IX. Modifications de la muqueuse buccale. Ulcérations
— Un grand nombre de modifications peuvent s'observer sur la muqueuse buccale, soit à l'état normal, soit pendant l'évolution des affections morbides.
Normalement le-; dents impriment sur l'épithélium jugal et lingual le dessin de leurs formes. Ces reliefs linéaires se détachent des tissus voisina par leur coloration blanchâtre due à l'épaisseur pkus grande de la couche épithéliiale, devenue, de cie fait, plus opaque. Au niveau des prémolaires et surtout des molaires, il n'e^t pas rare que la muqueuse soit mordue pendant les mouvements de la mastication, pincée entre les surfaces triturajites des dents ; ces morsures répétées donnent à la mu(jueuve intéressée une épaisseur considérable et un aspect particulier
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Clioz les su jols qui font abus des aliments épicés, qui fumenf beaucoup ou cbiquent le tabac, s'observent, disséminées dans la boiicbo, des ])la(iues grises ou nacréeis ducs à l'épaississeuiont de rc!)ithéUum.
Au cours de diverses affections morbides, on observe la formation de fausses-membranes par altération plus ou moins profonde de la muqueuse. Tel est le cas dans la stomatite ulcéro-membraneuse, la diphtérie, etc.
Les trauimatismes répétés peuvent également déterminer des modifications de cette muqueuse. La présence de dients cassées, à bordisi tranchants, peut déchirer les joues, la langue ou les lèvros, provoquer une ulcération de la muqueuse qui prend à la longue un aspect très spécial. Sur cette surface ulcérée se forme un exsudât blanchâtre, les tissus s'épaississent. Il est généralement aisé de saisir la relation de cause à effet qui relie les accidents muqueux à la présence d'une dent tranchante.
C'est le même mécanisme qui détermine cette ulcération du frein de la langue qu'on obiîierve dans la coqueluche et qui est un bon symptôme de l'existence de la toux convuilsive chex les jeunes emfants. Par suite dtes secousses provoquées par la quinte, la langue est violemment projetée hors de la bouche et dans ce mouvement vient frotter violemmient sur le bord tranchant des incisives centrales inférieures. L'ulcération se produit ainsi par traumatisme simple ; mais, par suite de la répétition de ce traumatisme, la muqueuse ulcérée prend, en ce point bien limité, un aspect couenneux très spédiail.
Il est encore une autre affection dans laquelle la langue est Violemment traumatisée : c'est l'épilepsie. Pendant la crise, les mâchoires se rapprochent convulsivement, broient la langue dans sa partie antérieure et ses bords, au point de Tentamer parfois profondément. Sur cette plaie se forment deis exsudats plastiques. C'est là un bon signe pour le diagnostlic rétrospe«ctif du haut mal.
De petites ulcérations, siégeant à la pointe et sur les bords de la langue, s'observent aussi chez les fumeurs.
On a signalé dians le cours de la fièvre typhoïde, sur les bords, les faces latérales et la pointe de la langue, de petites ulcérations indolentes, superficielles, irrégulières, sansi adénopathie, dont l'évolution serait parallèle à celle des ulcératSons inte)stinales.
La syphilis, à toutes ses périodes, peut donner lieu à des ulcérations de la muqueuse buccale : chancre ulcéreux, plaques
muqueuses, sj^hWijdes ulcéreulsies du Ipalais, -dlui voik, des jouas, etc.
Les ulcérations tuberculeuses s'étendent au raphé et s'entourent d'un semis de points jaunes caractéristiques.
Le scorbut détermine ausîd, au nivea/u des gencives, des ulcérations violacées, saignantes, avec déchausisement des dents et fétidité extrême de l'haleine.
Les ulcérations de la stomatite ulcéro-membraneuse siègent au niveau des gencives, d'un seul côté et de préférence' au niv(?au de la deint de sagesse inférieure. Elles intéressent les joue.«>, s'accompagnent d'un engorgement marqué et douloureux, de fièvre, de prostration : une pseudo^miembrane grisâtre les recouvre.
