V. — GUSTATION
La gustation, sensibilité spéciale qui a son siège dans la bouche, permet de distinguer entre elles les substances dites sapides, c'est-, à-dire celles qui excitent les terminaisons nerveuses adaptées à cette sensibilité.
Localisation de l'appareil gustatif. — Ces terminaisons nerveuses se trouvent dans les papilles caliciformes et fongiformes, répandues dans la muqueuse linguale. Les papilles caliciformes siègent au niveau du V lingual, sur la base de la langue : les papilles fongiformes se trouvent surtout à la pointe et sur les bords.
Il est nettement établi que la face inférieure de la langue ne contient pas d'organes gustatifs. Le milieu de la face dorsale participe-t-il aux sensations du goût ? L'accord n'est pas unanime sur ce point. D'après certains auteurs (OEhrwall, Landois), non seulement les papilles filiformes, mais aussi 20 p. 100 des papilles fongiformes ne joueraient aucun rôle dans la gustation.
Il est douteux que le voile du palais, les piliers antérieurs et la face interne de l'épiglottc, quoique innervés par le glosso-pharyngien, reçoivent des impressions gustatives.
Il en est de même pour la muqueuse de la voûte palatine. Nous verrons plus loin que le renforcement des impressions gustatives, produit par le « claquement » de la langue contre le palais, n'est pas un argument en faveur d'une localisation palatine du sens du goût.
Nerfs du goût. — C'est plutôt par l'observation clinique (jue par l'expérimentation qu'on a pu déterminer l'innervation de l'appareil gustatif. Des trois nerfs de la langue, le nerf grand hypoglosse est le seul qui ne joue aucun rôle dans la gustation.
Le glosso-pharijngien i-eçoit les impressions gustatives du tiers postérieur de la langue; il s'épanouit dans les papilles caliciformes. Le lingual innerve les papilles fongiformes, situées sur la pointe et sur les bords. Les fil)res gustatives du lingual proviennent de la deuxième branche du trijumeau et se rendent au lingual pai- le petit nerf pétreux superficiel et par la corde du tympan.
Les papilles caliciformes et fongiformes ne sont pas sur loule leur surface des organes gustatifs. Elles portent des cori)usoules du goût, ou bourgeons gustatifs, où viennent aboutir les terminaisons nerveuses (fig. 2i).
Ces bourgeons, irrégulièrement disséminés sur les i)apilles fongiformes, occupent la partie inférieure ties papilles caliciformes, au
niveau de la dépression circulaire qui entoure ces dernières. C'est là qu'il importe de faire pénétrer les substances qu'on veut goûter. Quant à la cause intime de la sapidité et de ses diverses nuances, nous ne sommes pas plus avancés que Démocrite (469 av. J.-C.) qui attribuait les sensations gustatives à la forme des atomes sapides. Certains auteurs ont supposé qu'il existait pour chaque espèce de saveur des fibres nerveuses spéciales. Les papilles opéreraient une
ifirn
Fig:. 2». — Papilles caliciformes de la langue (Sobotta-Mulon).
J, cellules nerveuses ganglionnaires; 2, glandes séreuses; 3, corpuscules du goût; 4, fibres du glosso-pharyngien : 5, papilles secondaires: 6, fossé de la papille; 1, rebord du fossé; 8, muscle strié.
sélection ; les unes percevraient plutôt le sucre, d'autres l'acide tartrique, d'autres la quinine (OEhrwall, Goldscheider et Schmidt).
Le centre psyc/io-gusiaiifesl situé, d'après Ferrier, dans la circonvolution uncinée du cerveau. Les sensations subjectives du goût chez les aliénés seraient dues aux excitations anormales de ce centre.
Sensations gustatives. — Le sens du goût est l'un des plus mal connus. Il est souvent difficile de séparer les sensations gustatives de celles de l'odorat, ainsi que de la sensibilité tactile ou thermique de la muqueuse buccale. C'est ainsi qu'il faut ranger parmi les sensations tactiles et non gustatives les impressions huileuses (ou grasses), farineuses, gommeuses, piquantes (poivre, moutarde). La saveur styptique ou astringente serait un mélange de sensibilité tactile et de sensation gustative. Pour éviter ces confusions. Chevreul avait classé les corps suivant l'impression qu'ils produisent dans la bouche : 1° corps qui n'agissent que sur le tact de la langue (cristal de roche, glace, saphir) ; 2° corps qui agissent à la fois sur le tact de la langue et sur l'odorat (étain, vins à bouquet) ; 3° corps
GUSTATION. 47
qui influencent le tact et le goût (sucre candi, chlorure de sodium pur) : 4° corps qui influencent le tact, le goût et l'odorat (pastilles de menthe, chocolat).
En ce qui concerne la sensation gustative pure, un grand nombre de classifications ont été tentées, mais la diversité des saveurs est un obstacle que l'imparfaite connaissance du phénomène n'a pas encore permis de surmonter. Galien divisait les saveurs en austères, acerbes, amères, salées, acres, acides, douces et grasses ; Linné les distinguait en salées et visqueuses, sèches et aqueuses, styptiques et grasses, acres et douces. On admet aujourd'hui quatre saveurs fondamentales: douce, amère, acide et salée. Une classification encore plus simple et qui parait être établie par les animaux, est celle qui divise les saveurs en agréables et désagréables. Il s'agit là d'un phénomène de défense tendant à faire rejeter les substances nuisibles à l'organisme. Chez l'homme, le sens du goût s'est affiné et compliqué. Il varie non seulement d'intensité et de délicatesse, mais souvent aussi de nature, chez des sujets différents. Il se développe et se transforme par l'exercice. Enfin il subit des variations pathologiques (grossesse, etc.), qu'on désigne en certains cas sous le nom de pica et malacia.
La première condition que doit remplir une substance sapidepour être perçue par les organes gustatifs, c'est d'être à l'état de dissolution. Si elle n'a pas été introduite dans la bouche sous forme de liquide, elle doit subir l'action de la salive avant d'être goûtée. On sait que les salives sublinguale et sous-maxillaire sont plus particulièrement affectées à la gustation. La mastication intervient pour réduire en petits fragments les parcelles alimentaires et en exprimer les sucs qui doivent être dissous pai" la salive.
