Spatules doubles
M. GUIBAUD. — OBTURATION DES DEXTS.
Fig. 20. —Cuiller servant à prendre la poudre de ciment.
obtenue n'est pas assez épaisse, on ajoute encore de la poudre, et on triture à nouveau. On arrive ainsi graduellement à la consistance voulue. Il ne faudrait sous aucun prétexte rajouter du liquide; si Ton trouvait le mélange trop épais, il vaudrait mieux le laisser de côlé et en préparer d'autre. Le ciment doit avoir la consistance du mastic frais de vitrier ; il ne doit pas être cassant ni se désagréger lorsqu'on l'écrase avec la spatule. A ce stade de l'opération, les anciens auteurs recommandaient de rassembler la masse, de la prendre entre le pouce et l'index, de la pétrir et de la rouler sous forme de boulette ou de cylindre. Nous n'avons pas besoin d'insister auprès de médecins sur les graves défauts de cette pratique. Les doigts de l'opérateur, inévitablement souillés au cours des manipulations précédentes, ne manqueraient pas d'incorporer à la substance obturatrice des débris épidermiques mélangés de matière sabacée et de poussières septiques. Il faudrait donc alors les laver et les désinlecler, puis les sécher soigneusement, ce qui demande toujours quelques minutes, à un moment où le durcissement assez rapide du ciment s'oppose à toute perte de temps.
Le pétrissage digital est, du reste, absolument inutile après la trituration à la spatule.
3° Obturation. — Après avoir rassemblé la masse sur la plaque de verre, on en prend avec la pointe de la spatule une quantité inférieure au volume total de l'obturation, — la moitié, le tiers, ou le quart suivant les cas, — et on la dépose dans le fond de la cavité après avoir encore donné quelques coups de poire à air chaud pour chasser toute trace d'humidité.
On prend alors un fouloir à tète ronde ou conique (fig. 21), et on presse le ciment contre les parois de la cavité. Cette opération est importante et ne doit pas être négligée ; elle assure à la fois la condensation du ciment et sa parfaite adaptation aux parois. D'autres morceaux de pâte sont ajoutés successivement au premier et toujours soigneusement foulés. Toutes ces manœuvres doivent être exécutées assez rapidement pour que le ciment n'ait pas le temps de durcir.
Si la pâle a tendance à adhérer aux instruments, spatules ou fouloirs, on les trempera légèrement dans le liquide du ciment qui
Fouloir?
OXYIMIOSl'llATli DE '/ASC.
poriiifllra d'éviler cet inconvi'nicnl (non (lireclemoiil dans le llacon (ic li(|iiide, mais dans une goulle versée sur la pla(|uc à cimiMili.
Lorscjne la caviLr est remplie, la surface cxlérieure de l'obLuralioii, qu'on aura eu soin de laisser débordei", sera lassée el polie avec un l'ouloir ou une spalule bien lisse, enduile d'une substance lubré- (ianle (jui servii-a en mémo temps de vernis isolant (Voy. plus loin . La surface sera toujours tassée du centre à la périphérie, de manière à rejeter au delà des bords l'excès de substance obturatrice et à ne pas produire de solution de continuité enlre les bords delà cavité et ceux de l'obluralion.
Il s'agit maintenant de maintenir le ciment à labri de la salive jusqu'à complet durcissement. Le temps mis par la masse [»ûur passer de l'état pâteux à l'étal solide varie suivant les diverses qualités de ciments. Si l'on a posé la digue, il sera bon de la laisser encore en place (piinzeou vingt minutes. Pour que le patient ne soit pas obligé de rester la bouche ouverte pendant ce laps de temps, on peut rabattre la digue tout autour de la dent obturée, dont elle enserre le collet, et rattacher au delà de la dent, de manière à enfermer celle-ci comme dans un sac im|)erméable. On coupe tout ce (jui dépasse la ligature, el l'obturation est ainsi maintenue à l'abri de la salive sans fatigue pour le patient.
Mais le travail de cristallisation se poursuit encore pendant plusieurs heures. Aussi sera-l-il préférable de remettre le polissage détinitif à une séance ultérieure, deux ou trois jours plus tard. En attendant, l'obturation sera recouverte d'un enduit isolant qu'on y déposera avec la spatule, au moment où l'on modèle la surface. On peut employer, dans ce but, la teinture de benjoin, le vernis à la sandaraque, la chloro-perçha (dissolution de gutta dans le chloroforme), la cire ou la paraffine fondue, le beurre de cacao, etc.
40 Polissage. — Enfin, lorsque le durcissement est complètement terminé, on procède au ^
polissage de l'obturation .
On se servira dans ce but de bandes ou mieux de disques en papier à los de seiche qu'on trouve tout préparés dans le commerce et qu'on monte sur des mandrins spéciaux (fig. 22). Ces disques devront être à grain très fin, car il ne s'agit pas de meuler, mais seulement de polir; on les enduira de vaseline ou de beurre de cacao pour adoucir encore le frottement.
