PLANCHER BUCCAL. — TUBERCULOSE LINGUALE
fonclionnelle. La niasticalion, la déglutition, la phonation peuvent ùtre g-ènées et douloureuses ; il existe parfois des douleurs très vives. La salivation est exagérée. L'engorgement ganglionnaire sousmaxillaire et môme carotidien a été fréquemment noté.
La marche des lésions, toujours envahissante, est très variable dans sa rapidité. Le pronostic est grave, non seulement à cause du caractère envahissant des lésions, mais aussi à cause des autres signes concomitants de tuberculose pulmonaire ou laryngée. Du reste, à cause de la diffusion des lésions, même après traitement énergique, leur récidive est fréquente.
Les gommes profondes, conduisant à la formation d'abcès froids, ont une évolution lente et insidieuse. La tumeur grossit peu à peu et à un moment on voit la langue soulevée par une saillie hémilatérale. Parla palpalion,on trouve dans cette région un nodule dur, arrondi, ou une collection plus ou moins nettement fluctuante. S'il est abandonné à lui-même, cet abcès froid arrive à ulcérer la muqueuse delà surface dorsale et à s'y ouvrir par un trajet fistuleux. Les caractères de l'ulcération avec les granulations qui l'entourent et sa coexistence avec des lésions de tuberculose viscérale amènent à faire le diagnostic de leur nature. Mais, dans les cas de lésions primitives ou de nodules profonds, il y a possibilité de les confondre avec diverses affections. C'est ainsi que les ulcérations tuberculeuses primitives peuvent être confondues avec des ulcérations dentaires et d'autant plus que parfois c'est un chicot qui a créé l'ulcération et permis l'inoculation de la tuberculose; dans ce cas, on doit soigner la lésion dentaire et l'ulcération par les antiseptiques et caustiques ordinaires; s'il s'agit de tuberculose, le traitement est inefficace.
Les lésions syphilitiques (chancres, ulcérations, gommes) ont des caractères communs; il faut se baser sur l'ensemble des symptômes ultérieurs au chancre, sur les phénomènes concomitants avec les lésions secondaires, sur les antécédents et le résultat du traitement mercuriel dans les cas tertiaires, pour arriver à différencier les lésions de chaque période de la syphilis.
Dans l'épithélioma, l'ulcération a des bords rouges bourgeonnants, une base indurée caractéristique : néanmoins, dans certains cas, la distinction est impossible ; l'examen histologique seul peut lever les doutes ; c'est ainsi que les pièces de Nédopil, Korte, Enteneuer résultent de l'ablation de la langue que l'on avait crue cancéreuse.
Traitement. — Le traitement général de la tuberculose ne doit pas être négligé ; si le sujet a son état général bien compromis par suite de lésions pulmonaires, on se contentera de soins antiseptiques de la bouche, de légères cautérisations à la teinture diode, au chlorate de potasse, à l'alun, ou de cautérisations ignées.
Si la lésion est primitive ou si la tuberculose pulmonaire est peu avancée, on doit recourir à un traitement plus énergique, tel que
curettage et cautérisation, ou bien ablation de la région atteinte, méthode préconisée par Billroth, Trélat. L'ablation peut être pratiquée au galvanocautère ou à Tinstrument tranchant ; avec ce dernier, on peut, par suture, obtenir une réunion immédiate.
Les récidives sont fréquentes.
Les gommes profondes, les abcès froids, une fois la fluctuation reconnue, doivent être traités par incision, curettage, écouvillonnages avec des liquides modificateurs. S'il est possible d'extirper les parois de l'abcès, on pourra, selon la pratique de Péan, Le Dentu, Brun, obtenir après suture une réunion par première intention.