‹ Traité de Raja YogaChapitre 30 sur 36 · II · texte numérisé non relu

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a étudié la théosophie qui parle de ces choses d’une façon plus claire.

Ainsi donc, dans cette traduction que je fais avec l’aide d’un de mes amis d’Orient, nous faisons aussi un commentaire théosophique qui expliquera le commentaire de Vyasa aussi bien que les Soutras eux-memes ; grâce à cette traduction, les étudiants pourront tirer des Soutras des informations plus précieuses que celles que l’on a pu y puiser jusqu’à présent.

Les Upanishads mineurs sont au nombre de cent huit. Quant aux Tantras,leur nombre est immense ; quelquesuns sont bons, quelques-uns sont mauvais, mais tous sont dangereux, parce que, employant des mots qui, pour vous, pour moi, désignent une partie du corps, on veut, par ces mots, désigner des parties des autres corps, corps astral, corps mental ; et si l’on est tenté de commencer les pratiques indiquées par les Tantras sur les organes du corps physique, on développe, en général, d^s maladies nerveuses, difficiles à soulager ensuite.

Lire les Tantras sans précepteur est une chose dangereuse ; au contraire, en les étudiant sous la conduite d’un maître qui a la connaissance des choses, on peut y puiser des indications vraiment utiles pour le Yoga.

Voilà donc le danger très fréquent quand on étudie seul les Tantras : j’ai souvent vu, aux Indes, des hommes qui venaient me trouver et me disaient : j’ai telle douleur dans la poitrine ou dans tel autre organe : que dois je faire pour me guérir? Toujours à mes questions, ils répondaient qu’ils avaient suivi les pratiques des Tan-

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tras. Il était fort difficile de rétablir leur santé détruite par des pratiques physiques.

Ne lisez donc pas les Tantras, môme s’ils sont traduits. Je veux dire, ne les lisez pas pour pratiquer ce qu’ils indiquent; lisez-les, si vous voulez, à titre de renseignement, en quelque sorte : ils sont intéressants, mais ne les pratiquez pas sans explications ; il y va de la santé de votre corps physique.

Quittant la littérature du sujet, je vais suivre maintenant les Soutras de Patanjali dans lesquels j’ai'puisé les idées que je désire vous apporter sur le Yoga.

Avant tout, j’insiste encore une fois sur cette idée que le Yoga est une science et non pas une pratique religieuse ; ce n’est pas la prière, ce n’est pas le dévouement. Le Yogui peut utiliser la prière, le dévouement, mais comme moyens seulement ; le Yoga est une science, celui qui n’aime pas la science n’aime pas le Yoga.

Le Yoga n est pas pour le dévot, mais pour l’homme de science qui aime avoir une connaissance des choses, qui ne marche jamais aveuglément dans un chemin, mais qui veut toujours comprendre, toujours voir.

Il existe une grande différence que je préciserai tout à l’heure entre le chemin de la science et le chemin du dévouement ; tous les chemins mènent au meme but, mais, étant donnée la différence des tempéraments, il faut suivre la voie la plus appropriée à son tempérament particulier.

Le Yoga commence par une connaissance, petite ou grande, de la nature du soi ; il faut comprendre cette

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nature en théorie avec ses trois faces : l’intelligence, la volonté, l’activilé ; il faut comprendre que le Yoga s’attache à l’intelligence appelée en sanscrit Chit . l’intelligence abstraite, universelle, qui a son reflet dans l’intelligence humaine, puisque nous reproduisons en petit tout ce qu’il y a dans le Soi universel.

On comprend, donc on veut marcher pour que l’intelligence se développe, ou plutôt que la fleur s’ouvre à la lumière ; ce n’est pas une évolution, l’évolution est du domaine de la matière ; le Soi ouvre ses pouvoirs, il manifeste tout ce qu’il a en lui.

Il faut donc étudier deux choses : le Soi qui s'ouvre à l’univers, et le véhicule du Soi — qui se développe de vie en vie.

Il faut donc aussi comprendre, en envisageant le Soi et ses enveloppes, que, lorsque le Soi s’ouvre et montre ses pouvoirs, il est sur le plan de la spiritualité, et, comme je l ai dit, ce n’est pas le seul chemin.

