DÉGLUTITION
est un phénomène réflexe. Aprèsextirpation des hémisphères cérébraux chez le lapin, les aliments peuvent toujours être triturés, mais les parcelles restent éparses dans la gueule de l'animal (M. Duval et E. Gley). Dès que Tinsalivation est suffisante, il devient presque impossible de garder plus longtemps le bol alimentaire dans la bouche et la déglutition commence d'elle-même. Toutefois, tant que le bol n'a pas franchi Tisthme du gosier, il peut être arrêté et demeurer à la surface de la langue.
Le bol alimentaire est
ramassé sur le dos de
la langue et porté par
elle vers le fond de la
bouche. La langue se
gonfle en avant du l)ol
et s'applique contre la
voûte palatine, poussant
ainsi l'aliment entre elle
et le palais, vers le pharynx. Les principaux
facteurs de ce mouvement sont les muscles
linguaux, innervés par
le grand hypoglosse. Au
moment où le bol va être
rejeté dans le pharynx,
le muscle mylo-hyoïdien
(plancher buccal) se
contracte, soulevant la langue et rappli(|uant contre la voûte palatine, et les hyoglosses portent brusquement la langue en arrière et en bas, de sorte que le bol alimentaire est poussé comme par un coup de piston.
On peut constater la contraction des mylohyoïdiens et le brusque recul de la langue en introduisant le doigt dans la bouche jusqu'au delà de la dernière molaire, immédiatement au-dessus delà ligne mylo-hyoïdienne, le muscle se trouvant en cet endroit au contac du doigt. La paralysie des mylo-hyoïdiens, telle que la produit la section de leurs nerfs.
Fij;-. 23. — Voies biu-cale et pliarynuienne de la dëf^lulition.
hl,\ Ouverture buccale; /, lans:ue; rf, mâchoire inférieure avec insertion du génio-glosse: e, os hyoïde; y, épiglotte : /", cavité du larynx iavec rouverture des ventricules): c, voile du palais; u, pilier antérieur du voile; v, pilier postérieur; t, amygdale ; s, portion étroite du pharynx se continuant avec l'œsophage ; r, ouverture de la trompe d'Eustache û la partie supérieure du pharynx.
met un obstacle à la déglutition : les chiens sur lesquels on fait cette expérience ne peuvent plus avaler quen rejetant la tête en arrière.
La contraction des muscles de la langue et des mylo-hyoïdiens ne peut sopérer que grâce à la fixité du maxillaire inférieur. Aussi, ordinairement, la bouche est-elle fermée, les muscles masticateurs immobilisant la mâchoire inférieure contre la supérieure; mais les lèvres n'ont pas besoin d'être closes. En réalité, la cavité buccale est fermée en avant du bol par le dos d'âne de la langue, appliqué contre le palais et les arcades dentaires.
Les voies respiratoires sont obturées pendant la déglutition. Le voile du palais se soulève, et les piliers postérieurs se rapprochent, assurant l'occlusion de l'isthme naso-pharyngien. Quant à l'orifice du larynx, il est fermé non seulement par le renversement de lépiglotte, mais encore par le soulèvement du larynx qui, entraîné par le pharynx, vient butter contre la base de la langue. On voit la pomme d'Adam courir sous la peau, signe extérieur bien visible du soulèvement du larynx (Morat et Doyon).
Mécanisme nerveux de la déglutition. — Le temps buccal de la déglutition est, nous lavons dit, un phénomène volontaire. Les deux derniers temps (pharyngien et œsophagien) s'accomplissent grâce à un phénomène réflexe dont il nous faut dire quelques mots, car il a pour point de départ le voile du palais qui est encore du domaine du stomatologiste.
Comme dans tout réflexe, il y a à considérer des voies centripètes, des voies centrifuges et un centre de la déglutition. Le centre de la déglutition est dans le bulbe rachidien. Une section de la moelle, la destruction des hémisphères cérébraux ne suppriment pas cette fonction. Au contraire, certaines lésions de la surface supérieure du bulbe empêchent sa production ; c'est ce qui a lieu en particulier dans les paralysies bulbaires. Les voies centrifuges (motrices) sont représentées par les nerfs des muscles qui se contractent pendant la déglutition : hypoglosse (muscle de la langue), trijumeau (sushyoïdiens, etc.), pneumogastrique (voile du palais), etc.
Quant aux voies centripètes, elles sont constituées par le rameau palatin du maxillaire supérieur (branche du trijumeau) et accessoirement par le laryngé supérieur (branche du pneumogastrique). Les mouvements réflexes de la déglutition commencent en effet dès qu'une substance solide ou liquide vient irriter la base de la langue et les piliers antérieurs du voile du palais. On peut provoquer expérimentalement ces mouvements en touchant la partie antérieure du voile du palais (espace compris entre les amygdales jusqu'à Los palatin), par exemple avec un stylet. Le plus léger attouchement suffit, même celui de quelques gouttes de salive.
Si l'on badigeonne cette zone sensible avec une solution de cocaïne, ou si l'on sectionne les filets palatins du trijumeau, les attouchements
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deviennent inefficaces. Toutefois on peut encore provoquer la déglutition en excitant la muqueuse du larynx (face postérieure des cartilages aryténoïdes) ou le bout central du laryngé supérieur qui innerve cette région.