P. FARGIX-FAYOLLE. — ACCIDENTS DE LA DENTITION
sentant à Tenfant qu'un sein toujours bien lavé et aseptique; à son défaut, Tusage du lait stérilisé, donné avec une cuiller ou un biberon stérilisés » (1), telle sera la première précaution à prendre. Les hochets ou autres corps durs, auxquels un préjugé populaire accorde la propriété de hâter Téruption des dents et qui en réalité traumatisent les gencives, y déterminent de petites excoriations et créent en un mot autant de portes d'entrée à l'infection, seront absolument proscrits. II sera utile d'examiner de temps à autre les gencives et la bouche de l'enfant pour y découvrir les lésions locales qui pourraient y exister.
« Si malgré ces précautions l'éruption donne lieu à des phénomènes inflammatoires locaux (et qu'un œil très exercé seulement pourra parfois découvrir), on ne devra pas hésiter à ouvrir avec la pointe du bistouri les abcès sous-gingivaux (2) correspondant au sommet de la dent en voie d'éruption, ou en tout cas à débrider la gencive, même si elle ne présente encore que des phénomènes de rougeur et de gonflement. Dans ce cas, le sommet de la dent sera dégagé en totalité et de petits lavages antiseptiques avec une seringue munie d'une aiguille fine seront pratiqués s'il y a lieu sous la gencive (2). »
L'incision préventive de la gencive au niveau d'une dent que l'on suppose prête à faire son éruption est absolument contre-indiquëe. Elle peut aller directement à l'encontre du but poursuivi. A la suite de cette incision, en effet, si l'éruption ne se produit pas rapidement, la plaie se cicatrise et la couronne de la dent doit ensuite traverser ce tissu cicatriciel plus dense et plus résistant que le tissu gingival normal.
Quant aux différents topiques proposés, ils satisfont le besoin de thérapeutique locale des parents. Ce serait une illusion que de leur attribuer une véritable efficacité.
Voici quelques formules indiquées par les auteurs :
N» 1. Sirop de belladone 10 grammes.
Chlorhydrate de cocaïne 0g"",5C
(Combyj.
N" 2. Glycérine 10 grammes.
Chlorate de potasse 2 —
(Bergeron).
N» 3. Safran 3 grammes.
Tamarin 30 —
Eau 100 —
Miel 200 —
(Sirop Delabarre).
N» 4. Teinture de belladone
„. , ,. , àa X s?outtes.
Chlorotorme
Sirop de miel / -• ^a „„
' , „ ,, ' aa 10 grammes.
— de fleurs d oranger )
(1) Cruet, loc. cil.
[1) En réalité, c'est l'ouverture de la cavité péricoronaire: ouverture qui fait cesser la rétention et l'exaltation de la virulence microbienne, que réalise l'incision. (3) Chuet, loc. cil.
Les substances qui entrent dans ces préparations étant souvent toxiques, on évitera des applications par trop fréquentes, d'autant, comme nous venons de le signaler, que l'action de ces topiques est plus que problématique.
En présence à' accidents généraux on n'admettra l'origine dentaire qu'après avoir constaté localement des signes non douteux d'inflammation gingivale et après avoir recherché et éliminé avec soin toutes les autres causes. Si le traitement et l'amélioration locale n'amendent pas les accidents généraux, on soupçonnera une erreur de diagnostic et on recherchera de nouveau une autre cause aux symptômes constatés.
Une hygiène buccale minutieuse devra être instituée dès la sortie des dents temporaires et sera le meilleur traitement prophylactique des accidents de la seconde dentition. Le brossage avec une brosse dure des diverses surfaces des dents et des gencives sera pratiqué matin et soir avec du savon. Dès la sortie des dents de six ans, plus tôt s'il existe du tartre, il sera bon d'y ajouter une fois par jour l'emploi d'une poudre analogue à la suivante :
Borate de soude 5 grammes.
Carbonate de magnésie 15 —
Essence de menthe Q. S.
La bouche des enfants sera examinée au moins tous les six mois et après chaque maladie. Les caries qui pourraient survenir seront traitées de suite.
Le traitement des accidents de la seconde dentition pourra comprendre, suivant les indications, l'ablation du tartre par uncurettage minutieux, l'extraction ou l'obturation des dents cariées, les bains de bouche antiseptiques (eau oxygénée, permanganate, sublimé, formol, etc.). Dans les cas où un capuchon muqueux recouvre la dent de six ans ou la seconde molaire en éruption, il faudra détruire la gencive à ce niveau, soit au thermo ou au galvanocautère, soit au bistouri, soit en employant les caustiques [acide sulfurique de Nordhausen(P. Robin)]. S'il s'agit d'une des dents de remplacement, on pourra débrider la gencive à son niveau.
Les accidents qui accompagnent souvent l'évolution très tardive de certaines dents (canines en ectopie en particulier) sont d'ordinaire justiciables de l'extraction. Dans les autres cas, leur traitement ne difl'ère pas de celui des autres accidents de dentition.
Traitiî: de stomatologie. II- — 19