Des ulcérations pseudo-membraneuses disséminées dians toute la bouche, avec déchaussement de,s dents, état fongueu.c d-es gencives, engorgement ganglionnaire, salivation îdiondante, feront penser à la stomatite mercurielle.
Quand la fausse-membrane est blanc-grisâtre, très adhérente, comme enchâssée dans le derme muqueux, recouvrant une ulcération très isuperficielle, avec engorgement gangjlionnaire -considérable e*t fièvre modérée, siégeant surtout au nliveau d>e la face vestibuliaire des lèvres, sur la face interne des joues, les gencives, le voile du palais, il faudra songer à la diphtérie.
On peut observer parfois chez des sujets tout à fait normaux, un état particulier dé la muquieuse buccale que Gubler avait décrit le premier sous le nom d'état Uchénoïde de la langue. On voiit ailors sur la langue des surfaces rouiges, ordinairement aiTondies, dépourvues d'épithélium ou n'en offrant qu'une couche amincie. Ces surfaces, d'un diamètre variable, sont limitées par une bordure d'un blanc jaunâtre formant un très léger relief. Cette disposition annulaire rappelle bien celle de certaines formes d'affections cutanées caractérisées piar les épithètes d'annulaires ou die centrifuges (érythème, herpès, psoriasis). L'évolution se fait de même dans les d'eux cas. En effet, sur la langue, on observe d'abord une tache circulaire blanchâtre de la grandeur d'une lentille. A mesure que cette tache s'agrandit, le centre se débarrasse de la couche d'exysudat et finit par constituer un cercle intérieur d'un aspect dépouillé. Dans son développement progressif, le cercle blanchâtre se fragmente parfois ou liacn deux cercles contigins se coupent l'un l'autre, de là des irrégularités de forme plusi ou moins variées. La marche de l'affection est donc centrifuge
comme dans ïieis dermiatoses parasitaires et douées d'une certaine spécificité.
On n'a pu noter aucun rapport entre cette affection et l'herpétisme. Elle a coïncidé dans certains cais avec des troubles dyspeptiques et présente un caractère- très net d'hérédité.
Action des substances caustiques, irritantes ou toxiques.
— - L'usage habituel du tabac détermine un épaisslsscment de l'épithélium des lèvres avec formation de plaques grises( ou opaques, parfois une rougeur et une sécheresse marquées de la surface de la muqueuse.
Accidentellement, on peut observer des modifications d)e la muqueuse consécutives à l'action de certains caustiques : l'acide nitrique colore la moqueuse en jaune, l'acide chromique en rouge groseille. Le nitrate d'argent détermine une escarre superficielle blanche, de même que l'acide phénique et l'acide trichloracétique.
Enanthèmes et dermatoses. — Un grand nombre d'alTections fébriles se manifestent par l'apparition d'une énanthème ou parfois même de vésicules dans la cavité buccale. Tel est le cas pour la variole et la morve. Les pustules vairioliques s'obs'erA'cnt sur la face interne des joues et des lèvres ainsi cjue sur la partie postérieure et les bords du voile du palais. D'un aspect blanc opaque, elles ne tardent pas à se rompre pour donner naissance à de petites ulcérations roses bordées d'un feston d'épithélium blanchâtre.
La rougeole, tout à fait au début, vient imprimer sa marque sur la muqueuse buccale. Girard a signalé, oommie signe précoce de l'éruption morbilleuse, un piqueté rouge localisé de chaque côté du ra^phé médian ûHi voile du palais ; Koplik a observé sur la muqueuse des joues des taches blanc-bleuâtre se montrant dès les premiers jours de la maladie.
Un certain nombre d'affections générales ont une prédilection marquée pour la muqueuse de lia bouche. Telle est la syphilis. En outre du chancre primiitif qui, lui, ne s'y observe que peu fréquemment, les lésions secondaires et tertiaires (Voir Syphilis de la bouche), les plaques muqueuses s'observent de préférence sur les lèvres, les bords de la langue et risthtme du gosierr II en est de même deis syphilides ulcéreuses secondaires, constituées par des pertes de siubstance irrégulières, anfriactueuses, à fond grisâtre. Les tubercules sous-muqueux, les gommes, se montrent sur les mêmes régions et Iqsi eixostoses sur le palaSis.
