‹ Traité de stomatologie (volume 3)Chapitre 72 sur 129 · V. — PRÉPARATION DU CANAL DENTAIRE · texte numérisé non relu

V. — PRÉPARATION DU CANAL DENTAIRE

Les racines des dents monoradiculaires, qui doivent être munies d'une couronne à tenon, doivent recevoir une préparation spéciale du canal radiculaire.

Normalement la première prémolaire supérieure et anormalement les autres dents, en particulier la deuxième prémolaire ou la canine, peuvent posséder deux canaux. On trouve dans les traités et chez les fournisseurs des dessins et des modèles de tenons métalliques bifurques, destinés t\ ces dents à canaux doubles; mais leur divergence est cause qu'il faut réduire considérablement l'un d'eux ou les rendre tous deux si llcxibles et fins que leur résistance en est par Irop diminuée. Dans ces cas, le mieux est de choisir, après l'avoir mesuré à la sonde, le canal le plus long qui correspond à la racine la plus longue et la plus grosse, et d'établir sur lui le tenon de la dent. Accessoirement on peut placer sur le second canal un second pivot, plus petit et plus court que le premier, et qui ne s'étendra que jusqu'au point où le i)arallélisme cesse d'être possible.

Xous ne considérerons donc que l'établissement d'un seul lenon dans les dents monoradiculaires, sous réserve de l'exception ainsi faite.

La préparation du canal, dentaire comporte deux indications principales :

1° Le canal doit être élargi dans une direction rectiligne, de façon à recevoir un tenon facilement plaçable et enlevable, et de force proportionnée à la grosseur de la racine ;

T La longueur du canal préparé et du tenon doit être au moins égale à la longueur cervico-occlusale de la couronne artificielle.

^f^\ En effet celle-ci, sous l'influence des chocs ou

des poussées latérales à l'axe de la dent, agit

comme un levier du premier genre sur la racine,

fejj et c'est surtout au niveau du collet que des écla-

il tements de la racine ou des descellements du

Fig. 220. — Dimen- ^enon sont à craindre.

sion et forme du L'expérience a prouvé que, lorsque le tenon est

canal dentaire ^j^^g court que la couronne, l'extrémité cervicale de la racine est souvent éclatée, ou bien le ciment employé comme moyen d'union se délite et se descelle.

On doit comprendre cette égalité de la longueur du tenon et de la couronne comme une mesure minimum au-dessous de laquelle la couronne artificielle sera de courte durée, et on doit utiliser, au contraire, toute la longueur de canal disponible pour l'insertion du tenon.

Il est plus diflicilc de donner une règle précise au sujet de la grosseur du Icnon; en effet, si théoriquement il y a avantage à le grossir iusqu'à la limite de la grosseur de la racine, le renforcement qui en résulterait ne serait possible qu'aux dépens de l'affaiblissement exagéré de la structure dentinaire et aboutirait à son éclatement. L'expérience démontre encore qu'il est imprudent de donner à la cavité radiculaire, et par suite au pivot, plus du tiers du diamètre total de la racine, et cette mesure est une mesure maxima ; car avec elle le mêlai appuie sur une épaisseur de dentine qui nest qu'égale à lui-même et qui, étant moins résistante, doit fléchir la première ; l'équilibre de résistance entre la racine et le tenon est menacé aux dépens de la racine.

En résumé, le tenon sera aussi long que la longueur et la direction de là cavité radiculaire le permettront ; sa grosseur, proportionnée à sa longueur, n'atteindra pas le tiers du diamètre de la racine.

Enfin on choisira de lui donner une section ronde qui corresponde au maximum de résistance pour le minimum d'espace, et cette section sera ovalisée dans les cas où l'aplatissement mésiodistal de la racine le commandera par mesure de prudence.

La forme du pivot doit être celle d'un tronc de cône très allongé et terminé sans épaulement ni pointe ; c'est également cette forme qui est la plus résistante et la plus fixe de celles qui ménagent le maximum de structure dentinaire.

l'KIM'AlîA 1 l<>\ DU CAiNAL Dl'.NTA llli:.

Section du canal préparé.

'r«'oliiiî«nio. — On tloil d'abord incsuror la loiii,'iiciir du (-anal. A cet cncl, une sonde liiic, ronde et IIsscn"» nerls, en acier, de l)oiiaIds()n, est inlroduile à fond dans le canal dentaire.

Lorsqu'eih' arrive dans la réi^ion apieale, il est hahilnel ([n'elle rencontre un Irajet rétréci contie leciuei elle l)ute et dans leipicl elN; se coince parfois, mais (jifelle peut aussi bien dépasser. Dans ce cas seulenuMit le patient accuse une léger*; douleur.