L'intensité de la sensation gustative dépend de l'étendue de la surface impressionnée. C'est par les mouvements de la langue et des parties molles que les aliments entrent en contact avec la plus grande partie des papilles. Pour que ce contact soit plus intime, il est utile d'appliquer fortement la langue contre le palais, de manière à faire pénétrer les liquides jusqu'aux bourgeons gustatifs situés à la base des papilles caliciformes. C'est probablement ce fait qui a fait supposer que la voûte palatine était aussi le siège du goût.
La concentration des substances sapidesjoue aussi un rôle important. Plus ces substances sont diluées, moins elles impressionnent les nerfs du goût. Le titre de la dilution nécessaire à la perception des saveurs varie avec les divers corps. C'est ainsi que Valentin a l'angé par ordre décroissant : le sucre, le chlorure de sodium, l'aloès, la quinine et l'acide sulfurique, ce dernier pouvant être perçu en solution beaucoup plus étendue que les corps précédents.
Le temps perdu de la réaction, c'esl-à-dire le lemps qui s'écoule entre le dépôt d'une substance sapide et la production de la sensation,
varie également avec la nature de la substance. Les saveurs salées sont les plus rapidement perçues (0 seconde, 17 en moyenne) ; ensuite les saveurs douces, puis acides, puis amères (0 seconde, 26). La persistance de la sensation varie aussi, les saveurs amères étant les plus tenaces.
La température optima pour la gustation est comprise entre 10° et 35°. La chaleur et le froid (glace) atténuent la sensation.
Il existe des rapports intimes entre le goût et Todorat. On sait combien la diminution ou la suppression de la sensation olfactive (coryza, etc.) influent sur la perception des saveurs. Certains corps que l'on considère comme sapides agiraient non pas sur la gustation mais sur le sens olfactif : tels sont Téther, le chloroforme, la menthe poivrée, le musc, Fasa fœtida, le vin, le café, l'oignon, la vanille, etc.
Respiration. — Dans l'acte physiologique de la respiration, la bouche n'est pas la voie normalement suivie par l'air inspiré : la voie naturelle du fluide vital est constituée parles fosses nasales. Celles-ci possèdent à cet effet des parois cartilagineuses et osseuses qui les maintiennent constamment ouvertes, tandis que l'orifice de la bouche constitué parles lèvres reste habituellement clos.
Avant de pénétrer dans le poumon, il est nécessaire que lair extérieur subisse un certain nombre de modifications préparatoires dévolues aux fosses nasales. De l'avis de tous les physiologistes, le rôle respiratoire du nez comparé à celui delà bouche est tout à fait prépondérant.
Les fosses nasales sont tapissées par une muqueuse très vasculaire et par conséquent, puisqu'elle reçoit beaucoup de sang, très chaude et très humide : elle recouvre une série de replis (cornels), circonscrivant des canaux étroits [inéais), par lesquels l'air est obligé de passer (lig.25) ; dans ce passage, en même temps qu'il se charge de vapeur d'eau, il se met à peu près à la température du corps. De plus, en circulant sur la muqueuse nasale, l'air inspiré subit une sorte de fdtration, dans laquelle il se dépouille d'une grande partie des impuretés (poussières minérales de toutes sortes, spores, bactéries, etc.), qu'il entraîne : toutes ces impuretés sont arrêtées dans les nombreuses anfractuosités du nez, d'où elles sont chassées par le moucher ainsi que par l'éternuement; d'ailleurs le mouvement des cils vibratiles, dont les cellules de la muqueuse sont munies, tend à ramener vers l'extérieur les particules qui se déposent sur cette muqueuse. D'autre part, le mucus nasal exerce une action bactéricide plus ou moins marquée. Ces diverses observations prouvent
que c'est par le nez et non par la bouche que doit se faire la respiration normale et suffisent à montrer les inconvénients qu'il y a à respirer par la bouche quand on se trouve dans un milieu froid et sec (Mathias Duval).
Dans son passage à travers les fosses nasales l'air, extérieur se charge en outre d'humidité.
Il est cependant des cas où la bouche vient suppléer, sinon rem-
Fig^. 25. — Passage de lair dans les fosses nasales (coupe sagittale). (Schéma de Lermoyez).
V, vestibule du nez; CI, cornet inférieur; CM, cornet moyen; CS, cornet supérieur ; PT, pavillon tubaire : TO, tache olfactive ; 00', colonne dair antérosupérieure, olfactive; RR', colonne d'air postéro-inférieure, respiratoire (non olfactive).
placer complètement, les fosses nasales. C'est, par exemple, dans l'état de santé, lorsqu'à la suite d'une ascension forcée, dans une course rapide, etc., la respiration s'accélère ; la bouche s'ouvre alors et livre passage à une partie, sinon à la totalité, de l'air nécessaire à la ventilation pulmonaire.
Le môme phénomène s'observe à l'état pathologique dans les inflammations aiguës de la muqueuse nasale : la congestion de cette muqueuse se traduisant par une augmentation rapide de son volume, le passage libre se trouve fermé : la respiration buccale s'établit aussitôt. D'autres fois ce sont des obstacles permanents qui obstrueni les voies naturelles: existence de polypes naso-pharyngiens, de végétations adénoïdes, etc. La respiration buccale n'est plus ici accidentelle et temporaire, mais elle est la règle ; et pour assurer la permanence nécessaire du passage de l'air, la bouche reste entr'ouverte, donnant au sujet un aspect caractéristique.
Il existe un certain nombre d'actes, la toux, rétcrnuement, l'oxpecloration, le rire, le sanglot, le ronflement, le hoquet, le bûille- Traité de stomatologir. II. — 4
ment auxquels la bouche participe et qui méritent à ce titre d'être sommairement étudiés.
