‹ Traité de stomatologie (volume 3)Chapitre 122 sur 129 · ACCIDENTS ET COMPLICATIONS DE L'EXTRACTION · texte numérisé non relu

ACCIDENTS ET COMPLICATIONS DE L'EXTRACTION

'2" Préexistence de complications de la carie dentaire (périodonlite, alvéolite, osléo-prrioslite). Dans ces cas, qui sont fré(|uenls, puisque c'est justoinenl à causiî dos complications de la carie (pie l'extraction est le plus souvent pratiquée, il y a déjà une inllammation des tissus ligamentaires et osseux péridentaires, inflammation à laquelle le Iraumatisme opératoire donne souvent un coup de fouet. Un(? cii-constance a^^ravanto peut encore résider dans la fracture de la dent et dans l'abandon du fraj^menl radiculaire infecté au fond de l'alvéole.

Les symptômes et le traitement des inflammations aiguës des maxillaires soni étudiés dans une autre partie de ce traité (fascicide VIll : Maladies chiruryicales de la bouche et des maxillaires) ; l'ouverture des foyers purulents, leur désinfection et l'ablation des séquestres osseux, s'il en existe, constituent les grandes lignes de la tliérapeutiquedcsostéo-périostitesetdespblegmonsdes maxillaires.

Lorscju'il y a simplement alvéolite aiguë, c'est-à-dire lorsque l'inflammalion est limitée aux parois alvéolaires, la cicatrisation est retardée, mais se produit d'ordinaire sans complications, dans l'espace de dix à quinze jours. Cette aiï'ection serait donc de peu d'importance si elle ne s'accompagnait de symptômes douloureux dont le traumatisme opératoire est encore venu augmenter l'intensité, comme nous le disions plus baut. Ces douleurs sont assez violentes pour empècber tout travail et causer des insomnies; elles peuvent durer de quelques beures à une huitaine de jours. Il faut donc sen préoccuper dès le moment de l'extraction, si l'on ne veut voir le malade revenir les jours suivants se plaindre de ses soufïrances et en demander le soulagement.

On réalisera la prophylaxie de ces douleurs post-opératoires soit par un pansement alvéolaire semblable à celui qu'a préconisé Mahé (Voy. p. 496), soit par une cautérisntion du fond de l'alvéole, immédiatement après l'extraction, avec de la teinture d'iode, du perhydrol, de la créosote, etc., dont on badigeonnera les parois alvéolaires à l'aide d'un tampon. Si les douleurs apparaissent ou persistent, on fera faire des bains de bouche antiseptiques très nombreux et aussi chauds que le patient pourra les supporter (Voy. le formulaire p. 4%), et on y ajoutera le traitement classique des périodontites : révulsion péri-alvéolaire (teinture d'iode, cautérisation ignée), décongestion à l'aide de bains de siège chauds ou de bains de pieds sinapisés, purgation, etc. Une potion calmante sera prescrite pour la nuit: en voici un exemple :

Bromure de potassium 2 grammes.

Hydrale de chloral 4 —

Siro]) de morphine 30 —

Eau distillée de tilleul 200 —

A prendre par cuillerées à bouche jusqu'à obtention du sommeil.

3° Pénétration de dents dans les voies digestives et aériennes.

Une dent extraite peut tomber dans le pharynx lorsqu'elle échappe aux mors du davier et surtout lorsqu'elle est luxée à l'aide d'un élévateur. C'est pourquoi l'on recommande, si l'on commence la luxation à l'élévateur, de l'achever au davier, principalement lorsqu'il s'agit de dents situées au fond de la cavité buccale (racines de molaires, dents de sagesse). Cet accident est surtout à redouter dans les extractions faites sous anesthésie générale, le malade étant couché. On évitera d'employer les élévateurs dans ces cas: même si la dent luxée n'est pas déglutie, elle tombe dans les parties déclives de la bouche, et le doigt de l'opérateur est obligé de la chercher à tâtons au milieu du sang qui la dissimule. Pour s'assurer qu'aucune dent n'est tombée dans le pharynx, lorsqu'on en extrait plusieurs sous anesthésie générale, il faut les recueillir toutes et en faire l'inventaire une fois l'opération terminée.