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Parmi les dermatoses, un certain nombre se manifestent également sur la muqueuse buccale, mais généralement d'une façon discrète et avec des modifications marquées.
L'eczéma en plaques envahit parfois les lèvres, les gencives et la langue, qui deviennent d'un rouge vif et s'excorient.
On a décrit, sur la muqueuse des joues et de la langue, comme manifestation buccale du pisioriasis, une éruption spéciale dont Laitier a donné un dés premiers une dleiscription très nette. Comme véritable éruption squameuse, il y a un état de la muqueuse buccale caractérisé pair une coloration opalline comme celle qui succède à une forte application de nitrate d'argent ; plus sèche, cette coloration est constituée par une couche épithéliale d'une épaisseur notable mais inégale, ce qui donne à la surface l'apparence d'îlots, de brides nacrées; au toucher, ces plaques sont rudes, presques râpeuses, elles forment une sorte de blindage aux tissus qu'elles recou\Tent ; lorsque la langue, qui en est le siège le plus fréquent, en est comme engaînée, elle est empêchée dans ses mouvements et la mastication devient difficile et douloureuse. La face inférieure est toujours indemne (Voir Leucoplasie).
La lèpre tuberculeuse, le lupus, peuvent accidentellement s'étendre jusque sur la muqueuse buccale.
La tuberculose n'y apparaît guère que d'une façon secondaire. Les lésions consistent surtout en ulcérations ayant leur siège sur la langue, l'isthme du gosier, les joues, les lèvres et surtout le pharynx. Tantôt disséminées, tantôt confluentes, elles sont généralement superficielles, gênant douloureusement l\a mastication et la déglutition. Parfois, cependant, elles deviennent plus profondes avec des bordsi lardacés.
X. Troubles de la sensibilité. — Il existe d'ans la bouche de nombreux modies de sensibilité cjiie la maladie peut exalter, affaiblir ou faire dis.paraître. Tandis que la senslibilité gustative a pour appareil d'impression et de conduction le nerf lingual en avant et en arrière, le glosso-pharyngien, la sensibilité générale et ses diverses) variétés dépendent des réyseaux nerveux émanés de la V* paire. Ces modailités sont la sensibilité tactile, douloureuse, sensibilité au chatouillement et aux vibrations, la sensibilité thermique, la 'sensibilité chimique.
La sensibilité à la douleur est généralement très peu marquée à l'état normal d'ans lia bouche. La piqûre des lèvres, des joues, des gencives est peu pénible, mais dès que la muqueuse est enflammée, cette sensibilité atteint une finesse extrême. lî
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en est de même die la scnsibiMté thermique qui est sur^tbut développée au niveau des lèvres. I^esi demis mêmes saines ont une sensibilité thermique très développée : les changements brusques de température déterminent l'apparition d'une douleur violente.
Mais une sensibilité spéciale se manifeste au niveau du collet des dents vis-à-vis des acides, des substances sucrées ou salées, sensibilité exacerbée par l'existence de caries ou d'éroslioins de l'émail à ce niveau.
La sensibilité gustative, si spéciale, présente de nombreuises' modalités et son étude approfondie ne saurait laisser le stomatologiste indiifTérent. Aussi nous étendrons-nous assez longuement sur cette question relativement assez délaissée, en faisant de Tiombreux emprunts à l'excellente monographie de M. Larguier des Bancels (1). Si l'on met à l'écart tous les! élféments hétérogènes (sensations thermiques, tactiles, douloureuses, etc.), on voit que le nombre des slensations gustatives irréductibles est très faible et peut se réduire aux sensations de doux, d'amer, d'acide et de salé. Cej"> .sensations peuvent être considérées coimine élémentaires, susceptibles de préseinter une intensité variable, mais au point de vue qualitatif ne comportant pas de nuances. C'est dire qu'il n'existe entre elles aucun terme de passage.