Toux et éternuement. — Sous Tinfluence d'un corps étranger, solide ou liquide, sous linfluence d'une inflammation quelconque de la muqueuse des fosses nasales ou des voies aériennes, se produit une expiration brusque, violente et sonore, généralement précédée d'une inspiration profonde. C'est là un acte purement réflexe, dans lequel la volonté n'intervient que très rarement. La toux et l'éternuement ont entre eux beaucoup de similitude : cependant, tandis que dans l'éternuement le point de départ du réflexe est dans les fosses nasales, dans la toux c'est plutôt dans le larynx, la trachéeartère ou le pharynx qu'il réside. L'air expiré, entraînant avec lui des particules de salive et des mucosités, est, dans l'éternuement, brusquement chassé à la fois par la bouche et par l'orifice des narines. Dans la toux, la bouche seule, largement ouverte, lui livre passage. Le bruit éclatant qui accompagne ces phénomènes est produit par la vibration des cordes vocales renforcée par la résonance du naso-pharynx et du nez.
Expectoration. — A la suite d'une quinte de toux, les mucosités ou les crachats de la trachée ou du naso-pharynx arrivent dans la bouche. Les mucosités du cavum sont souvent aspirées dans la bouche sans toux ; celles des bronches peuvent également être expulsées par une expiration forcée et accompagnée d'un bruit semblable à im ronflement produit par les vibrations du voile du palais ou de la glotte.
' Pour chasser les mucosités de la bouche, la langue les rassemble à la partie antérieure de la cavité, puis elle se retire brusquement en arrière, tandis que l'air projeté par un brusque mouvement d'expiration entraîne les crachats par Torifice labial volontairement rétréci.
Rire. — Le rire est un acte réflexe caractérisé par une série d'expirations rapides et saccadées, accompagnées d'un bruit spécial produit par les vibrations des cordes vocales. Dans le sourire, seuls les muscles du visage, en changeant leurs positions respectives, modifient l'expression de la physionomie.
Sanglot. — Dans le sanglot, le diaphragme subit une série de contractions convulsives déterminant l'expulsion brusque de l'air et les vibrations intermittentes des lèvres de la glotte.
Ronflement. — Le ronflement est produit par les vibrations du voile du palais ou des liquides obstruant les cavités nasale et buccale, vibrations renforcées par la résonance du naso-pharynx.
Le ronflement est généralement un acte réflexe, mais il peut être |)roduit à volonté. Il suffit pour cela, ainsi que l'indique Béclard, de respirer par la bouche, de porter la langue en arrière et en haut, et d'inspirer et d'expirer avec une certaine énergie. En se plaçant alors
devant un miroir, on voit aisément les vibrations du voile du palais. Leronflement, causé parles vibrations du voile du palais pendant l'expiration, a lieu très facilement quand la bouche est ouverte : quand la bouche est fermée, il a lieu encore, mais moins fréquemment, la colonne d'air de l'expiration qui sort par le nez ne rencontrant le voile du palais que suivant le plan incliné de sa face postérieure.
C'est surtout dans le sommeil naturel que se produit le ronflement. On l'observe également dans le sommeil anesthésique : il marque alors la phase du relâchement musculaire et en général de l'anesthésie absolue.
Hoquet. — Le hoquet est le résultat d'une contraction convulsive et intermittente du diaphragme. Sous l'influence du brusque abaissement de ce muscle, l'air pénètre vivement dans la trachée et provoque en passant les vibrations des lèvres de la glotte.
Bâillement. — Le bâillement n'est autre chose qu'une inspiration lente et profonde, la bouche très largement ouverte, suivie d'une expiration ralentie et volontairement retenue. Le voile du palais pendant l'inspiration s'applique contre la paroi opposée du pharynx et empêche le passage de l'air parles fosses nasales. Dès que la bouche se referme, le voile tombe et l'air reprend son cours normal. Cet acte s'accompagne parfois d'un long bruit comparable à un gémissement. Il en est de même dans le soupir, où cependant l'inspiration est plus profonde et plus lente, la bouche généralement fermée et où l'expiration est plus rapide et plus silencieuse.
Phonation. — Chaussier définit la phonation l'ensemble des phénomènes qui concourent à la production de la voix et de la parole. L'appareil phonateur se compose de trois parties bien distinctes:
1° Le poumon et la cage Ihoracique, qui jouent le rôle d'organes moteurs pour chasser l'air à travers la trachée et le larynx ;
2" Le larynx, dans lequel se produit le son ;
3° Le pharynx, la bouche et les fosses nasales, qui transmettent, renforcent et modifient le son.
Le son est produit par les vibrations des cordes vocales tendues : quand ces cordes vocales restent flasques, comme dans certaines paralysies, le sonne se produitpas. Mais un son ainsi produit au niveau des cordes vocales est peu harmonieux et a besoin de subir dans le tuyau vocal supérieur des transformations (jui lui donnent son timbre et ses autres qualités.
Supposons un instant (Andrieu) le larynx situé aussi haut que possible et s'ouvrant pour ainsi dire à l'isthme du gosier : supposons encore les mâchoires et les lèvres complètement écartées; le son <!ui sera émis dans ces conditions sera criard et désagréable : il aura le timbre auquel on a donné le nom de timbre guttural. C'est le son
que Ton obtient d'un larynx détaché de Tindividu et privé du tuyau vocal.
Supposons maintenant le larynx dans la même position, mais les mâchoires et les lèvres moins écartées et progressivement rapprochées, alors le timbre sera de moins en moins guttural et les sons que Ton obtiendra ne seront plus criards.
On obtient à peu près le même effet si, au lieu de rapprocher les mâchoires elles lèvres, on porte le dos delà langue vers le palais, de manière à rétrécir le tuyau vocal. Cependant ce dernier procédé donne moins de volume à la voix et tend même à l'étouffer.
Les dimensions générales de la cavité buccale sont presque toujours en rapport avec les différences individuelles que Ton observe dans la nature de la voix. Ainsi les personnes qui ont des mâchoires très développées et un orifice buccal médiocre ont la voix sourde ; celles au contraire qui ont la bouche bien fendue et les mâchoires peu développées ont la voix claire à cause du peu de longueur du tuyau vocal.
