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VI. — CIMENTS MINÉRAUX

Les ciments minéraux se préparent extemporanément au moment de leur emploi, en mélangeant une poudre et un liquide jusqu'à consistance pâteuse et en foulant cette pâte dans la cavité à obturer, où elle durcit plus ou moins rapidement. Les plus anciennement

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employés soiil à base de zinc : co sont les o.ri/c/il(>ru/-es el surloiit les o.rypIiosphaU's (le zinc. Le cirneiil à Vo.vi/p/iosphale <le ciiirrc est peu répandu mais coinple cependaiil des partisans c(jnvaiiieiis. Depuis quelques années, de nou\(dles couiposilions oui été inlroduiles en art dentaire avec grand succès : ce sont les ciments aux silicales.

I" owpiiospiiArh- 1)1-: zisc.

A'aturo. — La / tondre qui sert à préparer ce ciment est de l'oxyde; de zinc pur calciné au creuset à haute température et passé au tamis lin. On la conserve dans des llacous bien bouchés pour éviter h» formation de carbonate de zinr au contact de l'acide carbonique de l'air.

Le liquide est de l'acide phosphori([uc à l'état sirupeux. Il doit être aussi tenu à l'abri de l'air; étant très hygrométrique, il absorbe rapidement l'humidité.

Il importe, au point de vue de la durée et de l'inalU'rabilité du ciment, que les produits employés soient aussi purs que possible. L'oxyde de zinc du commerce ne peut donner de bons résultats à cause des nombreuses impuretés ([uil contient. Il (*n est de même pour l'acide phospliori(jue du commerce, qui contient des phosphates eii dissolution.

On a essayé d'incorporer à la poudre d'oxyde de zinc divers autres oxydes métalliques (magnésium, aluminium), dans le but de la rendre moins attaquable par les liquides buccaux. Ces additions paraissent avoir diminué les qualités de l'obturation au lieu de les augmenter.

Propriétés. — Le ciment à l'oxyphosphate possède de nombreuses qualités qui ont vulgarisé son emploi et en ont fait la substance d'obturation la plus répandue malgré ses défauts.

Sa principale qualité est sa facilité d'emploi. Il est assez adhérent à l'état frais pour pouvoir être placé dans presque toutes les cavités, sans qu'il soit besoin de leur donner une forme spéciale ou d'y creuser des sillons de rétention. Sa manipulation est assez rapide pour qu'on puisse se passer d'appliquer la digue, l'exclusion de la salive par des rouleaux de coton suffisant le plus souvent.

Toutefois, il est préférable de laisser durcir le cimenta l'abri de 1 humidité pendant quinze minutes environ.

Grâce aux mélanges avec certains colorants, on peut obtenir toute la gamme des nuances nécessaires pour l'assortir à la teinte des dents. A ce point de vue, il n'y a ([ue le ciment au silicate et l'inlay de porcelaine qui lui soient supérieurs. Enfin, le ciment à l'oxyphosphate étant mauvais conducteur de la chaleur permet d'isoler les «lenlines et les pulpes sensibles aux variations de température.

Ces qualités sont malheureusement compensées par de sérieuses

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tares donl les deux principales sonl Tusure mécanique par abrasion et surtout la solubilité dans l'acide lactique.

Cet acide, résultant des fermentations intrabuccales, se trouve presque toujours dans les espaces interdentaires et le long des bords gingivaux, c'est-à-dire près du collet des dents. Par suite, l'emploi des cimentsà l'oxyphosphate est contre-indiqué dansles cavitéssituées près de la gencive, et à plus forte raison dans les cavités des faces proximales s'étendant sous les bords gingivaux, le bord cervical de ces obturations étant sujet à se fissurer et à permettre le retour de la carie. Dansles surfaces exposées à la mastication, l'usure par abrasion s'ajoute à l'action dissolvante des liquides buccaux. H en résulte que d'une manière générale, au bout d'un temps variable, une obturation au ciment d'oxyphosphate ne remplit plus la cavité où elle a été placée. La surface, de plane ou convexe qu'elle était primitivement, est devenue concave, et seul le fond de la cavité est encore garni de ciment.

Cette désagrégation se fait plus ou moins rapidement, suivant des conditions de chimisme buccal qui ne sont pas complètement connues. L'acidité de la salive et le défaut d'hygiène bucco-dentaire semblent la favoriser.