Ou’est-ce que la spiritualité? C'est la conscience de l’unité : rien de plus, mais rien de moins. Ce n’est pas la connaissance des choses, ce n’est pas la connaissance du monde extérieur ; ce n’est pas la connaissance objective, c'est la connaissance de l’unité, du Soi lui-mème. L’intelligence enveloppée de matière montre tous les pouvoirs dits psychiques, mais les pouvoirs psychiques appartiennent à la matière et ne sont pas de la spiritualité.

La spiritualité est seulement cette conscience de l’unité, conscience qu’il n’y a qu’un seul être partout, en tout qui ne se sépare absolument de rien, qui voit

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partout l’Un. Comme dit Sri Krishna : « Celui qui me voit dans tous les objets et tous les objets en moi, celuilà peut voir et voit vraiment ».

Voilà la spiritualité.

Le psychisme est la manifestation de l'intelligence par la matière, et la matière n'est pas différente —que ces pouvoirs se manifestent dans la matière du corps physique, du corps astral ou du corps mental. C’est toujours la même chose : tous les pouvoirs de l’intelligence manifestés dans la matière sont psychiques.

Ainsi, c’est toujours un tort de parler du psychisme comme d’une chose mauvaise, parce que vos idées ordinaires, normales, vos pensées, votre mental, tout cela est psychique. Il n’est pas plus spirituel de voir sur le plan astral que de voir sur le plan physique, c’est toujours la vue, vue des objets, et il n’y a pas de différence de principe entre les deux : ni l’un ni l’autre ne sont la spiritualité, et c’est cependant là une confusion dont souvent se rendent coupables les théosophes.

Il est vrai que ceux qui sont d’une haute spiritualité ont toujours les dons psychiques,parce qu'ils sont maîtres de la matière, mais il n’est pas vrai de dire que tous les grands pgychwffes sont des hommes d’une haute sp : ritualité.

Par conséquent, dans le Yoga, il y a deux choses à faire : faire éclore le Soi, et ensuite purifier et organiser la matière comme enveloppe, comme véhicule du Soi.

On peut aussi développer la spiritualité par d’autres moyens, par l’amour, mais la méthode est différente ; seul le but est le môme.

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Si je voulais représenter par une image la différence qui existe entre le Yoga et ce que l’on appelle quelquefois le mysticisme, je dirais que le mystique s’envole vers Dieu sur les ailes de l’amour ; c’est comme une grande vague d’émotion qui le soulève et le jette aux pieds de Dieu. Au contraire, le Yogi marche équilibré, de pas en pas ; il va son chemin peu à peu, il comprend ses méthodes, il n’est jamais transporté, mais il marche. Dans le Yoga, fias d’enthousiasme, pas de ces désirs ni de ces joies que l’on trouve dans le mysticisme, ni aucune de ces douleurs immenses du mystique qui se sent désolé, aride, abandonné de tout et de tous.

Chacun doit donc choisir pour lui-même le chemin qui convient à son tempérament, tout en se gardant de dire aux autres : « Marchez sur la même voie que moi ; la voie que je préfère, vous devez aussi la préférer ».

Un Soufi, mystique Mahométan, a dit : « Les chemins vers Dieu sont aussi nombreux que les haleines des hommes ».

Ainsi, dans notre Yoga, nous avons ce système tout à fait scientifique, l’amour de Dieu qui est comme un moyen, un objet attrayant pour fixer l’attention du Yogui. L’œil contemple Dieu non pas comme un objet d’amour en soi-même mais plutôt comme un objet très attrayant, afin de fixer tout à fait l’attention pour assujettir le mental : différence énorme. Pour lui, Dieu et l’amour de Dieu, c’est un chemin pour s’unir avec Dieu, mais le Dieu avec lequel le Yogui cherche à s’unir, ce n’est pas le Dieu du dehors, c’est le Dieu du dedans, et voilà encore une grande différence.

MADAME BESANT SUtt LA YOGA

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Si l’on clierclie Dieu dans le monde extérieur, on peut fort bien le trouver, parce que Dieu est partout ; oü peut le voir même dans les saints, dans les anges, et plus haut, dans la Trinité ; mais quand on conçoit Dieu comme principe universel, habitant le cœur de l’homme aussi bien que présent dans tout l’univers, c’est plutôt Dieu reconnu par l’intelligence que Dieu reconnu par l’amour. L’amour cherche toujours à se donner ; Dieu est pour le mystique un objet d’amour ; mais, dans le Yoga, on cherche à comprendre et à trouver dans le soi particulier le Soi universel.

