ACCIDENTS SECONDAIRES
Plaques muqueuses. — Les plaques muqueuses sont primitives quand elles résultent de la transformation in situ du chancre induré. Mais, en général, elles surviennent plus tard.
Celles qui siègent au niveau du bord libre des lèvres sont humides et opalines du côté de la bouche et sèches en dehors ou recourvertes de croûtes. Celles des commissures sont, en outre, plissées et fissurées. A la face interne des joues et dans le sillon gingivo-labial, elles sont opalines.
Les plaques muqueuses de la langue sont quelquefois constituées par de simples taches érythémateuses, entourées de la muqueuse normale avec des papilles plus ou moins saillantes (J. Rollet). Cette saillie des papilles fait paraître la plaque érythémateuse déprimée. Les plaques de la langue sont souvent opalines, régulières ; il y a cependant, à ce propos, quelques particularités à noter : sur les bords de la langue, quand l'organe est enflammé, hypertrophié, les plaques muqueuses peuvent paraître festonnées : elles portent l'empreinte des dents, comme les ulcérations pultacées de la stomatite m,ercurielle. Sur le dos de la langue, les plaques ne sont pas moins régulières ; elles sont souvent coupées en deux ou pluisieurs segments par des fissures qu'on découvre en les écartant. Ces fissures peuvent être des crevasses, c'està-dire de petites ulcérations, ou bien de simples sillons d'aocolement de deux ou plusieurs plaques oontiguës, sillons tapissés par la pellicule opaline. Enfin, certaines de ces plaques sont excoriées à leur surface.
La forme ulcéreuse dérive de plaques muqueuses irritées. On la rencontre plus fréquemment sur les bords de la langue, au niveau d'une dent cariée, aux deux extrémités d'un espace où les dents manquent. Chez certains fumeurs qui placent toujours le tuyau de leur pipe dans le même endroit, on trouve des ulcérations plus ou moins larges et profondes dont les bords saillants, légèrement indurés, sont recouverts de la pellicule blanchâtre caractéristique de la plaque muqueuse et dont
le fond est rougeâtre et saignant facilement. Plus souvent, il est rempli par cette espèce de détritus blanchâtre à aspect pseudo-membraneux qu'on retrouve dans presque toutes les ulcérations de la bouche et qui en rend quelquefois le diagnostic si difficile (C. Saison).
Parfois, le bord de la langue est comme festonné par une série de plaques muqueuses présentant une ulcération ou tout au moins une dépression profonde au niveau de la saillie de chaque dent.
Saison fait ressortir excelleonment un dernier caractère qui sépare les plaques muqueuses de la langue de celles dfes autres organes, caractère tiré du mode de développement et de la durée de la lésion. La plaque muqueuse est l'un des premiers symptômes de la période secondaire de la syphilis. Postérieur à la roséole et à la tuméfaction ganglionnaire, il est contieanporain de la syphilide papuleuse avec laquelle il a un certain degré de parenté. Comme cette syphilide, la plaque muqueuse survient vers le troisième mois. Il est vrai qu'elle ne disparaît d'ordinaire que beaucoup plus tard et qu'elle récidive plus fréquemment. Quant aux plaques de la langue, bien qu'on puisse les voir aipparaître à une époque assez rapprochée du début de la syphilis, en même temps qu'une roséole par exemple, elles peuvent se développer à une période bien plus éloignée, dix-huit mois à deux ans. En outre, elles sont
Fie. 4L — Syj)hilitlcs éi'osivcs ( Prelswcrck et Chompret).
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beaucoup plus rebelles au traitement. Elles ne cèdent jamais au traitement interne, quelque prolongé qu'il soit : les cautérisations locales sont indispensables.
Les plaques muqueuses de la langue peuvent se transformer en végétations oorame on l'observe sur d'autres parties du corps. Mais le fait est rare.
Sur les amygdales, les plaques muqueuses, très fréquentes» apparaissent comme de simples taches gi'ises ou bien comme des ulcérations à surface puiltacée saignante.
Chez les jeunes hérédo-syphilitiques, le bord, libre des lèvres se fendille et se crevaisse. Des plaques muqueuses se développent au niveau des commissures.
