‹ Traité de stéréotomie, comprenant les applications de la géométrie descriptive à la théorie des ombres, la perspective linéaire, la gnomonique, la coupe des pierres et la charpente;Chapitre 58 sur 274 · CHAPITRE III. — POINTS BRILLANTS ET DÉGRADATIONS DE TEINTES. Qt · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. — POINTS BRILLANTS ET DÉGRADATIONS DE TEINTES. Qt

auront toujours besoin d'être modifiées par le sentiment qu il acquerra en observant les corps éclairés dans des situations diverses, et par Tbabitnde de manier le pinceau.

Pes reflets de i atmosphère.

231. Jusqu'ici nous avons supposé que les rayons lumineux se mouvaient librement dans le vide; mais, en réalité, ils ont à traverser l'atmosphère qui n'étant pas douée d'une transparence parfaite , arrête une partie de ces rayons en les réfléchissant à la manière des corps opaques; ainsi, lorsqu'un faisceau de rayons lumineux tombe sur un élément superficiel d'un corps éclairé, il a déjà perdu de son intensité primitive. Il est vrai que cette première diminu-^ tion est peu apparente, du moins quand il s^agit de la lumière solaire, et d'ailleurs elle est sensiblement égale pour tous les objets qui nous environnent, parce que leurs distances mutuelles sont fort petites en comparaison de l'étendue de la couche d'air que les rayons solaires traversent pour arriver jusqu'à eux. Mais, dans le retour de la lumière depuis Tobjet éclairé jusqu'à l'œil du spectateur, l'interposition des molécules d'air diminue notablement la clarté apparente, et la rend beaucoup plus faible qu'elle ne serait en vertu des circonstances dont nous avons tenu compte pour parvenir à la formule (5) ou (6); d'ailleurs, sans chercher à exprimer la loi rigoureuse de ce décroissement, il est évident qu'il augmentera avec la distance où nous serons de l'objet éclairé. En outre, comme les rayons lumineux que réfléchissent vers nous les molécules de l'air interposé, seront empreints de la couleur de ces molécules, le mélange de ces rayons avec ceux qui nous arriveront directement de cet objet, jettera "sur ce dernier une teinte bleuâtre qui sera d'autant plus prononcée que la masse d'air inteimédiaire sera plus considérable; de sorte que l'éclat et même la couleur des objets lointains se trouveront ainsi altérés.

232. Cette influence de l'air interposé se manifeste aussi sur les ombres : elles seraient d'un noir absolu et invisibles, sans la présence des*objets environnants et surtout de l'atmosphère, qui réfléchissent sur ces parties des rayons lumineux au moyen desquels l'obscurité est affaiblie et leurs formes sont rendues sensibles pour nous. Mais à ces reflets que la région ombrée renvoie à notre œil, se joignent les rayons lumineux réfléchis par les molécules d'air sh tuées entre cette région et nous; de sorte que ces rayons contribuent à éclaircir encore les ombres, et y jettent aussi une teinte bleuâtre, qui toutefois ne devient sensible que quand la masse d'air intermédiaire est un peu considérable.

253. Ainsi, quand on veut faire sentir dans un tableau, llntervalle qui sépare deux objets inégalement éloignés , il est de principe de peindre celui qui est le plus distant de couleurs moins vives, en éteignant les clairs et en affaiblissant Tintensité des ombres; et quand il s'agit de représenter des objets trèslointains, les couleurs doivent prendre la teinte générale de latmosphère.

254. « Ce principe est bien connu (*), et même on l'exagère, et on en fait souvent un abus qu'il est utile de signaler. D après ce que nous avons dit, ce n est que quand la différence entre les intervalles qui séparent divers objets de notre œil, devient considérable, qu'il en résulte une différence sensible entre les effets produits par les masses d'air qui occupent ces intervalles, sur la lumière que ces objets nous renvoient. Si, par exemple, on a devant les yeux une façade d'architecture dont une partie forme une saillie ou un avant-corps d'un mètre, la couche d'air d'un mètre d'épaisseur, que les rayons visuels venant de. la partie en arrière-corps, ont à parcourir de plus que les autres, pour arriver jusqu'à nous, ne leur ôte rien de leur intensité, ou du moins leur en ôte trop peu pour que la diminution soit appréciable par nos sens. En supposant donc l'avant et l'arrière-corps parallèles entre eux et semblablement éclairés, c'est à tort qu'on établirait une différence entre les teintes qu'il faut donner à l'un et à l'autre, comme le font beaucoup de dessinateurs; ils nous paraissent également éclairés, et doivent être représentés avec la même clarté.

'> Cependant nous distinguons parfaitement, dans la réalité, qu'une partie forme saillie sur l'autre : il n'est pas nécessaire pour cela que l'avant-corps porte ombre sur la partie en arrière ; et lors même que la direction des rayons solaires et la position de Tœil sont tels qu'aucune ombre n est apparente, on juge sans peine quel est le plan le plus voisin, et quel est le plus éloigné. Il est essentiel de reconnaître ce qui dirige à cet égard notre jugement, pour l'imiter s'il se peut, et que la peinture avertisse l'œil par les mêmes moyens que ceux qui l'avertissent dans la réalité.

» Représentons-nous toujours une façade d'architecture, d'un ton de couleur parfaitement uniforme, et dont une partie forme sur l'autre un avantcorps. Si l'on place un obstacle quelconque, tel qu'une planche, qui nous dérobe la vue de l'arête par laquelle se termine l'avant-corps, il nous devient impossible de juger laquelle des deux parties est la plus voisine de notre œil;

{*) Cet article est extrait des leçons de Monge publiées par M. Brisson, à la suite de sa Géométrie descriptive.

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