P. FARGIX-FAYOLLE. — ACCIDENTS DE LA DENTITION
et trouve presque toujours une fente ou une fine perforation de la muqueuse.
La théorie infectieuse restreint, on le voit, autant qu'elle le précise le cadre des accidents de dentition. Des anciens accidents des auteurs où rentrait presque toute la pathologie infantile, il ne reste plus que les accidents locaux et les complications locales et générales de ces accidents. Les accidents locaux consistent dans rinflammation sousgingivale (1), accompagnée, comme toute inflammation, de douleur (douleur pouvant déterminer chez l'enfant Tinsomnie, le refus de lalimentation, des manifestations nerveuses pouvant se traduire par des convulsions), dans les complications banales possibles de cette inflammation : stomatite, nécrose des mâchoires, etc. On pourra observer des troubles digestifs par défaut d'alimentation, sans doute aussi par déglutition des produits septiques formés au niveau de la région infectée, de la fièvre, même élevée, comme peut en déterminer tout accident inflammatoire chez Tenfant. Quant aux autres accidents des anciens auteurs laryngite striduleuse, spasme de la glotte, bronchite, broncho-pneumonie, méningites, affections cutanées), // les faut définitivement rayer du nombre des accidents de la dentition.
On observe le plus souvent les accidents dont nous venons de parler lors de la première dentition et de Téruption des dents de sagesse. Pour être beaucoup plus rares au moment de l'éruption des premières et des secondes grosses molaires, des accidents analogues ne s'en produisent pas moins quelquefois. Ces accidents, de par la situation qu'occupent ces dents au moment de leur éruption, doivent être rapprochés des accidents de la dent de sagesse et, dans les cas graves, ils en rappellent absolument les caractères un peu particuliers (trismus, etc.) (2).
L'éruption des vingt dents de remplacement s'accompagne rarement d'accidents, d'ailleurs analogues, lorsqu'ils se produisent, à ceux de la première dentition (3). Les complications sont à ce moment beaucoup moins fréquentes, soit que la résistance de l'enfant à l'influence d'une affection locale soit plus considérable, soit, comme le remarque Cruet, que le diagnostic des affections générales qu'il peut présenter en même temps que les phénomènes de l'éruption soit plus facile à rattacher à ses véritables causes.
(1) Nous employons à dessein ce terme, dont nous préciserons plus loin la portée.
(2) Voy. Frev, Monographie de la dent de six ans : obs. II, p. 24.
(3) On a invoqué pour expliquer les accidents d'éruption des vingt dents de remplacement l'influence du manque de place. C'est là une conséquence des idées sur l'origine mécanique des accidents dont il semble que la plupart des auteurs ne se libèrent qu'à regret. Ici l'erreur est double : d'une part, la compression ne saurait expliquer un accident de dentition, d'autre part, dans le cas présent, cette compression n'existe pas. Il est bien démontré depuis Miel que la somme des diamètres médio-distants des vingt dents de remplacement est égale à celle des mêmes diamètres des vingt dents temporaires.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — PATHOGÉME. 285
Les accidents que Ton voit fréquemment accompagner l'éruption très tardive (1) de certaines dents ressortissent à la même cause : Tinfection.
Certains troubles trophiqiies semblent devoir rentrer dans le groupe des accidents de la dentition. Jacquet et ses élèves ont décrit des cas de pelade dont la cause leur a paru devoir être rattachée à l'évolution dentaire (2). Il y aura lieu de se demander, lorsque sera définitivement établie la réalité du lien qui rattache ces accidents à la dentition, si celle-ci les détermine directement (dans le sens où les hippocratistes comprenaient les accidents de la dentition) ou s'ils ne sont qu'une complication indirecte, c'est-à-dire la complication d'un accident infectieux local (3).