Et l’Hindou savant vous dira : Il n’y a pas de preuve absolue de Dieu, de l’existence de Dieu, hors de vousmêmes. 11 y a en effet bien des preuves, des commencements de preuves de son existence, mais elles ne sont pas absolument concluantes, toujours il manque quelque chose.

En Occident, on cherche toujours à démontrer Dieu à l’aide de nombreux arguments logiques ; en Orient, on ne cherche pas de la même façon à faire la preuve de son existence; la seule preuve de V existence de Dieu , dit lTlindou, c'est en vous-même . Si vous pouvez trouver le Soi, vous identifier avec le Soi, de telle façon qu’il soit vous-même, que vous soyez le Soi, alors, vous ne pourrez plus nier l’existence de Dieu. Autrement, il restera toujours une possibilité de doute.

Ainsi, on peut lire dans les Upanishads : « La seule preuve de Dieu, c’est le témoignage du Soi » — vérité profonde que l’on doit tâcher de comprendre.

Le Yoga cherche cette identification avec le soi inté-

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rieur par le chemin de la connaissance. Puisque le Yoga est une science, la science de la recherche intérieure, il faut comprendre pourquoi il est vrai que la conscience et la matière se rapportent l’une à l’autre.

Quelquefois on parle — et c’est une façon mauvaise de s’exprimer — des vibrations de la pensée ; je l’ai fait moi-même ; mais on ne doit pas parler ainsi ; on doit seulement parler des changements d’état de conscience. Les vibrations appartiennent toujours à la matière ; cependant, à chaque changement de conscience répond une vibration de la matière. De même une vibration de la matière correspond toujours à un changement de l’état de conscience et peut même en être la cause.

Sur ce double fait sont fondés les deux systèmes de Raja Yoga et de Hatlia Yoga.

Le premier tâche de développer de plus en plus les pouvoirs de la conscience et par ces pouvoirs de former les enveloppes matérielles par lesquelles la conscience peut s’exprimer d’une façon plus parfaite.

Le second, le Ilatha Yoga, travaille toujours de bas en haut ; il s’efforce d’agir sur la matière de telle façon que les états de conscience deviennent de plus en plus élevés.

Il existe une part de vérité dans chaque système, mais par le moyen du Hatlia Yoga, on ne peut monter très haut : on ne peut guère aller qu’au plan astral ; mais la difficulté, l’obstacle, pour le Yogui qui suit cette voie de Ilatha Yoga, c’est qu’il développe les organes sans dévôlopper l’intelligence et qu’il lui faut se servir de ses organes.'

MADAME BESAINT SUR LA YOGA

Par exemple, il est possible quelquefois, puisque l’on a évolué la faculté de voir avec l’œil, d’utiliser cette faculté pour voir sur le plan astral, si l’on a organisé le corps astral pour cela ; mais alors, si l’on ne comprend pas les choses que l’on voit, à quoi bon développer l’organe ?

Souvent, j’ai rencontré, aux Indes, des Yoguis qui avaient pratiqué ce système de llatlia Yoga, et qui étaient dans la trance, le corps physique tout à fait immobile, ne pouvant ni voir, ni lire, ni rien faire ; une fois éveillés de ce sommeil profond, ils ignoraient absolument ce qu'ils avaient fait pendant qu’ils n’étaient pas dans le corps. Donc, à quoi bon ?

Mais, si l’on pratique l’autre système, si on ouvre l’intelligence afin quelle fabrique pour elle-même ses organes, on peut toujours d’abord comprendre en théorie, puis voir les objets et savoir ce qu’on voit.

C’est là la voie véritable de l’évolution normale : toujours on crée sur le plan supérieur les organes qui, plus tard, exprimeront ses pouvoirs sur le plan au-dessous ; c’est-à-dire que vos yeux ne sont pas développés dans le corps, comme disent les savants, dans leur langage tout à fait matériel. L’intelligence a fabriqué sur le plan astral un centre de vue, et par ce centre de vue sur le plan astral elle a fabriqué l’organe .de vue sur le plan physique.

Cette loi est toujours celle de la saine évolution. On peut marcher beaucoup plus vite et aussi beaucoup plus lentement ; la nature marche très lentement. Par la connaissance on peut marcher très vite, mais on doit inar-

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cher sur le chemin indiqué par le tempérament, sans quoi on perd et la santé physique et l’équilibre mental.