Cependant, le passage du courant électrique au niveau de la langue donne lieu à des sensations gustatives très nettes. L'application de l'anode détermine l'apparition d'une saveur acide : l'application de la catode d'une saveur complexe que l'on désigne d'habitude sous le noin d'alicaline. Le « goût électrique » a probahlement pour condition essientielle, siinon unique, la dissociation élcctrolytique de la salive, ou plus gêné ralement idies solutions salines qui baignent les organes gustatifs : les produits de la dissociation interviendraient comme excitants /spécifiques.
Le champ gustatif. — L'aire de distribution périphérique des appareils du goût ast remarquablcmeint vaste. Elle comprend, tout d'abord, Ta pointe et les bordls de la langue, ainsi que le tiers postérieur du dos de celle-ci; le voile dui palais, sur une étendue d'ailleurs très variable; enfin, diverses régions silt*uées en dehors de la cavité buccale proprement dite, l'épi-
(1) L. Largiier df.s Bancei.s, Le goût et l'odorat, collection de monographies publiées sous la direction de A. Dastre (Paris, A. Hermann et fils).
glotte, notamment, et la portion supérieure du pharynx et du larynx (au niveau des cordes vocales). Certains auteurs ont signalé, de plus, la présence de plaques gustatives sur la voûte du palais, les piliers antérieurs du voile, etc. I.a partie antérieure du dos et la face inférieure dJe la languie, la luette, lia muqueuse des joues et des lèvres, en revanche, paraissent normalement insensibles aux saveurs. Los quelques incertitudes qui subsistent à cet égard tiennent sans d^oute, pour une part, aux difficultés que l'exploration de la surface sensible comporte naturellement. Il n'est pas très aisé d'appliquer une excitation strictement déterminée dans les profondeurs de la cavité buccale et l'on peut toujours craindre la chute! d'une gouttelette ou la diffusion dte la liqueur sapide ein dehors du point que l'on se propose d'atteindire. Elles témoignent surtout de différences effectives d'ans l'extension du champ gustatif et qui sont beaucoup plus marquées qu'on ne selrait porté à l'imaginer.
De cette première donnée, il convient d'en rapprocher immédiatement une autre. Le champ n'offre pas seulement des variations iindiviiid'uelleis. Il se modifie avec l'âge. L'aire qu'il occupe est plus considérable chez l'enfant que chez l'adulte (Urbautschitsch). C'est ainsi que le milieu de la langue et les parois des joues restent sensibles aux saveurs jusque vers dix ou douze ans (Kieson). De telles observations sont précieuses. Elles démontrent que le développement de l'individu est accompagné d'une régression notable de la surface gustative. On comprend, dès lors, sans peine, que cette régrejssion puisse être plus ou moins -aiocusée et qu'elle ne présente pas le même degré chez tous les sujets.
Nous ne nous arrêterons pas ici à l'étude histologique du champ gustatif. On sait qu'il est semé de corpuscules ovoïdes, les « bourgeons du goût ». Les corpuscules sont insérés d'ans l'épithélium de la muqueuse, qui offre, en regard du pôle de ceux-ci, une petite ouverture, le « pore du goût ». Ils se trouvent ainsi en contact direct avec les liquides qui baignent le champ.
Les bourgeons du goût sont formés d'un faisceau de cellules allongées fusiformes, dont les unes sont considérées comme des éléments sensoriels proprement dits. Ces de<rniiers, i)lus effilés, portent à leur extrémité un bâtonnet quii fait saillie dans le pore du goû^t. On admet qu'ils jouent un rôle particulier dans la transmission des excitations et qu'ils constituent l'organe récepteur de l'appareil gustatif. Il se peut, tou-
lefois, qu'ilis servent siïnplement de support aux fibrilles nerveuses qui, abordant le bourgeon à la base, pénètrent dans l'intérieur de celui-ci, pour venir se terminer au voisinage du pore.
Les bourgeons se rencontrent dans toutes les régions du champ gustatif et il n'est pas <l/outeux qu'ils possèdent une signification importante. Il n'est point démontré, en revanche, qu'ils assurent exclusivement l'exercice du goût. On a le droit de se deanander, en particulier, si certains filets nerveux, abondants dans les territoires sensibles de la languie, de Fépiglotte, etc., ne sont pas en état de recueillir, pour leur part, des excitations spécifiques.