Parole. — La parole résulte des modifications particulières que fait subir à la voix le jeu des organes de larticulation. Ces organes sont : le voile du palais, la langue et les lèvres. A côté de ces organes qui jouent le principal rôle, il faut également citer le palais osseux, les joues, les dents, le plancher de la bouche, qui ont une action importante bien qu'accessoire.
Un grand nombre d'auteurs ont étudié le mécanisme de la parole. La plupart admettent la division classique des voyelles et des consonnes. Edouard Fournie la défend ainsi :
1° La voyelle est un son produit par la glotte et qui emprunte un timbre distinctif aux dispositions variables des parties du tuyau vocal.
Il résulte de cette définition que les parties dont la disposition préside à la formation du timbre spécial à chaque voyelle, doivent rester immobiles tout le temps que la lettre est émise. Le moindre mouvement, en effet, peut changer le timbre du son. Par conséquent, l'immobilité des parties génératrices du timbre peut être considérée comme un caractère essentiel du son voyelle.
Les voyelles sont essentiellement orales : la cavité des narines peut plus ou moins joindre son retentissement à celui de la bouche ; mais par elle-même cette cavité ne peut donner naissance qu'à un seul timbre, vu que les parties qui la circonscrivent ne peuvent pas être mobilisées pour produire plusieurs timbres différents.
Les prétendues voyelles nasales an, in, on, m/î, n'existent pas. Si on dispose les parties de manière que l'air s'écoule tout à la fois par la bouche et par les narines, on obtient un son faible, criard, nasonné, qui n'a aucune ressemblance avec ce qui se passe dans le langage lorsque l'on prononce la voyelle a suivie de la consonne n, ou de la consonne 72^.
Dans la syllabe «/?, il y a toujours un mouvement de la base de la langue, très peu sensible il est vrai et très rapide, qui a pour etTet de porter le son dans les narines ; ce mouvement très lent et très sensible chez les Méridionaux caractérise la consonne n. Lorsque la la syllabe an est suivie d'un g, la résonance nasale doit être représentée par un nouveau signe riff qui correspond à une véritable consonne. Les sons-voyelles usités dans notre langue sont : a, o, ou, é, è, e, /, à, M, eu, eu.
•2° Les consonnes ne méritent pas, à proprement parler, le nom de sons. Elles sont constituées par un bruit ou un murmure caractérisé comme les sons-voyelles par une disposition particulière du tuyau vocal ; mais ce bruit ou ce murmure ne constitue qu'une partie de la consonne. La lettre n'est complète qu'après que le mouvement de certaines parties bien déterminées est venu donner une expression nouvelle au bruit et au murmure précités. Sans le mouvement des parties le bruit et le murmure sont inqualifiables ; sans le murmure et le bruit, le mouvement des parties est privé d'expression.
Ce mouvement indispensable et qui distingue si bien les consonnes des voyelles a une importance très grande dans le langage. C'est à ce mouvement que la parole doit sa rapidité excessive. En effet le mouvement de chaque consonne s'effectue toujours dans le sens nécessaire à la production de la voyelle qui suit la consonne, de sorte que la production des deux lettres est pour ainsi dire instantanée; on ne met pas plus de temps pour dire a, o, que pour dire pa, po. A ces deux points de vue on peut dire que la consonne donne la vie et le mouvement à la voyelle. Sans la consonne, la voyelle est une lettre morte.
Classification naturelle des consonnes, d'après Edouard Fournie.
Sifflantes Murmurantes Murmurantes Oemi- Explosives,
ou soufflantes. orales. nasales. explosives.
Glultiques h . . . .
Linguo-palalines posLérieures j (espagnol) (j nr/ (j k
Linguo-palatines moyennes ch (chat) j (jn dj le h
Linguo-palatines antérieures s 3 n d t
Linguo-palatines latérales . ', '', r
Linguo-denlales /' i' .
Labiales m h p
Si on lit le tableau dans le sens horizontal, on trouve sur la mémo ligne toutes les consonnes qui sont affectées par le mouvement des mémos parties; si au contraire on lit dans le sens vertical, on rencontre toutes les consonnes qui sont accompagnées dans leur formation d'un phénomène sonore analogue. De cette manière chaque lettre se trouve en regard des deux signes qui doivent la caractériser.
5'i GUIBAUD ET NOGUÉ. — PHYSIOLOGIE DE LA BOUCHE.
En ce qui concerne lacoustique de la bouche dans ses rapports avec la voix, la partie supérieure du tuyau résonateur, la bouche, la langue, la voûte palatine et le voile, le naso-pharynx, les fosses nasales et les sinus accessoires alTectent avec la voix les mêmes rapports qu'une salle avec l'orateur (Braken Kyle, traduction Trivas).
La voix peut être émise correctement, mais sa qualité souiïrira d'une mauvaise acoustique, un édifice peut être beau au point de vue architectural, mais ses propriétés acoustiques peuvent être médiocres. De même que le décorateur peut améliorer l'acoustique de la salle, le laryngologiste et le rhinologiste améliorent l'acoustique de la bouche, en supprimant les conditions fâcheuses qui mettent obstacle à une résonance parfaite, par exemple, l'ablation d'amygdales hypertrophiées, de tumeurs naso-pharyngiennes, la suppression d'une obstruction nasale, etc. Par contre, dans quelques cas, certains états pathologiques peuvent améliorer l'acoustique. Un de nos plus célèbre chanteurs avait des amygdales hypertrophiées : elles étaient si grosses que lorsque la langue était procidente et les muscles dularynx tendus, les amygdales faisaient saillie au point de se rencontrer sur a ligne médiane, et quand l'artiste chantait, en déprimant la langue les tonsilles venaient plonger dans la cavité latérale du pharynx : grâce à cela le chanteur avait un pharynx extraordinairement large et à parois concaves. Dans cette position, les amygdales n'offraient aucun obstacle à l'émission des sons dans le tuyau de résonance, tandis que l'ablation de ces amygdales en aurait altéré à la fois les parois et les propriétés acoustiques.