Ainsi le Raja Yogui qui connaît très bien qu’il faut toujours pratiquer sur un plan supérieur ce que l’on veut faire sur un plan inférieur, monte de plan en plan en fabriquant pour lui-même, sur chaque plan, les centres dont il a besoin.

Pour que la vue astrale soit vraiment normale et saine, il faut donc que les centres de l’intelligence soient posés sur le plan mental et formés tout d’abord aussi sur le plan mental afin que puisse se constituer dans le corps astral ce qu’on appelle les Chakras ou organes des sens astrals.

Voilà la loi qu’on doit suivre, loi d’une importance suprême, car, à elle seule, la voix inférieure, la stimulation de bas en haut dévoloppe une vue factice à laquelle on ne peut se fier; au contraire, si, par l’intelligence, on est monté sur le plan mental, alors on peut fabriquer les organes du corps astral d’une façon normale et saine.

On doit comprendre ces choses parmi les théosophes:

Le Yogui tâche donc, tout d’abord, de faire éclore l’intelligence d’un plan dans l’autre ; c'est son premier devoir, et, puisqu’il comprend que les lois sont toujours les mêmes, ce que fait la nature avec l’aide des êtres conscients, les agents du plan astral, les élémentals, en des milliers d’années, il peut le faire assez rapidement par l’application consciente des lois que suit la nature dans l’évolution normale.

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Je reviens à ce que je disais : que le Yoga est seulement une science d’une psychologie parfaite.

Toutes les lois du développement de l'intelligence que vous trouvez dans le monde, toutes les connaissances que vous pouvez acquérir pour cette évolution de conscience dans le genre humain, parmi ces immenses périodes de temps, il faut les comprendre et les appliquer à vous-mêmes consciemment. Vous devez être le jardinier qui choisit parmi ses fleurs celles qui possèdent les qualités qu’il veut développer ; il marie ensemble deux de ces fleurs, choisit encore parmi les nouvelles fleurs celles qui lui semblent le mieux développées, et les marie à nouveau pour produire des fleurs encore plus belles. De génération en génération, les qualités de ces fleurs sont de plus en plus marquées.

Ce jardinier employant les lois de la nature les applique à des cas individuels ; vous, vous devez comprendre les lois normales de l’évolution de l’intelligence, et les appliquer à votre propre mental.

Voilà le Yoga : ce n’est rien de plus. Ce n’est pas — je l’ai déjà dit — une chose isolée, quelque chose de surhumain, c’est seulement une connaissance du développement normal de l’intelligence appliquée avec conscience à un cas individuel. Ce sont les mêmes lois, les mêmes chemins, les mêmes méthodes que celles que vous pouvez appliquer pour instruire votre enfant. Vous devez prendre votre intelligence en mains et appliquer à cette intelligence les lois de l’évolution.

Quelle est la première condition absolument nécessaire pour fixer l’attention sur un seul point?

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Dans le langage du Yoga nous l’appelons la concentration : Qu’est-ce donc que la concentration ?

La concentration n'est autre chose que l’attention parfaite.

On parle de la concentration comme si c’était quelque chose de mystérieux, de divin et de surnaturel : c’est simplement l’attention fixée sur un point unique.

Remarquez que cette concentration est la chose la plus difficile au monde ; mais sans cette concentration, vous ne pouvez rien faire dans la voie du Yoga.

Ce serait une expérience intéressante pour chacun de vous que de voir si vous pouvez, ne fût-ce que pendant une heure, fixer votre attention même sur un livre intéressant ; par exemple, une voiture passe dans la rue, vous voulez regarder ; quelqu’un frappe à la porte, qui vient là? Ce n’est pas de l’attention, cela.

Si vous voulez commencer le Yoga, la première chose à faire dans la vie de tous les jours, c’est de tâcher de fixer et de maintenir votre attention sur la chose que vous faites.

Pour moi, c’est de cette façon que j’ai appris le Yoga : chaque occupation, même la plus futile, devenait pour moi une leçon dans le Yoga; si je voulais faire un paquet — ce qui n’a rien de bien occulte — je m’efforçais d’y apporter toute mon attention, afin de le faire parfaitement bien.

Si vous voulez envisager cela sous une autre forme, cette concentration est en réalité l’esprit artistique qui nous pousse à tout faire aussi bien que possible. Ainsi, l’artiste peut devenir un Yogui, s’il a le tempérament

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vraiment artiste et cherche la perfection en tout.

