conservant le feu interne préposé. En faisant Samyama sur Samana, le feu précité est parfois vu surgir de la périphérie du corps, lequel paraît ainsi resplendissant. Ce rayonnement est plus accentué à la tête, entre les sourcils et au nombril. C’est le substratum de l’aura magnétique personnelle.

41. En faisant Samyama sur le rapport qui existe entre Akasha et le sens de l’ouïe, il surgit des auditions supérieures.

L’akasha est le haut éther qu’il ne faut pas confondre avec l’éther physique, tellement que le mot éther ne devrait pas être employé sans un corrélatif ;

c’est à proprement dire l’essence spirituelle même de l’espace et ainsi plutôt ou tout au plus la matière atmique, parce que c’est le plus haut état matériel en voie actuelle de réalisation dans notre système. On sait que Akasha est la cause efficiente initiale du son, cet effet étant sa propriété spéciale. En faisant Samyama sur Akasha , c’est-à-dire sur l’idée d 'Akasha et sur le sens de l’ouïe appliqué à l’oreille, on acquiert un pouvoir supérieur d’audition, on entend des sons de tous genres, des sons-émis de n’importe quelle distance.

42. En faisant Samyama sur le rapport qui existe entre Akasha et le corps, le Yogui s’identifie avec l’impondérable et peut se transporter dans l’espace.

La définition précédemment donnée d 'Akasha est naturellement de mise ici, et cependant il semble que les auteurs visent moins, dans les deux versets 41 et 42, 1*Akasha proprement dit que la matière ethérique physique ; on peut du moins considérer le premier comme le substratum du second et ainsi comprendre les deux modalités de matière dans le Samyama prescrit. Dans ces conditions, il est dit que faire Samyama sur YAkaska du corps —ou sur son idée — fait acquérir une telle légèreté au corps physique dense, semble tellement faire chan-

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ger la direction de sa gravité, que le corps en devient capable de voler pour ainsi dire dans 1 espace, dépasser au-dessus des eaux, de passer même au travers d’une toile d’araignée. On dit aussi que les mêmes résultats à peu près peuvent être obtenus en faisant simplement Samya na sur des objets matériels très légers comme du colon. On peut se demander si, en pareil cas, c'est bien le véhicule physique dense qui peut se déplacer ainsi, ou s’il n’intervient pas simplement un effet ad hoc de la conscience de veille. C’est ce sur quoi un Instructeur qualifié pourrait seul nous répondre.

43. En faisant Samyama sur les véritables modifications du mental qui sont extérieures à lui et que l’on appelle le grand incorporel, il s’ensuit la disparition de ce qui recouvrait la lumière intérieure.

Le mental personnel dans son ignorance croit qu’ibagit dans le corps physique ou du moins en relation avec ce corps-là ; en fait, il est surtout ou exclusivement limité, réduit dans son action par son action avec l’organisme physique. Quand cette liaison est rompue, ou plutôt quand la réduction consécutive disparaît, le mental exerce alors naturellement la quasi plénitude de son pouvoir de perception appelée Mahavidela ; c’est ce qu on appelle

aussi le grand incorporel. Dans cette condition le Yogui acquiert aisément la connaissance de toutes choses parce que l’empire des Gunas obstructrices est alors amoindri. Cette condition est précisément obtenue par l’opération de faire Samyama sur l'idée qu’on peut se faire des modifications de Chitla sur les Vritiis. L’état qui intervient alors pour le Yogui est favorable aussi pour permettre à son mental d’agir sur un autre organisme parce que ce mental n’est pas plus bridé dans son organisme physique propre ; peut-être est-il fait état de ces possibilités dans les véritables manifestations dites matérialisations spirites.

44. En faisant Samyama sur les éléments de la forme, en commençant par les plus grossiers et en aboutissant aux plus subtils, on acquiert la maîtrise des éléments.

En fait, cela consiste à considérer d’abord, par exemple, une motte de terre et à s’y concentrer ; on en perçoit alors les particules dont elle se compose et l’on peut en disposer. En principe, il est constant que chaque élément matériel est un agrégat, un composé de cinq formes ou propriétés spécifiques de la matière, à savoir : 1° la forme extérieure ; 2° la forme intérieure, Tahva ; 3° la forme subtile, Tanmatra ; 4° la forme universelle, Guna , et enfin,

5° la forme à effet, c’est-à dire celle qui revient au but assigné, à l’objet. En faisant Sarnyama sur ces formes constitutives d’un élément matériel, on domine ces éléments formels ou ces propriétés de la forme et l’on devient capable de faire quoi que ce soit par la seule force de sa volonté.

45. La pleine réalisation de ce qui précède fait acquérir les huit pouvoirs qui tendent à la glorification du corps et à l’inaltérabilité de ses fonctions.

Les huit pouvoirs sont appelés les Siddliis ou pouvoirs occultes. Voici leur énumération : 1° Anima , le pouvoir de s’assimiler à un atome, de se rapetisser ; 2° Mahima , celui de s’épandre dans l’espace, de se grandir; 3° Laghima , de devenir aussi léger que quoi que ce soit ; 4° Garima , de devenir de même très lourd ; 5° Prapla , d’atteindre à quoi que ce soit ; 6° Prakamya , de réaliser quoi que soit ; 7° Isatva , de former quoique ce soit ; 8° Vasilva , de commander, de dominer quoi que ce soit. Voilà pour l’agrandissement des facultés du Yogui.

