CHAPITRE III. — POINTS BRILLANTS LT DÉGRADATIONS DE TEINTES
mais si lobstacle est enlevé, on en peut juger à Finstaixt. Cette expérience fort simple nous apprend donc que c'est par la manière dont la lumière agit sur larête qui termine lavant-corps , que nous sommes avertis qu'il existe une saiUie. Si Tarêtè dont il s'agit était une ligne droite mathématique , Faction de la lumière sur Tarête serait nulle, ou parfaitement inappréciable, et nous ne pourrions pas encore distinguer quelle est la partie qui est en avant-corps. Mais cette arête n est jamais tranchante, jamais une ligne droite mathématique : les matériaux dont ellç est composée ne sont pas d une compacité absolue : les instruments dont on a fait usage pour les tailler ne sont point parfaits : on n'a point apporté au taillage une précaution infinie; et en sortant des mains de l'ouvrier, cette arête était déjà loin d'offrir une précision rigoureuse. Depuis, tout ce qui a pu la frapper ou simplement la frotter, a dû l'émousser davantage ; et, définitivement, au lieu d'être une arête tranchante, c'est une surface arrondie que l'on peut considérer comme une portion de cylindre vertical circulaire, et d'un très-petit rayon; c'est par la manière dont la lumière agit sur cette surface cylindrique, et en est renvoyée à notre œil, que l'existence de la saillie nous est indiquée. »
235. Or, d'après les principes exposés aux n^ 221 et 224, il doit y avoir sur le petit cylindre qui représente l'arête saillante de l'avant-corps, du côté où vient la lumière, une ligne brillante dont la clarté surpasse celle de la fa-' çade ; cette ligne se détache d'autant mieux du fond général que la dégradation des teintes est très-rapide sur un cylindre d'un aussi petit rayon , et conséquemment cette ligne brillante avertit notre œil qu'il existe une saillie en cet endroit. Au contraire, sur l'arête de l'avant-corps, du côté opposé à la lumière, toutes les génératrices de ce petit cylindre auront une clarté apparente plus faible que celle de la 'façade; et comme la dégradation se fera très-rapidement, cette arête offrira Tapparence d'une ligne obscure qui nous annoncera l'existence d'un retrait dans les constructions.
Ainsi, pour reproduire ces circonstances sur le tableau, il faut appliquer la même teinte sur les deux plans parallèles dont se compose la façade; mais avoir soin de ménager aux arêtes qui sont du côté de l'ombre, un filet un peu obscur, et aux arêtes qui sont du côté de la lumière , un filet plus éclairé.
236. Du rayon atmosphérique. Nous avons dit que les rayons lumineux qui traversent l'atmosphère, se trouvent en partie arrêtés par les molécules de l'air dont la transparence n'est point parfaite. Ces molécules réfléchissent, à la manière des corps opaques, les rayons lumineux en l'es disséminant dans tous les sens; et il en résulte une lumière atmosphérique dont l'intensité est encore
considérable, et qui fait voir très-distinctement les corps sur lesquels ne tombent pas les rayons solaires; c'est aussi cette cause qui produit le crépuscule du soir et du matin. Mais , pour chaque position du soleil, l'expérience montre qu'il y a toujours une direction dans laquelle ces reflets ont une intensité plus grande que dans toute autre , et cette direction est ce qu'on appelle le rayon atmosphérique principal.
Pl. 12 Beprésentons-nous un corps opaque T, de forme quelconque, placé à une FiG. q. assez grande hauteur au-dessus du sol XY pour être entièrement isolé et enveloppé de toute part par une grande masse d'air. Dans cette situation, si ce corps est éclairé parles rayons solaires parallèles à SA, les reflets de l'atmosphère eiterceront leur effet maximum parallèlement à la direction "R A précisément op^ posée à SA ; et c'est ce que l'on a cherché à expliquer en regardant lair comme composé de globules sphériques, sur lesquels chaque faisceau lumineuse incident s'épanouit d'autant plus qu'il fait un angle plus grand avec la normale ; l'intensité de la lumière reflétée diminuerait donc quand cet angle augmente , et dès lors elle atteindrait son maximum dans la direction RA (^). Quoi qu'il en soit, nous admettrons ce résultat comme un fait constaté par l'expérience , et il en résulte que le corps isolé T se trouvera dans les mêmes circonstances que s'il était éclairé, d'un côté par des rayons lumineux parallèles à SA, et de l'autre par des rayons d'une lumière beaucoup plus faible, parallèles à RA; de sorte que la région située dans l'ombre relativement à la lumière directe, offrira aussi des dégradations de teintes et aura son point brillant, comme la région éclairée.
Pl. 1 2, 237. Mais, le plus souvent , les corps que nous observons sont placés près du FiG. lo. sol, ou même à sa surface; dans ce cas, le corps T ne peut plus recevoir que les reflets dus à la portion de l'atmosphère qui est an-dessus de XY, et parmi ces reflets, ceux qui ont le plus d'intensité seraient dirigés parallèlement à l'horizontale HA , attendu qu'ils se rapprochent le plus possible du maximum absolu rA. Mais il faut observer que les globules d'air se renvoient aussi mutuellement de la lumière , et qu'ainsi la région de Tatmosphère située au-dessus de AU, est beaucoup plus éclairée que la région inférieure qui se trouve privée,
(*) Voyez la Science du dessin par M. Vallée (page Sog), ouvrage auquel nous avons emprunté les principaux résultats de ce paragraphe, et où ce savant ingénieur a traité d'une manière neuve et approfondie des questions d'optique très-intéressantes. On y trouvera aussi des règles et des conseils précieux pour la perspective aérienne et pour la pratique du lavis.