On sait que les bourgeons du goût ne sont pas répartis indistinctement sur toute la surface de la langue. Ils apparaissent groupés au niveau de cet organe, dans les papilles caliciformes et fonglformes. Les premières portent chacune quelques centaines de bourgeons, logés dans les parois des sillons qui les Itimitent. Elles occupent, au nombre de 8 à 15, la base de la langue. Les secondes ne contiennent qu'une petite quantité de ces organes. Elles sont distribuées sur la pointe et les bords de la langue, où on en compte 200 environ. On trouve, en outre, quelques papilles fongiformies à la base de la langue, dans la région du voile, de l'éplglotte, etc. Les papilles foliées, très développées dans certaines espèces, sont rudimentaires chez l'homme.
Les anatomisteis ont reconnu, dans toute la série des vertébrés, la présence de formations comparables aux bourgeons gustatifs. Or, fait remarquable, ces organes sont disséminés chez les poissons (ganoïdes, téléostéens) à la surface toute entiètre du corps. Ils se présentent, avec une abondance particulière, sur les nageoires, les lèvres, les barbillons et dans la bouche jusqu'à l'œsophage.
L'aire qu'ils occupent se resserre ensuite. A partir des dipnoïques, ils sont Limités à la ca\'ité buccale. Chez les reptiles, ils sont répartis de préférence sur la langue. Cette disposition conduit à celle qui e(st caractéristique pour les mammifères. On le voit, la réduction que le champ gustatif subit au cours du développement de l'indiAidu, rappelle la régression dont nous venons de marquer les étapes (Kiesow). Les plages extrabuccales, dont la conservation chez l'homme, ne laisse pas que de surprendre, témoignent, présentement encore, de l'extensdon primitive du goût.
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La gustation nasale. — Rollett et Zwaardemaker ont attiré simultanément l'attention sur les sensations d'ordre gustatif que les vapeurs de chloroforme ou d'éther, aispirées par le nez, sont en état de provoquer. Il convient de s'airrêter un moment à cette curieuse particularité : la « gustation nasale » (Rollet/t) décèle, aussi bien dans les conditions les plus simples, l'excitabilité spécifique des portions extrêmes du champ. A la vérité, le phénomène n'a pu être localisé jusqu'ici avec une entière certitude. Mais il est constant que l'insensibilisation de la cavité buccale et du pharynx, à l'aide de l'acide gymnémique ne l'altère point et que, par conséquent, il n'a pas son siège dans l'une ou l'autre de ces parties (Gradenigo). Appuyé sur les résultats de l'épreuve de Fick, — laquelle permet de déterminer le trajet suivi par la masse d'air qui circule dans les fosses nasales, — Zwaardemaker avait supposé, au début, que la sensation caractéristique du goût prend naiissance au niveau même de la muqueuse olfactive. Il est plus probable, toutefois, qu'elle a pour origine, au moins dans la majorité des cas, le voile du palaijs ou le larynx. Rollett l'a vu disparaître à la suite d'une application d'acide gymnémique sur la face postérieure au voile. Beyer et Yagel ont constaté, à leur tour, qu'il suffisait, pour la supprimer, d"'inteT'cepter toute communication entre les cavités nasales c-t l'arrière-bouche (occlusion des choanes au moyen d'un tampon, relèvement du voile pendant la phonation, etc.). L'insufflation de chloroforme ne donne alors lieu qu'à des sensations tactiles et olfactives. Il est possible, du reste, que la gustation nasale ne se réalise pas chez tous les sujets dans la même région. Si l'on tient compte des différences individuelles dont il a été question un peu plus haut, on reconnaîtra que cette hypothèse est parfaitement légitime.