Uu avantage de la bouche, comme partie du tuyau de résonance, est que les parties molles, et notamment les joues et la langue, peuvent être placées dans des positions variées, de sorte que les parois du tuyau peuvent être dilatées ou contractées, et son plancher rehaussé ou abaissé au gré de l'individu.
Le rôle delà bouche dans la phonation sera mis en évidence par l'étude suivante que nous empruntons à M. Jules Lefort.
Voyelles. — Les voyelles se divisent en trois groupes (1) :
« /"' groupe. — Le principe général de la formation des sonorités de ce groupe réside dans l'avancement très marqué des lèvres. Cet avancement a pour effet d'agrandir la capacité de la bouche, ce qui donne au son plus de rondeur. Il comprend ou, u, eu, d long, o bref, e sans accent, a long.
« Ou. Avancez sensiblement les lèvres comme pour l'action de siffler et dirigez le son vocal vers la petite ouverture laissée au centre. La langue s'est soulevée vers la voi^ite du palais, la pointe s'est légèrement reculée : cette sonorité est la seule qui exige le retrait de la langue.
« U. Même disposition des lèvres, seulement la langue s'élève légèrement, et la pointe vient s'appuyer fortement sur la partie interne des dents inférieures.
(1) J. Lefort, L'émission de la voix, 1877.
aEalong. Abaissez la mâchoire inférieure et par conséquent aussi la langue. La capacité intérieure se trouvera ainsi augmentée. Les lèvres doivent conserver la même forme que pour les voyelles précédentes, l'ouverture eu étant très peu agrandie.
« 0 long. Abaissez un peu la mâchoire inférieure. La capacité antérieure de la bouche s'augmentera naturellement encore et les lèvres, conservant la même forme que pour ou, u, eu, ne subiront qu'un très léger changement dans leur ouverture, qui doit être aussi petite que possible, sans toutefois nuire à la sonorité.
« 0 oref. Abaissez encore la mâchoire inférieure, agrandissez ainsi l'oritice des lèvres en leur laissant la forme ronde. La langue suivra naturellement le mouvement d'abaissement.
<( E sans accent ou eu bref. Augmentez encore l'ouverture des lèvres et laissez la langue dans la même position que pour les voyelles précédentes. Cette voyelle doit toujours, sans aucune exception, avoir la même sonorité que eu dans le mot fleuve. Il existe encore un son qui peut former une seizième voyelle, c'est Ve féminin qui termine les mots féminins finissant par une voyelle : aimé, aimée, chéri, chérie; c'est un adoucissement à la terminaison. Quelle douceur ne donne-t-il pas à la sonorité, quelle tendresse à l'expression !
« A long. Donnez à la bouche son maximum d'ouverture. La langue, qui a suivi les divers mouvements de la mâchoire inférieure, se trouve à l'état normal abaissée sans contraction. Le son vient résonner alors dans l'appareil buccal, .unené à sa plus grande capacité, ce qui lui donne toute sa plénitude
« 2™^ groupe. — Principe général des sonorités de ce groupe : on les produit en retirant les lèvres en arrière.
« /, Y. Soulevez le centre de la langue vers la voûte du palais, entr'ouvrez les lèvres en les retirant même un peu en arrière. Veillez à ce que ce soulèvement de la langue ne soit pas trop prononcé, car il ôterait à 1'/ sa sonorité qui doit être aussi éclatante et aussi ronde que possible, en évitant la contraction, qui lui donnerait un son maigre et étranglé.
« E fermé et ai, ez. Laissez la langue dans la même position et abaissez la mâchoire inférieure.
(( E ouvert, ai, ais, ait, est, es, et. Augmentez l'ouverture des lèvres en abaissant encore la mâchoire inférieure. La langue s'al)aisse naturellement, mais sa base reste soulevée vers le palais, comme pour les voyelles qui précèdent.
« A bref. Abaissez entièrement la mâchoire. Laissez la base de la langue soulevée vers le voile du palais. C'est cette forme de la langue ainsi que le retrait des lèvres qui donnent aux voyelles de ce groupe leur caractère ; la pointe reste forlement appuyée sur les dents. Le son doit être, comme pour Vè ouvert, aussi clair ([ue possible, sans jamais devenir dur; c'est ce qu'on appellerait la voix blanche.
« 3°"' groupe. — Principe général des voyelles de ce groupe : on dirige les vibrations vers les fosses nasales: on, un, an, in. Ces voyelles ont une sonorité particulière; on les appelle nasales par suite de l'abaissement du voile du palais.
«' 11 faut se rappeler qu'elles diffèrent des autres eu ce (jne leurs vibrations, au lieu de se produire à la place inditiuée pour les sons en général, c'est-à-dire à la partie courbe du palais (jui avoisine les dents supérieuies,
ont lieu sur celle qui touche les fosses nasales par suite de rabaissement du voile du palais.
« La langue et les lèvres gardent pour former o/î, uti, an, in, la position qu'elles avaient pour produire o, u, a, i.
(( On est simplement Vo nasal. Les lèvres prennent la même forme que pour celui-ci. La mâchoire inférieure s'abaisse légèrement afin d'augmenter la capacité de la bouche. Ensuite, par des agrandissements successifs et en laissant la langue dans la même position, on passe à un, puis à an et l'on arrive enfin àmqui, de toutes les nasales, nécessite la plus grande ouverture. « Nous ne parlerons pas des diphtongues qui ont réellement une double sonorité comme oi et ui. Elles sont formées chacune de deux voyelles distinctes ou-a et u-i, dont la prononciation a été indiquée. »
Consonnes. — Malgré notre crainte de lasser le lecteur, nous sommes obligés de continuer les explications pi'écédentes en analysant le mécanisme des consonnes. Nous nous efforcerons cependant de résumer un peu ce qu'en dit l'auteur, tout en essayant de faire connaître très complètement sa pensée.