Les aphtes peuvent parfois être confondus avec l&s plaques muqueuses. Ils se présentent sous la forme d'exulcérations à bords irréguliers, sans saillie et souvent encore recouvertes de la couche épithéliale décollée. Si réipithélium a disparu, on aperçoit le fond de l'ulcération, formé des papilles du derme mises à nu, légèrement érigées et rouges. L'aphte ulcéré est très douloureux. On peut trouver dans la bouche des éléments à des phases différentes de leur évolution. Les plaques mil', queuses se reconnaîtront au bourrelet circonférenciel de couleur opaline, avec dépression centrale, ulcérée ou nion, à la douleur moins vive.
Les vésicules exulcérées de l'hydroa bilccal coïncident avec des éruptions similaires du dos des mains, des poignets et des pieds.
Le muguet form.e des plaques pultacées très faciles à enlever par le raclage et sous lesquelles la muqueuse apparaît saine. Chez les enfants, les plaquies muqueuses die la langue coïncident toujours avec du coryza syphiliticjue et des plaques fissurées des comimissures. L'examen microscopique lèvera d'ailleurs rapidement les doutes.
Les ulcération|s tuberculeuses se distingueront des plaques muqueuses par leur début sous la forme d'une petite papille jaunâtre recouvrant du pus. Il .y a uine légère excoriation. Dans la syphilide tuberculeuse, au contraire, la papille est large, aplatie dès le début, avec 'Uine base indurée. Quand il s'agit de syphilides ulcéreuses d'emblée, le diagnostic peut être des plujs difficiles. Il faudra, dans ce cas, recourir à l'examen microscopique.
La stomatite des fumeurs peut égaileanient donner le change avec les plaques muqueuses ; les commémofatifs^ l'hygiène de
la bouche, la suppression de l'usage du tabac et l'examen microscopique lèveront les doutes.
Dans le pitjTia&is, on note une exfoliation de l'épithélium de la langue, laissant à mu des surfaces plus ou modns considérables du derme, dont les papilles sont rouges, érigées, mais
nullement altérées.
L'épithélium, avant de tomber, augmente quelquefois d'épaisseur, de façon à rendre le rebord de la lésion blanchâtre ; mais il n'existe jamais de saillie appréciable du derme. Cette lésion se présente souvent sous la forme d'arcs de cercle ou de cercles complets, qui rappellent parfaitement le pityriasis circiné de la peau. Elle siège surtout à la partie antérieure et sur les bords de la langue; elle peut aussi se rencontrer sur les lèvres. Mais il n'y a aucune apparence d'ulcération.
FiG. 42. — Syphilidcs papulo-hypertrophiques (Preiswerck et Chompret).
Syphilides érythémateuses. — La syphilis secondaire, dont les manifestations sont si caractéristiques sur la peau (roséole, éruptions papuleuses et papulo-squameuses, éruptions ulcéreuses), peut se montrer en même temps dans la bouche, le voile du palais, les lèvres, sous la forme d'accidents assez semblables aux accidents cutanés.
Correspondant à la roséole, on voit sur le voile et les piliers une rougeur diffuse ressemblant à orne angine érj-thémateuse ou bien des plaques érythémateuses à bordure d'un rouge ^i.f et à centre opalin : ce sont les syphilides érythémateuses.
Les syphilides érosives plates sont des lésions superficielles, rouges, recouvertes d'un exsudât opalin.
Syphilides papulo-érosives. — Les syphilides papulo-érosives sont des éruptions surélevées, de la dimension d'une lentille à une pièce de 1 franc, à contours arrondis et présentant à leur centre une érosion rouge qui sécrète un liquide séro-purulent très odorant. Elles siègent sur la langue, sur le voile du palais ou les piliers. Les divers éléments qui les constituent se groupent souvent pour former dés placards à contours circinés.
Syphilides ulcéreuses. — Les syphilides secondaires ulcéreuses se montrent au niveau des lèvres, sur le bord de la langue. Ce sont des ulcérations à fond jaunâtre, à bord rouge. Ge sont les plaques muqueuses.
Tubercules secondaires ulcérés ou syphilides tuberculeuses. — Ces lésions, qui appartiennent à la phase secondaire de la syphilis, se trouvent très bien étudiées dans les thèses de Juliard, de Buzenet et de C. Saison.
Le tubercule de la langue débute par une papule à base large, aplatie, quelquefois déprimée à son centre, donnant la sensation que l'induration fait corps avec toute l'épaisseur de la miuqueusie, mais qu'elle est tout à fait indépendante de la couiche musculaire sous-jacente. On peut en rencontrer sur la langue un certain nombre, mais ils restent toujours isolés les uns des autres, soit qu'ils restent à l'état de tubercules simples, soit qu'ils prennent la forme ulcérée.
