INDICATIONS — TECHNIQUE
les D* P. FARGIN-FAYOLLE et CH. SCHAEFER
Deiilisles des iKJpilaux de Paris.
1. Définition. — Divlssion. — Sous le nom d'inci-uslalions, illaut comprendre tous les procédés d'obturation dans lesquels la matière obluralrice possède sa forme définitive avant son insertion dans la cavité, par opposition aux obturations plastiques (gulta, ciments, amalgames), dans lesquelles la substance obturatrice est foulée à l'état pâteux dans la cavité dentaire et s'y solidifie après un temps plus ou moins long, et aux obturations par feuilles mélalli<iues successivement condensées (aurifications).
Deux méthodes opposées peuvent être utilisées pour réaliser une incrustation :
10 Une cavité étant donnée, faire un bloc s'y adaptant d'une façon parfaite. S'agissant de blocs d'or, c'est la méthode à laquelle répond l'immense majorité des cas;
•20 Étant donné au contraire un bloc de forme déterminée, réaliser une cavité dans laquelle s'adaptera ce bloc.
Ce procédé, utilisé dans certains cas lorscju'il s'agit d'incrustations de porcelaine [blocs de Dali, obturation par cùnci-. de porcelaine, etc.], est d'un emploi absolument exceptionnel lorsqu'il s'agit de blocs d'or. Nous n'en décrirons qu'une application pour l'obtulation des cavités punctiformes par fils d'or.
11. IndicationïS. — Au point de vue de leurs avantages et de leurs inconvénients, les incrustations d'or doivent être comparées aux aurifications à l'or cohésif.
11 est évident (pie le bloc d'or ne peut ([u'èlre supérieur à laurilicalion en ce qui concerne la résistance aux ell'orts mécani(iucs, l'imperméabilité, la possibilité de rétablir l'articulation physiologi(iue.
C'est au seul point de vue de rélanchéité que l'on a voulu considérer le bloc comme inférieur à l'aurification. Le joint de ciment existant entre le bord du bloc et le bord de l'émail devant théoriquement se dissocier, les liquides buccaux pourront pénétrer dans la fissure qui en résultera et déterminer des récidives de carie. 11 faut aftirmer que celte critique théorique ne saurait résister à Texamen des faits. Si l'adaptation du bloc est parfaite, mais seulement à cette condition, le joint de ciment est réduit à une ligne presque virtuelle. Si, de plus, comme il est toujours indiqué de le faire, les bords d'émail ont été taillés en biseau très accentué de façon à être très largement recouverts par l'or, il sera facile de sertir l'or d'une façon parfaite et de réduire encore celte ligne. En fait, des blocs ainsi placés et sertis donnent des résultais excellents, et l'expérience ne permet pas de constater des récidives de carie tenant à une absence d'étanchéité secondaire au niveau des bords. A ce point de vue, le bloc d'or est infiniment supérieur au bloc de porcelaine.
Partout ailleurs qu'au niveau des bords, la présence d'une couche de ciment au contact de la dent est un avantage au point de vue de l'action du ciment sur la dentine, de l'adhérence, de l'absence de toute lacune entre l'obturation et les parois et de la diminution de conductibilité thermique.
La préparation des cavités pour les incrustations nécessite souvent des résections plus étendues que celles qu'exige l'aurification. C'est, à notre sens, une des principales supériorités de l'aurification dans certains cas.
11 reste à signaler combien l'insertion du bloc est moins longue et moins pénible pour le patient que l'aurification à l'or cohésif. Il y a là, chez toute une catégorie de malades nerveux ou peu tolérants, une indication formelle.
Les incrustations d'or permettent de restaurer un très grand nombre de dents, qui autrement ne pourraient être reconstituées que par des couronnes.
Il résulte des considérations que nous venons d'exposer que les incrustations d'or ont des indications absolues et des indications relatives.
L'esthétique les faisant en général rejeter pour les dents antérieures, c'est surtout au niveau des prémolaires et des molaires qu'elles seront utilisées. Leur emploi s'imposera dans les cavités proximales étendues, où il serait impossible de préparer une cavité permettant l'aurification ; il sera très avantageux dans les cavités moins étendues, mais de préparation ou d'obturation délicate de par leur difficulté d'accès (cavités distales des secondes molaires) ou la résistance insuffisante de leurs Ijords. Enfin, même dans les cas où l'aurification serait indiquée, la susceptibilité du patient pourra
l'UiNCiPHs (;i:iNi:haux diî la Hi:Ti:NTiON.
faire prélérer rincruslnlioii (Toi". Nous rcvieiulroiis avec plus do détails sur ces indications en éludianl les diverses variétés de cavités pouvant se présenter au ni\ean de cluupic fi^roupe de dents.