Le ciment à l'oxyphosphate n'est pas antiseptique, et il ne faudrait pas compter sur lui pour suppléer à un défaut de nettoyage d'une carie non pénétrante. En pareil cas, l'infection gagnerait sûrement la chambre pulpaire. Bien plus, il ne reste pas très longtemps imperméable. 11 devient poreux et n'offre plus qu'une protection illusoire aux cavités qu'il recouvre. Cette porosité a comme conséquence non seulement de permettre au bout d'un certain temps la pénétration microbienne, mais de laisser l'obturation s'imprégner des matières colorantes qui peuvent se trouver à son contact et, par suite, de donner au ciment une teinte plus ou moins sale.

Indications. — Il résulte de ce qui précède (jue l'obluralion au ciment d'oxypiiosphale ne peut être regardée que comme temporaire. Elle doit être surveillée et examinée de temps en temps et refaite avant d'être complètement usée. On pourra ne pas enlever tout ce qui reste de l'ancienne obturation avant d'en remettre une nouvelle, mais il faudra tout au moins réséquer les couches superficielles qui ont des chances d'être infectées. La durée d'une obturation au ciment d'oxyphosphate dépend, avons-nous dit, des conditions du chimismt; buccal qui varient suivant les individus ; l'épaisseur de la masse de ciment, sa position (bord gingival, face triturante, etc.), entrent aussi en ligne de compte. Il n'est pas rare d'être obligé de refaire ces obturations au bout de deux ou trois ans; par contre, on en a vu durer exceptionnellement jusqu'à huit ou dix ans.

Pendant longtemps, le ciment à l'oxyphosphate de zinc a été la substance de choix pour l'obturation des cavités visibles des dents

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anléncurcs (incisives, canines et munie préniolaircsy ù cause de sa coloration assez voisine de celle des dents, quoique plus terne et susceplil)iecrallérnlion. Il y riait oniployc de pivri-rcnce à Tor. soit pour des raisons eslliétiques ou pécuniaires, soit dans les cavités à parois trop fragiles pour permettie une aurification. Son emploi s'est considérabliMucnl restreint depuis (piel(|ues années, à la suite de Tapparilion des ciments au silicate el des inlays de porcelaine que l'on peut assortir aussi bienet même mieux;» la teinte naturelledes dents et qui ont la supéricM-ité de posséder le brillant de lémail dentaire.

Actuellement, on a tendance à le considérer comme un pis-aller, lorsque la gutla, l'amalgame et l'or sont conlre-indiqués, par exemple dans les cavités d'accès difficile, dans celles qui ont des parois fragiles, dans celles qui sont trop larges et trop peu profondes pour assurer la rétention dune autre matière obturatri e. On l'emploie encore chez les enfants pour les dents de lait, ou même pour les dents permanentes, en attendant qu'ils soient d'âge à permettre une obturation plus durable mais aussi exigeant plus de ijatience. Chez les vieillards, dans les cas de dents branlantes, il rend également des services.

Le ciment à l'oxyphosphate <le zinc sert à renforcer les parois tro|) faibles des cavités où doit être placée une obturation d'or ou d'amalgame. On en garnit aussi le fond de certaines cavités profondes, surtout celles qui s'ouvrent sur les faces triturantes des molaires, lorsqu'on doit y placer une obturation métallicjue. On protège ainsi la pulpe contre les variations de la température, et l'on diminue la quantité de métal qui doit entrei" dans l'obturation, ce qui, dans le cas d'une aurification, r(''duit siMisibiement la durée «le l'opération sans nuire au résultat.

Toutes les fois que le ciment est maintenu à l'abri de l'action des litiuides buccaux, par exemple lorsqu'il garnit le fond des cavités comme nous venons de l'indiquer, ses graves défauts, — solubilité, porosité, usure rapide, pénétration microbienne, — disparaissent et ses qualités le rendent incomparable. Aussi son emploi est-il universel pour le scellement des dents à pivot, des couronnes métalliques et en général des bridges inamovibles, pour le scellement des inlays d'or ou de porcelaine. Sa plasticitc' à létat frais permet au trop-plein de fuser à l'extérieur par pression lorsqu'on met en place le pivot, la couronne ou l'inlay. Son adhésivité en fait un excellent moyen d'union entre ces pièces prothétiques et la dent qui les supporte, pourvu que l'accès de la salive soit empêché par la parfaite adaptation du métal ou de la porcelaine aux bords de la dent ou de la racine.

