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MILIEU BUCCAL

logie de certainesaffections buccales, incontestablement microbiennes. Un individu, à la suite d'un refroidissement, en dehors de toute contagion, fait une angine à Streptocoques; un enfant, à propos de révolution d'une dent, présente une stomatite à Bacilles de Vincent : voilà des cas où les microbes préexistant dans la bouche ont passé, sous une influence déterminée, connue, de létat saprophytique à l'état virulent.

Nous sommes ainsi conduits à nous demander comment, dans l'état de santé, la cavité buccale se défend contre l'agression des hôtes redoutables qu'elle héberge.

Chez l'homme sain, les aliments, les objets que l'on porte aux lèvres, l'air inspiré introduisent incessamment dans la bouche des germes aussi nombreux que variés. Arrivés là, ces germes trouvent sur la muqueuse buccale des matériaux constituant un milieu de culture favorable : débris épithéliaux, parcelles d'aliments retenus dans les culs-de-sac gingivo-dentaires, les interstices dentaires, les orifices glandulaires, etc. : le tout est maintenu humide et à l'état alcalin par la salive; enfin la température de la bouche, 35° environ, est celle qui convient le mieux au développement de la plupart des bactéries.

L'invasion par ces germes serait fatale si la muqueuse buccale ne présentait une résistance appropriée aux assauts qu'elle doit soutenir. Cette muqueuse, à tout instant attaquée, estsoumise à une régénération continuelle de ses éléments : elle forme un murvivant qui répare lui-même ses brèches, l'épithélium desquame incessamment pendant que, dans les couches profondes, se forment de nouvelles cellules jeunes et vigoureuses et que les leucocytes circulent attentifs à leur rôle de défense. En même temps les mouvements de la langue, la parole, la mastication, la sécrétion continuelle de la salive et les mouvements de déglutition qu'elle détermine font un continuel nettoyage, un « balayage « (1) qui entravent le développement des bactéries, les entraînent et s'opposent à leur pénétration à l'intérieur des tissus.

La salive, par sa réaction alcaline, sature, dès leur formation, les produits de sécrétion acides des microbes et contribue encore à maintenir l'épithélium dans son état normal. Certains auteurs (Sanarelli, etc.) avaient cru {)ouvoir attribuer à la salive un rôle bactéricide; il est évident que les ferments salivaires exercent une action destructive sur les albumoses toxiques, mais les expériences do P. Clairmont (2) ont prouvé que l'action bactéricide de la salive est faible ou nulle et que les phénomènes niécani(jues que nous venons d'énumérer jouent le rôle principal dans la préservation de l'organisme contre l'envahissement des microbes de la cavité buccale.

Mais, que les mouvements de la liouc^he vienncnl à être suspendus

(1) Rappix, Tlièse de Pans, 1881, p. 12.

(2) P. Clairmont, Wien. klinik. VVocli., t. .\IX, 22nov. I90'5.

Traité de stomatologie. H- iJ

66 A. BESSOX. — BACTERIOLOGIE DE LA BOUCHE.

OU ralentis, que la sécrétion salivaire diminue ou tarisse, qu'uneplaie accidentelle ou liée à l'évolution d'une dent se produise, qu'un amas de détritus constitue un abri favorable, immédiatement les microbes vont trouver de nouvelles conditions d'existence et vont devenir envahissants. Le sommeil, en réduisant les phénomènes de défense, permet aux germes de proliférer : au réveil, la langue est sale, saburrale, encombrée de débris épithéliaux, l'haleine souvent désagréable ou fétide, la sécrétion buccale parfois acide et les bactéries sont beaucoup plus nombreuses. Dans les maladies fébriles, quand la salive diminue, l'haleine devient mauvaise et la réaction buccale acide; les microbes, et en particulier ceux qui aiment les milieux acides (le champignon du muguet par exemple), envahissent la bouche. Le défaut de propreté, l'absence denettoyages delà cavité buccale, permettant l'accumulation de détritus dans les interstices dentaires, créent un milieu favorable au développement des germes, beaucoup de ceuxci sécrètent des acides, attaquent les tissus des dents et déterminent la carie dentaire (Voy. p. 100).

Les microbes sont irrégulièrement répartis dans les diverses régions de la bouche.

Les bactéries sont peu nombreuses sur la muqueuse de la face interne des joues, muqueuse dont la surface lisse, incessamment balayée, est peu favorable à leur développement. Au contraire, au niveau des culs-de-sac gingivo-dentaires et des interstices dentaires les microbes trouvent des abris contre les causes de destruction que nous avons étudiées, en même temps que les cellules épithéliales desquamées et les parcelles d'aliments retenues dans les anfracluosités leur fournissent un merveilleux terrain de culture. Les bactéries sont également nombreuses sur la face dorsale de la langue, dans les sillons, les replis des papilles, à la surface des amygdales et surtout dans les cryptes de ces glandes où leur développement excessif donne lieu fréquemment à des angines et à des suppurations létides.

La salive renferme peu de microbes, ce qui tient à sa rénovation incessante plus qu'à ses propriétés bactéricides (Voy. plus haut), Gilbert et Lippmann (1) ont montré que des germes existent dans le canal de Sténon,mais qu'ils deviennent de moins enmoinsnombreux à mesure qu'on s'éloigne de l'orifice buccal de ce canal : il n'existe pas de microbes dans la glande parotide elle-même.

Les microbes sontabondanlsdans les enduits saburraux, où on les observe à côté des cellules épithéliales, des leucocytes, des prolongements épithéliaux des papilles filiformes et des déchets alimentaires. Ils existent également en grand nombre dans le tartre dentaire. Cette production grisâtre ou noirâtre, que Ton rencontre en

(1) GiLBEHT et Lippmann, C. R. de la Soc. de Biol., t. LVI, 27 fév. 1904.

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