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VIII. Signes tirés de la coloration de la bouche. — On

observe fréquemment, sur la muqueuse dieis lèvres, deis joues et die la langue, des coloraitions accidentelles produites pair des matières tinctoriales, telles que r^ncre, le jus de taJjac, etc., ou des substances alimentaires ou médicamenteuses, noix, pruneaux, extrait de réglisse, qui teintent les tissus en brun, rhubarbe, safran, laudanum, miel roisat, alun, qui leur donnent une couleur jaune, groseliilles, cerises, filaimiboises, quinquina, ratanhia, qui leur donnent une coiileur rouige et enfin les sulfures métalliques dont la teinte est noire.

Il est aussi une coloration noiire de la langue qui constitua une véritable affection de lia muqueuse, dont l'origine, n'est pas encore bien létablie et qui lest étudiée ailleurs en détail (Voir Langue noire pileuse).

On note non seulement chez les nègres, mais encore chez les hindous, des taches d'un brun noir disséminées sur la face interne des joues et qui n'ont rien de pathologique.

Mais, dans un certain nombre de maladies, on voit apparaître chez lie blainc des taches de même apparence. Tel est le cas de la maladie d'Addison, où des taches noires s'observent sur les lèvres, les joues et la langue. 11 en est de même dans la mélancidermie.

Chez les malades îttteints d'ictères héraaphéiques ou biliphéiques, on voit la muqueuse prendre pendant l'évolution de ces aiïoctions la teinte jaune caractéristique.

La teinte jaune est peu intense dans l'ictère hémaphéique, elle est beaucoup plus intense et plus éclatante dans l'ictère vrai. Certaines parties de la bouche prendraient le colorant d'une façon plus marquée que les autres ; par exemple, les bandelettes nacrées des pairties latérales du frein die la langue et la lame fibreuse située dans l'épaisseur du voiile du palais.

En outre, la teinte ictérique apparaît en premier lieu dans la bouche- avant de se montrer dans krs autreis parties du corps. De là l'intérêt pour le médecin de bien examineir la muqueuse buccale.

Enfin, tous les médecins savent que riabsorption de certaines substances médicamienteuses ou toxiques diétiermine surtout sur le bord libre des gencives, à la sertissure des dents, l'apparition d'une coloration caractérrstique. C'est ainsi que, dans l'intoxication saturnine, on note une coloration gris-

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■n R. NOGUE. — MALADIES DE LA BOUCHE

hleuàtre, ardoiisée, d'une étendue en hauteur dJe 1/10* de inôil-'' limètre. Parfois, les gencives inférieures étant décollées, les ni/olécules plombiques viennent s'accumuler dans un culde-sac entr'ouvert, formé en arrière par les incisives et les canines, en avant par les gencives. Aloa-s, celles-ci prôsentlent jusque vers la base une teinte gris-bleuàtre très afïaiblie par places et résultant de l'imprégnation de leur face profonde par le sulfure de plomb dont la couleur apparaît au travelr/s de la demi-transparence du tissu gingival (Gubler). ' Bien que ce liseré bleuâtre passe pour caractéristique dans l'intoxication chronique par le plomb, on en a observé de semblables à la suite de l'usage longtemps continué du nitrate d'argent à l'intérieur et même à la suite de l'usage d'une solution ferrugineuse solubte. Dans le liseré saturnin, la substance incluse dans la muqueuse est du sulfure de plonib qui est décomposé par l'acide chlorhydrique et disparaît en laissant une légère teinte jaunâtre.

^lagilot a montré qu'un examen attentif, à un grossdsiseanent mêmie faible, permet de reconnaître qu'il est dû très exactement à un dépôt de particules plombiques qui occupe la couche la plus profonde de l'épitliélium. Ce dépôt, dont on pourrait constatctr l'existence au-dessous de répithélium de toute ly muqueuse buccale, n'est appréciable sous la forme d'un liseré au bord gingival que par suite d'un simple effet d'optique. C'est îa réilection de la lumière sur la surface blanche du collet des dents au travers de la couche transpai-ente de l'épithélium qui donne au dépôt métallique l'aspect bleuâtre caractéristique.