(( L'articulation ou formation de la consonne résulte du degré de pression qu'exercent l'une sur l'autre deux différentes parties de l'appareil buccal ; de la force plus ou moins grande de compression de la colonne d'air dans la bouche et de la détente produite par la séparation des deux agents qui concourent à leur formation. Ces agents sont, pour les labiales, les lèvres ; pour les denti-labiales, les dents supérieures et la lèvre inférieure ; pour les palato-linguales, le palais et la langue. Les consonnes de ces trois groupes sont ou à détente simple, ou vibrantes, ou sifflantes.
<( La consonne vibrante résulte des vibrations que la colonne d'air imprime, soit à la lèvre inférieure, s'appuyant sur les dents supérieures dans la denti-labiale v; soit à l'extrémité de la langue s'appuyant sur le palais dans les palato-linguales z, g doux, y, /■.
« La sifflante est produite par le passage de la colonne d'air à travers l'étroit espace laissé libre entre la lèvre inférieure et les incisives supérieures pour la denti-labiale /, et entre la langue et le palais pour les palatolinguales c doux, s, ch.
« Les labiales sont m, b, p.
« M. Lorsque les lèvres sont fermées naturellement, sans effort, leur brusque écartement produit cette consonne. Avant la détente qui la déterminé, la colonne d'air, ne pouvant pas franchir les lèvres, trouve une issue par les conduits du nez. Comme il n'y a pas de compression, le larynx fait entendre ses vibrations.
« B. Les lèvres s'appuient un peu plus fortement l'une sur l'autre. A l'intérieur de la bouche, la compression de l'air est assez grande pour arrêter presque instantanément les vibrations du larynx. La détente est un peu plus accentuée.
« P. La pression des lèvres l'une sur l'autre est aussi forte que possible ; les vibrations sont complètement supprimées, la compression est complète et la détente tout à fait énergique.
« Les denti-labiales sont v, f, ph.
(( V est formé par la vibration produite par le passage de la colonne d'air entre la lèvre inférieure et les dents supérieures rapprochées ; comme il n'y a pas de compression, on entend résonner l'organe vocal.
« F, PU. Rapprochez, comme pour r, la lèvre inférieure des dents supérieures. La colonne d'air sortant librement du larynx sans le faire vibrer, les sons glotliques ne se font pas entendre, et cette colonne d'air, se frayant un passage entre les dents et la lèvre, donne naissance à un sifflement qui n'est autre chose que la consonne /".
« Les palato-linguales sont /, n, d, l, gn, g dur, c dur, k, q.
« L. Appuyez l'extrémité de la langue sur les alvéoles des incisives de la mâchoire supérieure. L'air trouvant un passage de chaque côté de la langue, il n'y a pas de compression et le larynx fait entendre des vibrations. La détente détermine cette première palato-linguale.
« N. Appuyez une partie plus grande de l'extrémité de la langue contre le palais, de manière à empêcher la sortie de l'air qui cherchera son issue par le nez. Les lèvres restent ouvertes et les vibrations glottiques se font entendre jusqu'à ce que la détente vienne former n. Cette direction forcée de la colonne d'air par le nez fait donner à m, n, gn le nom de consonnes nasales.
« D. La pression de la langue contre le palais est plus forte et a lieu sur une plus grande surface. Les conduits nasaux se ferment sous la force de la compression de la colonne d'air, compression qui arrête presque instantanément les vibrations du larynx. La détente détermine la consonne.
« T. Pression plus forte encore que la précédente et compression complète. Les vibrations glottiques ne se font plus entendre. Détente énergique.
« Gn. Nous devons placer ici, en suivant l'ordre de la pression de la langue sur le palais, la double consonne gn qui, ne demandant qu'un seul mouvement pour se produire, devrait être représentée par un seul signe ; gn avant son articulation laisse percevoir les vibrations du larynx comme n. Appuyez le centre de la langue contre la voûte palatine, puis opérez la détente.
<( G dur, C dur, K, Q s'obtiennent en soulevant la base de la langue, en l'appuyant sur le palais et en l'abaissant brusquement. Les vibrations du larynx se font entendre pendant quelques instants pour le g dur. Nous l'avons conséquemment mise la première de ces quatre palato-linguales comme la plus faible du groupe, la compression n'étant pas aussi complète que dans les suivantes.
« Pour les trois dernières, la compression de la colonne d'air empêche la production des vibrations glottiques et une détente énergique vient, en abaissant la langue, former ces trois consonnes qui ont la même prononciation.
Les palato-sifflanlrs linguales sont les suivantes : . « C doux, iS résultant d'une pression légère de la moitié antérieure de la langue contre le palais. L'air m passant entre ces deux agents produit un sifflement que la détente fait cesser.
« CH. Même observation que pour gn ; il devrait s'écrire avec un seul caractère. Cette double consonne est le produit d'un sifflement moins aigu, mais réel. L'extrémité et les l)ords latéraux de la langue se rap|)r<)chent du l)alais et forment au centre une cavité que l'air traverse, ce qui donne au sifflement une sonorité plus large. Les lèvres s'avancent fortement.
« -Y se compose de deux mouvements: 1° appui de la base de la langue contre le palais, détente; 2° soulèvement de la pointe de la langue, sifflement, détente.
« Les palato-linguales vibrantes sont produites par les rapprochements successifs et rapides de l'extrémité de la langue contre la partie du palais
qui avoisine les dents. Sous l'influence du passage de l'air, ces rairprochements constituent des vibrations à divers degrés de force.
<( Z. Soulevez la pointe de la langue vers le palais. Mettez en vibration l'organe vocal, l'air, trouvant un léger obstacle à son issue, fera vibrer légèrement la langue et donnera naissance à la vibrante.
« J, G doux. La différence entre ces deux consonnes et la précédente est absolument la même que celle qui existe entre s et ch, les bords de la langue se rapprochent du palais, de façon à former une cavité au centre. Seulement au lieu d'un sifflement, c'est une vibration que l'air im])rime à l'extrémité de la langue.