111. Priiifipos jjénéraux d<' la rétciiiioii dans des cavités dosliiiées à r«M'ov<»ii* des iiicriislalioiis d'or. — Conii>ter sur l'adhésion du ciment, niènic (tcccssoiremenl, pour la rétention d'une incrustation d'or, c'est aller à un échec certain. La forme de la cavité doit être telle (pie le bloc y soit parfaitement retenu, sauf dans la direction où il a été introduit. Celle-ci sera choisie de façon à ce <pie les forces <pu agissent sur le bloc pendant la mastication n'aient aucune tendance à déterminer sa sortie de la cavité dans cette même direction. Dans l'immense majorité des cas, il résulte de cette nécessité que la direction choisie pour l'insertion du bloc est la direction trituro-radiculaire, car, dans ces conditions, les efforts masticatoires n'ont tendance qu'à enfoncer le bloc dans la cavité.
Il est intéressant d'envisager les conditions mécani((ues de la rétention suivant le nombre de faces de la dent (jui devront être reconstituées. Nous citerons sur ce point, en la résumant, une intéressante étude de Pierre Robin (I).
« Schématisant la couronne d'une dent, je vais la représenter par un parallélipipède rectangle ABCDEFGII, et je représenterai les
Fis. J36.
Fifr. 137.
caries dans le parallélipipède par un petit parallélipipède susceptible d'avoir une, deux, trois, quatre ou cinq faces communes avec le premier. »
« fo Les deux parallélipipèdes ont une face commune (fig. 136) ABCD et abcd. Dans ce cas, il est évident qu'aucune des composantes n'a tendance à faire sortir l'incrustation ; il suffira d'avoir une cavité de dépouille.
« 20 Les deux parallélipipèdes ont deux faces communes (fig. 137) ABCD abcd. ABFE abfe.
« a. La composante trituro-radiculaire, comme dans la plupart des cas, aura tendance à coincer l'incrustation dans la cavité.
(1) P. RouiN, Revue de slomaloL, 1907. p. 229 et sui\-.
216 FARGIX-FAYOLLIi ET SCHAEFER. — CAVITES DENTAIRES.
« 6. La composante disto-mésiale a pour eflel de chasser le bloc en avant de la figure. Pour résister à cet eflorl, il suffira de tailler des surfaces d'ancrage suivant les faces «c/ et bc.
« Souvent il sera commode, soit à cause de la situation de la carie par rapport aux cuspides de la dent, soit à cause de la présence de petites fusées du tissu malade, de tailler des surfaces d'ancrage en cl et c. Pour assurer la dépouille, la forme la plus favorai)le à donner à ces surfaces sera celle d'un demi-cône à sommet central.
« Nous pouvons remarcpier tout de suite que, toutes les fois que l'axe d'un demi-cône semblable sera perpendiculaire à un axe de la couronne, le demi-cône sera de ce fait seul une surface d'ancrage par rapport aux composantes parallèles à cet axe.
« c. Les composantes jugo-labiales coincent le bloc incrusté contre les faces ad ou bc ; les surfaces d'ancrage cl et c l'assurent ici contre le glissement.
« 3° Les deux parallélipipèdes ont trois faces communes (fig. 138) : ABCD abcd, ABFE abfe, BCGF bcgf.
« a. Parla construction du bord cervical, nous saurons résister aux composantes Fig. 138. trituro-radiculaires.
« b. Les deux surfaces d'ancrage taillées en d el g ou quelque part sur les faces ad et fg^ de telle sorte que leurs axes soient perpendiculaires à l'axe médio-distal, résisteront à toutes les composantes parallèles à cet axe.
« c. Les mêmes considérations à l'égard des composantes linguojugales nous amènent à tailler les surfaces d'ancrage d el c quelque part sur les faces cf et cd. »
Ces considérations peuvent sembler un peu abstraites, mais il est facile de formuler des règles pratiques et simples qui n'en sont qu'une application. Étant données une dent et une cavité quelconque destinée à recevoir un bloc, il suffira d'envisager la rétention de ce bloc suivant les quatre directions mésiale, distale, vestibulaire el linguale et dans la direction radiculo-triturante.
Il sera indispensable que l'étudiant qui commence à faire des incrustations s'astreigne à envisager la rétention dans chacune de ces directions. Il se rendra compte ainsi de la proportion ou de la disproportion entre l'effort que subiront certaines parties de la couronne de la dent et leur résistance probable (fig. 139 el 140). Souvent cet examen syslématiqje amènera à modifier la forme de la cavité, à sacrifier une paroi un peu faible, à utiliser un mode de rétention auxiliaire tel qu'un pivot.
IV. I^réparatioii des cavités. — La forme générale des cavités se rapprochera de celle des cavités destinées à recevoir des aurifica-