Modo (remploi. — La facilité de manipulation et île mise en place du ciment a, certes, contribué beaucoup à sa vogue, mais elle a malheureusement permis à de nombreux opérateurs de négliger les

36 M. GUIBAl D. — OBTURATION DES DENTS.

règles élémentaires qui doivent présider ù Tobluration des dents, et les mauvaises habitudes prises ont été la cause d'insuccès dans l'emploi d'autres matières, de Tor en particulier. Aussi Tintroduction des ciments aux silicates qui exigent, comme nous le verrons, une technique plus minutieuse, a-t-elle amené une réaction salutaire contre les négligences passées. On se préoccupe davantage d'assécher les cavités et de mettre les obturations à l'abri de l'humidité jusqu'à leur complet durcissement. On choisit avec plus de discernement les instruments nécessaires à la manipulation des ciments. Les principes de l'asepsie sont aussi mieux respectés.

1° Assèchement de la cavité. — Pour faire une obturation au ciment, la cavité doit être d'abord asséchée et tenue à l'abri de la salive. Si l'on emploie la digue, on l'appliquera avant de mélanger la poudre et le liquide. Si l'on se sert de rouleaux de coton, on pourra faire le mélange d'abord, à condition d'avoir tout sous la main et de ne pas perdre de temps pour les manipulations ultérieures. Dans le cas où l'opérateur emploie un aide, les deux manœuvres, assèchement de la cavité et préparation du ciment, se feront en même temps. Une fois la digue ou les rouleaux de coton placés, on essuiera la cavité à l'aide de petites boulettes de coton saisies dans les précelles et imbibées ou non d'alcool. On séchera à l'air chaud. '2° Préparation du ciment. — Le mélange de la poudre et du

liquide s'effectue de préférence sur une plaque de verre (fig. 18), bien lisse et rigoureusement propre.

Cette plaque doit évidemment être tenue à l'abri de la poussière et ne pas traîner sur la tablette d'opération en dehors des

Fij?. 18. — Plaque en verre aAcc pieds moments OÙ l'on s'cn SCrt.

en caoutehouc. Chaque fois qu'on en aura

fait usage, on la nettoiera pour la débarrasser des parcelles de ciment qui y restent adhérentes. Le savon minéral convient parfaitement pour ce nettoyage. On fera suivre son emploi d'un lavage dans une solution antiseptique, et l'on séchera à l'étuve. Il est bon d'avoir plusieurs plaques à ciment pour la journée ; on les conservera asepliquement, avec les instruments nécessaires à l'obturation, dansune boîte nickelée stérilisable. Le liquide et la poudre de ciment sont déposés séparément, à côté l'un de l'autre, sur la plaque de verre. Une faute à éviter est de se servir du même instrument pour prendre la poudre et le liquide dans leurs flacons respectifs. Aucune parcelle de poudre ne doit pénétrer dans le llacon de liquide et réciproquement, sous peine d'altérer le

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conlenu. Le Ii<nii(lo peut (Hre soiilin'' à l'aide d'un compl<>-i;oiiltes ou d'une baj^uette dr. verre toujours bien propres (en cas de doute, ou les passera à la namme). La (juanlité de poudre nt'cessaire pourra être versée directement ou mieux prise dans le flacon avecrexlrémité courbe d'une s|)atule.

Les pi'oportions respectives de poudre et de liquide nécessaires au mélanj^e ne se mesurent ni ne se pèsent ; l'expérience apprend à les conuaitn? d'une façon sulTisamment approximative. Il vaut toujours mieux préparer une quantité de ciment manifestement supérieure à celle dont on a besoin que de s'exposer à ne pouvoir remplir sa cavité, ce qui oblii^erait à tout recommencer. 11 ne faudrait pas songer, en efïet, pour achever une obturation, à préparer une nouvelle quantilé de ciment qui ne ferait pas corps avec celle qui garnit déjà la cavité, étant à un ilegré différent de cristallisation.

Les spalules (fig. 19), servant à mélanger la poudre et le liquide sont ordinairement en acier nickelé; leur extrémité est mince et souple tout en ayant de la solidité et de la résistance. Depuis l'apparition des ciments au silicate, on a fabriqué des spatules et des fouloirs avec de nomlireuses substances autres que l'acier nickelé, qui présentedes inconvénients. Nousy reviendrons plus loin (Voy. p. i6). L'extrémité de la spatule est droite et aplatie. Souvent l'extrémité opposée est également aplatie, mais recourbée; on s'en sert comme de cuiller pour prendre la poudre dans le flacon et la déposer sur la plaque de verre, et ensuite pour modeler la surface courbe des obturations.

Pour faire le ciment, on verse sur le liquide de la plaque de verre une petite quantité de la poudre qui a été déposée à côté. Puis on triture avec la spatule droite pour bien incorporer la poudre au liquide par un mouvement de rotation. Si la pâte ainsi

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