Si la dent est encore dans le pharynx où elle a pu rester accrochée (racineayant des aspérités), on la saisira avec une pince à fragments; si elle est passée dans les voies digestives, il n'y a plus à s'en occuper en général. Mais l'accident revêt une réelle gravité lorsque la dent tombe dans les voies aériennes. « L'introduction de corps étrangers (dans le larynx) détermine des crises de toux expulsive, mais malheureusement aussi parfois du spasme glottique, des abcès, de l'œdème ou de la congestion aiguë des parois ou des ulcérations, des irritations superficielles plus ou moins étendues, quelquefois de l'oblitération brusque de la trachée ou d'une bronche avec suiTocation rapide. En dehors des dangers, la présence des corps étrangers provoque la pneumonie quand l'aspiration les fait entrer au niveau des lobes pulmonaires.

« La trachéotomie est indiquée sans retard, et l'expulsion est possible par l'ouverture si l'on s'abstient de placer une canule et si l'on suture à la peau les bords de la plaie. Si l'expulsion ne se fait pas, exploration trachéale, et laryngofîssure, quand l'ablation par les voies naturelles est reconnue impossible (I). »

Voici une observation d'abcès pulmonaire causé par une dent (2), qui a été publiée dans le British médical Journal en 1907 :

Je fus appelé chez une jeune dame malade depuis sept mois, se plaignant d'une douleur localisée au côté droit de la poitrine, d'une toux opiniâtre et d'une expectoration profuse. Sa santé était excellente auparavant, lorsqu'il y a sept mois elle avait commencé à tousser, à souffrir du côté gauche et

(1) P. BoNMER, Larynx (maladies diverses) (in Pratique nièdico-chirurgicale, Paris, 1911).

(2} J.-D. Davies. Abcès pulmonaire causé par une dent (Brit. med. Joiirn., 1907); traduit de l'anglais par M. Guiuaud.

ACCIDIiNTS KT COMPLICATIONS HK I/I.XTR ACTION. ."^lO

bientôt après à craclior très épais. Elle éprouvait de la dilliculté à r(!Spirer. (]es symptômes s'aggravèrent, et la malade maigrit rapidcraenl. Elle consulta plusieurs médecins et fut traitée à l'hôpilal de Swansea i)our phtisie pulmonaire. Son état ne s'amélioia pas.

(Juand je la vis, elle paraissait très malade et ne pouvait (|uiller son lit : elle transpirait abondamment et était très émaciée. Sa température était constamment voisine de 31)^. La toux était très violente et s'accompagnait de l'expectoration d'un pus fétide. Les mouvements du côté droit du thorax étaient très diminués ainsi (|ue le frémissement vocal, il y avait une matité étendue de la clavicule droite à la quatrième côte. La pointe du cd'ur était déplacée de i centimètres en arrière et à gauche. Il y avait évidemment un abcès du poumon.

Trois jours après mon premier examen, la malade eut un très violent accès de toux, avec issue d'une grande quantité de pus venant des poumons. Dans ce pus on trouva une deuxième bicuspide qui avait été extraite par un dentiste environ sept mois auparavant. Cette dent était donc tombée dans la glotte pendant cpie la patiente était endormie — quoiqu'elle fût absolument ignorante de cet incident — et, logée dans une des divisions de la bronche droite, y avait occasionné un large abcès.

Après celte expulsion, la guérison fut ra])ide. Le déplacement du cieur, dû à la contraction du poumon, fui considérable, la pointe restant à i centimètre au moins à droite de sa position normale. C'est une chance considérable fjue la dent ait été expulsée d'une large cavité à travers un étroit orifice ; c'est incluse dans un flot de pus qu'elle réussit à trouver sa voie.

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