Les nerfs du goût. — La détermination des voies qui relient le champ gustatif aux centres est fort délicate. Tout d'abord, la surface sensible est très étendue et porte sur des régions où se idistribuent des nerfs différents. Le goût se présente, à cet égard, comme le toucher qui possède, lui aussi, une multitude d'appareils élémentaires groupés en un grand nombre de faisceaux distincts. C'est là une difficulté de fait. On se heurte, en outre, à une difficulté de méthode. Nous ne saurions recueillir des renseignements tout à fait sûrs que chez l'homme, seul capable de rendre un compte exact des effets
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que provoque la suppression ou l'excitatlion de tel ou tel Ironc nerveux. Mais la clinique n'a apporté jusqu'ici, sur la plupart des points, que des données bien incertaines. L'interprétation des résultats obtenus chez l'animal est, d'autre part, extrêmement malaisée. De plus, et quand même il ne subsisterait aucun doute sur la signification de ceis résultats, nous n'aurions pas le droit de les transporter sans restriction d'une espèce à l'autre. L'anatomie comparée des organes périplîériquos de la gustation suffirait à nous mettre en garde contre le danger d'une telle opération.
Le champ gustatif de la langue se divise en deux régions principales. Le tiers postérieur de l'organe est innervé par le glosso-pharyngiien. L'accord est unanime à cet égard! et les anatomistes ont trouvé dans l'expérience physiologique la confirmation de leurs vues. La section du glosso-pharyngien entraine l'abolition du goût à la base de la langue, en même tempjs qu'elle détermine l'atrophie di^s bourgeons irenlfermés dans les papilles foliées et caliciformes. Il se peut, d'autre part, que la neuvième paire commande à elle seule, dans oertaiins cas, la sensibilité gustative de la muqueuse linguale tout entière. C'est ce dont paraît témoigner, en particuliier, une observation de Passirer. Le trajet des fibres, qui abandonnent la langue avec le glosso-pharyngien qst, au reste, bien loin d'être établi dans toute son étendue. L'aigeusie postérieure, à laquelle les affections du plexus tympaniique donnent lieu quelquefois (Urbantschitsch, Schlichting, Koerner), ne permet guère d'admiettre que ces fibres deraieurent associées jusqu'au bout, du moins chez tous les sujets, au nerf dont exiles font partie à l'origine. Il est possible qu'elles le quittent, au niveau du ganglion d'Andersch, pour se rendre, soit au trijumeau, soit au facial, ou encore pour retourner ultérieureimient au glosso-pharyngien lui-même.
Les deux tiers antérieurs die la langue sont innervés par le lingual, rameau détaché du nerf maxillaire inférieur, branche du trijumeau. Ce point n'est pas contesté. Les divergences d'opinion se manifestent, en revanche, dès qu'il s'agit d'assigner la voie que les fibres affectées à la gustation empruntent pour aboutir au lingual. Certains faits paraissent toutefois hors de doute. On sait que chez l'homme, ces fibres passent en majorité, sinon en totalité, par la corde du tympan, puis par le facial, — dans la portion de ce nerf située entre le trou stylo-mastoidien et le ganglion géniculé. On sait, de plus, que l'extirpation du ganglion de Casser entraîne ordinairen^ent
une tageuisie plus ou moins complète clans le territoire du lingual (Kra)Use), et l'on interprète commodément ce résultat en supposaint que les fibres dont nous cherchons à tracer le parcours sont contenues, sur une partie de leur trajet, dans le trijumeau basai. Dans ce'tte hypoithèse, il ne reste phis qu'a déterminer les nerfs qui assurent une communication entre les deux points que nous venons da fixer. Si l'on accepte les donmées de SchifT, recueillies chez le chien et le chat, et qu^'on les transporte à riiômme, on reconnaîtra que cette communication est réalisée par le grand nerf pétreux superficiel et le nerf vlidiien qui relient le ganglion génicuilé au ganglion sphénopalatin. Une observation de Krause, d'autre part, confère au petit pétreux superficiel le rôle que le nerf précédent assume chez le chien. Il faut ajouter que, dans certains cas, la surface entière de la langue paraît innervée par des fibres issues du trijumeau. Du moins, les observations de Gowers sont susceptibles d une telle interprétation.