<( R. La plus forte des palato-linguales vibrantes est le résultat des vibrations que la colonne d'air communique à la langue soulevée sans contractions contre le palais. Ces vibrations doivent toujours être produites par la pointe de la langue et jamais parla partie qui avoisine le larynx. »
M. Lefort ne considère la lettre h que « comme un signe modificateur qui change la prononciation de la sifflante c doux et de la labiale p, pour en faire ch et ph. Cette lettre manque entièrement du mouvement qui est le signe caractéristique des consonnes ».
L'étude du mécanisme de rémission des syllabes a été faite au moyen de la méthode graphique et a permis des constatations du plus haut intérêt.
Sans nous étendre sur ce sujet et seulement pour donner un aperçu de ce procédé de la phonétique expérimentale, choisissons l'exemple suivant (1) :
C'est un fait d'observation vulgaire que la résonance nasale se produit par l'abaissement plus ou moins complet du voile du palais, mais ce dont on ne semble pas toujours tenir suffisamment compte, quand on traite de la prononciation des voyelles nasalisées, c'est que, grâce à une disposition spéciale des muscles glosso-pharyngiens, cet abaissement ne se produit jamais sans provoquer un changement assez important dans la disposition de la langue, de la mâchoire inférieure et des lèvres. Je craindrais d'empiéter sur le domaine de la physiologie pure en exposant ici le pourquoi de cette correspondance dans le fonctionnement des organes de la parole, et je me contenterai de la signaler.
On peut, en second lieu, prouver que l'abaissement du voile du palais n'est pas complet pendant l'émission des voyelles nasalisées. Il suffit pour cela de se pincer le nez avec le pouce et l'index pendant la prononciation de ces sons.
Si l'abaissement était complet, c'est-à-dire s'il y avait obstruction du passage pharyngo-buccal, tout le souffle sortirait forcément par le nez et en pinçant ce dernier, non seulement on arrêterait l'écoulement de l'air, mais onempêcherait aussi la formation du son, car sans courant d'air il n'y a pas de
(l'i A. ZuND-BuRGUET, Reclierclies expérimentales sur le timbre des voyelles nasales françaises {Archives internationales de laryngologie, d'otologie et de rhinologie, juillet-août 1903). Les figures 26 à 32 ont été reproduites d'après ce mémoire.
vibrations sonores des cordes vocales et par conséquent pas de voyelles proprement dites. Or, en faisant cette expérience, on remarquera tout de suite que la fermeture du nez n'empêche nullement la prononciation absolument correcte des voyelles nasalisées.
L'expérience peut, du reste, servir à démontrer aussi l'exactitude de ce que j'ai avancé plus haut, à savoir que les voyelles dites à résonance nasale sont à résonance orale au même titre que les auti'es.
Scientifiquement, le point qui nous intéresse en ce moment, peut aisémen être mis en évidence par l'application delà méthode graphique. Voici de quelle manière : on dispose sur le support de l'appareil enregistreur deux tambours
Fig. 26. — La ligne inférieure (B) correspond à l'émission buccale, la ligne supérieure (N) à rémission nasale du souffle ; les deux syllabes prononcées sont gna (premier groupe) et (jnan (second groupe). Les verticales indiquent le début des phénomènes (Zund-Burguet).
à levier reliés l'un à une embouchure, l'autre à une olive nasale. Celte dernière est introduite dans l'une des narines, tandis que l'embouchure est appliquée sur la lèvre inférieure. En prononçant alors des syllabes comme gna, gnaii, dont la première se compose d'une consonne nasale (gn) et d'une voyelle orale (a), la seconde d'une consonne nasale [gn] et d'une voyelle nasalisée {on), on obtient un tracé graphique à double trait. La ligne supérieure de ce tracé (fig. 26, N) correspond à l'émission nasale, la ligne inférieure (fig. 26, B) à
Fig. 27. — La lij;nc inférieure (B; correspond ù l'émission buccale la ligne supérieure iN) à l'émission nasale du souffle sonore pendant la prononciation des (lualre voyelles nasalisées an, on, in, un (Zund-Burguel).
l'émission buccale du souflle sonore. Au premier coup d'œil on remarque que la ligne inférieure est entièrement droite à l'endroit de la consonne nasale gn tandis qu'à la même place la ligne supérieure est fortement sinueuse ; le passage pharyngo-ijuccal ayant été complèlemenl obstrué, le souflle est sorti à travers les fosses nasales.
A l'endroit de la voyelle orale a du premier groupe, nous voyous juste le contraire : le voile du palais ayant été soulevé au moment de la prononciation de ce phonème, l'air s'est échappé exclusivement par la bouche, les émissions nasale et ])uccale pures se trouvent ainsi nettement caractérisées. Pour bi voyelle nasalisée an, nous voyons que les deux lignes supérieure et inférieure sont également sinueuses, ce qui prouve clairement que le souflle sonore a
été émis simultanément par le nez et par la bouche, ainsi qu'il s'agissait de le démontrer (fig. 27).
En inscrivant, à laide du dispositif que je viens de décrire les quatre voyelles nasalisées ou, on, in, un, les seules qui soient usitées dans le système phonétique du français littéraire, nous obtiendrons des tracés à peu près identiques dans tous les cas, ce qui prouve bien que le fait de la double émission ou, pour mieux dire, de la double résonance est constant.
Pour étudier la position de la langue dans la prononciation des voyelles, on emploie un procédé des plus ingénieux imaginé par Hagelin, de Stockholm : c'est le palais artificiel recouvert d'unenduit coloré sur lequel le contact de la langue restera marqué (fig. 28 à 32j.
Cette méthode, qui permet de se rendre si aisément compte du jeu de la langue dans les divers phénomènes de la parole, a été ensuite appliquée à renseignement des langues vivantes. Elle est couramment employée dans nos grandes Facultés, où elle permet de comprendre le
Fig. 28.
FifT. 2 9.
Fi
Fig. 32.
Fig. 30.
Fig. 28 à 32. — L'espace derrière les traits indique l'endroit où la langue a touché au palais pendant lajprononciation des voyelles figurées (Zund-Burguet).
mécanisme de la formation des mots, et d'enseigner facilement la prononciation des syllabes étrangères.
