ACCIDENTS ET CO.MI'LICATIONS 1)1-: L'EXTRACTION
inédile siiivaiiU;, (lue à rohlifi^cniice de noire confrère Th. llasnal, nionlrera ([uo. cet accident |)eiit assez facilement se produire.
M"»^ B..., (luaiiiiilc-iuiil ans, cuisinière, est un jour soulTranle iTaccidenls infeclieu.v d'origine nelleniiMiL dcnlaiiv. La deuxième molaire inférieure droite est profondément cariée (luatrième degré avec périodonlite). Quand la malade se présente à moi, il y a plusii-nrs jours ([u'oUo soullVc; il y a de la contracture des mâchoires.
L'examen, assez dillicile par lui-même, est rendu plus didicile encore par ce fait (jue la malade, forte matrone, a des joues fortement adipeuses. Sur le côté malade, les dents laissent leur empreinte sur la muqueuse. De ce côté la dent de sagesse inférieure est absente, a sans doute été enlevée; beaucoup d'autres dents manquent, et incontestablement c'est bien la deuxième molaire inférieure droite qui est le point de départ des accidents. Je propose l'extraction pure et simple, (|ui est acceptée.
Tentative d'anesthésie et luxation au moyen d'un davier à grosse molaire du bas, courbe sur le plat. La luxation faite, non sans queliiues cris, je constate (ju'il y a une adhérence gingivo-cervicale en arrière. Je retire le davier. La malade crache beaucoup de sang. Avec l'index gauche, je récline la joue, et de la main droite je passe une des lames d'une paire de ciseaux à gencives tenue ouverte sous la bandelette à sectionner. Au milieu du sang, je saisis cette bandelette entre les lames, je ferme les ciseaux, et la dent est immédiatement cueillie sans dillîculté entre les doigts.
Je vais laver mes mains pleines de sang et je fais laver la bouche à la malade, qui ne cessait de geindre. Environ une minute après, je constate (jue la joue de la patiente a gondé et est devenue énorme. Elle présente absolument l'aspect d'une grosse fiuxion. Je touche la face externe de la joue : elle est dure et, en pressant, je détermine sa diminution presque instantanée. Si je cesse de presser, le pseudo-œdème se reproduit.
La palpation permet de percevoir une sensation de crépitement due aux bulles d'air se déplaçant dans les mailles du tissu cellulaire sous-muqueux.
La malade ne souffre aucunement de son emphysème.
J'examine la bouche avec attention. Lavage, tam[)onnement alvéolaire méthodique avec une lanière de gaze; nouveau lavage. La brèche du maxillaire ne présente rien de spécial. Mais je constate que la joue présente une solution de continuité. La partie correspondant au talon des lames des ciseaux courbes étant rejetée en dehors pour me permettre d'atteindre la gencive à sectionner avec la pointe, j'ai, masqué cjue j'étais par le sang, enlevé avec la partie postérieure desdites lames une petite étendue de la muqueuse génienne. C'est cette brèche qui est le point de départ de l'accident.
J'applicjue sur la joue un large pansement ouaté, sec, fortement compressif, maintenu en place par un chevestre. Cet appareil fut ôté le lendemain par la malade, qui trouvait qu'il la gênait pour faire les lavages prescrits. A partir de ce moment, tout rentra dans l'ordre, et la malade n'eut plus besoin de moi.
On voitque. dans le cas de cette malade, l'emphysème se produisit sans aucun elTort de buccination, par la simple entrée de l'air expiré dans le tissu cellulaire à travers une brèche de la muqueuse f^énienne.
Les principaux symptômes de l'emphysème de la face sont la
déforma lion iuslantanée, la sensation de crépitement à la palpalion, la réduction facile de la tuméfaction sous la pression de la main. On ne confondra pas cet emphysème mécanique avec la gangrène gazeuse due au vibrion seplique, qui n apparaît que plusieurs jours après la formation de la plaie, qui est très douloureuse et produit à la surface de la peau un « érysipèle bronzé « caractéristique.
Le pronostic de l'emphysème traumatique est bénin. Le traitement consiste dans une légère compression, en prenant garde de déplacer les gaz sous la peau au delà de la partie tuméfiée. Dans les cas où l'emphysème serait très étendu, on pourrait faire des mouchetures ou même des incisions, comme pour un phlegmon. Après évacuation de l'air, on suturera la brèche de la muqueuse pour éviter une récidive.