Si donc vous voulez vous préparer pour le -Yoga, si vous voulez faire les expériences dont je tâcherai de vous décrire quelques unes, il faut commencer par apporter dans tous vos actes une attention parfaite.

L’important n’est pas d être attentif pendant quelque temps, pour laisser tomber ensuite votre attention; l’attention doit être toujours soutenue ; vous aurez beau méditer tous les matins, pendant une demi-heure, une heure, vous n’aurez rien fait si, pendant les autres heures de la journée, votre mental s’en va à l’aventure. Chaque acte doit éveiller votre attention, jusqu’au moment où vous vous dites : je vais changer l’objet de mon attention ; ne pensez plus alors à ce que vous faisiez auparavant et concentrez toute votre attention sur le nouvel objet qui vous occupe.

S’il y avait ici une seule personne capable de prêter une attention parfaite à un acte quelle oublierait lorsqu'elle se consacrerait ensuite à autre chose, il ne lui faudrait que très peu d’efforts pour devenir un Yogui.

Il en est donc pour vous comme pour l’enfant qui apprend ses leçons et à qui vous recommandez d’être attentif, de ne pas regarder voler les mouches, de ne pas écouter ce qui se dit autour de lui ; et ce serait une très bonne chose que d’arriver à ce que les enfants puissent apprendre leurs leçons au milieu d’un tourbillon de bruit.

Une des raisons, selon moi, qui rendent la concentration beaucoup plus facile pour les Hindous, tient à la façon dont on instruit les enfants dans les écoles. Dans

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vos écoles, un élève lit, le maître le reprend, et tous 1rs autres écoutent les observations. Aux Indes, au contraire, chaque élève parle à haute voix, et tous parlent ensemble, au point que les maîtres qui viennent d’Occident croient impossible de donner l’instruction au milieu de ce chaos ; aucun élève, dit-on, ne fait attention.

G est tout le contraire qui se passe. Je citerai cet exemple d’une famille hindoue dans laquelle il y avait cinq ou six enfants. On leur faisait la classe à tous ensemble ; l’un lisait de l’anglais, l’autre du sanscrit, un troisième faisait de rarithmétique, tous à haute voix. Il m’était impossible, je le reconnais, de préciser les sons dans ce vacarme, mais le précepteur, lui, entendait toutes les voix, et après avoir repris une faute de prononciation chez un des enfants, il corrigeait l’erreur commise par l’autre dans son calcul.

J’ai eu moi-même cet avantage d’avoir pour institutrice une femme originale qui appliquait ces méthodes. Tous les enfants étaient réunis dans la même salle, occupés, les uns à lire, les autres à faire de rarithmétique; toujours elle rappelait à son occupation celui de scs élèves qui prêtait l’oreille aux observations faites à l’un de ses condisciples.

Le premier pas étant ainsi bien défini : tâcher chaque jour et pour chaque occupation de bien fixer son attention, le deuxième pas dans le chemin du âoga est de tâcher d’observer avec une exactitude précise, tâcher de raisonner avec une logique exacte.

Observez exactement l’objet que vous avez devant

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vous afin de pouvoir le décrire parfaitement si on vous demande de le décrire ; sans ce pouvoir d’observer avec exactitude vous ne pourrez fabriquer l’organe de la vue ou de l’ouïe sur le plan astral ; c’est cette capacité du plan mental d’observer avec exactitude qui fabrique dans le corps astral l’organe astral.

Et je répète, vous avez beau méditer tous les matins, vous n’arriverez pas à grand’chose si vous ne pratiquez pas toute la journée ; c’est par la pratique seule que l’on fabrique ces organes du corps astral.

Après l’observation exacte et le raisonnement logique qui la suit, il reste à faire un troisième pas.

Le premier pas, le premier obstacle que nous venons de voir, c’est ce qu’on appelle en sanscrit le sommeil, non le sommeil ordinaire, mais cette qualité de la matière d’être inerte, Sloth , en anglais, l’inertie complète absolue. Tout le monde est paresseux, la paresse est même nécessaire au corps, mais il faut savoir la dominer, et la nécessité de la dominer pour parvenir au Yoga s’explique par les lois de l’évolution.