La fin 'du présent verset est reprise et traitée dans le suivant.

46. La glorification du corps et l’inaltérabilité de ses fonctions réalisent la beauté, la force et la fermeté physique.

Dans cet état, le corps ne peut être altéré par quoi

que ce soit, ni par le feu, ni par beau, ni par n importe quel coup ou quel obstacle, ni par le temps même peut-être ; la volonté seule du Yogui peut changer cela. Les Védas disent que pour un tel homme il n’y a ni souffrance, ni maladie, ni mort fatale.

47. En faisant Samyama sur ce Qui a trait aux organes, sur leur objectivité, leur nature propre, leurs capacités, etc., on acquiert la maîtrise sur ces organes.

Les éléments constitutifs des organes de sensation sont au nombre de cinq ; ce sont la capacité de connaître qui dérive de la caractéristique même des sens (celle de connaître) ; puis la nature qui a trait au genre de connaissance impliqué dans chaque cas ; ensuite, une sorte d égoïlé propre qui altient à la parcelle de conscience vécue dans tout acte de perception ; puis, encore, la libre expansion, et, enfin, l’apport du résultat. C’est sur chacun de ces aspects qu’il faut faire graduellement Samyania pour que leur synthèse ou leur intégration arrive à être finalement maîtrisée.

48. Il résulte aussi de ce qui précède le fait de n’être plus empêché par ses instruments, celui de rendre les organes indépendants du corps, de glo-

rifier ainsi le mental et d’obtenir la maîtrise de la nature elle-même.

Les pouvoirs acquis par le contrôle des organes des sens sont les suivants : 1° une légèreté du corps analogue à celle du mental ; 2° la possibilité ininterrompue de fonctionnement des sens indépendamment de celui du corps meme; 3° une maîtrise de pradhana , racine de toute chose, permettant de former ou de commander quoi que ce soit à volonté.

Les pouvoirs — Siddhis — spécifiés dans les aphorismes 44 à 48 de ce chapitre sont appelés Madliupratika . qui veut dire « aussi doux que le miel ».

49. En faisant Samyama sur la distinction qui existe entre Satwa et Purusha on acquiert la connaissance et la maîtrise de toutes choses.

Le verset 35 a déjà traité de la distinction précitée. En se libérant des choses, en général, en ne faisant fond que sur la qualité satwique des choses et sur le reflet inhérent de Purusha , on acquiert l’omniscience el l’omniprésence. Ce Siddhi est appelé Visoka , qui veut dire « vide de tout chagrin ». On est effectivement alors débarrassé de toute obstruction.

50. En abandonnant même l’attachement à ce qui précède, les racines du mal sont détruites, et l’on atteint Kaivaiya.

En ne s’attachant pas aux pouvoirs occultes de Visoka qui ne sont après tout que des manifestations, des sortes de rêves attenant au mental, on perd tout sentiment d’attachement et l’on s’approche de plus en plus de l’état d’unité qui est le caractère de Purusha. Toutes les causes d’asservissement attenant à Avidya se détruisent alors rapidement et l’on aboutit au but suprême qui est Kaivaiya.

51. Il faut aussi se refuser aux tentations imprimées par diverses puissances afin de ne pas retomber dans le mal.

Divers dangers menacent le Yogui au cours de son progrès. Et d’abord ce progrès comprend quatre stades : 1° le stage préliminaire, Pralhamkalpika ; 2° celui des pouvoirs, Madhupratika ; 3° la maîtrise des éléments et des sens, Bhulendoiyojayi ; 4° le terme, Kaivaiya. C’est au second stage que commencent les dangers. Le logui est alors en rapport avec les plans hyperphysiques et avec leurs habitants qui sont de qualités diverses ; ce sont, en général, des Dévas préposés à diverses fonctions et dont la conscience chez certains est relativement plus ou moins limitée ou différente, de sorte qu ils

peuvent nuire directement ou porter le Yogui à faire telleaclion préjudiciable à lui-même. 11 est enseigné que pour se préserver de ces risques, il faut se renforcer dans la pratique de Vairagija , ne pas se complaire au plaisir résultant des tentations, s’y refuser par avance, que ce soit des perspectives de plaisir ou des promesses de pouvoirs. Le Yogui doit rester impassible, sous peine de retomber davantage dans la misère dont il a voulu s’affranchir par la Yoga, alors que la résistance victorieuse assure au contraire la libération.

52. En faisant Samyama sur la moindre fraction du temps et sur ses multiples, on acquiert le discernement.

La pleine contemplation en concentration des éléments du Temps, à commencer par son unité de l’ordre le plus petit, porte au discernement de toute chose parce qu’il n'y a rien qui ne soit ici-bas en relation avec le temps. Le discernement est toujours une qualité maîtresse ; son importance est plus grande encore dans la Yoga, dans la partie notamment dont il est question au verset précédent, puisque cela permet d’éviter des dangers très captieux.

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