La sonde étant introduite à fond, on a soin de la prendre au ras du collet, soit entre le pouce et l'index, soit mieux dans les mors d'une précelle ou de la pince à couronnes de Gosslec ; et la longueur de sonde entrée dans le canal sera reportée et mesurée en millimètres sur un décimètre. C'est cette longueur, à laquelle on soustraira par prudence un ou exceplionnellement deux millimètres, qui donne la mesure de l'enfoncement nécessaire des fraises à élargir et de la longueur dont le tenon devra pénétrer dans la racine.

Premier élaryis.senient. — Si le canal est étroit dans tout ou partie

de sa longueur, il est nécessaire de l'élargir d'abord aux mèches souples. Dans ce but, on j)assera successivement sur la longueur nécessaire les six numéros des broches à mains de Kerr ou des broches de Beutlelroch ; et e canal sera à mesure vidé des débiùs de l'opération.

Deuxième élargissement. — Cette seconde opération est faite soit avec des fraises à fissure ;j tranchant lisses, soit mieux avec les fraises à canal d'Ottolengui ; ces fraises, faites en trois grosseurs, ont de longs tranchants hélicoïdaux qui donnent à la cavité canaliculaire la forme d'un tronc de cône très allongé.

(^.e travail d'élargissement doit être conduit avec une extrême prudence, surtout dans les cas où le canal dentaire n'était pas rectiligne. C'est, en elVet, dans ces cas que la racine ristjue le plus d'être coudée et qu'une perforation

if\

Vi'^. •222ct 223. — Inslmnients pour la mensuration des canaux

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Fraises à

canal d'Otlolengui.

Fijr. 225.

Fraisai.

(lu canal.

de la paroi canaliculaire est possible. L'opérateur tâchera, toutes les fois que cela sera possible, d'éclairer et de voir dans le canal, soit directement, soit par réflexion dans le miroir dentaire.

Il est parfois possible de déceler, par une teinte plus ou moins rosée, la minceur de la paroi radiculaire.

La douleur sera un signe prémonitoire plus sûr, quoique encore non certain. Elle se produit au niveau de la paroi qui s'amincit et est sentie soit comme douleur sourde, soit comme brûlure ou échauffement. On peut la localiser avec précision en promenant légèrement, le long de la paroi, une fraise ronde tournant lentement, et un tel signe commande évidemment de cesser l'élargissoment du canal du côté menacé, car il ne se produit qu'avec un fort amincissement de la paroi. Racines perforées. — Malgré ces précautions et surtout en dehors d'elles, il arrive qu'il se fait une perforation de la paroi du canal. La douleur ressentie augmente brusquement; la fraise s'enfonce dans l'alvéole, le sang coule dans le canal. La plaie doit être pansée et les soins remis à une séance ultérieure.

S'il n'y pas de complication infectieuse, on peut encore tenter d'utiliser la racine comme support de la couronne projetée. Pour cela on procédera : 1" à la cicatrisation de la plaie alvéolaire intraradiculaire au moyen d'une mèche de coton chargée d'acide trichloracétique ou de tout autre caustique approprié. Le canal est ensuite lavé à l'eau tiède et séché.

11 faut ensuite introduire au niveau de la perforation une feuille d'étain. Ce métal à l'état de pureté est habituellement bien supporté par les tissus mous. Une feuille d'étain n°^ 4 ou 5 est roulée encornet de deux épaisseurs sur quelques millimètres de hauteur; portée sur une pointe lisse, ce cornet est glissé dans la cavité radiculaire au niveau de la perforation et bruni sur place pour être appliqué à la

paroi. Lors des essais ou de l'insertion du tenon, il faut ou ne pas déplacer la feuille d'étain, ou au besoin la remplacer.

Racines rendues. — Les dents multiradiculaires, les molaires, peuvent avoir leur couronne fendue au niveau de la bifurcation des racines. Plus rarement les dents monoradiculaires portent un trait longitudinal de fracture. De telles dents, quoique moins solides, ne sont pas nécessairement impropres à recevoir une couronne. On doit im-

Fig. 226. — Consolidation d'une racine fracturée.

CONSTUUGTION DKS COUUONXKS jMÉ TAI.LKjrilS CIlliUSES. 3()5

mobilis(M", au moyeu des lia^iuculs de couiouut" reslaiile, les raeiiu's ou les rrji{j;;iueu(s sé[>arés et lanieuer le eouLaet au uiveau du Irait de fracture.

i*our cela, on utilise uue bau<le de maillecliori adaptée ctsoudéo, et forlement serrée, ou bien un tilde luaillechort ligaturant la couronne. Cet appareil de contention permet le traitement des canaux, ensuite l'obturation de la cavité pulpaire; celle-ci sera, si besoin est, agrandie, remplie soit de ciment, soit d'auialgame, de iaron que l'obturation serve ti maintenir les fragments en position. Api'ès une période d'observation d'une à deux semaines, les fragments ainsi réunis seront traités comme une racine normale et préparés pour l'insertion de la couronne.

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