Une intelligence peu évoluée, celle d’un sauvage, par exemple, a besoin d’un objet extérieur pour être mise en éveil ; vos concitoyens que vous rencontrez dans la rue, ceux qui sont peu évolués, cherchent constamment des sensations nouvelles, soit pour les oreilles, soit pour les yeux : faute de ces sensations, ils dorment.

L’obstacle à franchir, c’est cette tendance de s’accrocher à un objet extérieur qui tienne l’attention éveillée et sans lequel le sommeil viendra.

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Dans la méditation, par exemple, toujours on dort, au début; on se dit —pourquoi est-ce que je dors ? je m’intéresse pourtant à ce que je fais. Vous dormez parce que votre intelligence repousse l’objet auquel s’accrocherait votre attention.

A celui qui a surmonté ce premier obstacle de la paresse, on demande la persévérance ; on se fatigue si facilement.

Pour changer la forme d’un objet matériel vivant, il faut le tenir pendant longtemps dans la position que vous voulez lui donner, sans quoi il reviendra à sa position première. Pour faire croître un arbre dans une direction quelconque, il faut l’attacher pendant longtemps.

Pour former des organes dans le corps astral, il faut pendant longtemps continuer à retenir la matière dans cette forme, sans quoi elle peut se tenir dans le nouvel organe.

Persévérance parfaite, répétition continuelle du mouvement du mental, voilà le second obstacle à surmonter,

Kn troisième lieu, on demande à celui qui veut arriver au Yoga un grand courage, parce que toujours, à un nouvel état mental correspond une nouvelle vibration de la matière, et ces vil talions inaccoutumées terrifient e débutant : je sens ceci eu cela qu’est-ce donc ? vaisje tomber malade? Non, ce sont seulement des vibrations nouvelles absolument nécessaires pour le nouvel organe que vous allez fabriquer.

Ces trois pas dont je viens de parler : fixation de

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l’attention, observation et raisonnements parfaits, ces obstacles à franchir se trouvent résumés clans un seul Soutra de Patanjali, celui-ci :

Le Yoga , c'est la cessation de toutes les modifications du mental.

En médecine, grâce à ce que l’on appelle l’inhibition, il est possible, quand un nerf ne doit pas fonctionner de sa manière normale, de faire cesser son fonctionnement; ainsi, votre mental se modifie à chaque instant et chaque modification de conscience est accompagnée d’une modification du corps mental ; quand on regarde un corps mental, quel qu’il soit, on voit toujours de vagues couleurs qui vont, viennent, changent ; chaque vague représente une ou plusieurs vibrations, et chaque groupe de vibrations est une modification du corps mental.

Il faut supprimer absolument tout cela, parce que le Soi doit dominer des enveloppes qui changent toujours sous le contact des objets du monde extérieur ; et si l’on ne peut arrêter tous ces mouvements, faire cesser le fonctionnement du corps mental, jamais le Soi ne peut être révélé.

C’est comme un lac que le vent agite et dans les eaux duquel on n’a jamais une parfaite image des montagnes, du soleil, delà lune: tout est brisé par l’agitation du flot ; de même pour le corps mental, à cause de toutes ces petites vagues, à cause des modifications continuelles de la matière, vous ne pouvez voir la conscience supérieure se refléter dans le mental intérieur.

Voilà ce que cherche le Yoga, supprimer absolument toutes les modifications du corps mental ; le Yoga,

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c’est la suppression absolue de toutes les modifications du mental.

Si vous voulez entrer dans cette voie, il faut suivre les pas que je viens de décrire, sans cela, impossible de marcher sur le chemin du Yoga.

J’ai tenu à vous donner ces explications préliminaires afin que vous compreniez que, pour vous, en Occident, il est possible d’arriver au Yoga.

Il n’est pas toujours possible de développer tel ou tel pouvoir psychique, parce que certains procédés de Yoga demandent la réclusion absolue, une vie presque anormale, mais le plus important dans le Yoga, l’assujettissement complet du mental, non au Soi proprement dit, mais au Moi supérieur, à l’intelligence plus élevée, tout cela peut être pratiqué à chaque instant dans la vie de ce monde.

Si vous ne commencez pas de cette façon, si votre pratique n’est pas de tous les jours, de toutes les heures, de tous les instants, si vous ne suivez pas les règles préliminaires de Yoga que j’ai dites, jamais il ne Vous sera possible de commencer dans cette vie ce qu’on appelle la vraie pratique du Yoga, que j’étudierai dans ma conférence de demain.

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