‹ Traité de stomatologie (volume 5)Chapitre 123 sur 154 · IV. — SYMPTOMES ET FORMES CLINIQUES · texte numérisé non relu

IV. — SYMPTOMES ET FORMES CLINIQUES

Les diverses lésions observées au cours de l'évolution vicieuse de la dent de sagesse se traduisent par des signes physiques et des symptômes fonctionnels. Dans le premier groupe, l'exploration de la cavité buccale et des régions avoisinantes permet de ranger par ordre d'importance : le gonflement de la gencive dans l'aire alvéolaire correspondant à la dent de sagesse, l'ulcération et la division de cette gencive en lambeaux irréguliers, une inflammation plus ou moins diffuse étendue aux régions avoisinantes, en particulier aux piliers du voile et à l'amygdale palatine, des ulcérations diverses sur la langue ou la joue en cas de déviations de la dent. L'inflammation propagée aux tissus avoisinants crée des fluxions, des tuméfactions pouvant même arriver à la formation de traînées purulentes. L'adénite sous-maxillaire est très fré(piente, constante même avec les phénomènes inflammatoires d'une certaine intensité. L'exploration de la table interne de l'os maxillaire inférieur, et de la face externe de la tubérosité du maxillaire supérieur, permet de reconnaître, à une saillie particulière, l'existence d'une dent de sagesse en évolution. En cas d'ostéite, accident surtout observé au maxillaire inférieur, l'os est tuméfié sur une assez grande étendue et souvent dans le voisinage de l'angle de la mâchoire; des traînées purulentes peuveiU en être la conséquence. On peut alors observer des poussées phlegmoneuscs étendues vers le pharynx, la région cervicale, la région médiastinale, la fosse temporale. Des fistules peuvent s'ouvrir à la peau ou ù la muqueuse. Ces trajets conduisent dans l'épaisseur de la branche montante, à plus ou moins grande distance du bord alvéolaire.

De tous les signes subjectifs, le plus fréquent est la douleur, revêtant le plus souvent le caractèrede névralgies. L'intensité de l'intlammalion s'étendant jusqu'aux nerfs voisins, nerf dentaire inférieur en particulier, donne lieu à des phénomènes douloureux très graves avec irradiations très étendues.

Les troubles fonctionnels consistent surtout en ç^vnc des mouvements de mastication. La gêne peut être due à l'irritation du bourrelet gingival entre les arcades dentaires et à la tiouleur (pii en résulte, aux douleurs éveillées par les mouvements de l'articulation lemporomaxillaire, aux phénomènes réflexes consistant en contracture des muscles masticateurs. Celle-ci peut aller jusipi'à créer une véritable occlusion des mûchoires. Cette occlusion ou trismus peut exister avec de sinqiles névralgies sans lésions mucpieuses ou osseuses graves.

La propagation des phlegmons dorig-ine dentaire àlafosse ptérygomaxillaire, au canal dentaire, expliquent les paralysies siégeant dans le domaine des nerls facial ou dentaire inférieur. En outre, dans le territoire de ce dernier nerf peuvent apparaître des phénomènes d'anesthésie.

La dysphagie existe dans les cas d'inflammation propagée à l'isthme du gosier ou dans les cas d'abcès ou d'adéno-phlegmons en rapport avec la paroi latérale du pharynx.

Les douleurs peuvent être irradiées vers loreille. Dans les formes suppurées la température est très élevée.

Ces divers symptômes peuvent apparaître au cours de l'évolution pathologique de la dent de sagesse ; leur agencement peut être varié ; aussi y a-t-il lieu de distinguer plusieurs formes cliniques de l'alîection : légères, moyennes, graves.

Les observations se rapportant à chacun de ces groupes sont extrêmement nombreuses, nous en rapportons brièvement quelques types (1).

1" Forme légère. — Au fond du vestibule buccal, en arrière de la deuxième grosse molaire, existe un bourrelet gingival, rougeâtre, à surface irrégulière, fongueuse, avec parfois un prolongement antérieur recouvrant à la façon d'un clapet une partie de la couronne de la deuxième molaire. Les mouvements de la mâchoire sont douloureux, la muqueuse saigne.

Quelques lavages antiseptiques peuvent avoir raison de cette inflammation ; les douleurs disparaissent. Après un répit parfois de plusieurs mois, les mêmes phénomènes apparaissent et conservent la même bénignité. Chaque poussée d'éruption dentaire s'accompagne de ces symptômes; finalement la gencive s'ouvre et la couronne apparaît. Ces phénomènes légers sont moins marqués au maxillaire supérieur qu'au maxillaire inférieur.

I. — Une femme de trente ans éprouve des douleurs dans toute la mâchoire inférieure gauche. Ces douleurs, extrêmement pénibles, se présentent à tous propos : mastication, chaud, froid, pression sur la joue au niveau de la dernière molaire, où la malade place le point initial des douleurs qui parcourent ensuite toute la moitié gauche du maxillaire. Légère contracture. Al'examen, on voit en arrière de la deuxième molaire et un peu en dehors d'elle un bourrelet gingival très œdématié qui recouvre en partie une dent de sagesse en évolution. En arrière, la muqueuse forme des brides qui limitentl'ouverture de la bouche et dont la tension est fort douloureuse. Le moindre contact à ce niveau est extrêmement pénible et occasionne une crise comme celle dont se plaint la malade. Quelques cautérisations au niveau du bourrelet et sur les brides gingivales et des bains de bouche fréquents ont vite raison de ces symptômes, quien cinq ou six jours ont disparu complètement.

IL — Un homme de vingt-cinq ans se plaint de ressentir de la gène à la mas-

(1) Nous les empruntons à notre travail de la Revue de chirurgie, 1907.

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