Par le rôle si important de la bouche dans la parole on conçoit aisément quel trouble peut résulter dune lésion quelconque des parties qui la composent : perforation du voile palatin ou de la voûte palatine, gomme, tumeur ou ulcération des joues, de la langue, des lèvres, malposition ou chute des dents, malocclusion des arcades, etc. On conçoit également que des appareils de i)rothèse défectueux puissent altérer considérablement la prononciation.
Vices de prononciation. — Les vices de prononciation les plus fréquemment observés sont les suivants :
Le bégaiement, caractérisé parla longue hésitation à articuler certaines syllabes, la répétition saccadée de ces syllabes et parfois l'impossibilité de les prononcer.
Le grasseyement, caractérisé par le fait que Vr ne peut être prononcé correctement et que, s'il est joint à une autre consonne, le sujet fait entendre en la prononçant un son guttural caractéristique.
La lallation ou lambdacisme consiste dans le doublement de / ou dans son remplacement par la lettre r.
La blésité consiste dans la substitution à une consonne dure d'une consonne plus douce le z à Ts, le d au t, le s au g.
Le bredouillement est une prononciation peu distincte, parfois rapide et saccadée.
Le mutisme est l'apanage des idiots et des sourds-muets de naissance.
Sifflet. — Un grand nombre de théories ont été imaginées pour expliquer le mécanisme de ce phénomène.
Cagniardde Latour le concevait ainsi: 1° selon toute apparence, le son du sifflet vient de ce que l'air, en passant par le conduit formé par les lèvres contractées, subit un frottement intermittent propre à engendrer un son primitif qui acquiert de l'intensité en communiquant ses vibrations à l'air contenu dans la bouche ; "i" la bouche ellemême, la trachée-artère et les poumons peuvent avoir une certaine influence sur les vibrations du conduit siffleur ; 3° si les lèvres ellesmêmes ont une vibration, celle-ci n'est pas une condition nécessaire pour que les sons du sifflet se produisent.
Pour Longet, l'instrument siffleur de l'homme est comparable à l'appeau des oiseleurs. L'orifice antérieur est formé par les lèvres, l'orifice postérieur par la langue et le palais et le tuyau renforçant est placé entre les lèvres et la langue.
Edouard Fournie pense que le sifflet se produit par un mécanisme analogue à celui du son dans les tuyaux à bouche de l'orgue. Les lèvresétant projetées en avantet contractées de manière à circonscrire un orifice circulaire, ménagent une petite cavité entre elles et les dents. La langue est appuyée par sa pointe contre les dents de la mâchoire inférieure, puis elle se redresse immédiatement sous la voûte palatine, de manière à former un petit canal aplati. Le petit canal formé par le rapprochement de la langue contre la voûte palatine représenterait la lumière d'un tuyau d'orgue : l'air s'écoulerait sous la forme d'une petite lame venant se briser sur le biseau que lui présentent les dents de la mâchoire supérieure ; le son serait produit par l'elTet de ce brisement et la cavité située entre les dents et les lèvres formerait le tuyau de renforcement.
Si, au lieu d'appliquer la pointe de la langue contre les dents de la
mâchoire inférieure, on l'applique contre le palais, au niveau de la racine des incisives supérieures, en ménageant une petite ouverture pour le passage de l'air et en ayant soindentr'ouvrir les lèvres, c'est encore le brisement de la lame d'air contre le bord inférieur des dents ([ui produit le son. De même quand la pointe de la langue étant repliée en arrière, à laide de l'index et du médius de chaque main, placés en forme de V, la colonne d'air qvii passe entre le palais et les doigts vient se briser sur les bords des dents.
Amoédo (0.). — Les dents, in Traite d anatoinie humaine de Potrier et Charpy,
2'^ édition. Paris, 1901.
Arthus (M.^ — Précis de physiologie, 3« édition. Paris. 190S. Beaunis (IL). — Nouveaux éléments de physiologie humaine, 3« édition. Paris, 1888. BÉCLARD (J.). — Traité élémentaire de physiologie. Paris, 1880. Bérard (P.). — Cours de physiologie. Paris, 1M8.
Bernard (Cl.). — Leçons sur les propriétés des liquides de lorganisme. Bordeu. — CEuvres complètes 1742).
Cruet. — Hygiène et thérapeutique des maladies de la bouche, 2<^ édition. Paris,
Duv.AL (Mathias) et E. Glev. — Physiologie, 9» édition. Paris, 1909. Ferrein (A.). — Sur le mouvement des deux mâchoires pour l'ouverture de la
bouche. Mémoires de L'Académie des Sciences. Paris, 1744. FoMT (J.-A.). — Manuel de physiologie humaine. Paris, 1880. Gerdy, — Physiologie médicale didactique et critique. Paris, 1832. Johnson (C. N.). — L'obturation des dents (adaptation française de Gires et Robin),
2« édition. Paris, 1909.
Landois (L.). — Traité de physiologie humaine traduit de l'allemand par Mocjuin-
Tandon). Paris, 1893.
LoNGET (F. -A.). — Traité de physiologie. Paris, 1868. Macé (J.). — Histoire d'une bouchée de pain, 68'' édition. Paris. -MoNTEUUis et Pascaui.t. — La mastication comme méthode de traitement dans les
maladies chroniques {Journal des Praticiens, 1906). MoRAT et DoYON. — Traité de physiologie, t. IV. Paris, 1902. Poirier et Charpy. — Traité d'anatomie humaine, 2« édition. Paris, 1901. Roy. — Le muscle orbiculaire des lèvres. Thèse de Bordeaux, 1890. S.\uvEz, WiCART et Lemerle. — .\nalomie et physiologie de la bouche et des
dents [Manuel du chirnrgien-denliste\ 2^ édition. Paris, 1905. ScHiFF. — Leçons sur la physiologie de la digestion. Paris, 1867. Testut (L,\ — Traité d'anatomie humaine, 5« édition. Paris, 1905. ViAiLT et Joi.YET. — Traité élémentaire de physiologie humaine. Paris, 1898.