On réussit aussi par la dévotion à Ishvâra
Ishvdra peut signifier Dieu, parce que le mot dérive de la racine is qui veut dire gouverner, et qu’ainsi le mot spécifie le Suprême Régulateur. Le verset suivant reviendra sur la nature d’Ishvâra ; le présent veut parler d’une dévotion qui est non seulement une soumission mentale, mais aussi une dépendance entière, un entier abandon de soi-même.
C’est que le principal obstacle à la réalisationcle Samadhi est l’attachement aux choses, Hoga.e t que cet attachement amène clés transformations cle la manifestation du principe pensant, Vrittis. Cet attachement provient surtout de ce que nous croyons exclusivement à notre pouvoir de modifier les choses. Sans doute ce pouvoir existe, mais il est limité, il est surpassé de beaucoup par celui du Logos, et la vérité pratique réside clans l’opinion moyenne à ce sujet, « dans le milieu juste et bon ». En cessant donc de ne compter que sur l’homme, en s’abandonnant surtout à la volonté du Suprême, la réalisation du Samadlii est moins difficile.
On peut alors tout supporter, le mal comme le bien, parce que tout vient du Logos. C’est cet état d’âme, à savoir que l'on n'a qu'à agir de son mieux , dans n’importe quelle condition et quel que soit le résultat, qui constitue la véritable dévotion à Ishvâra et qui réalise d’abord Paravairagya et ensuite Samadhi.
24. Ishvâra, le Suprême Régulateur des mondes, est un Purusha spécial que n’atteint, que ne touche ni la misère, ni l’affliction, ni l’œuvre, ni les résultats, ni les désirs, ni les impressions.
On sait que la base Sankya de la philosophie de Patanjali est déiste, à l’encontre de celle de Kapila
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qui ne l’est pas. Les Aphorismes toutefois ne s’occupent pas de la question du Dieu personnel, ni du créateur de l’univers , ils ne considèrent pas non plus le sujet de la création. La théosophie qui n’est, en somme, la donnée même d’aucune des six grandes Ecoles de l’Inde antique, mais plutôt une synthèse spéciale comprenant plus ou moins des données précitées, avec des éliminations et des additions — surtout d’aspects plutôt que de choses émises, les unes et les autres, soit par les hauts inspirateurs que nous savons, soit par le développement de conscience dû à la marche de l’évolution, la théosophie, disons-nous, tend davantage à donner des aperçus sur ces hauts points, tout en restant encore, dans son expression actuelle, loin d’une entière élucidation qui ne viendra sans doute que plus tard pour nous.
/shvdra, d’après Patanjali, est donc un Purusha particulier, toujours libre, toujours indemne, toujours omniscient, jamais touché, c est-a-dire hors d’atteinte, par quoi que ce soit, alors que les âmes ordinaires sont touchées, elles, par la misère, les œuvres et leurs fruits, ce pourquoi elles ont précisément à suivre la Yoga pour être libérées. La \oga de Patanjali fait cependant arriver à Dieu d’une manière particulière ainsi que le dit le verset suivant.
25. Dans Ishvâra se trouve une expansion infinie d’omniscience.
Toute qualité peut être conçue comme pouvant varier de zéro à l'infini, telle la connaissance qui est une qualité mentale ou d 'Anlahharana. L’être en lequel l’omniscience n’a pas de limite ne peut donc être qu’Ishvâra, puisque c’est le plus grand, le Souverain Régulateur.
Dans toute autre entité du Kosmos la connaissance est moindre ; en l’homme, elie n’est qu’en germe, mais le seul fait que nous commençons à concevoir le fait d’une connaissance illimitée tend à prouver que l’omniscience est potentiellement en nous. C’est cette connaissance sans limite que les Yoguis appellent celle de Dieu.
26. Ishvâra n’étant pas conditionné par le temps est au-dessus de tout.
L’omniscience, en effet, est indépendante du temps, ce qui implique la supériorité universelle de Celui qui la possède. En ce qui concerne spécialement la connaissance, on peut dire aussi qu 'Ishvâra est l’Instructeur des plus anciens instructeurs. C’est que si la connaissance, quel que soit le degré de sa manifestation, est en nous-mêmes, elle doit provenir d’une autre connaissance, —ex nihilo nihil. C’est
l’action de la connaissance qui suscite celle ci.
Il faut donc que des êtres connaissants déjà se trouvent avec l’homme pour que ce dernier parvienne à la connaissance, et ainsi il y a toujours eu des instructeurs. Eh bien, Dieu est l’Instructeur de tous les instructeurs, parce que ceux-ci, quels qu’ils soient, logoï mineurs ou dévas ont été ou sont limités par le temps, tandis que Dieu ne l’est pas.