Si l'obturation intéresse la face triturante, on s'assurera, à l'aide de papier bleu, qu'elle ne présente pas de saillie pouvant gêner l'occlusion des maxillaires. On fera de même pour les obturations des
Fiji'. 22. — Mandi'iiis pour disques à polir.
40 M. GUIBAUD. — OBTURATION DES DENTS.
faces linguales des incisives supérieures, contre lesquelles les dents inférieures correspondantes pourraient venir buter si elles débordaient trop.
En ce qui concerne les obturations proximales, on aura soin, en plaçant le ciment, de rétablir le contact normal avec la dent contigur et de conserver l'espace interdenlaire en donnant à l'obturation une inclinaison convenable vers le collet (Voy. p. 8). Au moment du polissage, on s'assurera que le bord cervical de l'obturation ne pré-
TiV. 23.
lîande à polir employée comme matrice.
sente aucune saillie et que la surface du ciment se continue sans ressaut avec celle de l'émail dentaire. Les matrices rendront de grands services pour ces obturations. Pour les dents antérieures, Burchard recommande les bandes {strips) minces en métal souple, que l'on charge de poudre à polir pour le finissage des aurifications. On enroule l'extrémité de la bande de manière à la retenir dans l'espace interdenlaire voisin ; on fait passer la bande sur la face linguale, puis dans l'espace où se trouve la cavité: on tire fortement sur l'extrémité libre et l'on applique la bande autour de la cavité, à l'aide d'un brunissoir (fig. 23).
y Enlèvement des obturations au ciment. — Les obturations au ciment s'enlèvent à l'aide de la fraise montée sur le tour dentaire. On peut avoir à les retirer dans plusieurs cas : 1" un ciment est usé en partie et on veut le refaire; "i" un ciment a été placé provisoirement, par exemple, sur une denline hypersensible, et l'on veut lui substituer une aurification; 3" une dent obturée au ciment est douloureuse (pulpite ou périodonlite).
Dans les cas de périodontite, on prendra une fraise bien coupante, el, pour réduire au minimum l'ébranlement douloureux de la dent, on pourra maintenir celle-ci entre deux doigts de la main gauche. Dans les cas où la pulpe est vivante ou dans ceux où il y a doute, on enlèvera prudemment le ciment, couche par couche, pour éviter les brusques échappées de la fraise dans la chambre pulpaire. Si, en retirant tout le ciment, les parois de la cavité devaient se trouver trop minces, il vaudrait mieux en laisser une certaine épaisseur pour les renforcer.
oxYCur.ORiJiii: du: zinc. 41
2" (iXYCULOnUltK DE ZIXC.
La poudre des cimcuLsà loxydilonire csL C(Mn|)osée, comme celle des précédenls, d'oxyde de zinc calciné el broyé, au(|ucl on ajoute des substances (elles (pie le borax, la silice, etc., (pii modifienl peu ses propriétés. Le li(juide est une solution di; chlorure de zinc dans les proportions de i parties de chlorure pour :i parties d'eau.
Propriété*». — Le ciment à Toxydilorure de zinc présente un aspect analoj<ue au ciment (roxyphosphate. 11 est plus blanc, mais moins dur, et surtout moins résistant à l'action dissolvante des lifjuides buccaux et en particulier de l'acide lactique.
« rraichement préparé, il est irritant pour les tissus en contact; appliqué sur une pulpe exposée ou tout près, il peut lui communiquer une irritation passaoère ou permanente, ou même une inflammation. L'étendue de lirrilation est grandement facilitée par la lluidité de la pAte, c'est-à-dire par la proportion de chlorure de zinc employée - (Burchard). Son pouvoir antiseptique est réel et subsiste après sa prise pendant une période assez longue.
Lnfin, comme les autres ciments minéraux, le ciment à l'oxychlorure est mauvais conducteur de la chaleur.
UsajJTCs. — La solubilité très marquée de ce ciment dans l'acide lactifjue en a fait limiter l'emploi, comme matière d'obturation, aux cas où il n'est pas en contact avec les liquides buccaux, c cst-à-dire où il occupe l'intérieur d'une cavité et sert de base à une autre matière plus durable (or, amalgame, etc.). D'autre part, son action iiritante sur les tissus pulpaires oblige à le réserver surtout pour les dents privées de leur pulpe. On l'utilise alors pour tapisser le jilancher de la chambre pulpaire après obturation des canaux à la gulla, à la paralline, etc., soit même |)our garnir les canaux radiculaires (Voy. plus loin : Obtnralion des canaux).
