‹ Traité de stéréotomie, comprenant les applications de la géométrie descriptive à la théorie des ombres, la perspective linéaire, la gnomonique, la coupe des pierres et la charpente;Chapitre 62 sur 274 · CHAPITRE I. — NOTIONS GÉNÉRALES. lOÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — NOTIONS GÉNÉRALES. lOÏ

faudra imaginer que, du point de vue O, on a mené des droites à tous les points du contour apparent de cet objet, ainsi quaux autres points remarquables de sa partie visible, tels que les sommets, les arêtes saillantes, etc.; ensuite on cherchera les points d'intersection de ces rayons visuels avec la surface du tableau, et la suite de tous ces points formera une figure A'B'C'E' qui sera comme le portrait delobjet original. En effet, les rayons lumineux que les divers points A', B',C',..« enverront à l'œil O du spectateur, comprendront entre eux les mêmes angles que formeraient les rayons partis de A, B, C,...; donc les premiei*s produiront dans cet œil les mêmes images qu auraient produites les autres ; et quoique les distances absolues soient différentes, le spectateur placé en O ne s'en apercevra pas, surtout si l'on applique sur les points A', B', C',... les teintes et les dégradations de lumière que présentaient les diverses parties de l'objet primitif. Car ce sont là des circonstances qui entrent pour beaucoup dans les jugements que nous portons, au moyeu des yeux, sur la forme des corps et sur leurs distances : mais cette dernière opération est lobjet de la perspective aérienne, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

246. Puis donc que le tracé d'une perspective linéaire se réduit à trouver les points d'intersection d'un système de droites avec un plan ou une surface courbe donnée, il est évident que les méthodes générales de la Géométrie descriptive suffiront toujoui*s pour effectuer de telles opérations; et il convient d'y avoir recours en effet, lorsque l'objet en question se termine par des surfaces courbes un peu compliquées, comme nous en citerons des exemples à l'occasion du Tbre et du Piédouche. Mais dans les cas ordinaires où le tableau est un plan vertical, et où les objets ne présentent que des contours rectilignes ou circulaires, des faces planes ou cylindriques, alors on emploie des procédés plus commodes, en ce qu'ils dispensent d'établir deux plans de projection. Nous commencerons par exposer ces méthodes particulières , après avoir fait encore quelques remarques générales.

247. On suppose ordinairement que le tableau est placé entre l'objet original et le point de vue, parce qu'alors la pyramide formée par les rayons visuels qui aboutissent aux divers points du contour de l'objet, se trouve coupée parle tableau entre sa base et le sommet, et donne lieu à une perspective dont les dimensions générales sont moindres que celles du corps primitif; or, ce résultat convient mieux à la représentation des corps qui nous environnent, et dont la plupart ont des dimensions naturelles qui surpassent déjà la grandeur des cadres-de nos tableaux. Au surplus, toutes les méthodes dont nous allons parler, s'appliqueraient également bien à un tableau placé en arrière de l'objet, ou qui

couperait cet objet; il en résulterait seulement que les dimensions des parties qui seraient situées en avant du tableau, se trouveraient en général agrandies.

248. Pour qu'une perspective tracée sur un tableau quelconque produise un effet satisfaisant , il est bien évident que le spectateur doit se placer précisément au point de vue qui a été adopté par le dessinateur; mais, à son tour, celui-ci ne doit pas choisir ce point d'une manière tout à fait arbitraire.

D'abord , il convient ordinairement de placer le point de vue sur la perpendi^ culaire élevée par le centre du tableau, parce que c'est dans cette position qu'un observateur ira plus naturellement se placer pour examiner la perspective. Cependant on doit abaisser davantage le point de vue, suivant la hauteur à laquelle le tableau doit être situé au-dessus du sol y et selon la nature du sujet , comme lorsqu'il s'agit d'un monument vu d'en bas. D'autres fois aussi , on peut reculer le point de vue un peu à droite ou à gauche , quand un motif grave conseille ce déplacement; par exemple, lorsque la scène principale doit se trouver près du bord latéral , ou qu'il existe un édifice dont la façade perpendiculaire au tableau a besoin de se développer sur une plus grande étendue.

249. Quant à la distance du point de vue au tableau, elle doit sans doute varier avec le genre du sujet et la nature des détails qu'il renferme; mais, pour que la vision soit bien distiucte , et que le spectateur puisse embrasser tout le champ du tableau, sans être obligé de tourner la tête, il est convenable que la distance en question reste comprise entre UNE FOIS et trois POIS b largeur du tableau, ce qui donne un angle visuel maximum compris entre 5o^ et ao^, en suppo* sant que le point de vue réponde au centre du tableau. Néanmoins, on peut descendre jusqu'à rendre la distance en question égale à la moitié de la largeur du tableau, ce qui répond à un angle visuel maximum de 90°, loi*sque la scène a beaucoup de profondeur, et présente des détails éloignés que l'on veut faire apercevoir, comme il arriverait pour un champ de bataille.

250. Mais , dans tous les cas , il ne faut pas que les rayons visuels rencontrent le tableau sous un angle moindre que /\5^. En effet, nous avons l'habitude de nous tourner à peu près en face des objets que nous voulons considérer; et c'est même une condition nécessaire pour que l'image formée au fond de notre œil soit bien nette , et pour que la vision ne devienne pas pénible par l'effort qu'il faudrait faire pour diriger très-obliquement les cuxes optiques des deux globes de nos yeux. Si donc nos regards tombent très-obliquement sur une perspective, elle nous paraîtra défectueuse , quoiqu'elle soit bien régulièrement tracée ; les dimensions des lignes fujranies (c'est-à-dire des droites originales non parallèles au tableau) nous sembleront exagérées, quoiqu'elles

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