La voie dont nous avons marqué les principales étapes pourrait être considérée comme établie, si les altérations basâtes du trijumeau avaient toujours pour effet raboMtion du goût dans les deux tiers antérieurs de la langue. De* fait, il n'en est rien. D'après Krause, lui-même, la résection du ganglion de Gasser , n'est pas toujours efficace à cet égard, et la revue des observations recueilliles par les cliniciens conduit a admettre que les cas où la gustation subsiste, malgré lia rupture du tronc trigéminal', sont loin de constituer une exception fort rare. Dans ces conditions, on est obligé de supposer que le trajet des fibres gustatives offre des différences individuelles considérables — et une telle hypothèse ne saurait évidemment être rejetée d'emblée, — ou d'abandonner l'interprétation simple que les physiologistes donnent, en général, des ageusies consécutives aux lésions du trijumeau. Cette dernière alternative mérite d'être examinée d'e très près. On siait que les altératioiqs portant sur la cinquième paire provoquent souvent des accidents « trophic|ues >> graves et qui intéressent notamment les organes sensoriels, et il convient de se demander si les troubles de la sensibilité gustative constatéis par Krause et d'autres, ne sont pas d'ordre siecond^aire. Le retard qu'accuse l'apparition de l'ageusie après l'extirpation du ganglion de Gasser — il peut atteindre quelques semaines, d'après Gowers, — constitue pour nous un fait d'une haute portée et dont il est nécessaire de tenir le plus grand compte d'ans tout essai d'explication. Quoi qu'il en
soit de ce d'^rnier point, il reste à découvrir lia vodie que suivent les fibres du goût dans les cias où elles n'atteignent pas la base du trijumeau. Il se peut qu'c^llqs contribuent à former le nerf de Wrisberg ou qu'elles se jettent dans le glosso-pharyngien })ar l'intermédiaire des filets qui relient le facial au ganglion d'Anderscli. Ni les observations cliiniques, ni les expériences physiologiques exécutées jusqu'ici ne donnent le moyen de résoudre cette question Les régions voisines du foramen cœcum, l'épiglotte et le larynx sont innervés par le laryngé supérieur, rameau du vague. Ce nerf contient probablemient les fibres afTectées à la gustation dans cette portion de la surface sensible. Le reste du cliamp est plus mal connu encore. Nous ne nous y arrêterons pas.
Il est intéressant, en tout cas, de constater qu'un grand nombre de faisceaux difïérents participent à la transmission des excitations gustatives. Il n'y a d'ailleurs pas lieu de s'en étonner. Le développement du goût dans la série aniimiale rend suffisamment compte d'e cette particularité.
L'étude des voies cérébrales de la gustation est peu avancée, et nous ne connaissons pas même avec certitude le point de l'écorce où elles aboutissent.
D'après Bechterew et ses élèves, le 'i- centre du goût ■> serait situé, chez le chien et Ke singe, dams le voisinage de l'opercule rolandique. Les voies gustatjivcs seraient partiellement entre -croisées.
A côté du centre cortical, il existe sùrdment un centre inférieur. L'application des substances sapâdes détermine, en effet, chez certains anencéphales, des réflexes mimiques tout à fait analogues à ceux des sujets sains (Sternberg).
La mesure de la sensibilité gustative. — La sensibilité giistative la été mesurée par un grand nombre d'iaoïteurs. On trouvera sur ce point des données numérliques très complètes dans les articles de Vristschgan, die Zwaai'demaker, die Vasohide, ainsi que dans l'ouvrage de Marchand. Outre leis conditions de tempiérature, de localisiatdion, de durée d'appilication, etc., il faut tenir compte, pour déterminer la valeur du seuil, de l'étendue de la surface excitée et, par conséquent, du volume de la liqueur sapide. Plus, en effet, l'aire de cette surface est considérable, plus aus&i, toutes choses égales, l'intensité de la sen,sation est élevée. Le fait est intéressant. On sait que le tact et surtout la vue (au moins dans l'état d'adaptation à la lumière), se comportent à
cet égard auiremîent que le goût. Dans le cas de la vue et du tact, à l'augmentation de la surface excitée correspond, en général, une augmentation de ce que nous appelons 1' « étendue ». Dans le cas du goût, nous ne saisissons qu'un accroissement d'intensité.
A titre d'e^qmple, nous reproduirons iici les vajleurs moyennes idu seuil que Kiesow a recueillies, chez sept sujets, pour la pointe, les bords et la base de la langue. La solution sapide mesurait un volume de 0,5 centimètres cube environ (la charge du pinceau employé).