L'oxychlorure de zinc est encore employé " comme revêtement dans les dents ayant ce qu'on appelle une structure pauvre, dans lesquelles la carie s'établit à de grandes profondeurs sans signes externes évidents de l'étendue de l'invasion. Après que les cavités ont été partiellement creusées, on trouve, en continuant l'excavation el l'enlèvement, des couches plus profondes de dentine dure encore sensible; on arriverait probablement à découvrir la pulpe: il peut arriver que cette pulpe présente une légère hyperémie.
« En pareil cas, les couches les plus profondes de la dentine partiellement altérée peuvent être laissées en place, et on peut les soumettre pendant dix minutes au contact d'eau oxygénée dans l'éther à 25 p. 100 (pyrozone causti<pie) ou dune dissolution de formaline à 5 p. 100, ou mieux d'une dissolution saturée de thymol dans l'alcool. La cavité est bien séchée avec du papier buvard et un
42 M. GUIBAUD. — OBTURATION DES DENTS.
couranl d'air chaud. Sur une tablette à mélanges, on place une goutte ou deux de chlorure de zinc et à côté une quantité suffisante d'oxyde de zinc en pouth'e. La poudre est mêlée graduellement au liquide au moyen dune spatule jusqu'à consistance de pâte crémeuse. On a sous la main une quantité de boulettes de papier buvard. On prend au bout d'un instrument une portion de la pâte que Ton porle dans la cavité, où on la presse rapidement pour en faire une couche contre les parois au moyen des boulettes de papier buvard. Les parois en sont recouvertes d'une égale épaisseur (fenviron 1°"",5. La prompte application du papier buvard prévient ordinairement l'irritation due au contact de loxychlorure de zinc avec la dentine recouvrant la pulpe. Si la cavité est très profonde, ou conseille de protéger la pulpe par l'interposition d'une pellicule de vernis à Féther entre l'oxychlorure et la dentine.
n A la fin de l'opération, les bords de la cavité sont dégagés de toute trace d'oxychlorure, et l'obturation est complétée avec les matières indiquées » iBurchard).
On a conseillé l'emploi du cimenta loxychlorure dans le traitement des dentines hyperesthésiées, à condition d'avoir afl'aire à des cavités peu profondes pour ne pas risquer dirriter la pulpe. Le ciment agit par son chlorure de zinc, qui, dans la zone de dentine voisine, diminue la sensibilité en absorbant Teau et en coagulant l'albumine. On fait une obturation provisoire au ciment d'oxychlorure, et à une séance ultérieure on peut réséquer une certaine épaisseur de dentine, après avoir enlevé le ciment qui la recouvrait.
Mode d'emploi. — L'appareil instrumental nécessaire à la manipulation de ces ciments est le même que pour les ciments d'oxyphosphate. Xous renvoyons également au chapitre précédent pour tout ce qui concerne leur mode d'emploi.
:i" OXYPIIOSPIIATE DE CUIVRE.
Le ciment à loxyphosphate de cuivre est composé d une poudre d'oxyde de cuivre et d'un liquide à base d'acide phosphorique.
Ses propriétés adhésives et antiseptiques l'ont fait utiliser dans un certain nombre de cas, en particulier lorsqu'il sagit de cavités peu rélentives ou s'il faut laisser une épaisseur de dentine décalcifiée pour protéger la pulpe sous-jacente. Malheureusement sa couleur, d'un noir intense, en restreint l'emploi aux cavités dissimulées.
Chez les enfants, pour l'obturation des dents temporaires, ce ciment rend des services lorsqu'on ne peut réséquer assez de dentine pour donner à la cavité une forme rétentive, soit parce qu'ils sont trop craintifs, soit parce qu'on veut éviter d'exposer la pulpe.
On l'utilise encore dans les caries du collet s'accompagnant du retrait de la gencive, et dont la limite est assez mal déterminée pour
CIMENTS AU SILICATi:. U
coiilre-iii(li(|ii('r roinitloi de rainal^anio ou de la {j;ulla-|)(.'r(lia. Bien (lu'il y ail usure progrcs.siv(; mais très lente de sa surl'ace, tant qu'il reste une couche rclalivenient mince de ciment à Toxyclilorure de cuivre sur le plancliei* d'une cavité, il ne se |)roduira pas de carie récurrente, et tout le lissu environnant restera propre et parraitenienl sain, niali<ré la teinU; noire (pi'il aina prise.
4» CIMENTS AU SllJCA TE.
Les cimenls dits << au silicate » se distinguent des précédents, au point de vue esthétique, par leur translucidité analoi^ue à celle de l'émail de la dent. Celte qualité leur a valu les noms de ciment-émail ou d'ohiuralion à la porcelaine chimique (1).