L'induration de la base s'étend quelquefois un peui en largeur, jamais en profondeur. Le bord est d'un rouge brun, et il offre un aspect presque phlegmoneux dans certains cas. Le fond est plus ou moins fongueux, saignant facilement et rempli de détritus pultacés. Que le tubercule soit resté à l'état simple, ou qu'il se soit ulcéré, il laisse toujours, a,près lui, une cicatrice qui le différiencie de la plaquiei muqueuse, miais cicatrice peu profonde, étoilée, mon rétractile, et n'entaomant jamais les parties sous-jacentes, comme dans les gommes.
Ce tubercule ulcéré, qui ressemble parfois au chancre induré, peut cependant len être assez facilement distingué. Quand il s'agit d'un chancre, l'adénopathie présente des caractères bien distincts ; l'ulcération est unique, et il n'existe pas d'autres manifestations s^'iihilitiquejs sur les miuqueuses ou la peau.
Le tubercule secondaire ulcéré peut être pris poutr une gomme tertiaire ulcérée. Dans ce dernier cas, l'ulcération est plus largie, sies bords sonit généralement décollés et elle s'étend
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en profondeur: elle est souvent unique, et on peut trouver sur d'autre;s parties du corps d'autres manifestations sj'philitiques contemporaines.
Le mode de début dui tubercule est d'ailleurs bien différent. Le tubercule débute par une papule indurée plus ou moins saillante, mais toujours superficielle, occupant exclusivement le tissu muqueux.
Il peut exister également (Julliard, C. Saison) des ulcérations secondaires de la langue qui n'ont pas pour point de départ un tubercule. Ces ulcérations ont plus de tendance à s'étendre, à prendre la forme serpigineuse que celles qui sont consécutives aux tubercules. Il y a peu de retentissement ganglionnaire : elles sont indolentes et coïncident souvent avec une syphilide pustulo-crustacée ou ulcéreuse du tégument externe.
Lésions tardives intermédiaires. — On conçoit que, dans l'évolution d'une maladie comme la sypbilis, il ne soit pas toujours possible de classer les lésions d'une façon absolument précise. C'est ainsi que C. Saison avait déjà décrit dans sa thèse, sous le nom de lésions tardives intermédaires, des lésions survenant à une période parfois très avancée de la maladie et coïncidant avec des lésions secondaires tardives, parfois même avec des lésions tertiaires. Dans ces cas, on note un aspect induré et déchiqueté de la muqueuse du dos et des bords de la langue. On y remarque des fissures plus ou moins profondes, dont les bords durs sont formés par les papilles hypertrophiées et érigées. D'autres fois, la langue est comme sillonnée par des traînées cicatricielles, blanchâtres, tandis que les autres parties, où les papilles sont saillantes, sont d'un rouge vif, d'un aspect framboise. On ne rencontre pas de fausses membranes, ni cet aspect laiteux, opalin, que présentent les plaques muqueuses, même quand elles sont anciennes. D'ordinaire, une partie de la langue est prise. On n'y trouve pas d'ulcérations.
Dans la gomme, au contraire, on peut constater qu'avant toute saillie à l'extérieur, une partie de la langue se tuméfie ; à la palpation, on trouve un noyau profond, indolent, occupant le tissu musculaire de l'organe.
Au point de vue du diagnostic, il ne faudra jamais affirmer la nature syphilitique du chancre sans avoir fait, au préalable, un examen microscopique. Il suffit pour cela de faire un frottis sur des lamelles. L'examen direct à l'ultra-microscope ou
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l'examen au microscope aiprès coloration permettra d'être ivipidlemont fixé.
Leucoplasie secondaire. — Il existe une atTection ditje Icucoplasie secondaire, de nature syphilitique, constituée par de petites plaques blanchâtres, opalines ou nacrées, de forme irrégulière ou arrondie, parfois parsemées de nodules miliaires blanchâtres. Elle est souvent consécutive à des plaques muqueuses et elle disparaît sous l'inlluence du traitement spécifique.
Plaques en prairie fauchée. — Il est une lésion d'origine syphilitique, constituée par des plaques arrondies, très superficielles, lisses et sèches, au niveau desquelles les papilles ont complètement disparu. Fournier les nommait plaques en prairie fauchée.