ÉTIOLOGIE. — NATURE DES ACCIDENTS
signalaient aussi l'absence des prétendus accidents de dentition chez les animaux domestiques. Fleischmann démontra que la salivation de l'éruption dentaire était absolument physiologique et en rapport avec le développement des glandes salivaires.
Sous ces attaques répétées, les idées anciennes se modifièrent peu à peu et on peut dire qu'aujourd'hui la doctrine hippocra tique pure n'a plus qu'un intérêt historique.
Les accidents de la dentition furent envisagés à un point de vue particulier par Séjournet (1) et Besson (2), dont les idées sont encore soutenues par un certain nombre d'auteurs (Frey).
L'éruption des dents serait simplement une cause adjuvante^ occasionnelle préparant le terrain pour les diverses maladies de l'enfance, déterminées d'ailleurs par leurs causes habituelles « et ici l'évolution dentaire ne seraitplus qu'un facteur mettant enjeu l'état pathologique du sujet déjà en puissance par d'autres causes, telles que milieu, hérédité, débilité, aboutissant à des troubles de nutrition générale » (3). Pour Besson, l'éruption des dents doitètre considérée, comme un des différents phénomènes de la croissance ; elle obéira donc aux lois qui régissent ces phénomènes ; c'est ainsi qu'elle pourra constituer un véritable traumatisme, dans un organisme dont la nutrition est pervertie. » Ce ne sont là que des modifications de la doctrine hippocratique : si la dentition n'est plus la cause unique, elle reste la cause déterminante des accidents.
La seconde moitié du xix*^ siècle, pendant laquelle se déroulaient les discussions que nous avons rapportées voyait se produire la véritable révolution scientifique qui suivit le triomphe des idées pastoriennes. Ces idées nouvelles sur l'infection modifiaient à ce point toutes les théories médicales, que, pour la plupart d'entre elles, on faisait table rase de foules les hypothèses antérieures.
La question des accidents de dentition devait y trouver une explication à notre sens définitive, bien qu'encore discutée.
Elle est du reste envisagée, dès lors, à un point de vue plus général et on cherche à rapprocher les accidents de la première dentition de ceux de l'éruption de la dent de sagesse : idée si naturelle que l'on peut être surpris qu'elle ait mis vingt-deux siècles à se formuler, idée féconde car, plus facilement observables, plus accessibles à la critique, les accidents de la dent de sagesse vont être étudiés par un grand nombre d'auteurs, et ces études éclaireront par contre-coup la pathogénie des accidents de la première dentition.
L'éruption de la dent de sagesse se fait évidemment p;u- le même
(1) SÉJOURNET, Thèse de Paris, 1885.
(2) Besson, Thèse de Paris, 1899.
(3) Savoye, loc. cit.
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mécanisme que celui des autres dents, et ne pas faire aux autres périodes de la dentition l'application des théories basées sur les faits observés à cette période, serait du plus évident illogisme.
C'est à Redier que revient le mérite d'avoir montré de la façon la plus précise et avec les arguments les plus démonstratifs le rôle de Vinfeclion locale dans la patliogénie des accidents de la dent de sagesse, et d'avoir prouvé qu'elle en était la cause unique.
Reprise par d'autres auteurs et en particulier par Capdepont (l) qui l'appuie de constatations anatomiques nouvelles et en précise le mécanisme, la théorie infectieuse nous paraît absolument établie en ce qui concerne les accidents de la dent de sagesse.
C'est elle qui nous donnera également la seule explication rationnelle des accidents de la première dentition.
Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait rien de fondé dans les théories mécaniques des accidents de dentition: mais nous pensons qu'il en faut restreindre l'importance à ceci — et uniquement à ceci — qu'en retardant l'éruption de la dent les obstacles mécaniques augmentent les chances d'infection.
Dans sa réaction contre les idées hippocratiques, Magitot avait évidemment dépassé la mesure. « Entre l'assertion de Magitot, dit Savoye (2), qu'il n'y a pas d'accidents de la dentition, et la doctrine hippocratique, il y a place pour une opinion que Charpentier, dans la discussion à l'Académie de 1892, fait pressentir. « L'éruption dentaire, dit-il, si elle rencontre quelques difficultés, peut devenir pathologique. Il suffit de mettre le doigt dans la bouche d'un nouveau-né, pour constater la tuméfaction des gencives, leur gonflement; il y a élévation de la température, constalable au thermomètre; la bouche est douloureuse. Rien d'étonnant à ce que cette éruption, cette sortie de la dent, retentisse sur toute l'économie de l'enfant, et détermine des accidents du côté du tube digestif ou du cerveau, accidents que l'incision de la gencive supprime en général. // n'y a peut-être pas de maladies de la dentition, mais il existe certainement des accidents qui se montrent à l'occasion de la dentition. » Si Magitot, en effet, a raison en principe, il faut admettre cependant que les accidents locaux de l'éruption peuvent donner lieu à la plupart des symptômes généraux observés sous le nom d'accidents de la dentition, et en fournir l'explication très simple. Dans le plus grand nombre des cas, en effet, si on a pu lesbien observer et les soumettre à l'analyse, comme pour les stomatites, les ostéites et les nécroses des mâchoires, l'infection locale nous donnera la clef de tous les phénomènes. »
Ces idées, défendues par Savoye dans sa thèse, sont celles de son
(1) Capdepont, Pathogénie des accidents de la dent de sagesse [Revue de stomatoloffie, 1901).
(2) Savoye, Thèse de Paris, 1902.