(îoiiiposiiioii. — Ils sont constitués par le mélange d'un liquide à base d'acide phosphorique, comme celui des autres ciments, et d'une poudre contenant en majeure partie du silicate d'alumine. Quand on incorpore la |)Oudre au liquide, il se Ibrme des phosphates, comme pour les autres ciments, tandis (jue le terme de cimenls au silicate semblerait indiquer par analogie ({u'il se l'orme des silicates. Cette réserve laite, nous conserverons le nom qui a prévalu pour distinguer ces ciments des précédents.
La poudre des ciments au silicate contient, outre le silicate d'alumine, des silicates de chaux, de magnésie, etc. Voici deux formules de ces sortes de poudre, d'après les analyses de Jung et de Kulka :
Première forinuVi.
■ Silice 25,5
Alumine 53,5
Chaux 12,6
Magnésie 1 ,5
Deuxième formule.
Silice 32,5
Alumine 54
Chaux 12
Magnésie 1 ,&
Propriétés. — Rawitzer a étudié les propriétés des ciments au silicate et a montré de quelle manière ces substances obturatrices satisfont aux exigences formulées par Miller (Voy. p. 20).
En ce qui concerne la dureté, la résistance aux agents mécaniques, la plupart des ciments au silicate donnent toute satisfaction. Ils sont
(1) Lawuenz, Les cimenls au silicate (Dental Er.. oct. 1906i. — F.vsoli, Les nouveaux ciments au silicate (/ifUiA^a trimeslriale oi Odonloloçiia, avril 1910). — RiCHTEn, Nouveaux essais et conclusions concernant les ciments au silicate [Deutsche Monulssr/irifl fiir Zahnheilkunde; L:i l'roiince dentaire, 15 sept. 1910). — R.\\^ iTZF.R, Chimie des ciments au silicate [Le Laboratoire et le Fro(/rès den- Idire réunis, 5 lévr. 1911). — Nkumann. Les ciments au silicate (Vierteljahresschrift l'ûr Zahnheilkunde: Le Laboratoire et le Progrès dentaire réunis, 30 avril 1911).
44 M. GUIBAUD. — OBTURATION DES DENTS.
moins faciles à entamer avec le couteau ou la lime que des amalgames, des aurifications ou des ciments au phosphate de zinc. I! est à regretter toutefois que ces obturations soient cassantes, ce qui ne permet pas de les recommander pour tous les cas et oblige à une certaine prudence. Les angles et les faces triturantes, par exemple, ne doivent être entrej)ris que dans des conditions particulièrement favorables ; en outre, les parties trop minces ne durent pas longtemps-
Vinaltéraiilitë par les fluides buccaux est très variable. Les dommages causés à l'obturation sont attribuables à l'influence des acides qui se produisent lors de la fermentation des débris alimentaires. La conduite des ciments vis-à-vis de ces acides, en particulier vis-à-vis de l'acide lactique, est donc le point le plus important pour juger de leur résistance en bouche. Les expériences ont été faites avec des solutions d'acide lactique à 2 p. 100. On a placé des boulettes des ciments à éprouver dans des tubes à essai contenant ces solutions. On les y a laissées vingt-quatre heures, puis retirées, lavées et séchées. La perte de poids a été très dilTérente suivant les ciments ; elle a varié de 1 à 30 p. 100.
La susceptibilité aux matières colorantes a été aussi étudiée. Cette question est importante, puisque la couleur est une des principales qualités des ciments au silicate. Des morceaux de ces ciments ont été placés dans des solutions colorées aux jus de fruits (myrtille, cerise), au bleu de méthylène, au rouge de cochenille, au vin rouge, puis retirés au bout de vingt-quatre heures et frottés avec une brosse et de la poudre dentifrice.
Les colorations les plus actives proviennent des jus de fruits, et les morceaux de silicate sont en même temps attaqués dans leur structure. Rien d'étonnant à cela si l'on songe que quelques-uns de ces jus de fruits contiennent jusqu'à 2 p. 100 d'acide, acidité qui, en pratique, c'est-à-dire quand on consomme le fruit, est neutralisée par l'alcalinité de la salive. Grâce à cette neutralisation, les ciments sont en grande partie à l'abri des colorations qui pourraient se produire ainsi que des modifications de leur structure.
A la question de la coloration se lie celle de l'emploi des spatules destinées à malaxer le ciment au moment de sa préparation. Nous verrons plus loin (Voy. Instrumentation) que les spatules métalliques peuvent abandonner au contact des silicates de fines particules de métal qui ultérieurement sont dissoutes ou altérées.
En ce qui concerne la forme et le volume^ aucun ciment au silicate n'est invariable, car tous présentent une certaine contraction. Si on presse contre une plaque de verre une l)Oulette de ciment fraîchement préparée, celle-ci adhère fortement à la plaque, mais peu de temps après, souvent dans les premiers jours (jui suivent, elle tombe d'elle-même, par suite de la contraction qui s'est produite et quia été suffisante pour supprimer l'adhérence. On pourrait, il