‹ Traité de stomatologie (volume 5)Chapitre 13 sur 154 · A - MILIEU BUCCAL · texte numérisé non relu

A - MILIEU BUCCAL

Chez l'homme sain, en dehors de tout état pathologique, la cavité buccale est Thabitat dîme quantité considérable d'espèces microbiennes. Ce fait a été mis en lumière pour la première fois par Leeuwenhoek (1), qui, examinant au microscope une trace de matière recueillie dans un interstice dentaire et délayée dans une gouttelette de salive, nota la présence d'une foule « d'animalcules infiniment petits et qui s'y mouvaient de la façon la plus réjouissante ».

Dès cette première observation, Leeuwenhoek décrit et figure des formes arrondies et des formes allongées qui correspondent évidemment à nos Cocciis et à nos Bacilles. Le nombre de ces êtres est tel, ajoute Leeuwenhoek, « qu'il n'existe pas autant d'hommes dans les Provinces-Unies que je possède d'animalcules vivants dans ma bouche ».

Nous pouvons aisément, et avec plus de rigueur, répéter l'expérience de Leeuwenhoek. A l'aide du dos d'un scalpel raclons légèrement la muqueuse buccale, de préférence au niveau du collet des dents ; diluons dans une gouttelette d'eau, sur une lame de verre, la matière ainsi obtenue; étalons le mélange, séchons et colorons avec une solution de couleur d'aniline, suivant la technique exposée plus loin. Une telle préparation, examinée avec l'objectif à immersion, montre, à côté de quelques cellules épithéliales pavimenteuscs et de rares leucocytes, un nombre et une variété considérables de microbes : coccus arrondis, isolés, groupés en amas zoogléiqucs, en chaînettes ; bacilles de tailles diverses, quelquefois sinueux, lilanuMiloux: fins spirilles plus ou moins contournés.

(1) Leeuwemioek, Opéra omnia, sivc arcana natura detecla. Leyde, 1722, t. II, p. 39.

A, BESSOX. — BACTERIOLOGIE DE LA BOUCHE.

Préparation de buccal.

L'importance de la découverte de Leeuwenhoelv ne fut vraiment comprise qu'après plus d'un siècle, quand les recherches de Davaine, de Lister, de Pasteur eurent attiré l'attention sur le rôle des bactéries ; alors les travaux se multiplient et l'on commence à étudier systématiquement la flore buccale et à se rendre compte de sa signification étiologique.

La variété considérable des espèces microbiennes que l'on rencontre dans la bouche a longtemps dérouté la sagacité et la patience des chercheurs ; aujourd'hui encore beaucoup de faits restent inexpliqués et la nature de certaines affections buccales demeure incon-

nue.

Une constatation singulièrement troublante. est qu'à côté des microbes vivant ordinairement dans l'air, on rencontre dans la bouche, dans les conditions normales de l'existence et en quelque sorte à l'état saprophytique, un grand nombre d'espèces bactériennes que l'on connaît pour être éminemment pathogènes. En étudiant la flore normale de la bouche, nous y enregistrerons la présence constante ou fréquente du Streptocoque pyogène, des Staphylocoques, du Pneumocoque, etc., et les recherches récentes ont ajouté à cette liste, outre le Bacille de V angine de Vincent, un grand nombre de microbes anaérobies, agents ordinaires des suppurations gangreneuses.

C'est d'ailleurs un fait constaté depuis des siècles que la salive est virulente et que les plaies souillées de mucus buccal ou produites par des balles mâchées présentent un caractère de gravité exceptionnelle. Nous possédons deux observations, dont l'une nous a été communiquée oralement par le professeur Du Cazal, où une femme, voulant faire pénétrer une boucle d'oreille dans un lobule mal perforé, la mouilla de salive ; dans ces deux cas, la femme contracta unérysipèle de la face ayant débuté par le lobule; la salive contenait donc, d'une façon indubitable, un Streptocoque virulent. De tels faits cliniques sont fort intéressants pour l'étude des bactéries de la bouche car, malheureusement, certains des microbes les plus nocifs pour l'homme, le Streptocoque, le Staphylocoque, par exemple, sont souvent dépourvus de toute action pathogène pour les animaux de laboratoire ; d'où les échecs de la méthode expérimentale quand il s'agit de déterminer la virulence de ces microbes isolés chez l'homme.

La démonstration de l'existence de microbes pathogènes, à l'état normal, dans la bouche de l'homme jette un jour nouveau sur l'étio-

Page 1