On a longtemps expliqué ce phénomène par une sorte de saturation de l'organisme par les sels de plomb. Les pai'ticules de ces sels, pénétrant dans la bouche, s'attacheraient à la base des dents comme le font les parcelles alimentaires qui y séjournent si facilement. Quelques-unes de ces! poussières adhèrent au bord libre des gencives dont la mollesse est extrême et dont la couche épithéliale est sinon absente, du moins réduite à quelques cellule's caduquesi, toujours en voie vie deiS([uamation et parvenant difficilement à l'état adulte. Ces dernières molécules, rapidement noircies par Fhydrogène sulfuré provenant des sulfures alcalins de la salive, ou de l'ialtération des subrstances alimentaires et quelquefois de celle du sang, ne tardent pas à se trouver emprisonnées dainis la mu([ueiise i)ar un mécanisme peu connu et dont Thistoirô naturelle offrirait un exemple saisissant. Les jeunes cellules épithéliales, qui viennent à naître plus tard, s'écartent au conitact

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des molécules plombiqueis, se développent à côte et en dehors d'elles; il en est de môme du tissu vasculaiie de la gencive, en sorte qu'au bout d'un certain temps, les particules de sulfure de ploanl) se trouvent assez profondément enfoncées dans le tissu gingival. Ain'si se comportant les brins d'herbes que les champignons rencontrent dans leur rapide développement et devant lesquelles le tissu fungiquie naiissant se divise pour les cerner, tandis qu'il lui serait si facile de les repousser. Les niacuU^s de la muqueuse des lèvres et des joues, correspondant toujours aux saillies formées par le tartre dentaire c-t proportionnelles aux rugositiés de cette couche terreulsie adventice, seraient produites par des érosions mécaniques de l'épithélium dans lesquelles pénétreraient les particules métalliques (Gubler).

L'imprégnation de la muqueuse se tenait donc par le même mécanisme que l'imprégjiation du derme dans l'opération du tatouage ou encore que dans lie liseré bleuâtre qui se produit sur le feston gingival des pensionnes faiisant un usage fréquent de poudre dentifrice à base de charbon.

On retrouve un liseré similaire dans d'autres intoxications chimiques; récemment, cette étude a été reprise à l'occasion de l'utilisation des selsi de bismuth dans le traitement de la syphilis. L'injection de ces sels ne tarde pas à déterminer l'apparition dans la bouche de pigmentations formant soit un liseré gingival noir ou bleu-ardoisé, surtout au niveau des incisives inférieures, soit des taches noirâtres aux lèvres, à la facie interne des joues, à la langue et la région sublinguale. L'étude soigneuse des coupes bis toi orques a permis de voir comment se faisait le mécanisme de l'imprégnation tissulaire par les grainisi noirs de sulfure de bismuth et combien étaient erronées les idées de Gubler et de Magitot sur ce sujet. Partout, l'épithélium de revêtement apparaît intact. Au contraire, on trouve les parois des vaisseaux tatouées par une véritable couche de isulfure de bismuth. C'est bien par la voie sanguine que se fait l'apport du sel de bismuth dans les tissus. Si l'élimination se fait du côté dentaire de la gencive, c'est que le côté vestibulaire de cette gencive est recouvert d'une épaisse couche d'épithélium qui ne laisse rien fdtrer. (Voir Gingîvostomatite bismuthique).

Frédéricq-Thomson a signalé chez les phtisiques l'existence d'un liseré très particulier auquel a été donné le nom de signe gingival de Frédéricq-Thomson. Ce signe consiste dans la coloration rouge intense des gencives qui se distingue de celle

plus pâle de la surface des autres régions buccales. Elle s'exagère encore plus chez les phtisiques en état de fièvre. Pour en établir la valeur diagnostique et la fréquence, M. Anderseen l'a étudié sur huit cents tuberculeux divers de la station climatérique de Galta en CAmée. Quatre-vingt-douze foisi il a pu le noter.

Dans une série de 69 cas, il s'agissait de phtisiquecs avec expectoration bacillaire. Dans une seconde de 23, les individus étaient en suspicion de tuberculose.

Par contre, dans une troisième série, il manquait. Cette série comprenait 14 cas de tuberculose manifeste et 33 cas d'individus seulement suspects.

Le liseré gingival de Frédéricq-Thomson se distingue par sa \ive coloration du 'liseré pâle de la sénilité et des dyspepsies. Sa coloration s'atténue d'ailleurs avec la disparition de la fièvre des tuberculeux ; elle augmente quand celle-ci de\'ient plus vive.

On peut le confondre auissi avec le liseré gingival analogue des femmes en gestation ou en puerpéralité. C'qst une cause d'erreur qui diminue la valeur diagnostique du symptôme gingival pendant la grossesse.

Quant à sa valeur pronostique, elle est grave. D'aprèjs Anderscen, ce signejdevient apparent et s'exagère quand la luberculci^ie marche vite ou est aiguë. Son augmentation révèle donc un état fébrile. Il manque dans les tuberculoses pulnionaire3 à marche lente et de forme moins sérieuse. Bref, le signe de Frédéricq-Thomson aurait la valeur, ou plutôt la signification de l'un des petits signes de la phtisie.

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